Lévy-Valensi Joseph et Boudon. Deux cas de Délire de persécution à forme démonomaniaque. Extrait de la « Revue neurologique », (Paris), tome XVI, 1908, pp. 1176-1178.

Lévy-Valensi Joseph et Boudon. Deux cas de Délire de persécution à forme démonomaniaque. Extrait de la « Revue neurologique », (Paris), tome XVI, 1908, pp. 1176-1178.

Joseph Lévy-Valensi (1879-1943). Médecin, neuropsychiatre, Professeur à la Faculté de médecine de Paris, historien de la médecine. Interne, entre autres, de Gilbert Ballet puis chez Fulgence Raymond, il fait connaissance chez celui-ci du jeune agrégé Henri Claude. Ilfut aussi chef de clinique de Jules Déjerine à la Salpêtrière. Reçu au concours de l’agrégation en 1929, il aura été pendant treize ans agrégé dans le service du professeur Henri Claude à Sainte-Anne (Paris). En octobre 1939, Lévy-Valensi devient titulaire de la chaire d’Histoire de la Médecine à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris. Quelques publications :
— (avec Boudon). Deux cas de Délire de persécution à forme démonomaniaque. Extrait de la « Revue neurologique », (Paris), tome XVI, 1908, pp. 1176-1178.  [en ligne sur notre site]
— Spiritisme et folie. Article paru dans la revue «L’Encéphale. Journal mensuel de neurologie et de psychiatrie», (Paris), cinquième année, premier semestre, 1910, pp. 496-716. [en ligne sur notre site]
— (avec Barak Henri et Callegari). Trois cas de délire d’influence. Article paru dans le « Journal de psychologie normale et pathologique », (Paris), XXIIe année, 1925, pp. LXXII-LXXVIII.  [en ligne sur notre site]
— Les vertiges. Avec 42 figures. Paris, Nobert Maloine, 1926. 1 vol.
— Avec Picard et Sonn. Délire spirite et pithiatisme. Article paru dans la revue «L’Encépahle», (Paris), vingt troisième année, 1928, pp. 947-951.[en ligne sur notre site]
— Diagnostic neurologique. Avec 395 figures. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1925. 1 vol. – Deuxième édition. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1932. 1 vol.
— L’automatisme mental dans les délires systématisés chroniques d’influence et hallucinatoires. Le syndrome de dépossession. Rapport de psychiatrie présenté au Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française, XXXI-Paris, Masson et Cie, 1927. 1 vol.
— Délire spirite, écriture automatique. Article paru dans les « Annales médico-psychologiques », (Paris), XIIIe série, 89e année, tome deuxième, 1931, pp. 126-140. [en ligne sur notre site]
—Délire archaïque (astrologie, envoûtement… magnétisme). iArticle paru dans les « Annales médico-psychologique », (Paris), XIV série, 92e année, tome 2, 1934, pp. 229-232. [en ligne sur notre site]
— La médecine et les médecins français au XVII° siècle. Avec 51 planches et 86 figures dans le texte. Paris, J.-B. Baillière, 1933. 1 vol. — Deuxième édition avec 123 figures dans le texte. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1939. 1 vol. — Troisième édition. Avec figures dans le texte. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1948. 1 vol.

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Les  images ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection personnelle sous © histoiredelafolie.fr

 

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Deux cas de Délire de Persécution à forme démonomaniaque
développés chez des débiles à la quite de pratiques spirites
par MM. LEVY-VALENSI et BOUDON.

Cas de délire consécutifs aux pratiques spirites.

La malade qui s’est abandonnée aux pratiques du spiritisme était arrivée à pouvoir converser avec les esprits les plus variés ; mais un jour li lui arriva une pénible [p. 1177] aventure. Elle évoquait l’âme de son père, lorsque celui qui n’a pas de nom… « le diable » s’est substitué à lui. Depuis ce jour il ne l’a pas quittée : ce diable est amoureux d’elle, il I’appelle sa femme, il veut la violenter, de plus il se livre sur elle à une série d’actions malfaisantes : quand elle coud, il casse son fil ; quand, elle s’endort, il tente de l’effrayer par ses cris, Il lui mord les seins et lui vole ses pensées. Ce petit diable est long de vingt centimètres : il a une tête et une longue queue, mais pas de bas ; il a une petite bouche et cinq dents dont trois pointues.

Celle description suffit à caractériser la puérilité du délire. La débilite men­tale de la malade n’est d’ailleurs pas douteuse, Elle a tout fait pour se protéger contre l’esprit du mal : elle met des plastrons de carton pour se protéger de ses morsures ; elle a pris des bain sulfureux pour le dégoûter. Cependant elle a fini par s’accommoder de sa société et elle a de longues conversations avec ce petit diable lascif et malicieux ; elle le gronde, elle lui demande pardon.

Il existe une dizaine de cas connus de délires consécutifs aux pratiques spi­rites. Généralement la médiumnité constitue l’élément prédominant du délire. Ici, le spiritisme a été seulement la cause occasionnelle et lui Il donné sa forme, la possession démoniaque. La malade, en effet, ne fait plus de spiritisme depuis très longtemps. Il ne s’agit plus de folie spirite, mais d’un délire de persécution occasionné par le spiritisme.

La malade est assez comparable aux sujets de Ball : « semblables à ces enchanteurs maladroits qui, faute de connaitre les formules sacramentelles, après avoir fait apparaître le diable, ne peuvent plus se débarrasser de lui », elle est restée en tête à tête avec son persécuteur, etc.

JI s’agit bien là d’un délire de persécution systématique. De ce délire la malade a les hallucinations auditives, générales et probablement génitales. Les hallucinations visuelles ont le manque de précision, sinon de réalité, que l’on retrouve dans le délite systématisé. Enfin, elle a une ébauche du système de protection que l’on retrouve dans ce délire.

Cependant, actuellement, elle ne donne pas l’impression d’une persécutée. Tout au contraire, elle paraît assez satisfaite de son sort : elle raconte avec complaisance les diverses persécutions dont elle a été victime.

Devons-nous voir là le début d’une phase mégalomaniaque ?

Nous croyons plus volontiers qu’il s’agit de la manifestation d’un état de débilité mentale qui donne d’ailleurs à tout le délire de notre malade un caractère assez net de puérilité.

Du cas qui précède, nous pouvons en rapprocher un autre, fort analogue, dont l’observation a été également recueillie dans le service de notre maître, M. Gilbert Ballet.

C’est une femme de 48 ans qui s’est beaucoup occupée de spiritisme avec son frère et qui en est arrivée à croire qu’elle vit au milieu des esprits ; les uns, favorables, la défendent ; les autres hostiles, l’attaquent ; et celle lutte la rend très malheureuse.

En 1897, la malade quille le Texas où elle demeure, et entreprend un premier voyage en Allemagne. Ella va trouver des rabbins pour leur demander d’être délivrée par eux des esprits qui la tourmentent. Aucun d’eux ne tente de l’exorciser. Elle rentre en Amérique où elle continue à avoir des hallucinations. Les troubles s’accentuent et, en 1902, apparaissent des troubles génitaux expliqués par un prolapsus de l’utérus. La malade raconte que, plusieurs fois par semaine, elle a la sensation d’être violée par un être invisible, le matin à son réveil.

A partir de cette époque, elle prétend agir comme un automate, spectatrice des actes qu’elle commet, en les exécutant sous l’influence d’un esprit qui la possède. Par moments, cependant, elle se ressaisit ; elle est alors très malheureuse,

Vers la fin do 1906, la malade, voulant à tout prix être délivrée, entreprend un voyage avec son frère. Ils parlent du Texas, traversent l’Amérique du Nord, consultent sur leur [p. 1178] trajet nombre de médecins. A New-York, on dit que la malade est hystérique ; ; le frère perd toute confiance. En février 1897 ils s’embarquent pour I’Europe, vont en Italie, puis en Hongrie et en Galicie. Il y a là des rabbins de la secte israélite des Chasidines, qui vivent très isoles et ont une grande réputation dans tout l’univers Israélite. Ces rabbins ne peuvent pas arriver à leur inspirer confiance. Ils suspectent leur sainteté et vont en voir d’autres à Jérusalem, en juin 1907.

Ils vont de l’un à l’autre. Tous la déclarent possédée, mais un seul se décide à tenter la guérison. C’est une sorte de saint populaire, Il passe avec elle deux jours et deux nuit en prière, suppliant les esprits de ne plus la tourmenter ; à la fin, il lui fait fixer un talisman pendant une demi-heure. Une grosse voix d’homme, qui dit : « Je ne veux pas partir, je resterai toujours », répond par la bouche de la malade qui perd connaissance. Elle s’éveille au bout d’un moment avec une voix el une manière d’être féminines qu’elle n’a plus reperdues.

Depuis lors, la malade est débarrassée de l’esprit qui demeurait en elle el qui la faisait agir. Mais les sensations génitales persistent.

Au début de 1908, toujours accompagnée de son frère, Mme X… va en Egypte consulter au Caire un Cheik arabe qui se contente de lui donner un talisman.

Enfin elle vint à Paris en avril 1908, pour consulter un mage célèbre qui essaye de la suggestion hypnotique et la réveille avec beaucoup de difficulté. Reçut à l’Hôtel-Dieu la malade l’a quitté au bout de 48 heures et elle est repartie pour le Texas.

Discussion 

M. GILBERT·BALLET. — Que faut-il penser du pronostic des délires ? J’en ai vu plu­sieurs s’atténuer beaucoup, d’autres persister. Ce pronostic semble subordonné au fond mental et au délire de systématisation.

M. DUMAS. — J’ai eu l’occasion de suivre pendant plusieurs années, la première de ces deux malades ; j’appelle votre attention sur ce point que les trois personnes constituant la société spirite fréquentée par cette malade sont aujourd’hui internées.

M. JOFFROY. — J’insiste sur le rôle primordial de l’interprétation délirante dans la genèse des délires spirites ainsi que dans les délires de la persécution. Le malade commence par faire des interprétations erronées ; elles sont ici fournies par des pratique spirites ; ensuite, il fait de nouvelles interprétations à propos de tout et les incorpore à son délire qui s’étend de cette façon. Le pronostic des délires spirites est donc le même que le pronostic de tous les délires de persécution. Il peut y avoir des rémissions et, d’une façon générale, le pronostic de chaque cas particulier se tire de l’examen du sujet et du degré de la systématisation du délire.

M. SOLLlER. —Je puis citer deux cas de délire spirite ayant tous les deux guéri. Parmi les délires se rattachant au spiritisme, il faut distinguer les délires spiritess purs el les délires de persécution à teinte spirite.

 

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