Féré Charles-Samson [1852-1907]. Note sur un cas de paralysie hystérique consécutive à un rêve.] in « Comptes rendus hebdomadaires des Séances et Mémoires de la Société de Biologie », (Paris), tome troisième, huitième série, année 1886, trente-huitième de la collection, pp. 511-512.

Charles Féré. Note sur un cas de paralysie hystérique consécutive à un rêve.] in « Comptes rendus hebdomadaires des Séances et Mémoires de la Société de Biologie », (Paris), tome troisième, huitième série, année 1886, trente-huitième de la collection, pp. 511-512.

 

Un texte fondamental repris dans la plupart des études sur les rapports de l’épilepsie et le rêve qui suivirent.

Charles-Samson Féré  [1852-1907].Médecin Aliéniste infatigable chercheur, élève de Charcot dont il fut le secrétaire particulier et le préparateur, médecin chef des aliénés de Bicêtre. Ses intérêts furent ecclectiques comme le montre la courte bibliographie ci-dessous :
Dégénérescence et criminalité. Essai physiologique. Avec 21 graphique dans le texte. Paris, Félix Alcan, 1888. 1 vol. in-12, 2 ffnch., 178 p., 1 fnch.
Du traitement des aliénés dans les familles. Paris, Félix Alcan, 1889. 1 vol.
Épilepsie. Paris, Gauthier-Villars et Fils et G. Masson, s. d. [1893]. 1 vol. 11.5/19, 203 p. Bibliographie chronologique. Dans « l’Encyclopédie scientifique des aide-mémoire ». 1 vol.
L’Instinct sexuel. Évolution et Dissolution. Paris, Félix Alcan, 1899. 1 vol.
La famille névropathique. Théorie tératologique de l’hérédité et de la prédisposition morbides et de la dégénérescence. Avec 48 gravures dans le texte. Paris, Félix Alcan, 1894. 1 vol.
La pathologie des émotions. Études physiologiques et cliniques. Paris, Félix Alcan, 1892. 1 vol.
Les épilepsies et les épileptiques. Avec 12 planches hors texte et 67 figures dans le texte. Paris, Félix Alcan, 1890. 1 vol.
Sensation et mouvement. Étude expérimentale et psycho-physiologique. Avec 44 graphiques dans le texte. Paris, Félix Alcan, 1887. 1 vol.
Traité élémentaire d’anatomie médicale du système nerveux. Paris, Aux bureaux du Progrès médical et A. Delahaye et Lecrosnier, 1886. 1 vol. in-8°.

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Par commodité nous avons renvoyé la note originale de bas de page en fin d’article. – Les images, ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

[p. 511]

NOTE SUR UN CAS DE PARALYSIE HYSTÉRIQUE CONSÉCUTIVE A UN RÊVE,

par CH. FÉRÉ.

Une jeune âgée de quatorze ans s’est présentée à la consultation de la Salpêtrière dans les circonstances suivantes : Depuis quelque temps elle avait beaucoup grandi et ses règles s’étaient supprimées. Une nuit, elle rêva que des hommes la poursuivaient pour la tuer, sur la place de l’Odéon. Elle fit de grands efforts pour leur échapper et réussit ; mais à son réveil elle était extrêmement fatiguée, et dans la journée qui suivit, ses jambes fléchissaient sous elle. Le rêve se répéta plusieurs nuits de suite, persista même pendant la veille. Chaque matin, la faiblesse des jambes augmentait. Quelques jours plus tard, après avoir fait un effort pour monter un escalier, elle s’affaissa et fut tout à fait incapable de se relever : elle était paraplégique.

Je n’insisterai pas ici sur les détails de l’observation qui sera publiée ailleurs (voir Brain, 1887). Je me contenterai de faire remarquer le rôle important qu’a joué le rêve dans la production de cette paralysie. Ce rôle du rêve dans le développement de certains troubles psychiques temporaires ou permanents s’est révélé dans des faits très nombreux ; mais ce fait de paralysie consécutive à un rêve me paraît digne de fixer particulièrement l’attention. Il permet, en effet, il me semble, de donner pour certains cas au moins, une interprétation pathogénique des paralysies dites psychiques différente de celle qui est généralement acceptée depuis les travaux de MM. Russell, Reynolds et Charcot. On admet, en effet, que ces paralysies sont des paralysies par idée ou par suggestion, c’est-à-dire que le trouble moteur ne survient que consécutivement à une représentation, mentale de ce trouble. Cette théorie a même été appliquée aux paralysies par choc traumatique.

Saint Valenti de Terni donnaNt la bénédiction à une épileptique
– Bartholomé Zeitbloom ( 1455-1515 ), peinture d’ autel.

Les circonstances qui ont procédé l’apparition de la paralysie chez ma malade me paraissent favorables à la théorie de la paralysie par épuisement que j’ai déjà soutenue pour les paralysies traumatiques (1). [p. 512]

En réalité, l’affaiblissement des membres se produisait graduellement sous l’influence de la fatigue, par l’épuisement des centres moteurs résultant d’une succession rapide de décharges de volitions non suivies de mouvements effectifs. Tous les rêveurs connaissent la fatigue musculaire qui succède aux rêves de mouvement. Cette même malade nous a d’ailleurs offert un autre exemple de paralysie par fatigue lorsqu’elle est devenue incapable d’exécuter les mouvements adaptés de la phonation, à la suite d’une décharge d’un autre genre.

J’ajouterai qu’en provoquant chez des hypnotisables des rêves de course dans le sommeil naturel, j’ai pu déterminer des parésies analogues, soit dit en passant, s’accompagnent de dicrotisme du pas semblable à celui de la malade, et déterminé par la prédominance d’action des gastrocnémiens qui produisaient un choc de la pointe du pied précédant le choc du talon.

Dans un certain nombre de cas, les paralysies dites psychiques sont déterminées par un épuisement consécutif à un travail cérébral prolongé et non par la représentation subjective de la fatigue ou de la paralysie.

Je signalerai encore chez cette malade un autre accident qui n’est pas sans intérêt dans l’espèce. Dans un accès d’excitation déterminé par le repos forcé, elle se livra à un flux de paroles avec une violence extrême, qui ne dura pas moins de deux heures et après lequel elle s’endormit. Quand elle se réveilla, elle avait une aphonie complète qu’on peut ainsi, il me semble, rapporter à la fatigue. Je noterai en passant que cette aphonie s’est accompagnée de troubles de l’écriture, ce qui n’a guère été observé dans l’hystérie.

La guérison a été obtenue par les mouvements passifs, sur la valeur desquels j’ai déjà eu occasion d’insister devant la Société (2).

Je rappellerai à propos du rôle des excitations périphériques sur le rétablissement de la sensibilité et du mouvement chez cette catégorie de sujets, que deux des malades achromatopsiques sur lesquelles je suis parvenu à rétablir la vision des couleurs (3) par les excitations colorées à l’aide de verres rouges, ont conservé les résultats acquis depuis la fin de juillet dernier, c’est-à-dire depuis près de quatre mois.

Notes

(1) Bull. Soc. Biologie, 1886, p. 178, 195, 220.

(2) Bull. Soc. Biologie, 1885, p. 223, etc.

(2) Bull. Soc. Biologie, 1886, p. 389.

 

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