Charles Richet. Un cas de suggestion dans le rêve. Extrait de la « Revue philosophique de la France et de l’étranger », (Paris), XVII, neuvième année, janvier à juin 1884, p. 471.

Charles Richet. Un cas de suggestion dans le rêve. Extrait de la « Revue philosophique de la France et de l’étranger », (Paris), XVII, neuvième année, janvier à juin 1884, p. 471.

 

Charles Richet (1850-1935), physiologiste lauréat du prix Nobel de médecine en 1913 pour sa description de l’anaphylaxie. Membre de l’Académie de Médecine, de l’Académie des Sciences, il dirigea le Revue scientifique et nous laissa un grand nombre de travaux, en particulier de nombreux articles dans les revues et l’époque et plusieurs ouvrages. Esprit curieux et ouvert il se révéla tour à tour philosophe, psychologue et excellent littérateur. Il fut l’un des cofondateur de l’Institut Métapsychique International (1919) et consacrera une grande parie de sa vie à l’étude des phénomènes paranormaux ou considérés comme tels, qui le poussèrent quelquefois à des excès de crédulité naïves. Nous retiendrons de ses publications :
— Du somnambulisme provoqué. Extrait du « Journal de l’anatomie et de la physiologie normales et pathologiques de l’homme et des animaux publié par M. Charles Robin », (Paris), onzième année, 1875, pp. 348-377. [en ligne sur notre site]
— Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité. Paris, Georges Masson, 1877. 1 vol. in-8°.
— Du somnambulisme provoqué. Extrait du « Journal de l’anatomie et de la physiologie normales et pathologiques de l’homme et des animaux publié par M. Charles Robin », (Paris), onzième année, 1875, pp. 348-377. [en ligne sur notre site]
— Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité. Paris, Georges Masson, 1877. 1 vol. in-8°.
— Un cas de suggestion dans le rêve. Extrait de la « Revue philosophique de la France et de l’étranger », (Paris), XVII, neuvième année, janvier à juin 1884, p. 471.  [en ligne sur notre site]
— Des rapports de l’hallucination avec l’état mental. Article paru dans la « Revue philosophique de la France et de l’Etranger », (Paris), dixième année, tome XX, juillet à décembre 1885, pp. 333-335. [en ligne sur notre site]
— La Métapsychique, d’après un nouveau livre de M. Th. Flournoy. Extrait du journal hebdomadaire « La Semaine littéraire » (Genève), dix-neuvième année, n°889, samedi 14 janvier 1911, pp. 13-15. [en ligne sur notre site]
— Les démoniaques d’autrefois. Partie I. Les sorcières et les possédées. Article parut dans la « Revue des Deux Mondes », (Paris), Le année, troisième période, tome trente-septième, 1880, pp. 550-583. [en ligne sur notre site]
— A propos de Thérèse Neumann. Les jeûnes prolongés. Article parut dans la « Revue Métapsychiques », (Paris), n°5, Septembre-Octobre 1930, pp. 385-395. [en ligne sur notre site]
— L’homme et l’intelligence. Fragments de physiologie et de psychologie. Paris, Félix Alcan, 1884. 1 vol. in-8°.
— Xénoglossie. L’écriture automatique en langues étrangères. Annales des Sciences Psychiques, Paris, 1905. [à paraître sur notre site]
— Traité de Métapsychique. Deuxième édition refondue. Paris, Félix Alcan, 1922. 1 vol. in-8°. [Très nombreuses réimpressions]

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Les  images ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection personnelle sous © histoiredelafolie.fr

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UN CAS DE SUGGESTION DANS LE RÊVE

Un des faits les mieux établis dans la théorie des rêves, c’est évidemment l’influence d’une excitation extérieure quelconque, qui, vaguement perçue par la conscience, amène une série de conceptions, plus ou moins fantasques, liées à cette excitation. Je viens donner un nouvel exemple bien net de ces suggestions.

Il y quelques jours, je me réveillai avec une douleur très vive dans les muscles postérieurs du cou, qui étaient pris d’une crampe assez forte, et, en même temps, j’eus la conscience du rêve désagréable que cette crampe avait provoqué.

Je rêvais qu’ayant commis un grand nombre d’assassinats, je voulais me soustraire à la justice par un prompt suicide, et, qu’à cet effet, j’avais imaginé de prendre de la strychnine. Une première dose (et je croyais encore à mon réveil en sentir dans la bouche le goût amer) avait amené des convulsions et des crampes, mais sans déterminer la mort. A mon grand étonnement deux doses nouvelles avaient encore provoqué une série de convulsions et de crampes, sans cependant amener la fin que je souhaitais. Je me réveillai au milieu de l’étonnement que de telles doses de strychnine fussent sans effet mortel. La seule chose intéressante de ce rêve, c’est l’adaptation inconsciente des phénomènes d’une science qui m’est familière aux imaginations du rêve. Peut-être même, si je n’avais pas depuis longtemps étudié les effets physiologiques de la strychnine, n’aurais-je pas fabriqué cet assemblage baroque.

Une suggestion analogue existe dans le hachichisme. J’ai cité l’exemple d’un individu placé à table au-dessous d’une gravure qui représente une bataille de Salvator Rosa. Le hachich ingéré amène une crampe dans le cou, et il s’imagine que c’est un coup de pied donné par le cheval de la gravure.

Il ne peut être mauvais de multiplier de semblables exemples. Ils prouvent la fécondité de l’intelligence inconsciente, et le peu qu’il lui faut pour fabriquer avec rien tout un monde de fantaisies.

Ch. RICHET.

 

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