Apparitions démoniaques. Par Mathurin-Joseph Le Menant des Chesnais. 1899.

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Mathurin-Joseph Le Menant des Chesnais. Apparitions démoniaques. Article parut dans la revue « Le Monde invisible », (Paris), Première année, – 1899, pp. 412-415.

Mathurin-Joseph Le Menant des Chesnais. Nous savons seulement qu’il fut médecin aliéniste à l’hôpital psychiatrique de Bailleul, dans le Nord, puis de Saint-Méen, à Rennes (Ile-et-Vilaine). Quelques écrits et publication :
— Faire l’histoire clinique de la folie avec prédominance du délire des grandeurs et l’étudier spécialement au point de vue thérapeutique. Manuscrit, 209 f. 1869. [Se trouve aux Archives et manuscrits de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.]
— Asile public d’aliénés de Bailleul. Rapport sur le service médical pour l’année 1876. Lille, Imprimerie L. Danel, 1877. 1 vol. in-4°, 23 p.
— Asile départemental d’aliénés de Saint-Méen, de Rennes Ille-et-Vilaine. Compte rendu administratif de 1861. Rennes, Oberthür (1862).
— Compte-rendu administratif et médical pour 1862, accompagné de quelques réflexions sur la responsabilité des aliénés. Rennes, Oberthür (1863).
— Compte-rendu administratif et médical pour l’exercice 1863, par le Dr Le Menant Des Chesnais. Rennes, Oberthür (1864).
— Notice historique sur le Petit-Saint-Méen, aujourd’hui asile départemental d’Ille-et-Vilaine, depuis sa fondation jusqu’à nos jours. Rennes, Leroy, 1864. 1 vol. in-folio,
—L’hypnotisme n’est pas diabolique. Article parut dans la revue « Le Monde invisible », (Paris), Première année, – 1899, pp. 492-498. [en ligne sur notre site]

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Nous avons gardé l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de l’original.
 – Les  images ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection personnelle sous © histoiredelafolie.fr

[p. 412]

APPARITIONS DÉMONIAQUES

J’avais attiré l’attention de notre Académie des Sciences psychiques sur l’intérêt qu’il y aurait à vérifier si les apparitions démoniaques étaient vraiment fréquentes.

En lisant la Vie de Notre-Seigneur par l’abbé Le Camus, j’avais en effet été frappé de la remarque faite par cet auteur : « qu’en dehors de sa manifestation au paradis terrestre, sous la forme du serpent, nous ne voyons pas, dans l’histoire biblique, que Satan se soit jamais révélé d’une manière visible. »

Même dans la triple tentation de Notre-Seigneur au désert, le tentateur ne paraissait pas avoir revêtu une forme corporelle:

Voici du reste le passage tout entier :

« … la tentation a été un fait réel et non pas seulement une parabole mal comprise, encore moins un mythe.
De bonne heure cependant, les auteurs ecclésiastiques se sont partagés sur le sens précis qu’il fallait donner au récit évangélique. La plupart, le prenant à la lettre, ont admis une apparition physique de Satan ; et d’après eux, Jésus aurait été réellement transporté sur le pinacle du temple et même sur une montagne du haut de laquelle il aurait vu tous les royaumes de l’univers. D’autres, depuis saint Cypricn et Théodore de Mopsueste, ont pensé que Satan, bien qu’auteur immédiat de la tentation, serait demeuré invisible. Il aurait cherché à agir sur Jésus comme il agit sur nos âmes, évoquant des imaginations, multipliant les illusions, murmurant les sollicitations dangereuses. C’est dans une sphère purement spirituelle que la lutte se serait produite, sans qu’on eût le droit d’en rien ne conclure contre la réalité du combat, du triomphe et du mérite.

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Le tentateur est toujours Satan, et qu’il parle à l’oreille du cœur, ou à l’oreille du corps, il demeure également redoutable. D’autre part, la victoire est toute dans la réaction libre de l’âme qui rejette instantanément, sans en suhir le contact, les suggestions mauvaises. En admettant que la tentation vint à Jésus par les sens, il faudra bien reconnaître qu’elle se résume définitivement en une impression [p. 413] morale qu’il s’agissait de repousser ou d’accueillir avec complaisance. Donc on ne voit pas très bien les raisons qu’il y a de se représenter physiquement, par des actes matériels, une scène qui est toute de l’ordre spirituel. Le seul argument sérieux se tire des expressions qu’emploie le texte évangélique, « Mais entre une difficulté dans les mots et une difficulté dans les choses, il vaut mieux, semble-t-il, supprimer la seconde. En dehors de sa manifestation sous la forme du serpent, au paradis terrestre, nous ne voyons pas, dans l’histoire biblique, que Satan se soit jamais révélé d’une nature visible. Plus particulièrement ici, rien n’indique qu’il ait été vu par Jésus-Christ, C’est en vain, en effet, que les commentateurs se le représentent ermite dans le désert, ange de lumière en haut du temple, esprit de ténèbres sur la montagne, créant des difficultés réelles, si on ne suppose pas que Jésus et Sayan étaient simultanément invisibles aux habitants de la campagne et de la ville sainte. L’apparition de deux personnages traversant l’espace et se reposant au sommet de I’édifice sacré, aurait singulièrement préoccupé les spectateurs. Enlin, il faut bien reconnaître que la montagne d’où se voient en un instant tous les royaumes du monde n’existe nulle part. Or, puisque en toute hypothèse, on se trouve toujours réduit à entendre certains détails dans un sens large et figuré, il serait peut-être plus simple d’admettre que le récit évangélique nous raconte, sous une forme imagée, le triple combat intérieur que Jésus eut à soutenir contre Satan, et dont il sortit entièrement vainqueur. »

Mon intention n’est pas de chercher ici qui a raison, de ceux qui pensent comme l’abbé Le Camus ou de ceux qui pensent le contraire. Admettons même que ce soient ces derniers, ce serait toujours la seule apparition physique de Satan mentionnée dans les évangiles où il est si souvent question des cas de possession.

Dès lors ne sommes-nous pas en droit de nous demander a priori si après avoir été aussi rares pendant les ·4 ou 5,000 ans qui ont précédé la venue de Notre-Seigneur, et pendant toute sa vie, ces apparitions ont réellement éré fréquentes depuis cette époque ?

« Que l’on prenne un volume quelconque des bollandistes, nous répond le R. P. Maréchaux, que l’on se reporte à la table au mot démon, on trouvera relatée toute une série d’apparitions visibles du diable différent saints. Tous ces faits formeraient une liste interminable. »

Qu’est-ce que cela prouve ?

« Pourrait-on soutenir, ajoute le révérend Père, qu’aucun d’eux n’est avéré ? » [p. 414]

1° S’il existe de ces faits qui peuvent résister à la plus sévère critique ?

2° Si les faits présentant ces qualités sont nombreux ?

Le R. P. Maréchaux qui est bénédictin est admirablement placé pour pouvoir faire cette étude que nous lui demandons, en 1’en remerciant d’avance.

C’est en effet par des faits, et non par de simples affirmations, que nous pouvons répondre triomphalement à nos adversaires qui accusant les catholiques de croire sans contrôle et de redouter le contrtde de leur science.

Dr Le Menant des Chesnais

Ville-d’Avray, 18 octobre 1898.

 

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