Les démoniaques dans l’art, documents inédits. Par Paul RICHER et Henry MEIGE.

RICHERMEIGE0001Le document que nous présentons ici fait suite à celui publié par Jean-Marin Charcot (1825-1893) & Paul Richer (1849-1933. Les démoniaques dans l’art. Avec 67 figures intercalées dans le texte. Paris, Adrien Delahaye & Emile Lecrosnier, 1887. 1 vol. in-4°, XII + 116 p. Si ce dernier est devenu très rare en édition originale, la réédition de Macula, avec l’excellent texte de George Didi-Huberman est également introuvable. Les Documents inédits sur les démoniaques dans l’art de Paul Richer et Henry Meige (1866-1940) est resté, de tout temps confidentiel, car publié dans la Nouvelle Iconographie Photographique de la Salpêtrière, Paris, année, 1896, pp. 99-108, 3 planches hors texte. Plusieurs autres compléments, moins importants, sont venus en contre-point de ceux ceux-ci. [Réf. 815-1996. de notre Bibliographie générale.]

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Nous avons gardé l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de l’original.
 – Par commodité nous avons renvoyé les notes originales de bas de page en fin d’article. – Les  images sont celles de l’article original. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection personnelle sous © histoiredelafolie.fr

 

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DOCUMENTS INÉDITS

SUR LES

DEMONIAQUES DANS L’ART

par

PAUL RICHER et HENRY MEIGE. 

La liste des œuvres d’art où il est possible de retrouver les caractères de l’attaque convulsive d’hystérie semble s’étendre indéfiniment au fur et à mesure que l’on poursuit les recherches dans cette voie.
Un nombre déjà grand de ces documents, recueillis par l’un de nous, ont été l’objet d’une étude spéciale sur l’Hystérie dans l’Art (1) et d’un recueil plus complet publié en collaboration, avec le professeur Charcot les Démoniaques dans l’art (2).
Des exemples analogues ont été signalés depuis lors (3).
Mais la série n’en est pas close et nous avons continué à noter dans les musées, les églises et les collections particulières, les œuvres qui paraissent avoir été inspirées par des manifestations convulsives de l’hystérie, considérée comme signes de la possession démoniaque.
[p. 100] Nous sommes loin d’avoir épuisé la liste vraiment considérable des figurations de ce genre. Il en est d’ailleurs qui n’offrent aucun intérêt médical, étant des représentations purement symboliques et conventionnelles de la possession par le diable.
D’autres, au contraire, plus récemment connues de nous, méritent de prendre place à côté des images qui semblent avoir été inspirées par la nature.
Nous ferons connaître les principales  :

Nicola PISANO (XIIle siècle)
Bas-relief du tombeau de St-Dominique. Église St-Domenico, Bologne.
Miracle de l’ordre de St-Dominique ,

Dans l’église de St Dominique à Bologne, au milieu du bas côté de droite, se trouve la chapelle consacrée à ce saint. Son sarcophage, orné de beaux bas-relief en marbre blanc, exécutés vers 1267 par Nicolas Pisano et son élève Fra Guglielmo, a été complété plus tard, au XVe siècle, par Nicola Dell’Arca, et par Michel-Ange.
Les bas-reliefs de Nicola Pisano sont réputés à juste titre comme les spécimens les plus remarquables de l’école sculpturale qui précéda celle de la Renaissance. S’ils pêchent encore par bien des imperfections dans la facture et dans la composition, ils témoignent au moins d’une tendance manifeste à abandonner les figurations symboliques et à introduire dans l’art des éléments puisés dans l’observation de la nature.
NicoIas de Pise a déjà fourni matière à la critique médicale à propos de deux scènes figurées sur le sarcophage de Ste Marguerite, dans l’église de Ste-Marguerite, à Cortone (4).
Dans l’une on voit des infirmes venant implorer leur guérison auprès du tombeau de la sainte : un enfant à genoux avec une main-bote, un homme dont la jambe gauche est en contracture (probablement un hystérique), et une femme à l’abdomen volumineux qui s’affaisse entre les bras d’une compagne. L’autre bas-relief nous montre un jeune possédé qui se débat, soutenu par deux aides, pendant qu’un diable ailé s’échappe de sa bouche.
Sur l’un des bas-reliefs du .sarcophage de St Dominique, à Bologne, Nicola Pisano a représenté les miracles opérés par les disciples de St Dominique.
Trois scènes d’intervention miraculeuses occupent le premier plan de la [p. 101] composition, l’arrière-plan étant comblé par des personnages accessoires (Planche XV)

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Le groupe du milieu est particulièrement intéressant. Un jeune possédé, la taille soutenue par un aide, se renverse exagérément vers l’arrière formant un arc de cercle caractéristique. La figure est peu mouvementée, la bouche est close. Cependant les yeux ouverts semblent convulsés en haut et en dedans. Le bras droit passé derrière le cou de l’aide est dans une attitude qui n’a rien d’anormal.
Le bras gauche au contraire est tout a fait significatif. La main fermée, le doigts crispés sur la paume, et comprimés par le pouce qui passe au-dessus d’eux, l’avant-bras demi-fléchi et tordu en pronation forcée, tout cela indique une violente contracture du membre supérieur, sans doute observée sur le vif et rendue avec une remarquable sincérité d’exécution.
C’est là assurément une des meilleures représentations dans l’Art d’une manifestation dans l’Art d’une manifestation hystérique bien connue, et si le possédé de Nicola Pisano ne se présente pas avec l’appareil grimaçant et désordonné qui fut choisi plus tard par les artistes de la Renaissance pour caractériser les démoniaques, il mérite néanmoins de prendre place au premier rang parmi les documents relatifs à l’hystérie.
Les deux autres groupes sont d’une interprétation plus malaisée.
A gauche, un moine tient entre ses deux mains la main droite d’une femme assise à côté de lui.
Peut-être est-il occupé à guérir une paralysie et une contracture hystérique. Fixant ses yeux sur ceux de la malade, il évoque l’idée d’une scène d’hypnotisme.
A droite, un personnage est étendu inanimé sur un lit derrière lequel une femme debout soulève une robe de moine. C’est la précieuse défroque de St Dominique, dont les morceaux, de son vivant, accomplissaient déjà tant de miracles.

Bas-relief en Albatre (XVe siècle)
Cathédrale de Ste-Wandru, Mons,
Scènes de la vie de Ste Marie-Madeleine

Cette belle sculpture, malheureusement mutilée, est placée aujourd’hui au-dessus de l’autel, dans la chapelle de Ste-Madeleine, ainsi que plusieurs autres morceaux assez détériorés.
Le personnage qui nous intéresse est une femme tombant à la renverse entre les bras d’un homme, la bouche ouverte, les cheveux épars. Elle est vêtue d’une [p. 102] courte robe qui moule son corps ; le bras gauche est levé en l’air, la main tombante, le bras droit demi-fléchi.
L’attitude générale rappelle bien celle que les artistes de l’époque choisissaient pour représenter des possédées ; on peut y voir une ébauche de l’arc de cercle hystérique, mais la figure, d’ailleurs mutilée, ne donne qu’une idée imparfaite du masque saisissant des démoniaques.
Au milieu de la composition, un personnage isolé (le Christ sans doute) fait un geste d’exorcisme.
A droite, deux hommes transportent un corps inanimé à moitié nu. Derrière eux, plusieurs personnages expriment leur étonnement et leur admiration ; tout à fait à gauche, d’autres figurants font également des gestes de surprise.

Ecole flamande (XVe et XVIe siècles)
Cathédrale St-Rombaut, Malines.
25 panneaux peints représentant la vie de St Rombault ou Rumold.

Ces 25 tableaux, situés sur le mur du bas c6té de droite dans la cathédrale de Malines, sont probablement l’œuvre de peintres différents et on subi des restaurations vers le milieu de notre siècle. On les a attribué à Michel van Coxcyen (Malines, 1499-1572), mais plusieurs semblent antérieurs et rappellent le vieil art flamand du XVe siècle. Ils contiennent tous les détails curieux et pittoresques, et souvent les portraits des donateurs. Certains sont d’une facture excellente.
Sept d’entre eux se rapportent à des scènes de guérison ou d’exorcisme.
Dans le n°2, St Rombaut guérit des malades ; dans le N°3, le Saint guérit sur le rivage de France un aveugle porteur d’une mandoline ; dans les n°11 et 19, il ressuscite des trépassés.
Les n°20, 6 et 21 contiennent des possédés. Les deux derniers surtout sont fort intéressant.
Le panneau n°6 représente St Rombaut exorcisant un démoniaque au milieu d’un paysage boisé et montagneux.
Le possédé est assis par terre, les bras et les jambes garrottés à l’aide de solides armatures de fer qui retiennent les membres accolés l’un à l’autre.
Le haut du corps est penché en avant ; la tête tournée à gauche fait une horrible grimace. Cheveux hérissés, yeux grands ouverts et convulsés, bouche de travers d’où sort un diablotin sautillant.
Ce possédé est à peine couvert d’un vêtement jaune-orange, tout en loques, laissant à nu ses jambes et ses avant-bras.
Le désordre de son costume sommaire témoigne de la violence de ses crises, et les énormes fers qui l’emprisonnent confirment bien les récits du temps sur les cruels traitements qu’on réservait aux malades de son espèce.
[p. 103] A gauche, un jeune homme, armé d’un faisceau de verges, vient certainement de fustiger d’importance le démon contenu dans ce pauvre corps humain décharné. On sait qu’en l’attente d’un exorcisme plus puissant, cette pratique était conseillée autrefois pour chasser le malin esprit. Et, il faut le reconnaître son efficacité n’était pas toujours illusoire. Moins énergique, et d’un plus sûr effet, fut sans doute le geste de St Rombaut qui délivra le possédé du diable qu’il avait au corps (Fig. 18).

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L’attitude du démoniaque est bien rendue. Il semble qu’il ait été saisi faisant les mouvements de salutations de l’attaque hystérique, les seuls d’ailleurs que lui permettent ses fers.

Un autre détail est intéressant à relever, c’est la contracture très nette de la main droite dont les doigts sont crispés sur la paume, tandis qu’à gauche la main tombe flasque et comme paralysée sur l’avant-bras.
Les jambes sont raides, en extension forcée, et les pieds, assez mal indiqués d’ailleurs, semblent contournés la face plantaire en dehors.
[p. 104] Toutes ces particularités témoignent d’une observation fort attentive des phénomènes consécutifs de l’attaque d’hystérie, et le possédé de St Rombaut mérite de prendre place parmi les figurations de démoniaques les plus anciennes et les plus conformes à la vérité pathologique.
Le côté gauche de la composition est occupé par les portraits des donateurs du tableau~ Egide van Moysene (mort en 1510) et Catherine van Nethene (morte an 1566), représentés à genoux dans l’attitude de la prière avec leur fils et plusieurs autres personnages émerveillés de l’exorcisme pratiqué par St Rombaut.
Dans le fond, à droite, sur un tertre verdoyant, un petit groupe est formé par plusieurs hommes et femmes entourant un personnage étendu par terre, inanimé. Peut-être s’agit-il encore d’un possédé ; mais celui-ci, hystérique comme ses congénères, n’est pas en proie à une attaque convulsive : on peut supposer qu’il est en léthargie.,
Le 21e panneau, contient trois possédés dans un costume analogue à celui du précédent et accompagnés de trois diablotins qui s’échappent de leur bouche. Le premier a également les mains prises dans des menottes barbares. Il est debout Maintenu par deux solides gaillards, la tête et le haut du corps renversés en arrière, les yeux convulsés en haut, les mains crispées. La légende explique que ces trois démoniaques furent guéris par les reliques de St Rombaut (5)

ECOLE DE BENOZZO GOZZOLI (2e moitié du XVe siècle).
Tableau dans l’Eglise San Francisco Montefalco, près d’Assise.
Saint Antoine de Padoue et deux miracles accomplis par ce Saint.

Au milieu, le portrait en pied de St Antoine de Padoue. Au-dessus, la Christ en croix, la Vierge et Ste Madeleine pleurant à ses côtés. En bas, à droite et à gauche, deux scènes miraculeuses de la vie du saint.
L’un des miracles en question a trait à un exorcisme pratiqué par St Antoine de Padoue sur un homme possédé du démon (Fig. 19)
La figure du possédé à quelques analogies avec celles des autres démoniaques. C’est un homme aux cheveux frisés, portant une touffe de barbe au menton. De sa bouche ouverte s’échappe un diable ailé ; les yeux sont mal indiqués et les paupières presque closes. Cependant on saisit la convulsion en hait des globes oculaires.
Le renversement du corps en arrière est manifeste ; le bras droit semble violemment ramené derrière les reins et la pose de la jambe droite laisse supposer que le pied est contracturé en dedans. Malgré la raideur des [p. 105] lignes, on sent la tentative par l’artiste pour reproduire une attitude caractéristique.

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Trois intéressants croquis du Sodoma représentent une femme dans une attitude mouvementée qui se débat, maintenue par plusieurs hommes vigoureux. Le Sodoma a montré en plusieurs de ses œuvres qu’il avait observé attentivement les caractères de la grande névrose. Dans son Extase de Ste Catherine de Sienne (église San Domenico, à Sienne), il a rendu, non sans vérité, une attitude qu’on retrouve souvent dans l’extase hystérique (6)

 

 

RICHERMEIGE0004Les dessins à la plume de la Galerie des Offices montrent que l’artiste connaissait également bien les phénomènes convulsifs de l’attaque démoniaque (Pl. XVI). Les contorsions illogiques des membres, les contractions grimaçantes de la face sont esquissées avec une vigueur et une vérité surprenantes qui d »notent un dessinateur de premier ordre et un observateur ayant le souci de rester sincèrement fidèle à la nature. [p. 106]

LORENZO DELLA SIORINA (XVIe siècle)
Fresque du cloître de l’église de Santa Maria Novella, à Florence.
St Dominique délivre une femme de st démons.

St Dominique prêchant à Rome, les malades venaient de touts parts pour obtenir l’intervention miraculeuse du saint. Le tableau de Lorenzo della Sciorina, élève de Bronzino, reproduit cet épisode.
Au milieu de la composition, une femme soutenue par la taille s’affaisse, les bras écartés, dans une attitude qui n’est pas sans grâce, mais où il est impossible de retrouver les caractères de la crise démoniaque.
A gauche et en bas de la fresque, un infirme est assis par terre, les jambes entourées de linges ; à droite une femme assise également, tient dans ses bras un enfant.
La recherche de l’effet dramatique l’emporte, chez les personnages, sur le souci de l’observation naturelle.

ECOLE HOLLANDAISE (1re moitié du XVIIe siècle)
Statue en marbre, au Rijks Museum d’Amsterdam
L’Image du Délire.

Ce précieux document, unique en son genre, nous a été obligeamment signalé par M. Obreen, directeur général du Rijks Museum d’Amsterdam ?
C’est, à notre connaissance, le seul exemple d’une sculpture en ronde bosse reproduisant une attitude pathologique qui semble avoir été copiée en nature.
M. Obreen a bien voulu nous communiquer sur cette œuvre d’art quelques renseignements pour lesquels nous sommes heureux de lui témoigner notre gratitude.
Cette statue est originaire de l’ancien Hospice des aliénés d’Amsterdam et se trouve actuellement au Rijks Museum.
Elle date d’environ 1615, et c’est peut-être une œuvre du sculpteur hollandais Hendrick de Kijeser, né en 1565, mort en 1621.
Wagensaër, dans sa description de la ville d’Amsterdam (tome II, p. 309), raconte que cette statue est l’Image du délire et qu’elle était placée dans le jardin de l’hospice au milieu d’un parterre de fleurs.
Elle représente une femme presque entièrement nue, dans une pause contortionnée, tirant sur ses cheveux des deux mains.
Il s’agit, à notre avis, d’une représentation de phénomènes convulsifs de nature hystérique.

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[p. 107] Le socle contient quatre compartiments où sont enchâssés quatre mascarons grimaçants qui paraissent se rapporter à des types d’aliénés.
La figure de la femme est particulièrement bien traitée et il n’est pas douteux que l’artiste ait eu plus d’une fois l’occasion de voir la variété démoniaque de l’attaque hystérique. La bouche ouverte, contournée, la langue tirée sur le côté, les globes oculaires convulsivement relevés en haut, les muscles sourciliers sont rendus avec une vérité saisissante.
Le renversement du corps et de la tête en arrière, la saillie du cou et de la poitrine viennent compléter la ressemblance.
Le mouvement des bras est fort heureusement disposé pour ajouter encore à l’impression de convulsion violente.
Les cheveux longs et abondants sont tiraillés en deux directions opposées, en haut par la main gauche, en bas par la main droite, et l’on sait qu’il est fréquent de voir les hystériques en attaque saisir à plaines mains leur chevelure, souvent même s’arracher des poignées de cheveux.
L’attitude des jambes est moins lyrique ; on sent que l’artiste a été obligé de sacrifier à certaines exigences de métier pour équilibrer son sujet. Le mouvement en est d’ailleurs bien choisi et s’harmonise heureusement avec celui du torse et des bras.
Cette statue qui, de l’avis des critiques, doit être considérée comme une œuvre de premier ordre au point de vue sculptural, mérite également une des premières places parmi le monuments figurés qui reproduisent avec la plus grand souci de la vérité un désordre pathologique ? Elle est le pendant en sculpture des possédés de Rubens dont on connaît la surprenante exactitude. La figure, en particulier, offre de grandes analogies avec celle de la Possédée guérie par St Ignace, au musée de Vienne, un des meilleurs spécimens du facies démoniaque, tel qu’on l’observe dans les grandes attaques d’hystérie.

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A ces nouveaux spécimens choisis parmi les plus caractéristiques, nous devons en ajouter plusieurs autres que nous nous contentons de signaler à titre documentaire.
Une peinture à la sépia de Rutilio Manetti, au Musée des Offices (Florence), n°552, représente un saint qui impose les mains à une jeune femme possédée. Celle-ci est fortement renversée en arrière, en arc de cercle.
Un tableau de N. Da Foligno au palais Colonna, à Rome, représente la Vierge guérissant un enfant du démon.
Le Sueur, St Paul guérissant les malades (collection privée). Le [p. 108] principal malade est un homme possédé, tombant à genoux, le haut du corps renversé en arrière. LA face est très grimaçante ; les pieds et les mains contracturés. Le geste est plus dramatique que naturel.
Un tableau de Rubens, qui fait partie de la collection du roi des Belges (Palais Royal, Bruxelles) et qui représente les Miracles de St Benoît, contient plusieurs infirmes et une possédée soutenue par deux hommes. Elle semble une répétition de la possédée des Miracles de St Ignace (musée de Vienne), une des représentations les plus réalistes de l’attaque démoniaque.
Une peinture sur toile du XVIIIe siècle (?) dans l’Eglise de Pierrefonds (Oise) représente St Sulpice guérissant une démoniaque (7). Tableau fort médiocre et très détérioré. St Sulpice, en costume épiscopal, impose les mains à un homme demi-nu qui se renverse en arrière soutenu par un aide. Le possédé, d’un geste théâtral vient de briser les chaînes qui lui liaient les bras ; il a la bouche ouverte et les yeux convulsés en haut ; mais on ne relève dans son attitude aucun détail caractéristique. La scène se passe dans un paysage montagneux auprès d’une ville fortifiée.

NOTES

(1) Paul Richer. Etudes cliniques sur la grande hystérie, Appendice, 2e partie, Paris, Delahaye et Lecrosnier, 1885.
(2) J. M. Charcot et Paul Richer. Les Démoniaque dans l’Art. Paris, Delahaye et Lecrosnier, 1887.
(3) Voir à ce sujet :
A – J. M. Charcot et Paul Richer, La Transfiguration du Sacro Monte di Varallo. Nouv. Icon. De la Salpêtrière, 1889, p. 247.
B – Gilles de la Tourette. Documents satiriques sur Mesmer. Ibid. 1890, pp. 59.103. – 1891, pp. 482 et 1892, p. 55. – Le miracle opéré sur Marie-Anne Couronneau, Ibid., 1890, p. 241. – Sur un tableau perdu de Rubens représentant la guérison de possédés. Ibid., p. 119.
C – Souques. Sur une esquisse retrouvée de Rubens. Nouv. Iconogr. De la Salpêtrière, 1893 ; p. 238.
D– Paul Richer et Henry Meige. Les possédés de P. Bronzet. Nouv. Iconogr. De la Salpêtrière, 1894, p. 528.
E– Henry Meige et L. Bataille. Les Miracles de Saint-Ignace de Loyola. Ibid., 1894, p. 318.
F – Henry Meige. Les Peintres de la médecine. Le « Convive indigne ». Ibid. 1895, p. 192.
G – L’un de nous a retrouvé dans les monuments de l’Art antique plusieurs spécimens qui s’y rattachent directement. Henry Meige, Les possédées des dieux dans l’Art antique. Nouv. Iconogr. De la Salpêtrière, 1894, p. 35.
(4) Charcot et Paul Richer. Deux bas-reliefs de Nicolas de Pise. Iconographie de la Salpêtrière, 1890, 134.
(5) Le caractère de sincérité de ces œuvres d’art n’avait pas échappé au Pr Charcot qui, lors d’un voyage à Malines, en 1887, avait signalé les deux scènes précédentes.
(6) Voy. Les Démoniaques dans l’Art, p. 108.
(7) Signalé par M. le Dr Galippe et revu dernièrement par l’un de nous.
Nous avons en outre un assez grand nombre d’indications d’œuvres d’art contenant des possédés que nous proposons de contrôler :
Un bas-relief du IVe ou Ve siècle trouvé à Pérouse et représentant l’exorcisme d’un catéchumène par quatre clercs exorcistes (P. Lacroix, Vie milit. Et relig. au moyen âge, 1873, p. 226, fig. 177).
Deux possédés sont figurés sur des fresques du XIe et XIIe siècle dans l’Eglise St-Georges, à Oberzell (Grand-Duché de Bade) (V. Kraus, Di Wandgemälde in der St-Georgskirche zu Oberzell, auf der Reichenau, t. II, p. 355 et 39. – Signalés par M. Müntz.
Parmi les miniatures d’un manuscrit de 1452(Bibliothèque nationale) représentant la vie de Mgr St-Hubert par Hubert de Preuvost, la 5e miniature représente St Hubert délivrant un possédé. Les stalles de l’église de la petite ville de St-Hubert (Luxembourg) contiennent également les possédés guéris par St Hubert et St Benoît. – Note communiquée par M. A. Duverger-Boghaert (Bruxelles), lequel signale également des guérisons de possédés reproduites par l’imagerie populaire en Belgique (Ste Dymphne, à Ghell, Ste Corneille, à Dieghem, etc.).
Une fresque de 1554, dans l’Eglise de Vaucelles (Caen), représente St Mathurin exorcisant un enfant. Le saint fait de la main droite un geste hiératique, et tient dans sa main gauche celle d’une petite fille à longs cheveux. Un diablotin sort de la bouche. A gauche un autre saint porte une crosse et un livre. La fresque a été restaurée en 1881 par MM. Jacquier frères. La petite fille possédée est sans intérêt médical (signalé par M. Paul Arène).
Et nous ne parlons pas des innombrables gravures reproduites par l’imagerie religieuse, dans les Bibles, les Vies des Saints, etc. La plupart des possédés qui y figurent on été inspirés par les dessins ou les peintures de maîtres anciens ou contemporains de la publication. L’allégorie en fait le plus souvent tus les frais. Il en est cependant dans le nombre qui se distinguent par une réelle originalité. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

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