Gilbert Ballet et Dheur. Sur un cas de délire de médiumnité. Article paru dans la revue « Annales médico-psychologiques », (Paris), huitième série, tome dix-neuvième, soixante et unième année, pp. 264-271.

BALLETDHEURMEDIUMNITE0001Gilbert Ballet & Dheur. Sur un cas de délire de médiumnité. Article paru dans la revue « Annales médico-psychologiques », (Paris), huitième série, tome dix-neuvième, soixante et unième année, (1903), pp. 264-271.

Gilbert-Louis-Simon Ballet (1853-1916). Né à Ambazas, en Haute-Vienne, son père était lui-même médecin. Elève de Jean-Martin Charcot, influencé par Théodule Ribot, il s’intéresse très tôt aux phénomènes du langage, en particulier de l’aphasie, qu’il ramène dans le champ d’investigation de la médecine, alors qu’ils se trouvent le plus souvent traités en philosophie. Il s’intéresse également très tôt aux phénomènes supra-normaux, intérêt qui ne se démentira pas tout au long de sa carrière. Il fut à l’origine du concept de Psychose hallucinatoire chronique, désagrégation et dissociation de la personnalité. Sa carrière fut couronnée par la parution de son Traité de pathologie mentale en 1903, travail collaboratif qui rest aune référence en épistémologie. Nous renvoyons à l‘excellent article de Pascal Le Mafan sur sa biographie dans Le Dictionnaire des psychologie et psychopathologie des religions.
Quelques publications :
— Hygiène du neurasthénique. Paris, Masson et Cie, 1896. 1 vol. Ouvrage écrit en collaboration avec Adiein Proust, le père de Marcel.
— Histoire d’un visionnaire au XVIIIe siècle. Swedenborg. Paris, Masson et Cie, 1899. 1 vol. avec portrait
— L’hygiène Scolaire. Conférence faite à Paris le 23 ami 1905, sous les auspices de la Revue scientifique. Paris, Editions de la revue Politique et Littéraire, 1905. 1 vol.
— Leçons de clinique médicale. Psychoses et affections nerveuses. Avec 52 figures dans le texte. Paris, Octave Doin, 1897. 1 vol.
— Leçons de clinique médicale. Psychoses et affections nerveuses. Avec 52 figures dans le texte. Paris, Octave Doin, 1897. 1 vol.
— Le langage intérieur et les diverses formes de l’aphasie. Deuxième  édition, revue. Paris, Félix Alcan, 1888. 1 vol. in-18, XVI p., 174 p. Dans la « Bibliothèque de Philosophie Contemporaine ».
— Rapports de l’hystérie et de la folie. Suivi de la discussion. Extrait du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes… Paris, 1894. 1 vol.
— Rapports de l’hystérie et de la folie. Rapport au Congrès des Médecins aliénistes et neurologistes de France et des Pays de Langue française, session de Clermont-Ferrand en 1894.-Clermont-Ferrand, G. Mont-Louis, 1894. 1 vol
— (avec Monier-Vinard). Délire hallucinatoire avec idées de persécution consécutif à des phénomènes de médiumnité. Article paru dans les « Annales médico-psychologiques », (Paris), soixante et unième année, huitième série, tome dix-huitième, septembre 1903, pp. 271-281. [en ligne sur notre site]
— Traité de pathologie mentale. avec la collaboration de D. Anglade,  F. L. Arnauld, H. Colin, E. Dupré, A. Dutil, J. Roubinovitch, J. Séglas, Ch. Vallon. avec 215 figures dans le texte et 6 planches en chromolithographie hors texte. Paris, Octave Doin, 1903-in-8°, 2 ffnch., XIV p., 1600 p.

[p. 264]

Sur un cas de délire de médiumnité.

par MM. GILBERT BALLET et DHEUR.

L’observation que nous communiquons est celle d’un malade que pendant près d’un an nous avons suivi à la Maison de santé d’Ivry.

Cette observation nous a paru intéressante en ce sens que le malade a été en proie à un délire uniquement alimenté par des idées et des manifestations spirites, et que son état mental semble n’être que l’exagération, le grossissement de l’état mental ordinaire du médium.

Le malade est un jeune docteur en médecine qui analyse et décrit admirablement les phénomènes qu’il a éprouvés.

Quand on étudie au point de vue de sa physiologie pathologique l‘état mental des médiums, on voit qu’il résulte d’une désagrégation plus ou moins complète de la personnalité avec intervention des phénomènes sub­conscients et hallucinations consécutives.

Sans entrer dans des développements qu’on trouve dans les divers ouvrages publiés sur la matière, notam­ment dans ceux de Pierre Janet, de Myers, de Charles Richet, etc., nous l’appellerons seulement que le caractère essentiel de cette désagrégation est la formation dans l’esprit de deux groupes de phénomènes, constituants, l’un, la personnalité ordinaire (personnalité consciente), l’autre, une personnalité seconde, complètement ignorée de la première (personnalité subconsciente).

La personnalité consciente du médium attribue à un être imaginaire (esprit) les phénomènes qui résultent de l’Intervention de sa personnalité seconde qu’il ignore. Si la volonté subconsciente fait mouvoir le pied de la table tournante, c’est l’esprit qui est supposé intervenir ; si la main trace des caractères par écriture automatique c’est encore l’esprit qui agit (médium écrivain) ; si le sujet éprouve des hallucinations auditives (médium entendant), la part qui revient au subconscient dans ce phénomène est encore et toujours attribuée à l’esprit.

Or, ce qu’on observe couramment chez les simples [p. 265] médiums, qui sont nombreux, c’est aussi ce que l’on observe, mais considérablement grossis, chez ceux d’entre eux (et ils sont peut-être plus nombreux qu’on ne pense) qui se présentent avec la physionomie de véri­tables délirants.

Qu’un médium (et c’est le cas du nôtre) ne se contente pas d’entendre la voix d’un esprit, mais qu’il lui obéisse au point de se livrer aux actes les plus ridicules ou les plus dangereux, qu’il prenne, pour obéir à l’ordre donné, pendant des heures, des attitudes singulières…, qu’il tente de se jeter par la fenêtre, on de se couper la gorge, on n’hésite pas à le tenir, et avec raison, pour un « aliéné».

Cependant il n’y a pas de différence fondamentale entre le trouble mental de cet « aliéné » et celui du médium le plus vulgaire.

C’est ce que démontre, croyons-nous, l’observation qui suit :

  1. P … est docteur en médecine, âgé de vingt-huit a11 … Nous l’avons eu en traitement à la Maison de santé, à Ivry, du mois de janvier au mois de novembre 1901.

Antécédents héréditaires. — Son père était coléreux et auto­ritaire. Sa mère rhumatisante et nerveuse. Une tante pater­nelle a été frappée d’amnésie à la suite d’un chagrin. Un de ses frères est très émotif et croit au spiritisme. Un autre frère ainsi qu’une sœur sont morts en bas âge, après avoir été sujets à des convulsions.

Antécédents personnels. — On ne note aucune affection grave dans la jeunesse. Élève très intelligent, il commençait sa médecine à seize ans et demi. Bon catholique, il perdit la foi rapidement sous l’influence des doctrines évolutionnistes et matérialistes dont il devint imbu.

Cependant il ne fut jamais un adversaire déclaré de sa reli­gion première.

Histoire de la maladie. — C’est environ quatre mois avant son entrée à la Maison de santé qu’il vit pour la première fois une table se mouvoir par l’application des mains et, dès cette première séance, il resta stupéfait du résultat obtenu. Rentré chez lui, il ne put résister au désir immédiat de renouveler l’expérience en compagnie de sa femme et fut aussi charmé qu’étonné d’obtenir, grâce à la typtologie, une communication intelligente avec les esprits.

Quelques jours plus tard, il fut à une réunion spirite et là il [p. 266] vit des apports d’objets, des phénomènes de lévitation, des empreintes prises dans le plâtre, une table s’élever à deux mètres de hauteur et retomber couverte d’une brassée de vio­lettes odorantes.

Ses convictions matérialistes déjà ébranlées s’effondrèrent d’un seul coup. Il se mit à étudier les principaux ouvrages spirites, s’enthousiasma pour la doctrine de la réincarnation et voulut, lui aussi, devenir médium écrivain. Il acheta une planchette spéciale pour cet usage, mais n’obtint que de piètres résultats.

Par contre, il entendit bientôt dans sa tête une voix.

Cette voix fut d’abord celle d’un prêtre d’Isis qu’il avait évoqué, puis celle de son père, enfin celle d’une quantité d’esprits différents.

Dès lors, il abandonna la planchette comme inutile, se croyant médium intuitif, semi-mécanique, c’est-à-dire capable de percevoir directement la pensée des esprits et d’écrire sous leur direction.

Bientôt les esprits devinrent pour lui de véritables tyrans, lui donnant des ordres aussi incessants que puérils et qu’il devait exécuter en aveugle.

Il se crut un moment le pouvoir de prédire le présent et l’avenir, fit des progrès considérables en typtologie, chercha à devenir médium musicien et à obtenir les diverses médiumni­tés.

Un peu de calme était cependant revenu dans son esprit à la suite des excellents conseils d’un de ses amis et confrères, lorsqu’il fut invité à un dîner et, ayant eu occasion de boire un peu plus que de coutume, ses idées reprirent bientôt avec plus de force que jamais. Le soir même de ce dîner, il y eut une discussion très vive sur le spiritisme. Rentré chez lui, la voix lui annonça qu’il était possédé par les esprits infernaux. Une lutte terrible s’engagea entre les bons et les mauvais esprits, les bons esprits lui conseillant de prier, de se pincer la figure, de se donner des coups de couteau, d’enflammer ses vêtements de se jeter par la fenêtre… et effectivement il chercha à faire et réussit en partie à exécuter ce qui lui était commandé. On fut obligé de le maintenir de force. Cet état dura quatre jours, au bout desquels on se décida à le conduire à la Maison de santé.

La première nuit passée à la Maison de santé est bonne. Aussi, le lendemain, nous le trouvons plus calme ; il est à genoux dans sa chambre et prie avec ferveur, les mains jointes, sur un verre d’eau qu’il veut transformer en or. L’esprit lui a expliqué, en effet, qu’il a été conduit ici pour développer sa médiumnité, afin de convaincre les incrédules par des miracles. Il lui a donné du reste des conseils très précis sur la façon de [p. 267] procéder pour développer chez lui ses diverses médiumnités, pour obtenir des matérialisations et des apports.

Mais le calme est de peu de durée : bientôt recommencent les tentatives de suicide sous l’influence des voix qui lui reprochent son manque de persévérance et sa lâcheté.

Ce n’est que vers la fin du mois que reparaît le calme, à mesure que les hallucinations deviennent moins fréquentes. Il cause alors volontiers avec nous et, bien que conservant la plus grande partie de ses convictions, il ne se fait nullement prier pour nous donner quelques renseignements et semble même heureux de cette période de repos qui lui permet de discuter son cas.

Parfois, dans nos conversations, le doute semble péné­trer dans son esprit, il nous remercie du soin que nous prenons de le tirer de ses erreurs, mais, dit-il, lorsqu’il entend ses voix, il ne peut s’empêcher d’y croire. Ces voix sont purement intérieures, il ne les a jamais entendues que dans sa tête, bien qu’il reconnaisse très bien les diverses personnes qui lui parlent. Celles-ci sont, du reste, des plus variables.

Pour les personnes qu’il n’avait jamais connues, tels que le Christ et les divers esprits, il y a dans le timbre, le ton et la rapidité d’élocution des différences assez notables pour lui per­mettre de les distinguer entre elles. Les sujets de conversation tenus par les esprits affectent depuis quelque temps un carac­tère nettement moralisateur, cherchant de toutes façons à l’améliorer, au point de vue moral, en même temps qu’à déve­lopper ses qualités médiumniques.

Les premiers essais comme médium écrivain n’avaient pas donné de résultats appréciables ; nous lui demandons des renseignements sur les essais suivants et voici ce qu’il nous répond : « Lorsque j’écrivis pour la seconde fois sous l’influence de l’esprit, je m’étais mis dans la position de l’écriture et j’at­tendais. Or, le premier mot que j’écrivis, il me sembla tout d’un coup l’entendre dans mon cerveau ; il arrivait, à la sur­face de mon entendement, comme malgré moi, telle une bulle de savon arrivant à la surface de l’eau an début de l’ébul­lition ; ma main écrivait naturellement, sans fatigue, plus ou moins vivement, suivant la rapidité des pensées. Je savais à l’avance que j’écrivais, mais ce n’est pas moi qui pensais, j’écrivais souvent les yeux fermés, sans hésitation, sans rature. »

Pendant les derniers jours du mois de janvier, l’état du malade semble s’être sensiblement amélioré. Si les hallucina­tions sont très fréquentes, elles semblent du moins avoir perdu près du malade quelque autorité.

M. P… veut suivre nos conseils, il veut résister aux voix et il [p. 267] leur résiste. Il dit qu’il n’y à que deux conduites différentes à tenir pour sortir de la Maison de santé.

La première suppose qu’il est réellement malade et consiste a opposer une résistance ferme à tout ce que lui suggèrent la voix, jusqu’à complète guérison ; la seconde suppose qu’il est médium et que ses voix ne sont pas des hallucinations ; alors il ne lui reste plus qu’à obéir, à prier et à faire pénitence, afin d’obtenir la permission de faire un miracle et de pouvoir ainsi nous convaincre.

Tandis qu’il avait suivi jusqu’à présent la première voie, nous allons le voir, à l’avenir, mettre tout son espoir dans la seconde.

Dès les premiers jours de février, en effet, il cherche à pas­ser des nuits entières en prières, écoutant et provoquant ses voix, leur obéissant aveuglément, faisant de la propagande spirite. Les hallucinations se sont développées à un tel point que dans plusieurs conversations ce n’est pas lui qui parle, il ne fait que répéter textuellement ce que lui dictent son père ou les esprits.

Nous ne saurions reproduire ici, à cause de leur longueur, quelques-unes de ces conversations, que nous avons cru intéres­sant de conserver, étant donné que ce sont le plus souvent des discussions engagées entre nous et les esprits sur les doctrines spirites ; mais nous pouvons ici franchement avouer qu’avec l’esprit on n’a jamais le dernier mot, ce qui ne veut pas dire, du reste, qu’ils se montrent toujours particulièrement éloquents ou même rigoureusement logiques.

Entre-temps reparaissent les idées et même les tentatives de suicide, puis vers la fin du mois il se calme à nouveau tout en gardant les mêmes convictions délirantes.

Sauf ses prières du matin et du soir qui sont un peu prolon­gées, sa conduite est bientôt irréprochable.

Il dit qu’il est devenu meilleur, et, en effet, il cherche à consoler et à soigner les malades qui l’entourent, fait promener les uns, cherche à faire promener les autres ; il est sobre de gestes, sa parole est onctueuse et sa mine sévère. Il s’occupe de méde­cine, lit avec intérêt les articles traitant des hallucinations et constate que le travail et les distractions l’empêchent d’entendre ses voix ; il reste pourtant toujours convaincu qu’il est médium.

Une modification se produit depuis quelque temps dans ses hallucinations qui semblent parfois adopter la forme psychomotrice. Nous notons que chez lui, la représentation mentale d’une voix est presque égale comme intensité à une hallucina­tion ; mais, chose assez curieuse, tandis qu’il ne se représenta une voix donnée qu’avec son timbre de voix à lui, ses halluci­nations auditives (psychiques) ont un timbre particulier qui [p. 269] n’est pas le sien, même lorsqu’il s’agit de personnes qu’il n’a jamais connues.

Dans le courant du mois d’avril, il recommença à prier et à suivre tous les conseils que lui donnent ses voix. Devant nous, il se met à genoux, fléchit brusquement le corps, puis étend les bras en croix et prie à haute voix. Si on veut le faire relever, il se fâche, menace et frappe les gardiens.

Il ne parle que d’après ce que lui dicte sa voix intérieure. On le voit souvent hésiter sur certains mots pour atteindre la fin de la phrase qu’il doit prononcer et que l’esprit n’a pas encore eu le temps de lui donner en entier. A d’autres moments, c’est Dieu ou son père qui parle directement par sa bouche. Sa per­sonnalité alors s’efface complètement, il ne traduit plus comme précédemment en traduction libre ce qu’on lui dicte ; mais il reproduit machinalement et sans hésitation les paroles, parlant de lui-même à la troisième personne, comme si c’était un étran­ger qui parlait par sa bouche.

Il se reproche amèrement sa faiblesse passée, sa résistance aux ordres qui lui ont été donnés et, prenant à tout bout de champ l’attitude de la prière, précédemment décrite, s’accuse sans cesse en des plaintes, des lamentations, des révoltes contre lui-même et contre son misérable corps, qui n’en finissent plus.

Il devient violent dans ses paroles et dans ses écrits, s’excite et en vient facilement aux coups lorsqu’on ne l’eut pas croire à sa médiumnité.

Puis le calme revient dans son esprit, et nous le voyons pendant un grand mois tout aussi convaincu, mais ne manifestant sa conviction délirante par aucun acte excentrique.

Ses hallucinations sont aujourd’hui des hallucinations nette­ment psychomotrices. Son père et les esprits le font parler, font mouvoir sa langue et ses lèvres, il n’entend plus son ancienne voix de la tête que lorsqu’il fait des efforts pour retenir sa langue.

Par ce nouveau moyen de communication, les esprits lui font faire des prophéties qui le stupéfient et qui, en réalité, sont absolument enfantines.

Il veut redevenir médium écrivain et nous présente des papiers couverts d’une écriture ressemblant plus ou moins vaguement à celle de son père et dans lesquels se trouvent des conseils moraux  à l’adresse du malade.

Ayant entendu parler d’un médium dessinateur, il veut en faire autant. Le dessin qu’il nous présente consiste en une série de courbes concentriques, dans lesquelles il croit reconnaître une figure. Nous lui avons bander les yeux et nous constatons aussitôt que sou crayon hésite, il ne sait plus ce qu’il veut faire. [p. 270]

Puis au mois d’août, éclate une crise d’une violence extrême ; il lutte avec les gardiens, la voix de son père lui dit de frapper, d’insulter, de cracher à la figure de ceux qui sous prétexte de le guérir, l’empêchent de propager le spiritisme. Il cherche à se faire du mal en guise de mortification et marmotte sans cesser des prières.

Cet état dure jusqu’au 1er octobre, époque à laquelle il se met à causer avec nous comme il le faisait antérieurement.

Il essaye d’abord de nous convaincre et nous conduit à sa chambre, nous disant qu’il va nous faire assister à un apport d’objets. Il se place devant sa table, fait trois invocations, puis, grossièrement, maladroitement, la fait marcher. Celle-ci ne donne que des réponses vagues, contradictoires, et au bout d’un quart d’heure nous sommes obligés de nous retirer sans avoir pu voir ce que c’était qu’un apport.

Il veut sortir à tout prix, et cela pour propager le spiritisme. Il renonce à la médecine, il renonce à sa femme, il renonce complètement au monde pour se consacrer tout entier à propager sa nouvelle foi.

Il s’est fait complètement raser, porte les cheveux coupés très courts, parle sur un ton grave et incisif, n’admettant aucune discussion, la contradiction ne faisant naître chez lui qu’un sourire de pitié. Du reste, si ce n’était son aspect sévère, sa préférence était pour les conversations roulant sur la poli­tique et la religion ; lorsqu’il n’expose pas ses idées spirites, il pourrait passer pour une personne presque normale.

Les hallucinations sont restées les mêmes ; cependant, pendant ses périodes d’excitation, à plusieurs reprises, il a eu des hallucinations visuelles élémentaires. En même temps qu’il entendait sa femme, il voyait un beau globe de feu qui n’était autre que l’âme de celle-ci.

La propagande spirite l’occupe uniquement, il consulte le Bottin, les Petites Affiches, recueille des titres d’ouvrages, des articles de journaux, écrit de nombreuses lettres, pensant prochainement pouvoir poser sa candidature comme député socialiste chrétien.

Le malade nous quitte dans cet état le 16 octobre pour être transféré dans un autre établissement.

Nous l’avons dès lors perdu de vue, mais nous savons qu’il a été remis en liberté peu de mois après son transfert, et un mot de lui que nous avons reçu ces jours derniers semblait indiquer un état mental satisfaisant.

Quoique les observations de ce genre soient souvent intéressantes par les détails qu’elles contiennent, nous [p. 271] avons fait notre possible pour la réduire à des propor­tions raisonnables.

Nous ne voulons donc pas la résumer à nouveau et analyser tour à tour les caractères de la conviction déli­rante, la désagrégation progressive de la personnalité et l’augmentation croissante des hallucinations.

Ce sont là les éléments mêmes qui constituent la caractéristique de l’état mental de tous les médiums ; ils se sont développés ici de la même manière, donnant lieu aux mêmes phénomènes que chez les médiums simples.          .

La seule chose qui, à notre avis, distingue ce médium partiellement délirant des médiums ordinaires, c’est cette obéissance passive aux ordres que lui donnent les esprits, obéissance qui aboutit à des tentatives suicides et homicides, au refus complet d’alimentation, à des actes d’une extrême violence, à des prières sans fin dans des attitudes étranges. Lorsqu’il résiste aux ordres qu’il reçoit, ainsi que cela lui est arrivé à plusieurs reprises, l’on pourrait presque dire qu’il cesse momen­tanément d’être médium aliéné pour redevenir simple médium.

N’y a-t-il donc entre ces deux états qu’une question de degré ?

C’est certes là une question délicate, mais tout semble, dans cette observation, l’indiquer.

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