Encore la « possédée » de Grèzes. 1902.

GREZES20002Encore la « possédée » de Grèzes? Article parut dans la « Revue des Etudes psychiques – Publication mensuelle », (Paris), 2e série -2e année, 1902, pp. 221-223.

Pour faire suite à l’article : :La religieuse « possédée » de Grèzes Mordus par le « diable ». — Parlant des langues ignorées. Article parut dans la «  Revue des Etudes Psychiques – Publication mensuelle », (Paris), 2e série -2e année, 1902, pp. 170-173. [En ligne sur notre site].

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Nous avons gardé l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de l’original. – Par commodité nous avons renvoyé la note originale de bas de page en fin d’article. Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

Revue des Etudes Psychiques
Publication mensuelle

[p. 221]

Encore la « possédée » de Grèzes

Dans notre dernier numéro, nous disions que l’on pouvait prévoir que la démonomane de Grèzes ne serait pas complètement étudiée. Nous entendions dire par là que l’on s’occuperait des phénomènes explicables qu’elle présente, tels que les stigmates, et en général ceux que l’on peut et l’on doit attribuer à l’auto-suggestion, mais que l’on éviterait d’étudier des phénomènes plus étranges, plus inexplicables, tels que la lecture de la pensée, la vision d’objets cachés, le fait de parler des langues ignorées, etc.

Pour être juste, il faut reconnaitre qu’il ne serait peut-être, pas si aisé que çà d’obtenir des personnes dont la sœur Saint-Fleuret est entourée, la permission d’étudier la malade d’une façon approfondie.

Toutefois, l’on peut apercevoir dans tout ce qu’on a dit et écrit à ce sujet, la préoccupation de n’admettre que certains phénomènes, à l’exclusion de certains autres.

A ce sujet, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler qu’il y a une trentaine d’années, les « savants » n’avaient pas de railleries suffisantes contre les simples d’esprit qui pouvaient croire à des fraudes et à des mensonges aussi effrontés que ceux se rapportant aux stigmates. L’on peut lire ce que disait le Dr Karsch, après avoir étudié les stigmates de Catherine Emmerich, vers 1850, et le grand Wirchow lui même au Congrès de Médecine de Breslau, en 1874, au sujet des stigmates de Louise Lateau. Lorsque, en 1887, le Dr Moll lut à la Société de Médecine de Berlin, un rapport sur les stigmates artificiels, obtenus dans l’hypnose par la suggestion, la salle eut un instant de douce hilarité. Les savants non officiels : les Jacques de Vorage, les Corneille Agrippa, les Jordan Bruno avaient expliqué cela il y a quelques siècles, comme le marquis de Puységur avait expliqué presque tous les phénomènes du somnambulisme artificiel, découvert ensuite par Braid – et par M. le Dr Edgar Bérillon. [p. 222]

Au sujet de la démonomane de Grèzes, un correspondant extraordinaire du Temps –évidemment un médecin, – écrit à ce journal : « Quant au don des langues, est-il besoin de dire qu’il n’existe pas ? » Malheureusement, ce témoignage, présenté en une telle forme, a tout l’air d’une affirmation a priori ;« Cela n’est pas possible ; donc !… »

La supérieure du couvent a dit à un rédacteur de Journal : (23 juin) :

– Il est inexact que sœur Saint-Fleuret parle des langues qu’elle ne sait pas. Mais elle a compris des parlers lointains des missionnaires, le caraïbe avec Mgr Livinac, le chinois avec Mgr Vie.

Le Dr Séguret, qui soigna longtemps sœur Saint-Fleuret, dit, à son tour, à un rédacteur du Français (22 juin) :

« Voici ce qui m’a été raconté. Mgr Livignac, originaire de la contrée et évêque in partibus, attiré par les merveilles que l’on contait de la sœur Saint-Fleuret, vint la voir. Il la questionna, la poussa et, comme elle l’étonnait, il voulut faire une expérience extraordinaire. Certains idiomes sauvages lui sont familiers, car ses missions l’ont conduit dans les pays les plus lointains. Il eut l’idée de poser à la malade une question en langue caraïbe. La sœur lui répondit par le mot qui signifie, bonjour dans cette langue. A la vérité, je n’étais pas présent à la séance, mais la chose m’a été rapporté par des témoins entièrement dignes de foi, et je la tiens pour certaine …

Tout cela est assez facile à expliquer. Mgr Livinac a parlé en caraïbe à la malade et il a attendu la réponse. Très probablement, en cette minute, il avait présent à l’esprit quelques mots en caraïbe qu’il connaît très bien et qui lui remontait à la mémoire. Il a pensé sans y prendre garde le mot « bonjour », tel que ces sauvages le disent dans leur parler, et il l’a transmis à la malade, au sujet, qui l’a aussitôt prononcé. Car, avec toute l’école de la Salpêtrière, je crois à la transmission de la pensée. C’est un phénomène de suggestion, très naturel et très connu.

« On a dit aussi que la sœur distinguait l’eau bénite de l’eau ordinaire. C’est près possible. Si un individu tient devant elle une fiole d’eau bénite dans une main et une fiole d’eau ordinaire dans l’autre, la malade pourra peut-être désigner l’eau bénite. Ceci simplement parce que celui qui tiendra les deux fioles [p. 223] pensera plus fortement à l’eau bénite qu’à l’autre : il transmettra ainsi sa pensée, même sans le vouloir. C’est de la suggestion. »

Le rédacteur du Français, M. Gaston Stiegler, fait la remarque suivante :

« Le docteur Séguret ne savait pas que j’avais fait moi-même une expérience inutile avec de l’eau bénite. »

Seulement ce n’était pas le docteur qui se trompait ; c’était le journaliste. En effet, M. Séguret dit « qu’en état de crise – mais seulement alors – sœur Saint-Fleuret distingue les objets consacrés de ceux qui ne le sont pas : hostie, eau bénite, etc. » (Voir le Journal du 23 juin). M. Stiegler n’avait pas vu la religieuse au cours de l’une de ses crises.

Il aurait fallu expérimenter, comme il est d’usage en pareils cas, en arrangeant les choses de telle manière que la personne qui tient, par exemple, la fiole d’eau ordinaire ct celle d’eau bénite, ne connaisse pas elle-même l’une de l’autre. Peut-être cela a été fait, mais il n’en a pas été question dans les journaux.

En tout cas, il est toujours remarquable de voir comme on s’arrange bien pour tout expliquer par la lecture de la pensée quand on ne peut s’en passer. Presque tous y croient, désormais, et le temps approche où il faudra absolument que l’Université se décide à en faire la découverte, aussi surprenante qu’inattendue.

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1 commentaire pour “Encore la « possédée » de Grèzes. 1902.”

  1. bernard DahanLe dimanche 11 janvier 2015 à 23 h 06 min

    J’ai lus cet article avec un intérêt particulier