Pierre Gannouchkine. La volupté, la cruauté et la religion. Article paru dans les « Annales médico-psychologiques », (Paris), LIXe année, 8e série, tome XIV, novembre-décembre 1901, pp ; 353-375.

Jean IV Le Terrible

Jean IV Le Terrible

Pierre Gannouchkine. La volupté, la cruauté et la religion. Article paru dans les « Annales médico-psychologiques », (Paris), LIXe année, 8e série, tome XIV, novembre-décembre 1901, pp ; 353-375.

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LA VOLUPTÉ

LA CRUAUTÉ ET LA RELIGION

Par le Dr Pierre GANNOUCHKINE
de Moscou (Russie).

Les phénomènes pathologiques ne sont que des phénomènes physiologiques exagérés.
LOBSTEIN.

L’état de maladie peut seul donner la clef de plusieurs phénomènes de l’ordre moral affectif et intellectuel ; seul, il nous en dévoile la véritable nature.
M.MOREAU (de Tours).

La religion n’empêche ni le vice ni le crime ; elle sert même quelquefois de prétexte à l’un et à l’autre.
CORRE.

Trois sentiments, parfaitement différents de prime abord, — le sentiment de méchanceté, le sentiment de l’amour sexuel et le sentiment religieux : (l), — se basant sur [p. 354] une quantité de faits et considérations, se trouvent être très rapprochés ; dès que leur intensité s’aggrave, spécialement pour les cas où la méchanceté se transforme en cruauté, en férocité, l’amour sexuel en volupté, et le sentiment religieux en fanatisme ou en mysticisme, ces trois sentiments coïncident ou du moins s’entremêlent sans bornes marquées.

Il est bien évident que les faits et les considérations qui nous permettent d’exposer cette thèse forment trois groupes : 1e nous devons prouver la connexion du sentiment religieux et de l’amour sexuel ; 2e de l’amour sexuel et du sentiment de méchanceté ; 3e du sentiment religieux et du sentiment de méchanceté. Si de cette manière, nous pouvions prouver la connexion de chacun de ces groupes de sentiments, alors, évidemment, la connexion de tous ces sentiments ensemble serait prouvée ; dès lors, la principale partie de notre problème serait résolue. Nous accordons d’avance que pour la solution de notre problème nous n’avons pas recueilli assez de faits ; mais nous nous permettons de croire que l’essentiel ne réside pas tant dans la qualité des faits que dans ce que ceux-ci mêmes nous disent.

I

A Rome, à l’église de « Santa Maria della Vittoria », se trouve un groupe de Lorenzo Bernini, de Naples (1698-1680), qui représente sainte Thérèse gisant sans connaissance sur un nuage de marbre et un ange qui s’apprête à lui tirer dans le cœur une flèche de l’amour [p. 355] mystique. « Il n’est pas nécessaire d’expliquer, dit a ce sujet Lubke, que l’extase religieuse présente dans ce cas un caractère de sensualité, non pas parce que l’artiste l’aurait voulu, mais il cause de l’état psychologique naturel auquel est, ordinairement, soumise toute inclination religieuse trop tendue. Si nous essayons de trouver d’où provient cette atmosphère imprégnée de volupté, nous serons obligés de reconnaître que ses premiers germes sont distinctement visibles dans les tout derniers travaux du Corrège, où les regards des madones et des saints ont une expression trop terrestre. »

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De cette manière, l’idée d’une connexion entre le sentiment religieux et le sentiment sexuel (2) a aussi pénétré dans l’art (3). Si nous voulions rechercher à quelle époque cette idée a commencé à se réaliser, nous devrions nous reporter à l’antiquité la plus reculée, peut-être même an temps où le sentiment religieux venait de naître chez l’homme. « La grave antiquité, dit P. Moreau (de Tours) (4), attachait donc une idée [p. 356] religieuse aux signes qui nous semblent aujourd’hui obscènes ou ridicules… A Babylone, dans la Phénicie, à Hiéropolis, en Arménie, etc., toutes les femmes devaient accomplir le sacrifice amoureux sur un autel spécial (5). Le même usage existe encore de nos jours dans une foule de provinces de l’Hindoustan, de Ceylan, dans les îles de la Polynésie, de Taïti en particulier. Les Egyptiens, les Grecs, les Romains avaient un grand nombre de fêtes dans lesquelles régnait la débauche la plus effrénée. De nos jours, dans les Indes, où les traditions religieuses se sont maintenues dans toute leur pureté, les fêtes que l’on nomme « fêtes de Sakty-Poudja, ou mystères de la fécondation universelle », reproduisent tout ce que l’on peut rêver d’horreurs et d’infamies contre nature, entourées de toute la pompe des cérémonies hindoues. »

An moyen âge il y avait aussi toute une série de sectes religieuses fanatiques, chez lesquelles la confusion de la religion et de l’amour apparaissait d’une manière très caractéristique. Ainsi les Nicolaïtes prêchaient l’absence de toute pudeur dans les fonctions sexuelles, et enseignaient que toutes les passions, même les plus grossières et les plus basses, sont utiles et saintes ; les Adamites enseignaient que la pudeur doit être sacrifiée à Dieu ; enfin, nous devons mentionner encore une secte érotique, les Picardistes, qui, plus tard, reparut encore une fois en France sous le nom de « turlupins » (6). On peut suivre l’existence de pareilles sectes jusqu’à notre temps. Ainsi, Eva Buttlar [p. 357] (XVle-XVIIIe siècles) a fondé à Hessen « la secte religieuse philadelphique », qui prêchait l’unification de l’esprit et de la chair ; de même, au commencement du XIXe siècle, les pasteurs Ebel et Distel ont fondé à Koenigsberg la secte des « monkkers », qu’on a. accusés d’avoir caché la débauche sous le masque de la religion ; de même nature est la secte des « Khlisti », qui existe encore aujourd’hui en Russie, dont les membres, pendant leurs cérémonies religieuses nommées « les empressements (radiénia) )) tombent dans une telle extase qu’ils se livrent à la débauche la plus effrénée. La vie des couvents est excessivement riche en exemples de ce que non seulement on y priait avec ferveur, mais qu’à l’occasion on s’y livrait aux orgies les plus extravagantes, où l’union religieuse mystique des sexes menait à une union d’ordre moins spirituel.

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Ecstatic ritual of Khlysts

Aussi n’est-ce pas sans raison que dans beaucoup de pays persiste jusqu’à, présent le bruit que tel on tel couvent de femmes est uni par un passage souterrain au monastère d’hommes voisin (7). La vie des saints (8) ne manque pas non plus de pareils exemples où l’instinct sexuel occupait une place prédominante. Ainsi le fanatique Lovat, qui s’est crucifié à Venise en 1805, s’est coupé les organes sexuels, et les a jetés par la fenêtre.

La nonne Agnès Blanbekin était toujours tourmentée par l’idée de savoir ce qu’était devenue la partie du corps de Jésus-Christ enlevée lors de sa circoncision. Sainte Catherine de Gênes souffrait souvent d’une telle [p. 358] chaleur intérieure, que, pour se tranquilliser un peu, elle se couchait par terre et criait : « De l’amour, de l’amour, je n’en puis plus ! » ; elle avait un si grand attachement pour son confesseur, qu’une fois en approchant de son nez la main de ce dernier elle sentit une odeur qui lui pénétra dans le cœur : « une odeur divine », disait-elle, « qui peut réveiller les morts ». Sainte Armelle et, sainte Elisabeth souffraient du même feu amoureux. Enfin sont ‘bien connues les tentations douloureuses de caractère sexuel, dont souffraient les saints, comme par exemple saint Antoine, l’ermite. On pourrait sans peine citer une quantité d’autres exemples semblables.

Les médecins et, spécialement, les psychiatres ont depuis longtemps prêté leur attention à cette intimité des sentiments religieux et sexuels ; les psychiatres, plus que tous autres, ont pu fixer la connexion des phénomènes en question. L’époque du sentiment religieux le plus prononcé est l’époque du développement sexuel (Neumann, Krafft-Ebing), quand des sensations toutes neuves et étrangères exigent une objectivité quelconque (Krafft-Ebing). « Le fanatisme religieux, dit Maudsley (9), revêtant une forme maladive, est souvent accompagné d’une volupté morbide) tandis que chez certaines femmes, et surtout chez des femmes non mariées et stériles, la disposition religieuse est liée aux maladies de l’utérus. » La connexion entre l’excitation religieuse et l’excitation sexuelle a été signalée par Fries, Friedreich. Meynert (10), Marc, Régis, Loyseau, Bronardel, [Probablement Brouardel ?] [p. 359] Lombroso, Ball, Moreau (11), etc. La folie religieuse (paranoïa religiosa) est bien souvent liée aux maladies des organes sexuels, et dans les tableaux de cette folie les hallucinations de caractère sexuel, la masturbation et toutes sortes d’excès sexuels ont une place tellement constante et marquée, qu’on en peut trouver l’indication dans chaque manuel élémentaire de psychiatrie. Friedreich (12) cite le cas d’un malade atteint de mélancolie religieuse ; avant le commencement et pendant la durée de la maladie, le malade souffrait de pollutions très fréquentes ; quand ces pollutions ont cessé, la maladie mentale s’est déterminée. Icard (13) rapporte toute une série de cas de folie religieuse qui coïncidaient oul avec la période du développement sexuel, avec le commencement des menstrues, ou avec la suppression temporaire des menstrues, ou enfin avec la ménopause. Ainsi les deux faits suivants sont bien instructifs pour le cas qui nous intéresse.

« I. Enthousiasme religieux, hallucinations, envies d’entrer au couvent, et autres troubles psychiques revenant périodiquement chez une dame qui avait été réglée à dix-huit ans, et dont les menstrues, d’abord peu abondantes, cessèrent complètement un an plus tard. L’application prolongée de courants d’induction sur l’utérus amena, à la fois, le retour des règles et la bonne santé antérieure. «

« II. Une fille de vingt ans, après une suppression totale des menstrues, tomba dans l’exaltation religieuse, et devint très agitée. Avec un traitement approprié, le flux sanguin reparue, et la guérison s’effectua progressivement. »

« Le lien entre la folie religieuse et les organes sexuels, dit Friedreich , est tellement évident, que [p. 360] même ces éléments qui influent sur les organes sexuels peuvent aussi provoquer cette forme de maladie mentale. C’est comme pour le datura. Sauvages cite quelques cas intéressants qui ont été engendrés par l’emploi de cette plante et qui se sont manifestés principalement en forme de folie religieuse-mystique. » Nous nous arrêterons dans le domaine de la psychiatrie encore sur deux exemples qui, par leur relief, ont à peine leurs équivalents. En premier lieu, c’est la prière d’une hystérique que rapporte le même Friedreich.

Cette prière est adressée à saint Emmanuel : « Oh ! si je te trouvais, divinement bon Emmanuel, si tu étais étendu sur mon lit, mon corps et mon âme se réjouiraient ; viens, que mon cœur te serve de refuge, repose ta tête sur ma poitrine, etc. Une autre observation, encore plus intéressante, est rapportée par J. Moreau (de Tours) dans son ouvrage célèbre, La Psychologie morbide. Il cite les lettres de la malade M. X… qui écrit de « l’amour divin qui pénètre et enflamme toutes les parties de son corps ainsi que son âme… Ue nuit, bien éveillée, je me sentis suspendue dans toutes mes jouissances, croisant, comme malgré moi, mes bras sur ma poitrine, et attendant dans une sorte de frayeur ce que le Seigneur allait dire. Je le vis très réellement tel qu’il est dépeint au Cantique des cantiques, mais complètement dépouillé de vêtements. Il s’étendit près de moi, mit ses pieds sur mes pieds, croisa ses mains avec les miennes, élargit sa déchirante couronne où il serra ma tête avec la sienne ; puis, tandis qu’il me faisait vivement ressentir les douleurs de ses clous et de ses épines, passant ses lèvres sur les miennes, et me donnant le plus divin baiser d’un époux divin, il m’inspira dans la bouche un souffle délicieux qui, versant en tout mon être une vigueur rafraîchissante, le réjouit partout d’un tressaillement incomparable. » [p. 361]

Il ne faut donc pas nous étonner de la baronne Krudener, qui s’écrie tantôt : « L’amour, c’est moi », tantôt : »Le ciel, c’est moi, ni de la malade de Morel, citée par M. Ritti (La folie à double forme), qui se croit tour à, tour religieuse ou prostituée ; le lien entre les phénomènes examinés est une chose si constante, que, suivant l’opinion de Ball (14), « on pourrait croire que ce sont les mêmes cellules qui président aux deux phénomènes. »

II

Si l’idée de parenté entre le sentiment religieux et sexuel a, comparativement, peu pénétré dans l’art ; si cette idée a été, comparativement, peu usitée par les poètes et les artistes, — il en est tout autrement de la question de l’intimité entre le sentiment sexuel et la cruauté. La peinture, la sculpture et la poésie, le roman contemporain et le drame se sont si souvent occupés de cette question, ont si largement touché ces motifs, qu’il serait insensé d’en parler dans un petit article, car il y a suffisamment de matière pour un livre entier. L’histoire, de même, nous a donné trop d’exemples frappants de cette intimité entre la cruauté et la volupté pour qu’on puisse les examiner en détail (15). Nous nous contenterons des matériaux que nous fournit la psycho-pathologie et l’anthropologie criminelle. On peut [p. 362] estimer comme constaté que, chez une très grande partie des gens, le mal qu’ils causent aux antres (16) provoque le sentiment de volupté ; d’autre côté on peut aussi reconnaître pour un fait qu’il ne faut pas considérer comme aliénés ou dégénérés tous ceux chez qui les fonctions sexuelles s’accompagnent d’actes de violence. Ces deux thèses fondamentales nous permettent de fixer la continuité entre les fonctions sexuelles normales et les faits dans la vie sexuelle de l’homme (17), qui sont connus dans la littérature spéciale sous le nom de sadisme, d’algolagnie active, de lagnénornanie, de tyrannisme érotique, etc. Le sentiment sexuel, l’acte même de l’amour sexuel peuvent s’unir avec des actes de violence de trois manières : 1° La violence suit la [p. 363] copulation ; la copulation ne contente pas le sujet et ce dernier la finit par une série de violences sur sa victime ; 2° la violence précède la copulation ; dans ce cas la violence rétablit la potendam coeundi déjà affaiblie ou dissipée ; 3° la copulation n’a pas du tout lieu et est remplacée par la violence ; c’est le sadisme au propre sens, où la violence est un équivalent de l’amour sexuel. Un peu à part sont les cas où l’excitation sexuelle est obtenue, non pas par l’action d’occasionner du mal à un autre (18), mais seulement par la contemplation de pareilles scènes de violence et même par la pensée de pareilles scènes. Dans l’intérêt de notre problème, ces derniers cas sont très instructifs ; néanmoins nous ne les citerons pas in extenso ; on peut les trouver bien facilement dans la monographie classique de Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis,1893, et dans l’ouvrage de Eulenburg, Sexuale Neuropathie, 1896 ; nous n’allons nous arrêter que sur un cas très intéressant de Schulz (Wiener medic. Wochenschriftt, 1869, n° 49) (19), où un homme de vingt-huit ans ne pouvait avoir aucune relation sexuelle avec sa femme qu’après avoir obtenu artificiellement une disposition d’humeur furieuse.

Si nous voulions trouver des traits communs dans les faits analysés, certainement que nous aurions réussi en les trouvant dans l’essentiel de ces deux émotions, de même que dans leur apparence extérieure. L’amour et la méchanceté représentent les plus grandes passions ; l’amour et la méchanceté ne sont que des variétés, des formes de la même passion de la force, de la puissance et du pouvoir (rüsti, sthenisch Affect de Krafft-Ebing ; [p. 364] l’amour et la méchanceté ont devant eux une image, un objet précis et concret dont ils espèrent prendre possession, contre lequel ils veulent, pour ainsi dire, décharger leur énergie accumulée. L’amour et la méchanceté, enfin, mettent la sphère psycho-motrice dans le plus haut degré de tension. Dans l’apparence extérieure de ces deux émotions on peut trouver aussi beaucoup de semblable, de commun. Beaucoup de gens, tout à fait normaux, seulement un peu plus passionnés et ardents, arrivés au point culminant de leurs jouissances sexuelles, commencent à mordre et à égratigner.

« Le pouvoir illimité de l’homme sur la femme qui se donne à lui ; la ressemblance de l’acte de l’amour sexuel à l’acte de la violence sanglante, la ressemblance, conditionnée par la lutte au premier baiser, par la souillure de la femme par le sang, par la destruction de ses épidermes à la défloration, par la résistance vraie ou feinte de la femme, enfin le sentiment de la victoire, du triomphe, hérité peut-être de ces temps où le pillage et la lutte précédaient la possession de la femme, tout ceci, — dit Kurella (20), — conditionne une certaine parenté entre la volupté et la cruauté, connue depuis longtemps ».

La période du développement sexuel, le temps d’apparition des premières menstrues chez les filles, est non seulement le temps du sentiment religieux le plus intensif, dont nous avons parlé dans la première partie de notre travail ; mais à cette époque se montre aussi chez les filles une inclination sans motif pour le meurtre. D’après Drill (21), c’était connu du temps d’Hippocrate. [p. 365] La même tendance au meurtre est aussi observée quelquefois pendant les maladies des organes sexuels chez les femmes (Azam). Dagonet (22) a observé une malade prise à chaque époque menstruelle d’impulsions homicides violentes ; sons l’influence de cette disposition, elle avait tué ses trois enfants. Icard (23) a recueilli plus de vingt cas de meurtres commis par des femmes à l’époque menstruelle, des meurtres complètement incompréhensibles et sans aucun but ; une bonne tue un enfant de deux ans qui se trouvait sous sa surveillance, une femme tue son mari, jadis très aimé, la mère tue ses enfants ; souvent la femme tue le premier venu, comme si elle ne pouvait se retenir du meurtre. Quelques cas analogues sont cités par Kowalewsky (24). Enfin, chez Lombroso et Ferrero (25), on trouve aussi des indications à ce que certaines criminelles avaient des menstrues au moment du meurtre.

Nous nous arrêterons encore sur quelques considérations de caractère physiologique, lesquelles parlent aussi en faveur de la connexion entre la cruauté et la volupté. Dans la Physiologie de Roudolphi, se trouve cette observation intéressante, que chez des gens émasculés, de vieillards, et chez ceux qui sont atteint de tabès dorsalis, le sentiment de férocité et de cruauté disparaît entièrement (26). A cette déposition du physiologue correspond le fait généralement connu que les taureaux, auparavant furieux et méchants, deviennent après la castration dociles et même bons. Nous citerons encore [p. 366] un fait, constaté plusieurs fois, que l’apparition hâtive de l’instinct sexuel, la masturbation hâtive et incessante vont souvent ensemble avec un penchant très prononcé de faire des méchancetés, et une férocité extraordinaire, Lombroso (27) prend chez Esquirol « un cas très curieux où l’on observe, à côté des penchants obscènes, et causée en partie par eux, une idée fixe de parricide ; le sujet était doué d’une intelligence claire et précoce, et nous fournit ainsi un exemple complet de folie morale et de criminalité ».

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Un cas semblable est décrit par Morro et Lombroso (Archivio di psych. Scienz. Penal., II, 1883), ou, chez un eufant de trois ans, à côté de la masturbation le penchant de faire le mal a été très prononcé, Quelques cas de la même nature se trouvent chez Magnan (De l’enfance des criminels), de même que chez Schnepf (Des aberrations du sentiment) ; surtout est très intéressant le cas de Charcot et Magnan (Inversion du sens génital, Arch. de Neurologie, 1882) : un garçon de six ans se livrant à la masturbation, faisait subir, en imagination, à la fille qu’il avait choisie, tous les tourments possibles ; il lui infligeait les tortures les plus cruelles, il « lui clouait des fers sous les pieds, comme l’on fait aux chevaux, ou bien il lui coupait les pieds ».

Nous finissons cette partie de notre ouvrage par les mots de Mme de Lambert (28) (Œuvres morales, 1883) : « Il y a toujours une sorte de cruauté dans l’amour ; les plaisirs de l’amant ne se prennent que sur les douleurs de l’amante. L’amour se nourrit de larme. » [p. 367]

III

Dans la nécessité de fixer la parenté entre la cruauté et le sentiment religieux, nous sommes soutenus avant tout par la considération suivante : deux: sentiments, dont, chacun à part se trouve être de parenté à un troisième, doivent être de parenté entre eux. Si nous avions réussi à prouver la connexion entre le sentiment, religieux et sexuel (I); si, de même, nous avions réussi à prouver la connexion entre la cruauté et le sentiment sexuel (II) ; alors, nous semble-t-il que, par cela même, nous aurions presque prouvé la connexion entre la cruauté et le sentiment religieux (III). Néanmoins, nouss n’avons pas l’intention de nous contenter d’un moyen d’argumentation si formel. Nous préférons reproduire les paroles des autres.

« Ce qui étonne, écrit Corre (30), c’est la fréquente alliance de la religiosité et des bas instincts. La religion n’empêche ni le vice ni le crime ; elle sert même quelquefois de prétexte à l’un et à l’autre. Les bandes italiennes n’oublient pas la Madone, au cours de leurs expéditions, comme jadis nos flibustiers réservaient une large part de leur butin aux églises ; et les prostituées espagnoles placent leur lit sous la bienveillante égide de la Vierge, comme les pécheresses du beau monde vont, avec la plus parfaite indifférence, du confessionnal à la couche de leurs amants. La religiosité, née de la crainte vague des puissances occultes, que l’homme a appelées divinités, et auxquelles (d’après l’intuition de sa propre nature) il a toujours attribué plus de méchanceté que de bonté, se développe avec la notion de sa petitesse, [p. 368] au milieu d’un monde à peu près ignoré, apparaît comme un besoin de protection, chez un être sans défense. Avant toute civilisation, l’homme, pour obtenir les faveurs ou seulement la pitié du Maitre invisible et de ses satellites (génies), matérialisés dans les éléments les plus redoutés, ou incarnés dans les animaux les plus dangereux, s’est fait humble par la prière et l’offrande spontanée… Basée sur la crainte et sur l’intérêt, ce n’est que par une action très indirecte que la religion s’est montrée civilisatrice. C’est une faiblesse qui, paradoxalement, a servi quelquefois à créer des forces, comme la guerre est une abominable chose qui a servi parfois à réparer bien des maux : l’une et l’autre mettent en relief les sentiments les plus admirables à côté des pires. Il est donc assez naturel que la modalité cérébrale, sur laquelle repose la religiosité, se rencontre, et chez les individus les mieux trempés, comme l’indice d’une défectuosité non éteinte par le progrès social, et chez les individus mal équilibrés, comme une démonstration nouvelle des oscillations du sentiment, sans le contrepoids de l’intelligence. La religion ou la superstition (car c’est pour nous tout un), s’accommode avec l’anti-altruisme. »

« Si le bon Samuel a scié des prisonniers entre deux planches (31) ; si les fils d’Allah, de Sabaoth, etc., ont, avec avantage remplacé les sacrifices humains par des hécatombes réciproques de païens, de musulmans et de chrétiens ; si l’orthodoxie et l’hérésie, l’Inquisition et la Royauté ont couvert de sang et de ruines l’Europe, l’Amérique et le monde entier ; si la routine sainte a combattu la Science par le fer, par le fer, par la geôle et l’excommunication, c’est en l’honneur du Père [p. 369] commun, pour la plus grande gloire de Dieu, de ses vicaires, et de ses représentants privilégiés. Le bien est ce que le Père commande ; le mal, ce que le Père réprouve : le meurtre, la perfidie, s’il les ordonne, deviennent un suprême mérite. ».

Nous nous excusons de ces citations trop longues, et nous revenons aux faits. Sur 200 assassins italiens, Ferri n’en a pas trouvé un seul qui fût un homme sans religion. A Naples, comparativement à toutes les autres villes d’Europe, est constaté le plus grand nombre des

crimes contre les personnes ; pour 100.000 habitants il y a 16 assassins, tandis que dans le reste d’Italie il n’y en a que 8. En même temps Naples est la ville la plus religieuse d’Europe. « Nulle part, dit Garofalo, il n’y a une telle quantité innombrable de processions religieuses, comme à Naples ; nulle part toutes les prescriptions de l’Église ne sont accomplies avec autant de ferveur ue là-bas (32). »

Joly (33) nous cite la Normandie, où le respect de la religion rituelle est très répandu ; et où en même temps la criminalité est très élevée ; il nous rapporte même ce proverbe en usage chez les habitants de la Lozère : « Lozérien, le chapelet d’une main et le couteau de l’autre ».

Arrêtons-nous sur quelques faits séparés, en les empruntant à l’ouvrage : L’homme criminel, de Lombroso. Verzeni, qui avait étranglé trois femmes, se faisait remarquer parmi les plus assidus et les plus sincères à l’église et au confessionnal, il sortait d’une famille, non seulement religieuse, mais bigote. — Les assassins Bertoldi, père et fils, assistaient tous les jours à la messe, agenouillés sur les dalles, le visage contre terre. — [p. 370] Beggia, condamné â Milan pour 34 meurtres, entendait la messe tous les jours ; il portait le dais à toutes les processions du Saint-Sacrement : il ne manquait à aucune cérémonie ; il prêchait continuellement la morale et la religion du Christ, et voulait être de toutes les Sociétés religieuses. — Marc…, jeune Napolitain qui avait tué son père, était chargé d’amulettes. — L’Aveline, dans une lettre à son complice, place l’empoisonnement de son mari sous la protection divine. — La Zambeccari avait promis un calice à Notre-Dame de Lorette pour le cas où elle réussirait à empoisonner . son mari. — Michillin, approuvant le plan d’un assassinat, disait à son camarade : « Je viendrai, et je ferai ce que Dieu t’inspire ». — Lacollange, tout en étranglant son infortunée maîtresse, lui donnait l’absolution in articulo mortis, puis vendait le produit de ses vols pour lui faire dire des messes. — Bourse, aussitôt après avoir commis un vol ou un homicide, courait s’agenouiller dans une église— Masini, avec sa bande, rencontre un jour un prêtre avec trois de ses compatriotes ; il scie lentement la gorge à l’un d’eux avec une lame ébréchée ; puis, la main encore teinte de sang, il force le prêtre à lui administrer la communion.

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Si, comme nous venons de le montrer, les gens cruels et criminels se montrent trop souvent des gens très religieux, d’autre part les gens religieux, et d’autant plus les fanatiques, se montrent très souvent des gens cruels. On peut citer toute une série de meurtres effroyables dans la vie des piétistes de l’Europe occidentale (34), des meurtres accomplis dans l’extase [p. 371] religieuse. Nous ne parlerons pas des crimes accomplis par des aliénés sons l’influence de la monomanie religieuse (35). Nous nous référons à l’autorité de l’opinion de Marc, de même que de Morel, « Les exemples de crimes monstrueux, dit Marc (36), devenus la conséquence de la monomanie religieuse, ne salissent malheureusement que trop souvent les pages de l’histoire humaine. Le meurtre, le suicide, l’adultère, l’incendie, les cruautés les plus atroces, les plus contraires aux sentiments affectifs, n’ont eu fréquemment d’antre origine. » Motel (37) écrit : « La science a enregistré des cas fréquents d’homicides exercés par des aliénés sous l’influence d’une idée religieuse délirante ».

Dans l’intérêt de notre problème sont très instructifs les crimes sexuels accomplis par des délirants mystiques (Sexuelle Delicte bei religiöser Paranoia, de Krafft-Ebing) ; ici, chez le même individu et en même temps, on peut constater la cruauté, la dépravation sexuelle et la piété ; nous ne sommes nullement disposés à expliquer de pareils cas par l’éventualité.

Nous devons mentionner à cette occasion encore une circonstance du domaine de la psychiatrie : nous avons en vue la dégénérescence du caractère chez les épileptiques. Chez la plupart de ces malades on peut observer une connexion extraordinairement intéressante de l’hypocrisie et de la cruauté ; ce sont des gens qui parlent constamment de Dieu, vont toujours à l’église, et montrent, en même temps, une extrême cruauté envers leurs proches. [p. 372]

L’histoire des sectes de tous les temps et de tous les peuples peut nous fournir une masse d’exemples sur la question qui nous intéresse. Néanmoins, nous ne parlerons que d’une secte russe, des « Khlisti ». Pour cela nous nous servirons de l’ouvrage de Levenstime, Le fanatisme et le crime. Les « Khlisti » se réunissent à leurs cérémonies religieuses, nommées, « les empressements (radiénià) ». Lorsqu’ils se réunissent a ces « empressements », ils veulent entendre des prophéties ; mais pour que la prophétie ait lieu, il est nécessaire de prier et de « s’empresser ». Cet « empressement » doit tuer la chair, mettre l’homme dans une extase nerveuse, pendant laquelle on peut se délier du monde, et prophétiser. Cette extase s’agrandit et s’empare de toutes les personnes présentes comme suite de la danse pendant laquelle elles se battent les unes les autres, et les femmes se mettent à nu… Pendant ces cérémonies les nerfs sont excités au plus haut degré et les gens tombent dans une extase pendant laquelle ils sont non seulement en état de se livrer à la plus grossière débauche sexuelle, mais aussi d’accomplir des choses plus dangereuses. Nous nous arrêterons d’une manière plus détaillée sur un cas devenu cause d’un procès criminel, un cas où se réunissent les trois phénomènes examinée.

Prascovie K… , S… , Ch… appartenaient à la secte des « Khlisti ». Le 13 juin 1869, ils vinrent à « l’empressement » chez leur maître K… et de là ils partirent pour la maison ; outre les trois personnes mentionnées, sur le même charroi se trouvaient la fille paysanne K … et le paysan K … Prascovie K… se disait tout le temps ou la Sainte Vierge ou Barbe la glorieuse martyre ; les autres étaient complètement soumis à elle, malgré que S… se nommât Jésus-Christ. Arrivés à un lac, Prascovie ordonne qu’on jette la fille K… dans l’eau ; cet ordre fut immédiatement exécuté, [p. 373] malgré la résistance de la pauvre fille. Puis la même Prascovie ordonna de fouetter le paysan K… ; S… en exécutant la volonté de Prascovie , commença à lui porter des coups de fouet ; mais K…, ne pouvant plus les supporter, s’enfuit de ses tyrans et se cacha dans un fossé d’où il put tranquillement observer ce que faisaient les antres. S… et les deux femmes, complètement nues, commencèrent à danser, à s’embrasser et à se battre les uns les autres. Puis S… et Prascovie se mirent à battre Ch… La fin en fut telle qu’ils l’ont traînée an chariot, l’ont attachée à la roue et l’ont deux fois passée avec le chariot. S… tomba dans une telle extase qu’il s’est couché sous les pieds des chevaux qui ont passé sur lui. Prascovie le releva à demi vivant et tout ensanglanté, et s’en alla au grand galop. — Il nous parait difficile de trouver des exemples plus éloquents.

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Nous finirons cette partie de notre esquisse encore par deux exemples de l’histoire. Le premier en est Louis XI. Sa cruauté est passée en proverbe, et en même temps c’était un homme extraordinairement pieux ; il passait son temps, ou à murmurer des prières ou à examiner les cages en fer où étaient les victimes de sa cruauté. Le second exemple est Jean IV le Terrible. Nous citons les paroles de Kowalewsky (38) : « Le Tsar vivait entre l’autel et la chambre de la question, avec le clergé et les exécuteurs de ses ordres inhumains et cruels ; souvent il était le supérieur du monastère et le bourreau en même temps. Il se réveillait à minuit, et le jour commençait par une prière. Souvent, assistant à une messe, il donnait les ordres les plus féroces et les plus cruels. Après le dîner, le Tsar s’entretenait pieusement avec ses favoris, ou bien allait à la chambre de la question pour y mettre une de ses victimes à la torture ». [p. 374] Il faut ajouter à cela que le mélange de l’ascétisme, de la piété sévère et de la férocité se complétait par l’effrénement sexuel le plus immoral. Ou voit ainsi de nouveau réunis le mysticisme, la volupté et la cruauté.

CONCLUSION

De toute la littérature que nous avons examinée, ce n’est que chez Féré et chez Krafît-Ebbing, et encore légèrement, que nous avons trouvé des indications sur la connexion des trois sentiments. Il a été beaucoup dit à propos de la connexion du sentiment religieux et sexuel (I) ; encore plus, peut-être, de la connexion de la cruauté et de la volupté (II) ; mais comparativement peu à propos de la connexion du sentiment religieux et de la cruauté (III), et encore moins à propos de la connexion de ces trois sentiments réunis. D’autant plus instructif doit paraître le fait, que l’idée de la parenté de ces trois passions entre elles a été exprimée très positivement, il y a plus de cent ans, par le malheureux philosophe mystique Friedrich von Hardenberg, nommé Novalis (39) ; nous citerons littéralement ses paroles, dont l’importance n’a pas encore été appréciée jusqu’à présent : « Il est assez étonnant, dit-il, que, depuis longtemps, l’association de la volupté, de la religion et de la cruauté n’ait pas rendu les hommes attentifs à leur parenté intime et à leur tendance commune ». Quelles que soient les conséquences que nous ayons tirées de nos données, elles paraîtront à beaucoup de monde ne pas être fondées, et certaines personnes les trouveront même absurdes ; mais, ne nous arrêtant pas devant cet obstacle, nous estimons possible de conclure comme il suit. [p. 375]

En premier lieu, — la religion : la cruauté et la volupté sont très proches parentes ; un de ces sentiments s’élève à côté de l’autre, ou est remplacé par l’autre ;

Eu second lien, — des trois sentiments examinés, le plus fort est le sentiment sexuel ; le sentiment religieux et la cruauté, en certains cas, doivent être regardés comme des succédanés du tout-puissant instinct sexuel. Les juges, les instituteurs et les moralistes ne doivent jamais oublier cela ;

En troisième lieu, —la réunion de ces divers sentiments dans un groupe peut avoir de l’importance pour la classification naturelle physiologique des sentiments, classification qui est possible dans l’avenir .

NOTES

(1) Dès le début nous devons dire qu’en traitant du sentiment religieux, noua n’envisagerons que le côté affectif de ce sentiment compliqué, sans toucher le côté intellectuel (Wundt rattache le sentiment religieux la catégorie des sentiments intellectuels).

(2) On peut rencontrer des essais faits pour trouver, dans les deux sentiments, des éléments de composition identiques, dans l’ouvrage de Neumann : Lehrbuch der Psychiatrie, 1859, de même que dans l’ouvrage de Krafft -Ebing : Psychopathia sexualis, 1893.

(2) Nous ne pouvons pas nous empêcher de citer un petit extrait de Zola reproduisant, d’une manière artistique, cette liaison de sentiments : « Muffat retomba dans les stricts devoirs de la religion. Le ciel l’enlevait des mains de la femme pour le remettre aux bras mêmes de Dieu. C’était un prolongement religieux des voluptés de Nana, avec les balbutiements, les prières et les désespoirs, les humilités d’une créature maudite écrasée sous la boue de son origine. Au fond des églises, les genoux glacés par les dalles, il retrouvait ses jouissances d’autrefois, les spasmes de ses muscles et les ébranlements délicieux de son intelligence, dans une même satisfaction des obscurs besoins de son être. » (Nana.)

(3) Des aberrations du sens génésique, 1880. Il se réfère aux ouvrages de Jacolliot, Etudes indianistes ; Montaigne, Essais, III ; Dupuis, De l’origine du cultes. Voir aussi C. Lombroso et G. Ferrero, La femme criminelle et la prostituée. et aussi Ploss, Das Weib. Heilige Orgien und erotische Feste.

(5) Le temple de la déesse Mylitta, à Babylone, de la déesse Anaïtis, en Arménie, de la déesse Astarté, en Phénicie, et de la déesse Isis, en Egypte.

(6) Voir Lombroso et Ferrero, op. cit. ; ils se réfèrent à Dufour.

L’histoire de la prostitution, et à Bayle, Dictionnaire historique et critique (Picards).

(7) Voir Ploss op. cit., où il se réfère au témoignage du secrétaire du pape Urbain VII, Thierry de Niem, Barlette, Maillard et autres.

(8) Voir Friedreich, Allgemeine Diagnostic der psychischen Krankheiten, 1832, et encore son ouvrage : Systematisches Handbuck der gerichtlichen Psychologie, 1835.

(9) Maudsley. Physiologie de l’esprit, 1871.

(10) Meynert, dans ses Klinische Vorlesungen, 1890, donne un essai intéressant d’explication physiologique de la simultanéité des tableaux du caractère et sexuel et religieux chez des épileptiques, une explication sur laquelle, pourtant, (ln ne peut pas être d’accord avec lui.

(11) Certainement nous n’avons pas nommé même la moitié des psychiatres qui signalent cette connexion.

(12) Op. cit.

(13) Icard. La femme pendant la période menstruelle, 1890.

(14) Leçons sur maladies mentales, 1880·1883.

(15) Dans l’ouvrage de Calmeil : De la folie, I, 1845, on peut trouver des exemples d’épidémies mentales où se rencontre cette intimité. Dans l’histoire, chez les gens se trouvant au sommet du pouvoir, nous trouvons de nombreux exemples de cruauté alliée à la volupté (Sylla, Auguste, Tibère, Caligula, Néron, Vitellins, Domitien, Henri VIII ; et des femmes : Agrippine, Fulvia, Messaline, Elisabeth d’Angleterre ; en outre, on peut indiquer les fameux Gilles de Rays, le comte de Charolais, etc.

(16) D’avance nous rencontrons une contradiction. L’affaire est en ce que le sentiment de volupté est bien souvent provoqué, non seulement par l’action de causer du mal aux autres, mais aussi par l’action de souffrir le mal causé par d’autres. Mais cette contradiction n’est qu’apparente : le sentiment qui accompagne l’action de causer du mal aux autres, de même que le sentiment qui accompagne l’action de souffrir le mal causé par d’autres, ne sont pas si éloignés l’un de l’autre qu’on l’estime ordinairement ; au contraire, ces deux sentiments doivent être beaucoup plus rapprochés l’un de l’autre qu’on le croit à l’ordinaire. Autrement il serait bien difficile d’expliquer les cas, où on remarque chez le même sujet, le sadisme et le masochisme. De pareils cas, on en trouve trois dans la susdite monographie de Krafft-Ebing. Il serait à propos de remarquer qu’il y a toute une série de maladies mentales où l’action de causer du mal, de la violence aux autres et à soi-même (dans les cas extraordinaires, l’impulsion à l’homicide et l’impulsion au suicide) vont ensemble ; ce sont la mélancolie agitée et les maladies avec le délire démoniaque. Enfin, il existe toute une série de sectes où la flagellation de soi-même et des autres vont toujours ensemble.

(17) Le sadisme est aussi observé chez les animaux (voir Lombroso, I). Le chameau en rut devient très méchant et mord tout le monde, même les femelles. Au jardin zoologique de Hambourg, un kanguroo tua sa femelle et ses petit dans un accès de fureur érotique. Le serin mâle des Canaries détruit souvent, en pareil cas, son propre nid, et disperse les œufs, il tue la femelle et, pour le dompter, il faut lui en donner deux. Dans quelques espèces d’araignées, la femelle, qui est plus grosse, tend des pièges au mâle et le tue après l’accouplement.

(18) Moll. Die conträre Sexualempfindung, 1891. Il y a une observation extraordinairement intéressante où la violence (spécialement l’action de porter des blessures) accompagnait des relations sexuelles anormales, mais inverses (entre deux hommes).

(19) Cité d’après Krafft-Ebing.

(20) Naturgeschichte des Verbrechers, 1893.

(21) Les crimes mineurs, I, 1884. Il se réfère aux ouvrages de Semelaigne (Etudes historiques sur l’aliénation mentale dans l’antiquité) et Azam (De la folie sympathique).

(22) Traité des maladies mentales, 1894.
(23) Op, cit.

(24) L’état menstruel et les psychoses menstruelles, Archives XXIII, 1894. Ce sont des cas de Krafft-Ebing, Westphal, Tuke, Giraud et Ball.

(25) Op. cit. La valeur de cette dernière remarque est certainement relative.

(26) Cité d’après Blumrôder, Ueber das Irresin, 1836.

(27) L’homme criminel, I, 1895.

(28) Cité d’après Féré : Le sadisme aux courses de taureaux, Revue de médecine, 1900.

(29) Je pense à ce que je fais .

(30) Corre. Les criminels, 1889.

(31) Lefèvre. La religion, 1892. Nous sommes d’avis que l’histoire des religions pourrait fournir beaucoup en ce qui nous intéresse ; à notre regret, nous n’avons pas pu nous occuper de cette partie de la question.

(32) Cité d’après Havelock Ellis, Verbrecher und Verbrechen, Deutsche Ansgabe von Kurella, 1894.

(33) Cité d’après Lombroso : Le crime, causes et remèdes, 1899.

(34) Ce sont des cas qu’on peut trouver chez Levenstime, Le fanatisme et le crime, Saint-Pétersbourg, 1898. Il s’est servi des ouvrages suivants : Dr Salat, ·Versuche uber Supernaturakislus und Mysticisls, 1823, et Meyer, Kreuzigungsgeschichte einet religïosen Scwärmerin in Wildenspruch, 1824.

(35) On peut trouver des cas de meurtres accomplis par des délirants mystiques, chez Ball, Morel , etc. Voir aussi Despine, Psychologie naturelle, II, 1868.

(36) De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires, 1845.

(37) Traité théorique et pratique des maladies mentales, 1853.

(38) Jean le Terrible, 1893.

(39) Novalis, Schriften herausgegeben von Ludwig Fleck und Fr. Schlegel, Il) 1826.

 

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