Joseph Capgras et Carette. Illusion des sosies et complexe d’Œdipe. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), dix-huitième année, 1924, pp. 393-394.

capgrasoeudipe0003Joseph Capgras et Carette. Illusion des sosies et complexe d’Œdipe. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), dix-huitième année, 1924, pp. 393-394.

Joseph Capgras (1873-1950). Il fut l’élève de Paul Sérieux (1864-1947), qui lui inspira sa thèse de doctorat « Essai de réduction de la mélancolie en une psychose d’involution présénile » (1900). Il arriva à la conclusion que cette affection mentale était un syndrome, qui, à l’âge avancé, n’était que le reflet mental des processus d’involution sénile liés à des modifications organiques. Il devint un collaborateur très proche de son maître et il écrivirent de très nombreux articles en commun en particulier sur le délire d’interprétation et la folie raisonnante, qui donna lieu à un ouvrage resté célèbre : Les folies raisonnantes, Le délire d’interprétation, Paris, Félix Alcan, 1909, in-8, (2), 392 p. Mais aussi :
— Une persécutée démoniaque. Article parut dans le « Bulletin de la Société de médecine mentale », (Paris), 4, 1911, pp. 360-372. [en ligne sur notre site]
— (Avec Terrien). Délire spirite et graphorrée paroxystique. Présentation de malade. Article paru dans la revue « Annales médico-psychologiques », (Paris), soixante-dixième année, dixième série, tome premier, 1912, page 595.[en ligne sur notre site]
— (Avec J. Reboul-Lachaux). L’illusion des « Sosies » dans un délire systématisé chronique. Article parut dans le « Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale », (Paris), tome onzième, année 1923, pp. 6-16. [en ligne sur notre site]

 

[p. 393]

Illusion des sosies et complexe d’Œdipe, par MM. Capgras et Carrette.

L’illusion des sosies se rencontre dans de nombreux états psychiques. Ce phénomène tient en partie à la subordination de la réalité au rêve et peut être rapproché de certaines pseudo-amnésies. Les auteurs présentent une jeune fille de trente-trois ans, internée à diverses reprises à la Salpêtrière, puis à Ville-Évrard et à Vaucluse. Cette malade manifeste des troubles du caractère, s’isole, ne parle à personne, présente certaines préoccupations hypocondriaques obsédantes, parfois même quelques attitudes stéréotypées et une mimique discordante. Toutefois, pas de délire à proprement parler. Si on l’interroge, tous ses troubles, dit-elle, ont été consécutifs à une réflexion faite par sa mère, lui recommandant de ne pas plisser son front. De là sont nés des sentiments hostiles à l’égard de sa mère, et en même temps, on découvre chez elle des idées d’inceste à l’égard de son père (complexe d’Œdipe). Toutefois, elle ne croit pas que son père soit son véritable père. Mais elle pense que c’est un sosie. On note, en outre, un début de délire d’influence. Pas de signes de démence, mais on décèle chez cette malade un fond de débilité mentale. Enfin, elle présente au point de vue somatique, des symptômes basedowiens frustes et en même temps d’insuffisance ovarienne. Les auteurs estiment qu’il s’agit là d’un cas de « complexe d’Œdipe » se réalisant sous la forme psychasthénique, avec idée obsédante, et dont l’extériorisation a été facile grâce à l’état de débilité mentale. Quant à l’illusion des sosies, elle permet de masquer l’idée d’inceste plus ou moins refoulée.

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Discussion :

M. Delmas émet des réserves sur la nature de ce syndrome en tant que complexe d’Œdipe, et sur la valeur que ce complexe pourrait apporter aux idées de Freud. Ce complexe s’est en effet révélé spontanément, ce qui est contraire à la psychanalyse. D’autre part, il semble- d’apparition tardive, et c’est ce qui explique son extériorisation facile.
M. Caperas estime que ce complexe pouvait exister depuis beaucoup plus longtemps à l’état inconscient ; il se traduisait par la haine de la malade pour sa mère.
M. Piéron estime qu’il faut distinguer idée inconsciente et idée inavouée. Il est des idées et des sentiments dont on peut avoir une vague conscience, longtemps avant qu’ils n’éclatent à la lumière. Il est douteux, d’autre part, que la censure ait entraîné l’illusion des sosies.
M. Hesnard croit qu’il est difficile, en présence d’un cas semblable, de contrôler la méthode de Freud. Celle-ci est en effet à peu près inapplicable aux débiles. D’autre part, si l’on recherche systématiquement chez les névropathes et les aliénés de semblables complexes, on voit qu’ils sont excessivement fréquents. Ces complexes ne sont pas inconscients, mais refoulés.
M. Charpentier souligne l’opposition entre les données classiques de la psychanalyse d’après lesquelles la mise au jour du complexe refoulé produit [p. 394] la guérison, et les résultats de cette observation dans laquelle l’extériorisation spontanée des complexes n’est pas suivie d’amélioration.
M. Hesnard fait remarquer que la guérison à la suite de la psychanalyse n’est pas due seulement à la découverte du conflit psychologique refoulé, mais à la solution de ce conflit.

M. de Clérambault constate à propos de ce cas que la méconnaissance systématique observée chez ce malade constitue un phénomène d’ordre général observé chez les mélancoliques, les érotomanes, les persécuteurs familiaux, etc. Ce phénomène présente du reste un pronostic plutôt mauvais.

 

Société médico-psychologique – Séance du 26 mai 1924.
Présidence de M. Truelle

 

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