James. LYCANTHROPIA. Extrait du « Dictionnaire universel de Médecine. (Paris), tome quatrième, 1747, colonne 1058.

James. LYCANTHROPIA. Extrait du « Dictionnaire universel de Médecine…, traduit de l’anglos de M. James, par Mre Diderot, Eidous & Toussaint. Revu, corrigé & augmenté par M. Julien Busson, Docter-Régent de la Faculté de Médecine de Paris », (Paris), tome quatrième, 1747, colonne 1058.

 

Robert James (1703-1776). Médecin anglais surtout connu comme l’inventeur de la poudre diaphorétique à laquelle il donna son nom.

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LYCANTHROPIA, de λύϰς loup, άνθρωπς, homme ; lycanthropie ; espèce de délire mélancolique dont Oribase donne la description suivante.

Les malades sortent de leurs maisons pendant la nuit, imitent les loups en toutes choses, & rodent aux environs des tombeaux jusqu’au retour du jour. ( Actuarius ajoute, qu’ils retournent pour lors chez eux, & reprennent leur bon sens.) On peut les connoître aux symptomes suivans : Ils ont le visage pâle, les yeux creux, la vue égarée, la langue & la bouche sèches, une soif immodérée, les jambes ulcérées à cause des fréquentes chutes qu’ils font, & des coups & des meurtrissures qu’ils reçoivent en courant, (parmi les pierres & les buissons.) ACTUARIUS & AETIUS.

Tels font les caracteres de la lycanthropie, qui est une efspece de mélancolie qu’on doit traiter dans le tems de l’accès, par la phlébotomie, en laissant couler le fang jusqu’à ce que les malades tombent en défaillance. On doit aussi leur prescrire des alimens de bon suc & des bains d’eau douce, les mettre au lait pendant trois jours, & les purger deux ou trois fois avec l’hiere de coloquinte. Après les avoir purgés, il faut leur donner de la thériaque & d’autres remedes propres à guérir la mélancolie. Il faut encore, à l’approche de l’accès, leur arroser la tête avec des choses propres à procurer le sommeil ; & lorsqu’on les verra endormis, leur frottter les oreilles & les narines avec de l’opium. ORIBASE, Synops. Lib. IX cap. 10.

Aérius , Tetrab. II. serm. 2. cap. II, donne la même description & la même cure de cette maladie, qu’il appelle , ϰυναίθρωπία, cynanthropie, & λυϰανθρώπία, lycanthropie, observant qu’elle regne beaucoup dans le mois de Fevrier.

Paul Eginere , Lib. Ill. cap. 16. intitule le chapitre qu’il en donne, περί λυϰάονς ή λυϰανθρώπα. Le Docteur Freind remarque à ce sujet, dans son Histoire de la Médecine, que Lambecius paroît attribuer ce mot de λυϰάονς à une méprise, prétendant qu’elle ne vient que de ce qu’on a mal pris l’abbréviation employée dans les manuscrits. Mais si l’on fait attention, que, suivant la fable, Lycaon fut changé en Loup par Jupiter, on aura peut-être raison de regarder cette méprise comme imaginaire ; car le nom de Lycaon convient assez à celui qui est attaqué de cette maladie.

On peut donc rendre ainsi en François le titre de ce chapitre, du Lycaon, ou de celui qui est attaqué de la lycanthropie, λυϰανθρώπα.

Aétius nous apprend, que Paul Eginete a tiré ce chapitre de Marcellus. Or, on sait que Marcellus Sidites vivoit du tems de Marc-Antonin, & qu’il avoir écrit quarante-deux Livres sur la Medecine en vers héroïques, dont l’un traitait de la lycantbropie, comme nous l’apprenons de Suidas. Celui-ci dit, περί λυϰάνς ; ce qui paroît être une faute.

Il eft bon de remarquer que le Démoniaque de I’Ecrirure qui étoit attaqué de cette espece de délire mélancolique, habitait parmi les tombeaux.

Cette maladie, si l’on en croit les Voyageurs, est affez commune dans quelques Pays, comme dans la Livonie & dans l’Irlande. Donatus ab Altomari dit en avoir vu lui-même deux exemples ; & Foretlus rapporte une histoire qui s’accorde exactement avec la description qu’en donne Oribase.

 

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