Hystérie et mysticisme. Le cas de Sainte Thérèse. Par le Vicomte Brenier de Montmorand. 1906.

MONTMORANDTHERESE0002Brenier de Montmorand (Vicomte). Hystérie et mysticisme. Le cas de Sainte Thérèse. Article paru dans la « Revue Philosophique de la France et de l’Etranger », (Paris), trente et unième année, LXI, janvier à juin 1906, pp. 301-308.

Vicomte Brenier de Montmorand. Quelques publications retenues :
— Ascétisme et mysticisme. Revue Philosophique de la France et de l’Etranger, (Paris, 1904, 1, pp. 242-262.
— Des mystiques en dehors de l’extase. Revue Philosophique de la France et de l’Etranger, (Paris, 1904, 2, pp. 602-625.
— Les états mystiques. Revue Philosophique de la France et de l’Etranger, (Paris), 1905.
— Erotomanie des mystiques chrétiens. Revue philosophique de la France et de l’Etranger, (Paris),

Pour l’auteur l’extase religieuse est un état cognitif par lequel la connaissance se réalise par des moyens surnaturels et inexplicables rationnellement.

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Par commodité nous avons renvoyé les notes originales de bas de page en fin d’article. – Les  images ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection personnelle sous © histoiredelafolie.fr

[p. 301]

HYSTÉRIE ET MYSTICISME

LE CAS DE SAINTE THÉRÈSE

Les médecins, aujourd’hui, s’accordent, pour la plupart, à ranger les mystiques — plus généralement les saints — parmi les victimes de cette névrose protéiforme, « n’ayant ni lésions connues, ni symptômes constants et pathognomoniques (1) » que l’on appelle l’hystérie (2.

Il serait impossible, on le comprendra, de contrôler ce diagnostic collectif par l’examen de tous les cas particuliers. Je me contenterai d’en étudier un, le plus typique, le plus fréquemment invoqué, celui de sainte Thérèse ; de sainte Thérèse qualifiée, par le Dr Pierre Janet, d « illustre patronne des hystériques » et qu’un jésuite, le P. Hahn, — en qui les Charcot et les Janet ont trouvé un auxiliaire inattendu, — déclarait naguère avoir « été affligée d’une hystéro-épilepsie caractérisée par une accumulation extraordinaire de symptômes (3). »

I

Tous les renseignements que nous avons sur la santé de sainte Thérèse, nous les tenons d’elle-même.

Elle raconte qu’étant, a dix-sept ans (1532), pensionnaire chez les [p. 302] Augustines d’Avila, elle fit une grande maladie (4) (sur la nature de laquelle elle ne s’explique pas), qui la força de retourner chez son père. Trois ans plus tard, religieuse au convent de l’Incarnation, elle tomba de nouveau malade (5). (Elle accuse, pendant cette période, de violents maux de cœur et de fréquentes syncopes, qu’elle attribue au changement de vie et de nourriture.) Les médecins ne trouvant pas de remède à ses maux, son père la retira du couvent et la mena « en un lieu fort renommé » (à Becedas), où il la confia aux soins d’une empirique. Elle y subit un traitement qui la réduisit a l’extrémité :

Je restai trois mois dans cet endroit, en proie à de très grandes souffrances, parce que le traitement était trop rigoureux pour ma complexion. Au bout de deux mois, à force de remèdes, il ne me restait plus qu’un souffle de vie. Le mal dont j’étais allée chercher la guérison était devenu plus cruel ; les souffrances que j’éprouvais au cœur étaient si vives qu’il me semblait parfois qu’on me le déchirait avec des dents aiguës ; l’intensité de la douleur arriva à tel point que I’on craignit que ce ne fût de la rage. Ma faiblesse était extrême : l’excès du dégout ne me permettait de rien prendre, si ce n’est du Iiquide. La fièvre ne me quittait pas, et des purgations, que pendant un mois on m’avait fait prendre, m’avaient épuisée. Je sentais un feu intérieur qui m’embrasait. Les nerfs se contractèrent, mais avec des douleurs si intolérables, que je ne trouvais ni jour ni nuit un instant de repos. À cela venait encore se joindre une profonde tristesse. Voilà ce que je gagnai dans ce voyage. Mon père se hâta de me ramener chez lui. Les médecins me virent de nouveau : ils désespérèrent de moi, déclarant qu’indépendamment de tous ces maux, je me mourais d’étisie. Insensible à l’arrêt qu’ils venaient de prononcer, j’étais absorbée par le sentiment de la souffrance. Des pieds jusqu’à la tête, j’éprouvais une égale torture. De l’aveu des médecins, ces douleurs de nerfs sont intolérables ; et comme chez moi leur contraction était universelle, j’étais Iivrée à un indéfinissable tourment (6)….

Ce martyre, ayant duré plus de trois mois, s’acheva par une crise terrible. Pendant près de quatre jours, Thérèse resta « privée de tout sentiment ». On la crut morte. Cependant, elle revint à elle, — mais dans quel état :

Gian Lorenzo Bernini (1598-1680). Sculpture - Extase de sainte Thérèse.

Gian Lorenzo Bernini (1598-1680). Sculpture – Extase de sainte Thérèse.

De ces quatre jours d’effroyable crise, il me resta des tourments qui ne peuvent être connus que de Dieu. Ma langue était en lambeaux, à force de l’avoir mordue. N’ayant rien pris dans tout cet intervalle, faible d’ailleurs à ne pouvoir respirer, j’avais le gosier si sec qu’il se refusait à laisser passer même une goutte de co. Je sentais tout mon corps comme disloqué et ma tête dans un désordre étrange. Mes nerfs s’étaient tellement contractés que je me voyais en quelque sorte ramassée en peloton. Voilà où me réduisirent ces quelques jours d’indicible douleur. Je ne pouvais, sans un secours étranger, remuer ni bras, ni pied, ni main, ni tête ; j’étais aussi immobile que si la mort eut glacé mes membres ; j’avais seulement la force de mouvoir un doigt de la main droite. On n’osait en quelque sorte m’approcher : tout mon corps était lamentablement meurtri; je ne pouvais supporter le contact d’aucune main ; il fallait me remuer à l’aide d’un drap que deux personnes tenaient chacune par un bout. Je restai ainsi jusqu’à Pâques-Fleuries (Dimanche des Bameaux, l536) (7). [p. 303]

À ce moment, un peu de mieux se produisit ; les douleurs s’atténuèrent. Cependant, la malade continuait d’en éprouver, par intervalles, d’insupportables, « quand une fièvre double-quarte très violente, qui lui était restée, lui faisait sentir ses frissons ». On I’avait ramenée à son monastère (1537) : « Il n’y a pas de termes, dit-elle, pour peindre l’excès de ma faiblesse ; il ne me restait que les os. Cet état… se prolongea pendant près de huit mois, mais, pendant près de trois ans, je demeurai frappée de paralysie. »

Enfin, elle guérit miraculeusement. « Saint Joseph fit éclater à mon égard sa puissance et sa bonté : grâce à lui, je sentis renaître mes forces, je me levai, je marchai » (1539).

Mais sa santé reste précaire. Elle subit des vexations morales et physiques qu’elle attribue au démon. Il cherche à l’étouffer (8) et parfois l’attaque avec une incroyable violence : « Un jour (9), il me tourmenta durant cinq heures par des douleurs si terribles et par un trouble d’esprit et de corps si affreux que je ne croyais pas pouvoir plus longtemps y résister… L’ennemi se déchaînait contre moi avec une telle rage que, par un mouvement irrésistible, je me donnais de grands coups, heurtant de la tête, des bras et de tout le corps contre ce qui m’entourait. » Ce furieux assaut la laisse « toute brisée, comme si on l’eut rouée de coups de bâton ».

Ce sont là, à vrai dire, de rares paroxysmes : mais, entre temps, elle ne reste jamais sans souffrir. Elle a des angoisses cardiaques (10), de fréquentes syncopes (11), des sifflements d’oreille (12), des tremblements de la tête et des bras, parfois de tout Ie corps (13) des accidents gastriques se traduisant par des vomissements quotidiens (14) ; elle est travaillée de fièvres continuelles  (15); dans les dernières années de sa vie, elle eut des attaques de paralysie (16), rappelant de loin celle de 1536, dont les effets se prolongèrent pendant trois ans. Et ces infirmités physiques se compliquent chez elle de troubles psychiques : accès de tristesse, défaillances de I’attention (17), de la mémoire, etc. Je ne parle pas ici des visions et des extases… [p. 304]

Ce tableau clinique, tracé par la sainte elle-même, serait, à en croire la plupart des neuropathologues, d’une lecture facile, et l’on y trouverait les éléments d’un diagnostic certain.

On constate, disent-ils, chez sainte Thérèse, à la fois les stigmates permanents de I’hystérie et les symptômes prodromiques des grandes attaques ; elle fut sujette à ces attaques elles-mêmes.

Cette vive hyperesthésie qui se traduit, en particulier, chez elle, par des angoisses cardiaques ; ces contractures généralisées ; cette paralysie qui guérit spontanément, ces continuelles syncopes, — autant de signes qui, à eux seuls, suffiraient à caractériser un tempérament profondement hystérique.

Quant aux troubles digestifs, à ces bruits dans Ia tête, à ces tremblements nerveux, à ces sensations d’étouffement, à ces accès de tristesse dont se plaint la sainte, ce sont plus spécialement les signes prodromiques de la grande attaque (18).

Cctte grande attaque, elle l’a eue, avec la perte de connaissance qui est de règle dans la première période (épileptoïde). L’espèce de rage dont elle parle s’observe dans les convulsions toniques de la première période et dans la deuxième période (phase des grands mouvements) (19) ; et cette rage coïncide chez elle avec des contractures, une tétanisation musculaire portée à son comble, qui se remarquent également dans les deux premières phases de la première période (20). — Quant aux visions et aux extases, elles se rapportent à la troisième période de la grande attaque, celle des attitudes passionnelles. [p. 305]

III

Voilà qui paraît décisif, dans le sens de l’hystérie. Mais Thérèse a trouvé dans le camp catholique, d’ardents défenseurs (21), qui ne sont pas embarrassés de critiquer un diagnostic posé, en termes absolus, à trois siècles de distance, et sur la foi de renseignements insuffisants.

On constate chez la sainte, disent-ils, des troubles de la sensibilité, des hyperesthésies. Mais les hyperesthésies ne sont pas fatalement d’origine hystérique, et une personne épuisée, dont tout Ie corps est « lamentablement meurtri (22) », peut bien sentir ses souffrances s’exaspérer au moindre contact sans qu’il faille pour cela la taxer d’hystérie. L’hyperesthésie généralisée est d’ailleurs très rare chez les hystériques. En revanche, l’un des stigmates les plus caractéristiques de la grande névrose, c’est l’anesthésie partielle ou totale. Or sainte Thérèse, pourtant bonne observatrice, n’a jamais constaté chez elle d’insensibilité pathologique » (23). — Pour ce qui est de ses « contractions de nerfs » survenues deux mois avant la crise de 1536, et qui ne se déclarèrent ni pendant une crise convulsive, ni à la suite d’une telle crise), elles n’eurent pas le caractère de contractures hystériques. Même observation en ce qui touche les attaques de paralysie auxquelles elle fut sujette : les deux dernières notamment, celles de 1580 et de 1582, ne peuvent guère avoir l’origine supposée, l’hystérie , chez la femme, étant infiniment rare à soixante-cinq ans. —­ Quant aux tremblements, aux évanouissements, aux troubles digestifs, ce sont là des phénomènes susceptibles d’interprétations diverses ; ils persistèrent, en l’espèce, après la période critique, ce qui ne permet [p. 306] pas de les attribuer à la névrose. Les sifflements d’oreille, enfin, ne se manifestèrent chez la sainte que tout à fait à la fin, et des textes précis les expliquent très naturellement par un excès de fatigue (24).

J’arrive aux attaques. — Sainte Thérèse, alors que les attaques hystériques vont presque toujours par séries, ne nous signale guère, en ce qui la touche, que deux crises convulsives ; et elle en décrit une seule avec précision, celle de 1536, précédée — le fait, dans l’hypothèse de l’hystérie, serait tout à fait anormal — de trois mois de prodromes douloureux. Pendant cette crise ne se déroulèrent pas les quatre périodes classiques de l’attaque, épileptoïde, des contorsions et des grands mouvements, des attitudes passionnelles, de délire, et l’on n’y distingue, en somme, que trois phénomènes imputables à la grande hystérie : des convulsions toniques, des morsures de la langue, enfin la perte de connaissance. Or, les convulsions et les morsures sont suffisamment justifiées par les atroces souffrances qu’endurait la sainte ; et la perte de connaissance, loin de rester limitée, comme dans l’hystérie, à la première période de la crise, dura tout autant que la crise elle-même. Ajoutons qu’il n’est rien de commun entre le paroxysme douloureux auquel la sainte fait allusion (25) — paroxysme que l’attaque ne comporte pas — et la rage aveugle et frénétique dont se compliquent parfois la période clonique et la phase des grands mouvements.

Dira-t-on qu’à défaut de la grande attaque complète, sainte Thérèse a eu des « attaques d’extase », de ces attaques d’extase qui sont, suivant le Dr Richer (26), un « fragment détaché » de la grande attaque, réduite ici à sa troisième période, celle des attitudes passionnelles ? — On répond qu’entre les extases de la sainte et les « attaques d’extase » comportant deux phases hallucinatoires nettement marquées, il n’est aucune assimilation possible (27).

Et I’on conclut que sainte Thérèse fut exempte de grandes attaques. Pour ce qui est des symptômes observés chez elle à l’état permanent, ce sont là, encore un coup, des symptômes généraux, que l’on retrouve dans d’autres affections que l’hystérie, et qui, ni par leur coordination ni par leur processus chronologique, n’y correspondent dans l’espèce. Symptômes d’ailleurs bien incomplets et bien peu caractéristiques, puisqu’ils ne comprennent ni anesthésie, ni hyperesthésie ovarienne, ni suffocations, ni sensation de boule hystérique (28) ; et puisque, [p. 307] en outre on les voit contredits par d’autres symptômes, incompatibles avec la grande névrose : c’est ainsi que sainte Thérèse signale la fièvre comme accompagnant ses angoisses cardiaques et ses contractions de nerfs, et elle tomba, à la suite de la crise de 1536, dans un état de profonde cachexie ; or la fièvre ne s’observe presque jamais dans l’hystérie, et la cachexie ne s’y observe jamais (29). Ce qui, en revanche, s’y observe toujours, c’est un état mental déterminé, correspondant aux troubles organiques. Les hystériques n’ont aucun jugement, elles sont essentiellement frivoles et versatiles, « elles ne savent pas, elles ne peuvent pas, elles ne veulent pas vouloir (30) ». Chez Thérèse, au contraire, la volonté est toute-puissante ; énergie, persévérance et bon sens, voilà ses qualités maîtresses. Sous le rapport intellectuel et moral, elle est, en un mot, avoue le P. Hahn, « au pôle opposé des hystériques ordinaires (31). »

Ainsi raisonnent les défenseurs de sainte Thérèse. Et ils ne s’en tiennent pas à des raisonnements négatifs. L’hystérie écartée, ils proposent de rattacher son état pathologique, soit — avec le P. de San — à une gastrite aiguë et à des accès éclamptiques (l’éclampsie entraîne la perte de connaissance, la tétanisation musculaire, les convulsions, les morsures de la langue) ; soit — avec le Dr Imbert·Gourbeyre — à [p. 308] une chlorose grave, compliquée d’un empoisonnement médical (dont la responsabilité remonterait à l’empirique de Becedas) (32). M. le Dr Goix parle, lui, d’intoxication paludéenne. La sainte habitait un pays à fièvres paludéennes (33) (les fièvres paludéennes sont, comme on sait, des fièvres intermittentes avec accès pernicieux) ; et la crise de 1536, accompagnée de léthargie, de contractures, etc., « rappelle trait pour trait la forme comateuse de la fièvre intermittente, telle qu’elle s’observe encore à notre époque (34)…

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Grammatici certant… Et il y aurait témérité à formuler en la matière des conclusions affirmatives, quel qu’en fût le sens. Tout ce qu’il est permis d’affirmer, c’est qu’après tant d’arguments émis de part et d’autre, l’hystérie de sainte Thérèse reste indémontrée. Et je prétends qu’à étudier de près et dans le détail la vie des autres mystiques orthodoxes, le même doute s’imposerait, au moins dans la plupart des cas (35).

MONTMORAND.

 

 

NOTES

(1) Pitres, Lecons cliniques sur I’Hystérie et l’Hypnotisme, 1re leçon.

(2) Legrand du Saulle, Les Hystériques. « Bien des saintes et des bienheureuses n’étaient autre chose que de simples hystériques. Qu’on relise les détails de la vie d’Elisabeth de Hongrie, de sainte Gertrude, de sainte Brigitte, de sainte Catherine de Sienne, de Jeanne d’Arc, de sainte Thérèse, de madame de Chantal, de la célèbre Marie Alacoque et de tant d’autres, on se convaincra aisément de cette vérité. » — Cf. Charcot, La Foi qui guéri : [en ligne sur notre site] « Saint Francois d’Assise, sainte Thérèse… étaient… des hystériques indéniables ». Et Rouby, L’Hystérie de sainte Thérèse (Bibliothèque diabolique) [en ligne sur notre site] : « Les saints et les saintes, les bienheureux et les bienheureuses… furent, on peut le dire, des hystériques méconnus ».

(3) Des Phénomènes hystériques et les Révélations de sainte Thérèse, Mémoire couronné au concours organisé à Salamanque, en 1882, à l’occasion du troisième centenaire de sainte Thérèse (Revue des Questions Scientifiques, Bruxelles, 1883).

(4) Vie, ch, III.

(5) Id., ch. IV;

(6) ) Id., ch. V.

(7)  Id., ch. VI.

(8) Id., ch. XXXI.

(9) Id.

(10) Id., ch. VII.

(11) Fondations, ch. XIX.

(12) Château, Avant-Propos et 4e dem., ch. IV : « C’est, ce me semble, comme le bruit de plusieurs grandes rivières, d’une infinité d’oiseaux qui chantent, et de sifflements aigus ».

(13) Ribera, Vie de sainte Thérèse, livre IV, ch, XVII.

(14) Vie, ch. VII. « Pendanl vingt ans, il m’arrivait chaque matin… de rejeter les aliments. ». Cf. ch. XL : « Un soir… le temps de mon vomissement ordinaire approchait ».

(15) Id., ch. VII.

(16) Lettres, avril 1580, 16 janvier 1582.

(17) Vie, ch. XXX, XXXI.

(18) Dr Paul Richer, Études cliniques sur la grande hystérie, 1ère partie, prodromes. : « La malade a de I’inappétence, ou bien le goût se pervertit. Souvent des vomissements rejettent presque immédiatement les aliments ingérés. En dehors des repas, il se produit des nausées… — Presque toutes les malades ont des sifflements d’oreille… Elles entendent le roulement d’un wagon, des sons de cloches, de fanfares. Ler…, e tend tous les oiseaux qui chantent dans sa tête. — II se produit souvent des crampes douloureuses, des secousses ou un tremblement analogue à la trépidation… La malade tombe dans une mélancolie profonde qui peut aller jusqu’au désespoir. »

(19) Sainte Thérèse, Vie, ch. XXXI  : «  Je me donnais de grands coups, heurtant de ta tête, des bras et de tout Ie corps contre ce qui m’entourait ». -—  Cf. Richer, description de la phase des grands mouvements : « Survient quelquefois une sorte de rage. La malade entre en furie contre elle-même. Elle cherche à se déchirer la figure, à s’arracher les cheveux… Elle frappe son lit de la tête en même temps que des poings », etc.

(20) Dans la première période, « après les convulsions toniques, la malade se trouve bientôt immobilisée par la tétanisation musculaire portée à son comble ». Cette tétanisation persiste pendant la période clonique. Et la contracture généralisée peut être douloureuse au point d’arracher à la malade, complètement revenue à elle, des cris déchirants ». (Richer, loc, cit.)

(21) L’abbé A. Touroude, Lettres adressées au P. Hahn) l’occasion de son Mémoire, Paris, 1885/ — Le P. Louis de San, Étude pathologico-théologique sur sainte Thérèse, réponse au Mémoire du P. Hahn. —  Dr Imbert-Gourbeyre, La Stigmatisation, I. II. — Dr A. Goix, Les Extases de sainte Thérèse (Annales de Philosophie Chrétienne, mai, juin 1896).

(22) Vie, ch, VI.

(23) Elle nous dit bien (Vie, ch, XXIX) qu’à de certains moments, « fil-elle ruisseler Ie sang de son corps sous les coups d’une flagellation volontaire, elle ne le sent pas plus que si ce corps était privé de la vie ». Mais, quand on rapproche cette phrase du contexte, on renonce à l’interpréter dans le sens de I’anesthésie. La sainte fait simplement allusion à des cas où la douleur morale l’emporte sur la douleur physique.
Encore un mot sur cette question de l’anesthésie, Le Dr Pitres (Leçons cliniques sur I’Hystérie, 39e leçon) observe que, chez les hystériques hémianesthésiques, les hallucinations sont unilatérales (les images hallucinatoires se présentant du côté anesthésié) et il cite plusieurs textes (Vie, ch. XXIX, XXXI) dens lesquels la sainte situe ses visions à gauche, d‘où il faudrait conclure qu’elle était anesthésique à gauche. Mais cette conclusion est erronée, attendu qu’elle a eu des visions à droite aussi bien qu’à gauche (Vie, ch. XXVII, XXXVIII : Château, 6e dem, ch. VIII) ; elle en a même eu des deux côtés à la fois : « J’aperçus la très sainte Vierge à mon côté droit, et mon père saint Joseph a mon côté gauche ». (Vie, ch. XXXIII) .

(24). Lettre du 10 février 1577 : « Tant de lettres et d’occupations ont fini par me causer un bruit et une grande faiblesse dans la tête ».

(25) « L’intensité de la douleur arriva à tel point, qu’on craignit que ce ne fut de la rage. » (Vie, ch. V.

(26) Loc. cit., 2e P., ch. V.

(27). J’ai insisté sur ce point dans mon étude: Les États mystiques (Revue philosophique, juillet 1905).

(28) La difficulté de respirer et d’avaler dont souffrit la sainte après ses quatre jours de léthargie parait devoir être attribuée à son extrême faiblesse et à l’état de son gosier tout à fait desséché. Nulle part elle n’accuse la sensation si nette de la boule ; et elle n’a jamais eu de suffocation hystérique : « Les contentements spirituels… produisent en nous un certain trouble… ils vont même, ainsi que me l’ont assuré quelques personnes, jusqu’à resserrer la poitrine… N’ayant rien éprouvé de tel, je n’en saurais rien dire. » (Château, 4e dem., ch. II.)

(29) « À la suite des séries d’attaques, la malade… est loin d’éprouver une fatigue en rapport avec la dépense musculaire énorme qui s’est produite… Quand tout est fini, il faut peu de temps pour réparer les forces… Même chez les hystériques dont les séries sont fréquentes, la santé générale ne paraît pas altérée : plusieurs ont de l’embonpoint » (Richer, 1ère P., Ch. VI.)

(30) Axenfeld et Huchard, Traité des névroses.

(31) Objectera-t-on qu’elle fut sujette à des accès de tristesse morbide ! — Des accès de tristesse, qui n’en aurait eu, dans son état de santé ? Sa tristesse, d’ailleurs, elle la raisonne, elle la domine ; et l’on n’y reconnaît aucun des caractères de la rnélancolie hystérique, qu’elle a décrite (Fondation. ch. VII, VIII) avec une étonnante précision.
Elle a eu aussi des troubles de l’attention, de l’aprosexie; il lui est arrivé «diverses fois », lisant un livre, de n’y rien comprendre, dit-elle, ou de n’en rien pouvoir retenir (Vie, ch. XXX). Mais nous serions tous hystériques, s’il fallait taxer d’hystérie ceux-là qui, sous l’ernpire d’une préoccupation quelconque, n’ont pu, à tel moment donné, réussir à fixer leur esprit.
Reste la question des visions perçues, des paroles entendues. Je la traiterai à part et montrerai que ces phénomènes ne peuvent être interprétés, chez sainte Thérèese, comme étant d’origine hystérique. Tenons-nous-en, quant à présent, à l’observation suivante. Jusque l’âge de vingt-deux ans, la sainte n’a eu que deux visions (celles de 1537. — Vie, ch. VII). Entre 1571 et 1557, on ne remarque rien chez elle d’extraordinaire. Et c’est seulement en 1558 (Thérèse avait quarante-trois ans et approchait, par conséquent, de l’âge critique) que commence la série interrompue de ses visions, extases, etc. — Voilà, on en conviendra, une évolution qui ne ressemble en rien à celle des hallucinations hystériques.

(32) La Sainte se plaint (Vie, ch. VI) du « triste état où l’ont réduite les médecins de la terre ».

(33) L’un des premiers médecins qui aient décrit les formes pernicieuses de la fièvre intermittente, Louis Mercado, médecin du roi d’Espagne Philippe III, observait, nous dit le Dr Goix, à l’époque et dans la province même où vivait l’illustre réformatrice du Carmel., Cf. Mercatus, De febrium essentia, differentia, curatione, Valladolid, l586.

(34) « Le professeur Colin (dans son Traité des fièvres intermittentes) rapporte une observation où, comme chez sainte Thérèse, il y eut coma, morsures de la langue et contracture consécutive. »

(35) Voici, à l’appui de ma thèse, une observation curieuse. L’hystérie paraît être, comme on sait, beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Or il résulte de recherches faites dans les annales des ordres religieux (Imbert-Gourbeyre, La Stigmatisation, Il, p. 278, 435) que le nombre des extatiques hommes dépasse de beaucoup celui des extatiques femmes.

 

 

 

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