Henri Beaunis. Contribution à la psychologie du rêve. Extrait de la revue « The American Journal of Psychology », Vol. XIV, n°3/4, (Jul.-Oct.- 1903, pp. 271-287.

Henri Beaunis. Contribution à la psychologie du rêve. Extrait de la revue « The American Journal of Psychology », Vol. XIV, n°3/4, (Jul.-Oct.- 1903, pp. 271-287.

Article paru également dans la Revue de l’hypnotisme (voir ci-dessous et en ligne) avec quelques modifications.

Henri-Etienne Beauvais (1830-1921). Nommé à l’agrégation de physiologie en 1863, il enseigna à la Faculté de médecine de Strasbourg e occupera la chair de physiologie de Nancy en 1872. Il associera son nom aux travaux de Bernheim et de Liébault. Il organisera en collaboration avec Alfred Binet, en 1892, le premier laboratoire français de psychophysiologie. Sa formation le conduisit à séparer la psychologie de la philosophie.
Quelques-unes de ses publications :
—  Suggestion à 172 jours d’intervalle. Article paru dans la « Revue philosophique de la France et de l’Etranger », (Paris), dixième année, tome XX, juillet à décembre 1885, pp. 332-333. [en ligne sur notre site]
—  Le somnambulisme provoqué. Etudes physiologiques et psychologiques. Deuxième édition augmentée. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1887. 1 vol. Dans la Bibliothèque scientifique contemporaine.
—  Les sensations internes. Paris, Félix Alcan, 1889. 1 vol. Dans la « Bibliothèque Scientifique Internationale».
—  Nouveaux éléments de physiologie humane comprenant les principes de la physiologie comparée et de la physiologie générale. Troisième édition, revue et augmentée, avec figures intercalées dans le texte. Tome premier. Prolégomènes. Chimie physiologique. Physiologie générale. – Tome second. Physiologie spéciale. Physiologie de l’espèce. Technique physiologique. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1888. 2 vol. in-8°.
—  [sous le pseudonyme de ABAUR Paul] (1830-1921). Contes physiologiques. Madame Mazurel. – l’autopsie. – L’obsesion. – La légende de l’orang-outang. – L’irrésistible. – Le délire. Le Docteur Micaper. – Abeille. Paris, Société.
—  Impressions de campagne. Paris, Félix Alcan et Berger-Levrault et Cie, 1887. 1 vol.
—  Contribution à la psychologie du rêve. Article paru dans la « Revue de l’Hypnotisme et de la psychologie physiologique », (Paris), 19e année, n°1, juillet 1904, pp. 20-26. [en ligne sur notre site]

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Les images ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

 

CONTRIBUTION À LA PSYCHOLOGIE DU RÊVE.

Par H. BEAUNIS,
Directeur honoraire du Laboratoire de Psychologie physiologique de la Sorbonne.

I. — Je voudrais, dans les pages suivantes, étudier, d’après mes observations personnelles, quelques points de la psychologie du rêve.

Je préciserai d’abord les conditions dans lesquelles ces observations ont été recueillies.

J’ai toujours eu la précaution d’écrire mon rêve immédiatement après mon réveil, sans attendre un seul instant ; sans cette précaution, le souvenir du rêve se perdait presque instantanément. Dans quelques cas cependant ce souvenir a pu reparaître nettement dans la conscience sous une cause occasionnelle, mais ces cas sont exceptionnels.

Avant d’aller plus loin, je dois répondre à quelques objections qui ne tendraient à rien moins qu’à infirmer la valeur du souvenir dans le rêve.

Egger a fait remarquer que, dans les cas d’oubli partiel, on est exposé à compléter par l’imagination les fragments incohérents et disjoints fournis par la mémoire. Il est difficile en effet, comme le dit Guardia, de séparer l’observation pure et simple des réflexions rétrospectives. Je suis convaincu pourtant que cette séparation est possible avec un peu d’attention. Il n’y a qu’à éliminer les cas douteux.

D’après Dugas, le sommeil et la veille se confondraient si [p. 272] bien dans la conscience qu’on se trompe sur le moment précis du réveil ; on se croit déjà réveillé quand on est encore endormi. Cette objection est réfutée par ce fait que j’ai plusieurs fois constaté : quand on est réveillé subitement par une personne étrangère, le souvenir du rêve qu’on était en train de faire subsiste et il ne peut exister dans ce cas le moindre doute sur la réalité du réveil.

Goblot a été jusqu’à dire que les seuls rêves dont on se souvient sont ceux qui se rapportent à la période de transition entre le sommeil et le réveil. En ce qui me concerne, cette assertion est aussi inexacte que la précédente. Dans cet état de transition, voici ce que j’observe sur moi-même. L’intelligence est à peine éveillée ; les impressions extérieures arrivent affaiblies et un peu vagues ; c’est une sorte de torpeur demi­ consciente, très agréable du reste, pendant laquelle peuvent apparaître des images, des tableaux assez semblables à ceux du rêve ; mais cet état se distingue facilement du sommeil en ce qu’on peut y mettre fin dès qu’on le veut ; il suffit pour cela d’ouvrir les yeux; le réveil a lieu immédiatement et, en étudiant ce qui se passe, on se convaint facilement que ces images ne peuvent être confondues avec le rêve.

Dans cette étude je me contenterai de citer quelques exemples en restreignant le plus possible leur nombre et ne donnant que les détails nécessaires.

II .— Par l’analyse, les phénomènes du rêve peuvent se décomposer en trois phases qui se succèdent rapidement.

1°. Une impression provenant soit de l’extérieur (impression sensorielle, bruit, sensation tactile, etc.), soit des organes (sensations internes, sensation musculaires, génitales, etc.), constitue le point de départ initial du rêve, phase d’excitation initiale.

2°. L’excitation initiale se transmet à certains centres cérébraux dont elle met en jeu l’activité sous forme de souvenir, phase du souvenir.

3°. De ces centres l’excitation s’irradie dans un plus ou moins grand nombre de centres cérébraux sensitifs, moteurs psychiques, et produit ainsi la multiplicité et la variété phénoménales du rêve, phase d’irradiation.

En ce qui concerne la première phase, il est certain que [p. 273] toutes les impressions sensitives provenant soit de l’extérieur, soit des organes peuvent devenir le point de départ de rêves. Chez moi ce point de départ se trouve spécialement dans les sensations tactiles, musculaires et da us les impressions partant des organes digestifs.

On peut se demander si, dans la production du rêve, cette première phase est nécessaire et si les centres cérébraux dans lesquels surgissent les souvenirs ne peuvent pas entrer en activité par de simples variations de pression sanguine, des changements de composition du sang, des actions chimiques, etc., en dehors de toute incitation sensitive. La question est presque impossible à résoudre ; cependant je serais porté à répondre par l’affirmative. Certains aliments, le gibier par exemple, qui produisent des toxines, déterminent constamment chez moi des rêves plus fréquents, plus intenses et plus compliqués.

Les souvenirs qui constituent la deuxième phase peuvent se rattacher aux événements soit du jour même, de la veille ou des jours précédents, soit, moins souvent chez moi, de périodes antérieures quelque fois très éloignées. Je dois remarquer que, même dans ce dernier cas, ma personnalité actuelle était toujours conservée ; jamais je n’ai rêvé que j’étais enfant ou jeune homme, même quand mes rêves se rapportaient à des événements de ces périodes de mon existence.

III. — Quoique nous soyons dans l’ignorance la plus absolue des lois qui président à l’enchainement de ces trois phases et à l’activité psychique des centres cérébraux dans le rêve, il n’en est pas moins intéressant d’étudier la façon dont les divers souvenirs se combinent et s’amalgament pour constituer le rêve. Bien que cette étude ait déjà été faite par tous les auteurs qui se sont occupés de cette question, j’en donnerai quelques exemples.

Rêve A. — J’étais avec G. dans une pièce où se trouvaient deux bibliothèques vitrées. A un moment G. me dit « je vais vous montrer une pièce très curieuse. » Il leva le couvercle d’une boite qui était à terre et je vis une tête barbue, en cire coloriée et très bien faite. En regardant du côté opposé, la figure changeait ; c’était une vulve entr’ouverte dont les deux lèvres étaient écartées par de petits personnages en cire, nus, [p. 274] très bien exécutés ; à la partie supérieure de la vulve, à la place du clitoris, était un gland assez volumineux.

Le jour même, j’avais vu à Nice, sur une promenade, une fillette de trois ans environ, debout sur un banc, relevant ses jupes au-dessus de la ceinture et montrant ses parties à un petit gamin de quatre ou cinq ans couché sur le banc en face d’elle. D’autre part je m’amuse quelque fois à modeler en cire ; mais cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps.

Rêve B. — Je me trouvais chez Monsieur P. à Saint Jean de Villefranche, dans une immense salle ; en face de moi était un groupe de quelques personnes (trois ou quatre) parmi lesquelles une seule se présentait nettement à ma vue, le peintre M… Il était grimé singulièrement, avait le nez barbouillé de peinture et jouait du violon. Je m’efforçais de l’écouter, mais j’avais sommeil et avais toutes les peines du monde à lutter contre l’envie de dormir. Pour la combattre, je me levai et allai vers lui pour le féliciter sur son jeu. En m’approchant de lui je contemplai à travers une glace sans tain un paysage merveilleux, la mer, les montagnes éclairées par une lumière douce, ravissante. Sur la mer se voyaient des personnages qui semblaient marcher sur l’eau. J’en fis même tout haut la réflexion en rêve. Ma voix me réveilla probablement, car mon rêve se termina là et je me réveillai. Il était cinq heures du matin.

Il me fut très facile de reconstituer la genèse du rêve.

Monsieur et Madame P. avaient à Saint-Jean une campagne où ils pratiquaient la plus large hospitalité et où tous les dimanches, il y avait réception ouverte. On y rencontrait tout ce qui portait un nom dans la littérature, les arts, la science, la politique, et le monde officiel y coudoyait la colonie étrangère ; c’était une curieuse réunion des personnalités et des types les plus divers. J’y avais entendu quelques jours auparavant une jeune violoniste, Mademoiselle B. et une pièce d’André Theuriet dans laquelle le peintre M. jouait le rôle d’un paysan. La veille même j’avais reçu une invitation à déjeuner de Madame P. et j’avais lu dans un journal deux entre-filets concernant, l’un, le peintre M., l’autre Mademoiselle B.

En outre je m’occupe un peu de photographie. J’avais pris par erreur sur la même plaque une vue de mer et de bateaux [p. 175] et un groupe de pêcheurs. Il m’avait paru amusant de faire tirer une épreuve de ce cliché et la veille même j’avais été la chercher à Nice chez le photographe. En revenant en tramway de Nice à Villefranche j’avais admiré à travers les glaces du tramway la mer et les montagnes et l’effet de lumière produit par le soleil couchant tamisé par les nuages. L’amalgame de tous ces souvenirs avait constitué mon rêve.

Rêve C. — J’ai rêvé que j’allais faire de l’escrime. Je descendis dans une sorte de sous-sol ; j’y trouvai un homme nu jusqu’à la ceinture, Hercule. Du moins je n’avais pas le moindre doute ; pour moi c’était Hercule. Je lui palpais les pectoraux, les biceps ; il ne voulait pas s’aligner avec moi, me prenant en pitié ; mais je lui disais : « en tout cas cela me posera de m’être mesuré avec vous. »

Je n’ai jamais fait d’escrime dans ma vie, sauf pendant trois mois en 1857. (Mon rêve est du 19 Juin, 1894.) Mais j’avais lu dans un journal que les Ministres de la guerre et de l’instruction publique avaient interdit aux maîtres d’armes des régiments et des lycées de relever le défi des maîtres d’armes italiens. Je n’ai pu retrouver dans ma mémoire ce qui a pu donner lieu à l’idée d’Hercule ; mais je suis certain que dans mon rêve c’était bien l’Hercule mythologique qui était devant moi et non un homme fort ou un hercule quelconque.

Dans certains cas le rêve peut avoir pour point de départ une impression dont on n’a aucun souvenir et qu’on a vue cependant. J’en citerai l’exemple suivant intéressant à plus d’un point de vue.

Rêve D. — Je me trouvais avec un homme assez grand ressemblant à un de mes neveux et une petite fille. Je faisais avec eux des expériences sur la mémoire. Je leur donnais des mots à retenir, quatre, puis cinq. Je m’aperçus tout-à-coup que ce procédé était mauvais. Alors j’employai des chiffres. Je commençai par trois chiffres que je leur lisais tout haut en les inscrivant. L’homme put répéter trois chiffres, la fillette aussi. A quatre chiffres, l’homme fit une erreur, la fillette les répéta tous. A cinq chiffres, l’homme dit qu’il ne pouvait les répéter, la fillette les répéta exactement. Sur ces entrefaites je me réveillai.

L’homme et la fillette se trouvaient à six ou sept mètres de [p. 276] moi quand je leur lisais les chiffres. Les chiffres que je lisais présentaient ce caractère d’être comme entourés d’une sorte de figure assez compliquée ressemblant vaguement à une forme humaine.

J’avais corrigé des épreuves d’anatomie toute la journée et dans la soirée. J’avais seulement interrompu cette correction pour parcourir des yeux très rapidement un article de la Revue philosophique sur l’Audition colorée (Mai, 1893) dans lequel l’auteur, V. Henri, citait le cas d’une personne qui associait à l’idée de chiffre celle d’une forme humaine et je remarquai que j’avais déjà observé un cas semblable. En relisant cet article le matin après avoir transcrit mon rêve, j’y trouvai deux lignes sur la mémoire des chiffres, lignes que je ne me souvins pas du tout avoir lues la veille. J’avais lu des yeux seulement, très vite et n’avais fait attention qu’à l’audition colorée qui seule m’intéressait pour le moment.

Ce rêve présente de l’intérêt à plusieurs points de vue. Je me contenterai de faire remarquer qu’il est difficile de le concilier avec la théorie dans laquelle le rêve ne serait qu’une suc­ cession de tableaux.

IV. — Avant d’aborder les caractères de mes rêves je noterai les points suivants.

Je n’ai jamais pu rêver à volonté ni déterminer d’avance les sujets et les caractères de mes rêves. Jamais non plus je n’ai pu volontairement mettre fin à mon rêve en me réveillant.

D’après ce que j’ai observé sur moi-même, je suis porté à croire que je rêve toutes les nuits. Je n’irai pas cependant jusqu’à dire qu’il n’y a pas de sommeil sans rêves ; ce serait peut­ être trop absolu. Mais je crois que c’est seulement dans le sommeil naturel profond et dans le sommeil hypnotique sans suggestions qu’on rencontre l’absence complète de rêves et l’inactivité absolue de la pensée. (Voir mon livre, Le somnambulisme provoqué, 2e Edit. p. 210.) En tout cas les rêves dont je me souviens nettement sont ceux qui se présentent dans la seconde moitié de la nuit.

J’étudierai successivement la façon dont se comportent chez moi les diverses images mentales dans le rêve.

Images visuelles. Je suis un visuel, mais un visuel incomplet. Si je ferme les yeux et que je veuille me représenter [p. 277] mentalement un objet, un arbre, une personne, l’image mentale n’a jamais la netteté de l’image réelle ; les images sont toujours un peu indécises, un peu floues, comme en grisaille ; les couleurs sont un peu passées ; c’est plutôt une sorte de vision mentale plus facile à comprendre qu’à expliquer. Si j’entends prononcer un mot, je vois le mot imprimé, en caractères ordinaires, plutôt que l’objet lui-même et souvent c’est le mot seul que je vois. Je dois dire que j’ai beaucoup lu et que, soit habitude, soit organisation innée, je lis des yeux seulement et très rapidement.

Dans mes rêves, les images visuelles ont à peu près les mêmes caractères de vague et d’indécision ; en général les objets sont vus plus nettement que les personnages, les mots plus que les objets, les dessins (dessins d’anatomie et d’histologie par exemple), les cartes plus nettement encore.

Cependant, dans mes rêves en grisaille comme je les appelle, certains objets, certaines figures peuvent présenter une netteté de contours et de couleurs presque comparables à la réalité, mais c’est toujours limité à une fraction de l’étendue visuelle au rêve, fraction qui joue le rôle principal et sur laquelle je fixe mon attention. J’ai même conscience que l’effort d’attention augmente la netteté de l’image. En tout cas il est très rare chez moi que les images mentales visuelles soient aussi vives que dans la réalité.

Les images auditives ne sont jamais chez moi très intenses ; j’entends nettement les voix, mais elles sont comme assourdies, voilées ; ma propre voix, sauf de rares exceptions, m’arrive avec les mêmes caractères. Je noterai que, quoiqu’aimant beaucoup la musique et en entendant assez souvent, je n’ai jamais entendu en rêve de symphonies ou d’auditions musicales réelles ; tout s’est borné à quelques fragments de café-concert ou à quelques refrains grotesques (une seule fois cependant un air de la Favorite). Rien de spécial pour les sensations tactiles et les sensations de température. Je n’ai ressenti que très rare­ ment de douleur, quelque fois seulement un peu de gêne ou de fatigue.

Autant qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais eu de sensations olfactives, Une seule fois j’ai éprouvé une sensation gustative très nette dans le rêve suivant. [p. 278]

Rêve D. — J’étais dans un hôtel, Ma chambre était remplie d’abeilles et, en la quittant, je m’aperçus qu’il y avait à la porte de ma chambre un trou assez large par lequel les abeilles se répandaient dans le corridor dont elles couvraient le tapis. Je me hâtai de descendre pour prévenir du fait le gérant de l’hôtel. En descendant l’escalier, je pris le pan de mon habit et le suçai ; il était couvert de miel et avait un goût sucré très prononcé.

En revenant à la campagne la veille, j’avais trouvé ma chambre remplie d’abeilles. Six semaines auparavant un essaim avait pénétré dans la cheminée où il s’était installé ; une partie des abeilles était entrée dans ma chambre en passant sous la trappe de la cheminée et le miel avait coulé jusque sur le plancher.

Je ne m’arrêterai pas sur les sensations générales ; elles ne présentent rien de particulier.

Les sensations organiques jouent chez moi un rôle assez important et constituent les éléments d’un grand nombre de mes rêves. Spécialement les besoins correspondant aux fonctions du rectum et de la vessie se présentent souvent dans mes rêves et parfois dans les circonstances les plus invraisemblables et les plus grotesques sur lesquelles il est inutile d’insister.

Les sensations de mouvement (images motrices) sont un des éléments les plus importants de mes rêves. Je ne suis pourtant pas un moteur ; quand je lis un mot, je ne le prononce jamais mentalement ; cette tendance motrice, cette ébauche de mouvement ne se montre chez moi que pour les chiffres, et très faiblement encore, jamais pour les mots.

Les rêves de mouvement consistent en marches, courses, ascensions quelquefois pénibles, descentes, très rarement chûtes dans des précipices. Un rêve que j’avais souvent autrefois, c’était de voler à un ou deux mètres au-dessus du sol en parcourant ainsi d’un bond léger dix à vingt mètres ; c’était pour moi une sensation délicieuse de légèreté et de vitesse en même temps qu’une vive satisfaction d’amour-propre d’avoir résolu le premier le problème de la locomotion aérienne et cela sans mécanisme particulier et en vertu d’une organisation supérieure. Ce rêve a tout-à-fait cessé depuis une vingtaine d’années.

Je n’ai presque jamais rêvé que j’écrivais. J’ai passé cependant [p. 279] une partie de mon temps à écrire. Le même fait a déjà été signalé par Guardia qui a énormément écrit et n’a jamais rêvé qu’il écrivait. Je n’ai jamais non plus rêvé que je dessinais ou que je modelais, ce qui m’arrive assez souvent en réalité.

Pour ce qui concerne la parole, je renverrai aux rêves intellectuels.

V. — Sujets des Rêves. Mes rêves portent tantôt sur des objets inanimés, connus ou non (paysages, monuments, etc.), tantôt sur des personnes connues ou imaginaires ; ou bien ce sont des scènes dans lesquelles je joue ordinairement un rôle actif et non pas seulement un rôle purement contemplatif.

Les objets ou les personnes connues ne sont jamais tout-à­ fait semblables à la réalité ; souvent même il n’y a qu’une ressemblance lointaine, ce qui ne m’empêche pas de les dénommer sans hésitation. Pour les personnes imaginaires il m’arrive souvent de leur attribuer un nom, celui d’un personnage célèbre par exemple, sans que je sache pourquoi (Rêves C, T, U).

J’ai vu assez souvent en rêve des personnes mortes de ma famille ou de mes amis sans que je puisse me rendre compte des motifs qui m’ont fait apparaître telle personne plutôt que telle autre. Ainsi je n’ai jamais vu ni mon père, ni ma mère, tandis que j’ai vu plusieurs fois un frère et une sœur.

Dans ces rêves de personnes décédées, je ne puis être d’accord avec de Sanctis qui prétend que l’image d’une personne chère qu’on a perdue ne peut être jamais vue en rêve que longtemps après la mort. J’aurai occasion de revenir plus loin sur ce genre de rêves.

VI. — J’arrive maintenant aux rêves que j’appellerai rêves intellectuels. Je commencerai par donner quelques exemples de rêves de ce genre.

Quelques-uns se rapportent à la profession médicale.

Rêve E. — Je rêvais que je faisais un accouchement avec un confrère. La figure de l’enfant était très nette, celle de la mère très peu. Je n’avais pas fait d’accouchement depuis 35 ans ; mais j’avais parlé de cette question dans la soirée.

Rêve F. — J’avais devant moi un cas chirurgical, un individu blessé à l’épaule ; la cavité glénoïde était percée dans son [p. 280] milieu comme cela arrive quelquefois pour la cavité cotyloïde, et cela me paraissait un cas unique que j’analysais minutieusem§ent. Dix jours auparavant j’avais causé avec le Dr. P. d’une déformation de l’épaule qu’il avait constatée chez les porteurs de sable qui déchargent les bateaux.

Les cas suivants se rapportent plus ou moins directement aux fonctions de professeur.

Pendant un certain temps de ma vie je rêvais très fréquemment que je faisais mon cours. C’était toujours le début que je prononçais dans mon rêve et cela représentait environ huit à dix lignes de texte ; ma parole était lente, posée, presque hésitante, tandis qu’ordinairement je parle très vite et ai même une tendance à m’emballer, tendance contre laquelle je cherchais toujours à réagir. Je dois dire cependant que le début du cours était dit en général assez posément. Ces rêves ont presque complètement disparu depuis que je suis à la retraite et que j’ai cessé mes cours. J’en ai eu pourtant encore un de ce genre pendant que je travaillais à cet article.

Un fait à noter c’est que ces rêves se combinaient fréquemment avec des rêves grotesques ; je faisais mon cours en chemise, en caleçon, ce dont j’étais naturellement un peu honteux.

Rêve G. — Je rêvais que je faisais passer un examen de sage­femmes. Je n’en avais pas fait passer depuis dix ans.

Rêve H. — Je rêvais que je disséquais sur une place publique la face postérieure du bulbe et de la protubérance. Du monde allait et venait sur la place.

Rêve I. — Je me trouvais avec R. et P. dans une sorte de salle de conférences. P. parlait de l’histologie du système nerveux central et décrivait les cellules connectives du cerveau. J’exposais à R. que ce n’était pas mon opinion et que ces prétendues cellules connectives étaient en réalité des éléments nerveux.

Rêve J. — J’étais dans une grande salle et j’indiquais à des jeunes filles des poses, des attitudes, des pas. Une de ces jeunes filles avait une robe bleue pâle et je la voyais d’une façon très nette ; les figures des autres étaient beaucoup plus vagues. Elles n’exécutaient pas bien ce que je leur disais et je leur répétais toujours : « Comprenez-moi bien, comprenez-moi bien ; il ne s’agit pas de danse, mais d’attitudes, de mimique, » et je [p. 281] faisais de grands efforts pour leur faire comprendre ce que je voulais. Ce rêve est du 27 Décembre 1895 (Comparer au rêve M).

Les rêves suivants ont un caractère intellectuel plus prononcé.

Les premiers se rapportent à des préoccupations littéraires.

Rêve K. — Je me trouvais dans une sorte de hangar lisant devant plusieurs personnes, parmi lesquelles Zola, une pièce de théâtre dont je ne pus au réveil me rappeler le sujet.

Rêve L. — Quelques jours après le rêve précédent je rêvais que j’allais présenter à un concours littéraire une pièce de théâtre ayant pour titre : les Ambitieux. Un de mes amis, romancier connu, présentait une pièce au même concours.

Rêve M. — J’avais fait un scenario de pantomime. Je me trouvais dans la rue avec un grand nombre de personnes qui parlaient de ce scenario. A mon réveil impossible de m’en rappeler le sujet. Je dois dire qu’il m’arrive parfois de m’amuser à chercher des sujets de pièces. Ce rêve date du 5 Juillet 1894. (Comparer au rêve J).

Rêve N. — J’avais fait une pièce de théâtre intitulée, Drame de famille. L’actrice qui l’avait jouée était avec moi et j’ apprenais par elle que ma pièce avait été jouée.

D’autres rêves se rapportent à la musique.

Rêve O. — J’expliquais devant un auditoire la formation de la gamme. Je m’étais beaucoup occupé de cette question les jours précédents.

Rêve P. — Ph. devait passer prochainement une thèse de doctorat sur le mi. Je discutais avec lui sur le rôle du mi dans la gamme. C’était une dissertation à perte de vue et il me semblait que nous arrivions à des aperçus nouveaux sur le rôle de la médiante.

Je me contente de ces quelques exemples dont j’abrège les détails, voulant surtout montrer ici les différentes directions dans lesquelles peut s’exercer chez moi l’activité intellectuelle dans le rêve. Je passe maintenant à quelques exemples de rêves dans lesquels les manifestations psychiques ont un caractère plus élevé et dans lesquels l’automatisme cérébral est moins puissant.

Rêve Q. — Je racontais à J. avec toutes les explications une [p. 282] illusion de l’orientation que j’avais observée dans le voyage de Paris à Nancy.

Rêve R. — Je me trouvais en présence de mon ami S. mort depuis peu de temps ; il était couché dans son lit comme je l’avais vu pendant sa maladie. Très étonné de le voir vivant je lui demandai comment cela se faisait. Son frère qui se trouvait à côté de lui me dit : « Je vous expliquerai cela. » S. me parla, mais je ne me rappelai pas ses paroles à mon réveil. Ce que je me rappelai très bien par exemple, c’est que je réfléchissais comment cela pouvait se faire. Cependant la chose ne me surprenait pas outre mesure ; mais je faisais le raisonnement suivant dont je me souvins très bien au réveil : ou je rêve et je le saurai quand je me réveillerai ; ou cela est vrai, il est vivant et comment cela peut-il se faire ? La mort de mon pauvre ami S. m’avait très vivement impressionné.

Rêve S. — Ce rêve a déjà été publié par moi dans mon livre sur le somnambulisme provoqué (2e Edit. p. 299). Je l’abrège. Je voyais un paysage avec de l’eau, de la verdure, des arbres, des maisons, et tous les objets m’apparaissaient dans leurs contours et leurs couleurs avec toute leur netteté. Ce que je me rappelai parfaitement au réveil, c’est qu’en considérant ce paysage je pensai immédiatement à la question qui m’avait souvent occupé de la netteté des images dans le rêve et j’ajoutai même mentalement : cette fois, je suis bien sûr d’avoir vu ce paysage comme si je l’avais réellement devant les yeux. J’avais très distinctement la conscience que je rêvais et que je raisonnais sur la netteté de mon rêve, et que je concluais à l’identité d’aspect des images rêvées et des images réelles. J’ai eu dans d’autres rêves la conscience vague que je rêvais ; mais c’est seulement dans les deux rêves précédents que cette conscience s’est formulée d’une façon absolument nette.

Rêve T. — Je me trouvais dans la même salle que Séverine, une autre femme et un homme qui écrivaient à une table. Ils décrivaient leur état d’âme, une sorte d’analyse psychologique de leur moi et me demandaient des éclaircissements. J’avais lu dans la journée un premier-Paris de Séverine et un article de journal sur la dualité du cerveau.

Rêve U. — Je me trouvais avec Maurice Barrès dans un jardin. Nous avions un entretien psychologique sur le rôle de [p. 283] cet auteur en littérature et sur sa psychologie. Je me souvenais très nettement au réveil que Maurice Barrès s’attribuait la qualification de « locatif, » tandis que je soutenais qu’il fallait lui attribuer celle de « personnel » et nous avions une discussion sur la valeur métaphysique des termes « locatif » et « personne l ». J’avais lu le jour même trois articles de Maurice Barrès. Ce rêve eut lieu à la date du 22 Avril 1894.

On voit par ces exemples que l’activité psychique peut dans certains cas se manifester dans le rêve dans des limites assez étendues et qu’elle peut se traduire par le fonctionnement des centres cérébraux supérieurs. On peut en effet dans le rêve analyser, comparer, juger, raisonner : l’attention peut se porter volontairement sur tel ou tel objet ; on discute les questions les plus abstraites ; la plupart du temps les raisonnements sont faux, les discussions étranges, les conclusions erronées, mais il n’en est pas toujours ainsi.

En tout cas je puis conclure de mes observations que la conscience subsiste dans le rêve, dans son intégrité et je ne pourrais admettre la distinction qui me parait tout-à-fait arbitraire que font Spitta et Radestock entre la conscience de soi qui serait supprimée dans le rêve et la simple conscience qui serait seule conservée. La personnalité et le sentiment du moi ont toujours été conservées dans mes rêves. Je n’ai jamais observé le dédoublement du moi dont ont parlé quelques auteurs.

VII. — Les sentiments affectifs sont en général très affaiblis chez moi dans le rêve et bien moins intenses que dans la réalité. Jamais de terreurs, sauf dans les cauchemars que j’avais étant enfant, jamais de peurs réelles ; un peu d’appréhension (rêves dans lesquels je courais quelque danger, rêve que j’allais être opéré, etc.,) un peu d’inquiétude, de honte (certains rêves où je jouais un rôle ridicule), de l’ennui, c’est à cela que se bornent en général les émotions désagréables de mes rêves. Les sentiments agréables sont plus intenses (plaisir de la locomotion aérienne, ravissement devant un beau paysage). Le sentiment de l’amour-propre si j’en juge d’après quelques cas est assez prononcé (Rêves C., F., P. ; rêves de locomotion aérienne).

Un fait à noter, c’est que dans les rêves de personnes mortes, je n’éprouve ni douleur de les avoir perdues, ni joie de les [p. 284] revoir vivantes en rêve. Je n’éprouve d’autre sentiment que de l’étonnement, de la surprise (Rêve R.). Il en est de même quand je rêve que des personnes vivantes sont mortes, même des personnes qui me sont chères.

VIII. — Dans le cours de mon existence déjà longue (je suis né en 1830), j’ai pu suivre l’évolution de mes rêves et les variations que l’âge a pu leur faire subir. Laissant de côté mon enfance et mon adolescence sur lesquelles mes souvenirs ne sont pas assez précis, je puis dire d’une façon générale que les sujets de mes rêves ont varié suivant mes occupations habituelles.

Jusqu’à 30 à 35 ans mes rêves étaient surtout des rêves visuels (paysages, villes, etc.,) et des rêves de mouvement, parmi lesquels je mentionnerai ce rêve de vol aérien qui se répétait fréquemment. Dès que mes fonctions de professeur commencèrent, je rêvais très souvent que je faisais mon cours et ce genre de rêve cessa presque complètement quand je pris ma retraite. Vers l’âge de cinquante ans les rêves de locomotion aérienne disparurent tout-à-fait. Les rêves à proprement parler intellectuels ont commencé quand je m’occupai spécialement de questions psychologiques et surtout quand je fus nommé Directeur d’un Laboratoire de Psychologie physiologique. Les rêves littéraires coïncident avec une période où ma santé m’interdisant tout travail scientifique, je me rejetais sur des travaux littéraires auxquels j’avais toujours pris du reste un très vif plaisir. Les rêves à caractère grotesque ont à peu près disparu depuis une dizaine d’années.

A propos de l’influence des préoccupations habituelles sur les sujets des rêves, je mentionnerai les deux exceptions sui­ vantes.

Pendant plusieurs années à Nancy j’ai consacré beaucoup de temps à l’étude des phénomènes de l’hypnotisme, et cette question me préoccupait vivement tant au point de vue physiologique qu’au point de vue psychologique. Jamais pourtant je n’ai rêvé que j’hypnotisais ou fait un rêve se rapportant à cette question.

Pendant la guerre de 1870-1871, j’ai subi le siège de Strasbourg où j’avais un service d’hôpital : j’ai fait dans les conditions que l’on sait et que j’ai décrites (Impressions de campagne) les campagnes de la Loire et de l’Est comme médecin [p. 285] en chef d’ambulance. Jamais, dans cette période où tout mon être n’avait qu’une pensée, la guerre à laquelle j’assistais, jamais je n’en ai rêvé.

Si les sujets de mes rêves ont varié, comme je l’ai dit plus haut, dans le cours de mon existence, les caractères même de mes rêves n’ont pas varié. Les images mentales se sont toujours présentées dans les mêmes conditions ; ce sont toujours les mêmes tableaux en grisaille, les mêmes voix assourdies et la description que j’en ai faite ci-dessus reste valable pour toutes les périodes de mon existence.

Actuellement mes rêves sont surtout des rêves visuels dans lesquels l’élément moteur joue un rôle de moins en moins considérable.

IX. — Jusqu’ici les auteurs qui se sont occupés de cette question ont étudié surtout l’influence des phénomènes psychiques de la veille sur le rêve ; il me semble que l’autre face de la question, savoir l’influence du rêve sur les phénomènes psychiques de la veille mérite aussi d’être étudiée et j’essaierai, aussi brièvement que possible, d’en faire ressortir l’importance. S’il y a une action des idées sur les rêves, il y a aussi une réaction inverse du rêve sur les idées.

On sait quel rôle considérable jouaient les songes chez les peuples primitifs et chez les anciens ; même encore aujourd’hui, dans les classes inférieures cette influence s’est conservée et la clef des songes constitue avec l’Almanach et les histoires de brigands le fond de la bibliothèque du colporteur. Chez les êtres ignorants et grossiers, comme on le voit dans les temps barbares ou dans les époques troublées, comme au Moyen-âge par exemple, les rêves prenaient une importance dont il nous est difficile actuellement de nous faire une idée. Les légendes qu’on trouve à l’origine de toutes les religions, les croyances aux êtres fantastiques les plus invraisemblables, les visions, des mystiques, les manifestations quelquefois si étranges de l’art primitif (hindou, étrusque, etc.,) ont en grande partie leur point de départ dans les souvenirs du rêve. Du rêve à la vision, il n’y a qu’un pas à franchir. La vision n’est qu’un rêve prolongé qui a laissé son empreinte dans un cerveau surmené, surexcitable et malade. L’Apocalypse de St. Jean n’est qu’un long rêve sur lequel a vécu le Moyen-âge. Ce sont les rêves [p. 286] des mystiques qui ont engendré cette doctrine de l’Adoration du Sacré-Cœur qu’a transformé le catholicisme, et on sait quelle est aujourd’hui l’influence de cette doctrine sur les consciences.

Si on envisage cette question du rêve à un point de vue plus strictement philosophique, on peut dire, fait déjà entrevu par quelques auteurs, que la croyance à la survivance après la mort a son germe dans le rêve. C’est, du moins me semble­ t-il, la seule explication rationnelle qu’on puisse en donner, si l’on consent à lui chercher une explication rationnelle.

Voilà un homme primitif, ignorant, qui dans un rêve voit apparaître un être qu’il a perdu, père, frère, compagne. Cet être lui parle, va, vient, agit, dans les occupations auxquelles il se livrait de son vivant. Il en conclura naturellement que cet être n’est pas mort tout-à-fait et que quelque chose de lui sur­ vit après le trépas. Ce qui survit ainsi ne peut être le corps lui-même qui se corrompt et se détruit. C’est donc quelque chose à côté du corps et distinct de lui. Comme les images du rêve sont en général peu intenses et affaiblies, ce quelque chose qui survit doit être une sorte de forme vague, un double, une ombre. Puis graduellement, cette idée qui ne s’est développée, ni en un jour, ni chez un seul homme, mais par une lente élaboration dans une série de générations, cette idée se transforme et s’épure: de la croyance grossière à une ombre qui survit à la mort avec les mêmes goûts et les mêmes occupations que pendant la vie, se dégage peu à peu, dans ses diverses manifestations, la conception philosophique et religieuse d’une âme immortelle et d’une vie future, avec son cortège de récompenses et de châtiments. Je me borne à ces considérations que je ne puis développer ici. Elles suffisent pour montrer le rôle que joue le rêve dans les phénomènes psychiques et quelle est aussi son importance dans l’évolution religieuse et morale de l’humanité.

X. — Conclusions. Des observations et des considérations qui précèdent je tirerai les conclusions suivantes.

1°. En prenant les précautions nécessaires, on peut avoir confiance dans les souvenirs des rêves tels qu’ils se présentent au réveil.

2°. Les phénomènes du rêve peuvent se décomposer en [p. 287] trois phases : phase d’excitation initiale, phase de souvenir, phase d’irradiation.

3°. La seconde phase semble pouvoir se produire en dehors de toute excitation initiale sensitive, sous une simple variation de pression ou de composition du sang (action chimique) qui agit directement sur un centre cérébral pour déterminer l’apparition d’un souvenir, point de départ du rêve.

4°. Les souvenirs qui apparaissent dans les rêves peuvent provenir d’évènements du jour même ou des jours précédents ou d’époques plus ou moins éloignées. Les deux ordres de souvenirs peuvent s’amalgamer dans le même rêve.

5°. D’une façon générale les sujets des rêves correspondent aux occupations habituelles.

6°. L’évolution biologique du rêve correspond assez exactement à l’évolution organique et psychologique de l’individu.

7°. Les cas sont fréquents dans lesquels le rêve ne peut être ramené à une simple succession de tableaux.

8°. Les sentiments affectifs sont conservés dans le rêve, mais atténués. Cependant chez moi les sentiments de plaisir et d’amour-propre restent très vifs encore.

9°. La personnalité actuelle est conservée dans le rêve.

10°. La conscience de soi est conservée dans le rêve.

11°. On peut, dans un rêve, avoir conscience qu’on rêve.

12 °. Les manifestations psychiques les plus élevées, raisonnement, attention, comparaison, jugement, etc., peuvent se montrer dans le rêve (rêves intellectuels).

13°. La volonté peut être conservée dans le rêve, mais elle est affaiblie. En ce qui me concerne je n’ai jamais pu me réveiller volontairement au milieu d’un rêve.

14°. L’influence des rêves sur les idées et par suite sur les doctrines philosophiques et religieuses a été méconnue et mérite d’être étudiée.

15°. Le rôle du rêve a surtout été très important chez les peuples primitifs et chez les peuples anciens.

16°. Les visions ne sont que des rêves prolongés et transformés.

17°. La croyance à la survivance après la mort et à la vie future avec toutes ses conséquences philosophiques et religieuses a son germe dans le rêve.

 

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