H. Louatron. Les rêves considérés comme indices de maladies . Extrait de la revue mensuelle « L’Écho du merveilleux », (Paris), cinquième année, n° 98, 1erfévrier 1901, pp. 52-53.

H. Louatron. Les rêves considérés comme indices de maladies . Extrait de la revue mensuelle « L’Écho du merveilleux », (Paris), cinquième année, n° 98, 1erfévrier 1901, pp. 52-53.

 

Henri Louandron. Ancien organisateur du groupement International des Philosophes à l’A.S. U., ancien directeur de « la Synthèse Éclectique ». Collaborateur régulier de l’Écho du merveilleux. Sa publication le lus connue :
A la messe noire ou le luciférisme existe. Avec 5 gravures hors-texte. Lettre préface de J.-Cam. Chaigneau, A Mamers (Sarthe), [À compte d’auteur], s. d., [vers 1918.] 1 vol. 74 p. Très nombreuses rééditions.

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Les images, ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

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Les rêves considérés comme indices de maladies

Les rêves pathologiques ! Voilà un sujet qui devrait intéresser les amateurs de merveilleux au moins autant que l’onirocritie ou oniromancie, car il repose sur des principes plus certains. Cette séméiologie d’un nouveau genre est encore à l’état embryonnaire. Cependant d’un grand nombre de coïncidences frappantes et répétées, d’un grand nombre d’observations, on a tiré certaines données suffisamment scientifiques.

Sans doute, d’ordinaire, dans les rêves, un fait, un fait oublié même pendant la veille, revient au dormeur ; l’imagination le reproduit en l’accompagnant de détails et de circonstances créés le plus souvent par une sensation matérielle. C’est ainsi qu’après s’être endormi sous des couvertures trop lourdes, on éprouve parfois un sentiment de gêne et même d’angoisse inexprimable. Alors on se croit serré par une main de fer ; l’imagination vous montre un lutin accroupi sur vous et piétinant votre poitrine : c’est le cauchemar ; on se réveille en sursaut, le front en sueur, la respiration haletante ; on rejette loin de soi ; la couverture trop lourde ; la cause du mal a disparu ; on se rendort tranquillement.

Mais à côté de ces rêves dus à la pesanteur, d’un couvre-pied, ou à une position fatigante, comprimante, [p. 53, colonne 1] pendant le sommeil, ou à l’élaboration d’aliments indigestes, il y a ceux que de nombreuses constatations ont révélé être particuliers à certains états morbides.

Les maladies commencent souvent par un lent travail de destruction d’un organe. Or on penche sérieusement à admettre aujourd’hui que cette désorganisation, inconsciente-le jour, se traduit, la nuit par des rêves d’un caractère spécial, selon le genre et le siège de la lésion. Les perturbations qui affectent le cerveau, le système; cérébro-spinal, le cœur, les poumons, sont celles qui ont surtout permis jusqu’ici de noter des corrélations surprenantes. Des médecins sont déjà arrivés à dresser une statistique relative.

Sur 50 personnes atteintes de maladies de cœur, 50 ont déclaré rêver souvent de choses effrayantes, angoissantes, dé mort prochaine. Leurs cauchemars consistent en sensations d’étouffement, de poids énorme sur la poitrine. Elles se voient poursuivies, effectuant des montées rapides. Le réveil a lieu en sursaut ; il est. encore plus pénible chez les individus dont les poumons fonctionnent mal. Sur 20 malades en proie à la fièvre cérébrale ou à la fièvre typhoïde, 20, dans leur délire, ont poussé d’une façon intelligible les cris de : « Au secours ! au secours ! à l’assassin ! Voilà les assassins qui vont me tuer ! » « Voilà le boucher avec son grand couteau qui veut me tuer, me saigner ! »

Sur 25 personnes traitées pour maladies de foie, toutes ont dit que, dans leurs rêves, elles se croyaient sans cesse sur le point de tomber d’un endroit élevé et excessivement étroit où elles se trouvaient placées. Les unes étaient à califourchon sur le cadran d’une horloge d’un édifice public ; d’autres, les pieds sur les plinthes, se cramponnaient désespérément avec les mains à une colonne ou aux aspérités d’un mur ; d’autres se tenaient blotties dans une niche à statue, ou sur une corniche, au-dessus d’un torren ; d’autres enfin montaient, au-dessus d’un précipice, à une échelle dont les échelons cassaient sous leurs pieds.

Sur 50 personnes affectées d’albuminurie ou de diabète, 45 assistaient à l’agonie de parents chéris, ou se voyaient elles-mêmes moribondes, recevant l’extrême-onction : le prêtre en surplis entrait précédé du sacristain, porteur de la sonnette aux tintements funèbres ; sur un guéridon, à côté du lit, un Christ, une assiette d’eau bénite, la branche de buis funéraire, des bougies dont les flammes s’étoilent lugubrement dans une brume envahissante…

Sur 10 personnes souffrant d’une ascite très avancée, 9 avaient des cauchemars horribles (catacombes, cavernes, gouffres, purgatoire, enfer béants, prêts à [p. 53, colonne 2] les engloutir, ces 2 derniers apparaissant selon l’éducation catholique reçue par elles).

Sur 10 hystériques ou névropathes ayant une gastralgie, 10 rêvaient de mort, d’enterrement, de voleurs, de parents décédés. Elles voulaient fuir, mais leurs pieds semblaient adhérer au sol.

Les aliénés se voient devenir fous au milieu d’apparitions terribles.

Les cancéreux se sentent brûlés, pinces, mordus, tenaillés, lacérés.

Sur 40 individus souffrant de douloureuses affections stomacales, les uns s’imaginent avaler des serpents ; les autres croient que de gros chats, des chiens, sont couchés sur leur estomac, que des fantômes dansent sur leur poitrine, qu’un forgeron frappe sur une enclume posée sur leur estomac.

Les alcooliques semblent avoir la spécialité des rêves terrifiants. Ils se voient dans les flammes, au milieu d’incendies ; ils courent à toute vitesse et tombent soudain dans de grands trous noirs. Ils se figurent qu’ils sont étendus à terre et que des bêtes noires et horribles (rats d’égout, crapauds, araignées velues, immondes bousiers) grimpent sur leurs vêtements et s’avancent jusqu’à leur figure. Les rêves des alcooliques sont sans doute jugés assez caractéristiques, puisque, sur leur seul aveu, un médecin flaire aussitôt que son client s’enivre et que son intoxication ne date pas d’hier.

Sur 30 personnes sujettes à des névralgies, à des douleurs sciatiques, ayant des troubles cardiaques, plus de 20 se verront poursuivies avec un acharnement inouï par des chevaux indomptés, des taureaux en furie.

Si on est loin d’admettre les rêves au nombre des signes pathognomoniques infaillibles, il n’en est pas moins suffisamment avéré que chaque genre de maladie semble prédisposer plus particulièrement à telle espèce de rêve.

H. LOUATRON.

 

 

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