Emmanuel Régis et Angelo Hesnard. La Doctrine de Freud et de son école. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), huitième année, premier semestre, 1913, pp. 356-378, 446-481, 537-564.

Emmanuel Régis et Angelo Hesnard. La Doctrine de Freud et de son école. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), huitième année, premier semestre, 1913, pp. 356-378, 446-481, 537-564.

Le second texte conséquent, en français, après celui de Charles Ladame [en ligne sur notre site] et majeur pour expliquer les nouveaux concepts psychanalytiques de Freud. Celui-ci donnera lieu à la publication du livre qui paraitra peu de temps après.

REGISHESNARD0002Emmanuel Régis (1855-1918). Bien connu pour son célèbre Manuel de psychiatrie qui connut six éditions (voir ci-dessous). – Très sensible aux idées freudienne il publie un ouvrage commun avec Angelo Hesnard, La Psychanalyse des névroses et des psychoses en 1914. – Il est l’auteur de nombreux ouvrages et de plusieurs dizaines d’articles. Quelques publications :

— La folie à deux ou folie simultanée, avec observations recueillies à la clinique de pathologie mentale (asile Sainte-Anne). Paris, J.-B. Baissière et Fils, 1880. 1 vol. in-8°, 94 p., 2 ffnch.
— Manuel pratique de médecine mentale. Avec une préface de Benjamin Ball. Paris, Octave Doin, 1885. 1 vol. in-12, XXXIV p., 610 p. Reliure cartonnage éditeur bordeaux. Ce « Manuel » deviendra « Précis » à compter de la troisième édition.  – Seconde édition : Manuel pratique de médecine mentale. Avec une préface de Benjamin Ball. Deuxième édition entièrement revue et corrigée. Paris, Octave Doin, 1892. 1 vol. in-12, X p., 751 p. –Précis de psychiatrie. Troisième édition, entièrement refondue, avec 82 figures et 6 tracés dans le texte. Paris, Octave Doin, 1906. 1 vol. in-12, 6 p., 2 ffnch., IX p., 1082 p. – Précis de psychiatrie. Quatrième édition, revue et corrigée. Avec 90 figures et 6 tracés dans le texte. Paris, Octave Doin, 1909. 1 vol. in-12, 6 p., 2 ffnch., XIII p., 1202 p. – 5eme édition : Précis de psychiatrie. Cinquième édition entièrement revue et corrigée. Avec 98 figures dans le texte et 7 planches, dont 5 en couleur  hors-texte. Paris, Octave Doin, 1914. 1 vol. in-12°, 6 p., 2 ffnch., XIV p., 1230 p. – REGIS Emmanuel-Jean-Baptiste-Joseph (1855-1918). Précis de psychiatrie. Sixième édition entièrement revue et corrigée. Avec 98 figures dans le texte et 7 planches, dont 5 en couleur  hors-texte. Paris, Octave Doin, 1923. 1 vol. in-12°, 1269 p.
— Les aliénés peints par eux-mêmes. Partie 5. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), première série, 1886 en 5 partie distinctes (voir ci-dessous) (pp. 642-655). [en ligne sur note site]
— La folie dans l’art dramatique. Grenoble, Imprimerie Allier Frères, 1903. 1 vol. in-8°, 35 p.
— Un cas d’obsession psycho-génitale, tiré des « Essais de Montaigne ». Extrait des  Archives de neurologie. S. l. n. d. [Paris, 18??]. 1 vol. in-8°, pp. 37-40.
— Les régicides dans l’histoire et dans le présent. Etude médicopsychologique. Paris, A. Maloine, 1890. 1 vol. in-8°, 97 p., 1fnch.

REGISHESNARD0001Angelo Louis Marie Hesnard (né à Pontivy (Morbihan) le 22 mai 1886 et décédé à Rochefort-sur-mer le 17 avril 1969). Médecin-Général de la Marine Nationale, neuropsychiatre, membre fondateur de la Société Psychanalytique de Paris (S.P.P.), président de la Société Française de Psychanalyse (S.F.P), professeur de neuropsychiatrie et de Médecine légale ) l’Ecole de Santé Navale de Bordeaux et à l’Ecole d’Application du Service de Santé de la Marine. Il reste une figure de l’introduction de la psychanalyse en France, même si, a y regarder de plus près, il présenta de nombreuses ambiguïtés. Il fut un de ceux qui souhaitèrent réserver la pratique de la psychanalyse exclusivement aux médecins (comme nous pouvons dans l’article ci-dessous). Assistant d’Emmanuel Régis à Bordeaux, il publiera avec lui un de ses ouvrages de référence, premier ouvrage important en langue française, après trois articles communs parus dans la revue l’Encéphale : La Psychanalyse des névroses et des psychoses, 1914. Quelques autres publications parmi ses nombreuses contributions et ouvrages :
— Une maladie de l’attention intérieure : la dépersonnalisation. Article parut dans la revue de « Association française pour l’Avancement des Sciences – Compte-rendu de la 4e session – Strasbourg 1920 », (Paris), 1921, pp. 367-370. [en ligne sur notre site]
— L’inconscient. Préface du Dr Toulouse. Avec 8 figures et 3 tableaux dans le texte. Paris, Octave Doin, 1923. 1 vol. in-8°. Dans la collection « Encyclopédie scientifique. Bibliothèque de psychologie expérimentale ».
— Les récents enseignements psychologiques de Freud. Article parut dans la revue « L’encéphale, journal de neurologie et de psychiatrie », (Paris), dix-huitième année, 1923, pp. 525-531.[en ligne sur notre site]
— Les aspects multiples du refoulement. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), dix-huitième année, 1923, p. 200-201. [en ligne sur notre site]
— (Avec René Laforgue). Contribution à la psychologie des états dits schizophréniques. Article parut dans la revue « L’Encéphale », (Paris), dix-neuvième année, 1924, pp. 45-50. [en ligne sur notre site]
— Les psychoses et les frontières de la folie. Préface du professeur Henri Claude. Paris, Ernest Flammarion, 1924. 1 vol. in-8°, 278 p., 1 fnch. Dans la « Bibliothèque de philosophie scientifique ».
— Traité de sexologie normale et pathologique. Préface du Dr Toulouse. Avec 72 figures. Paris, Payot, 1933. 1 vol. in-8°.
— Psychologie du crime. Au-delà de l’infrastructure biologique, sociale et psychiatrique du crime. Connaissance concrète de l’homme criminel en situation. Conceptions compréhensives du crime: clinique élargie, psychanalytique, phénoménologique. Paris, Payot, 1963.
— Manuel de sexologie normale et pathologique. Préface du Dr Toulouse. Avec 72 figures. Paris, Payot, 1946. 1 vol. in-8°. Dans la « Bibliothèque scientifique ».
— L’univers morbide de la faute. Préface de Henri Wallon. Paris, Presses Universitaires de France, 1949. 1 vol. in-8°. Dans la « Bibliothèque de psychanalyse et de psychologie clinique ».

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination du tiré-à-part de l’article. – Nous avons gardé l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de l’original, mais avons corrigé plusieurs fautes de frappe.
– Par commodité nous avons renvoyé la note de bas de page en fin d’article.  – Les images ont été rajoutées par nos soins. . – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

[p. 356]

LA DOCTRINE DE FREUD ET DE SON ÉCOLE

PAR LES DOCTEURS

E. RÉGIS (professeur) et A. HESNARD (assistant).

I. Considérations générales

La doctrine du professeur S. Freud (de Vienne) et de son école est un vaste système psychologique destiné à expliquer la plupart des formes de l’activité psychique humaine, normale et pathologique, et à fixer, notamment, le déterminisme pathogénique des névroses et des psychoses. Edifiée, en effet, peu à peu, dans un but purement médical et thérapeutique, et partie des recherches initiales du maître de Vienne sur la pathogénie de l’hystérie et de son traitement, elle a successivement, par suite d’additions multiples dans les domaines de la neurologie, de la psychiatrie, de la psychologie normale, individuelle et collective, de la psychologie historique, littéraire, religieuse, etc., revêtu cet aspect de synthèse, d’une portée très générale, qu’on se plaît aujourd’hui à lui reconnaître.

La théorie est contenue dans une série déjà longue de publications, de mérite et d’importance très divers. La difficulté d’en rencontrer un exposé synthétique (1) s’ajoute, pour en rendre l’abord assez laborieux, à celle de comprendre parfaitement la langue de Freud et de ses élèves, langue expressive sans doute, mais pénible à saisir pour un Français, tant à [p. 357] cause de l’hétérogénéité du vocabulaire scientifique que de l’abondance des métaphores verbales, d’ordre dynamique principalement (2).

Les fondements s’en rencontrent dans les travaux relativement restreints de Freud lui-même (3), assez dépourvus de faits cliniques, mais résumant de façon très précise les bases de sa doctrine. Les applications sont contenues dans des quantités de travaux, dont le maître ne paraît pas avoir accepté la totalité sans distinction ni restriction, et dont les plus intéressants sont ceux de Bleuler et de l’école de Zurich (Jung, Maeder), de Riklin, Ferenczi, Abraham, Adler, Gross, Graf, Pfister, Rank, Steckel, etc.

Le système de Freud paraît constituer, quoi qu’on en dise, un des plus importants mouvements scientifiques de l’époque psychologique actuelle. Sans se demander si cette notoriété, aujourd’hui mondiale, est ou non justifiée, on peut s’étonner avec juste raison qu’il soit presque complètement ignoré dans notre pays. Cette ignorance est d’autant moins explicable, de la part des psychiatres français, qu’elle semble en contradiction manifeste avec cet engouement qui a importé, ces dernières années, et présenté comme autant d’œuvres originales un grand nombre de travaux de langue allemande, justement ou injustement réputés dans les pays d’outre-Rhin. Il nous a semblé, en conséquence, que la science française n’avait pas le droit de se désintéresser d’une question qui occupe tant d’esprits et qui mérite, au moins par sa puissance même de diffusion, qu’on veuille bien la connaître et la juger (4).

En effet, l’école du Burgholzli (Zurich), particulièrement les œuvres du professeur Bleuler, ont maintenant tenté de rattacher la doctrine de Freud à la psychiatrie traditionnelle. Un exemple en a été récemment [p. 358] donné par l’intéressant ouvrage de Bleuler sur les schizophrénies, élément d’un traité classique (5) dans lequel il donne de multiples applications de la Théorie à la psychologie et aux délires de la démence précoce. Dans ce livre, comme d’ailleurs dans plusieurs ouvrages plus ou moins indépendants de l’école de Freud, se retrouvent fréquemment des idées déduites de la doctrine, et jusqu’à une notable part de la terminologie même du maître de Vienne.

De plus, un grand nombre de publications en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Russie, en Angleterre, en Amérique, en Italie, etc., démontrent l’extension tous les jours plus grande des idées de Freud à travers le monde scientifique.

Nous ne connaissons guère de lui, en France, que quelques-uns de ses premiers travaux sur l’hystérie, ses premières conceptions de l’origine sexuelle des névroses, depuis longtemps remaniées et complètement modifiées dans leur signification, et enfin quelques résumés ou comptes rendus de publications étrangères sur la méthode de Freud, la psychoanalyse.

Ces derniers temps pourtant plusieurs études paraissent faire prévoir un certain mouvement d’intérêt pour les idées de Freud en France. Signalons les intéressants articles du docteur Morichau-Beauchant (6), de Poitiers, qui a exposé avec beaucoup de clarté au public médical français quelques-unes des conceptions fondamentales, du freudisme; un article illustré de jolis exemples de Kostyleff (7) sur la psychologie de Freud et la théorie pratique de l’hystérie ; un rapport de de Montet (8) à un récent congrès sur l’état actuel de la psychoanalyse ; tout dernièrement enfin, un travail de P. Ladame (9) sur les idées de Freud touchant le rôle de la sexualité dans les névroses. La question a été plusieurs fois discutée devant des congrès de neurologistes ou d’aliénistes, en Suisse et en Allemagne principalement. Elle figure au programme du prochain Congrès international de médecine de Londres (P. Janet et Jung, rapporteurs). Enfin, l’un de nous a tenté le premier essai de diffusion de la [p. 359] doctrine de Freud en en fournissant un bref résumé critique dans un ouvrage d’enseignement (9).

Cette revue générale est destinée avant tout à donner une idée précise de l’ensemble de la théorie, c’est-à-dire à combler la lacune que rencontre tout traducteur dans le chaos des éléments du système de Freud. C’est pourquoi nous adopterons le plan synthétique suivant (10) :

Dans une première partie, nous exposerons, aussi impartialement que possible, la doctrine elle-même, telle qu’elle se dégage actuellement des travaux accumulés. Dans une deuxième, nous décrirons ses multiples applications, en faisant naturellement la plus large part aux applications, médicales, neurologiques et psychiatriques. Enfin, dans une troisième, nous exposerons simplement et brièvement une critique de l’œuvre. Un index bibliographique raisonné documentera le lecteur sur l’état actuel des recherches freudiques.

L’agencement de ce plan, commode et schématique, donne bien une idée de l’ensemble de la théorie actuelle de Freud, mais ne reflète aucunement les variations évolutives qui caractérisèrent son élaboration ; la doctrine freudique s’est lentement constituée, depuis vingt ans, et s’est, plus d’une fois, transformée de façon très notable. Si bien qu’un grand nombre de faits que nous présentons dans ce travail comme des applications actuelles de sa psychologie sont, en réalité, les sources mêmes d’où furent dérivées les idées directrices de l’ensemble. Il est donc nécessaire que nous exposions brièvement la genèse du freudisme.

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Il a sa première origine dans les recherches de J. Breuer sur l’hystérie. Freud, élève de Charcot, se joignit à lui et tenta, à la suite d’études communes, d’expliquer le mécanisme des faits hystériques par l’hypothèse, déjà ébauchée et schématisée par Frank et Forel, que l’hystérie était, dans toutes ses formes, et non seulement dans celle de l’hystérie traumatique banale de Charcot, une névrose traumatique d’origine émotive. Cette collaboration aboutit au travail de 1895 sur l’hystérie (11), lequel contenait l’exposé de cette pathogénie, et une méthode thérapeutique dérivée, la méthode cathartique.

Cependant, Freud poursuivait seul ses recherches, appliquant ses idées touchant les différents aspects et résultats des traumas affectifs et le contenu sexuel des émotions pathogènes, à l’étude des différentes psychonévroses. Il étudie à ce point de vue la névrose d’angoisse, qu’il [p. 360] sépare de la neurasthénie, et recherche le mécanisme traumatique des phobies et des obsessions, qu’il appelle « névroses de défense », la défense s’entendant comme un acte involontaire de protection contre des réminiscences émotives, ayant pour effet inattendu l’une ou l’autre de ces maladies, suivant la nature des facteurs occasionnels (1894).

Peu après, il commence à trouver que l’étiologie sexuelle traumatique banale n’explique pas la névrose, et il insiste sur cette idée déjà émise par lui, que c’est dans la vie infantile qu’il faut en chercher les causes (1896). De patientes recherches l’incitent alors à diminuer le rôle du facteur accidentel dans la genèse de la maladie, et à mettre en relief les lois de la constitution sexuelle de l’individu, dont dépendent les troubles névropathiques. C’est alors qu’il conçoit de la façon très élargie qui caractérise ses idées actuelles, le mécanisme du développement et le rôle dans la vie psychique de l’instinct sexuel, retrouvé par lui sous de multiples formes intéressantes jusque dans les premières années de l’existence (1905-1906).

La complexité des causes sexuelles de la maladie, la difficulté pratique d’en retrouver les traces, perfectionnaient parallèlement sa méthode de recherche clinique, dérivée de la méthode cathartique : la psychoanalyse. Il s’adresse bientôt, pour expliquer le jeu des forces psychiques actionnées par l’instinct sexuel dans le domaine de l’inconscient, non seulement à différents procédés d’exploration directe de la mentalité, mais encore aux rêves dont il étudie le mécanisme (1900).

La doctrine actuelle est dès lors constituée, et l’étude féconde des rêves l’amène tout naturellement à pénétrer la complexité du symbolisme des délires, l’analogie de la folie et du rêve n’ayant jamais été poussée aussi loin que par Freud et ses élèves de Zurich.

Quant à l’expression actuelle de sa psychologie, à ses idées sur l’inconscient, aux perfectionnements derniers de sa technique psychoanalytique et thérapeutique, ils sont assez récemment sortis de ses recherches psychocliniques répétées. Car, quoi qu’on puisse penser de l’œuvre de Freud, quoique plusieurs de ses élèves même se défendent d’explorer le psychisme selon les méthodes des médecins, anatomistes ou physiologistes, et proclament l’originalité absolue de leur doctrine, le freudisme reste avant tout, de par le but qu’il poursuit, une théorie médicale.

  1. — Exposé synthétique de la doctrine de Freud
  2. LA PSYCHOLOGIE DE FREUD : LE PSYCHODYNAMISME

La psychologie qui se dégage des œuvres de Freud, à laquelle on pourrait avec juste raison donner le nom de psychodynamisme, présente ceci d’original qu’elle est une conception dynamique de la vie psychique, considérée comme un système sans cesse en évolution de forces [p.361] antagonistes, composantes et résultantes. Toutes les métaphores par lesquelles Freud exprime sa pensée psychologique sont empruntées au vocabulaire des sciences physiques et mécaniques.

De plus, Freud reprend en les précisant, certaines idées de la psychologie moderne sur l’inconscient, notion encore mal délimitée et assez empirique. Les forces dont le jeu détermine le cours de toute notre activité psychique sont pour la plupart parfaitement inconscientes ou subconscientes (Unbewusst) mais n’en régissent pas moins le flot de nos phénomènes de conscience claire (Bewsùst) et même de notre pensée réfléchie et volontaire, mais de façon plus ou moins détournée et anonyme.

Nous avons cependant un certain pouvoir sur nos phénomènes de conscience. Mais nous n’agissons vraiment que sur les faits psychiques les plus connus de nous, et d’expérience immédiate, c’est-à-dire sur les idées et sentiments qui manifestent la pensée logique et impartiale. Ils sont extrêmement rares dans la vie courante. Les puissances de la morale, de l’éducation, de l’hygiène peuvent augmenter un peu leur champ d’action ; mais dans la plupart de nos pensées et de nos actes nous sommes menés par le dynamisme inconscient. On peut alors imaginer que nous avons des idées et des sentiments inconscients, qui comprennent le plus grand nombre de nos idées et sentiments. Bien plus, notre dynamisme psychique se divise en deux systèmes : les forces directrices de la pensée, qui constituent le premier, le plus considérable et le plus anciennement fixé, sont maintenues au sein de l’inconscient par la Censure (Censur), second système de forces, plus ou moins antagoniste du premier, et qui, acquis par l’individu au cours de son développement psychique, circonscrit ainsi notre personnalité. La censure agit plus ou moins énergiquement sur le cours de nos pensées et tendances, permettant parfois l’irruption, dans la conscience claire, au cours de certains états (rêverie, distraction, inspiration, etc.), de quelques bribes plus ou moins défigurées de notre inconscient, placées comme à l’entrée de ce vaste domaine (Vorbewusst).

  1. Les complexes. —Leur rôle dans la vie psychique. — Ces systèmes psychiques, qui président de la sorte à la causalité de nos pensées et déterminent les directions de nos courants de conscience, sont des complexes (Complexe) plus ou moins actifs, possédant une énergie soit potentielle, soit kinétique. Chaque complexe se compose d’éléments représentatifs, traces de l’expérience sensorielle, d’éléments moteurs, qui représentent les tendances à l’acte, et d’éléments affectifs, d’une importance considérable dans le jeu dynamique de la vie mentale, puisque les sources de notre énergie psychique dérivent de la somme d’affectivité que possède chacun de nous (affekt).

L’ « affekt » est une notion nettement quantitative ; elle est la caractéristique [p. 362] psychologique de la pensée inconsciente, et la capacité d’ »affekt » mesure la force des complexes. C’est une quantité mobile, déplaçable, qui peut s’appliquer avec plus ou moins d’adhérence à tel ou tel système particulier de complexes, se répandre très inégalement sur les principales constellations formées par leur réunion, passer de l’un à l’autre. C’est sa répartition éminemment variable sur l’ensemble des systèmes de complexes, qui explique les grandes modifications de la mentalité ; modifications soit spontanées en apparence, comme les faits pathologiques de névrose ou de psychose — par utilisation insuffisante ou mal dirigée d’une grande quantité disponible — soit provoquées ou confirmées par les influences efficaces de la morale, de l’éducation, de la psychothérapie : activité artistique, littéraire, religieuse, orthopédie morale, rééducation affective, etc.

Les complexes peuvent rester sans action manifeste sur le mécanisme de la pensée chez l’homme normal, aux tendances bien équilibrées. Quand ils entrent en activité pour influencer gravement le flot des phénomènes de conscience, c’est qu’ils sont stimulés par la vibration d’idées ou de sentiments associés que provoque la plupart du temps un événement extérieur émotionnant, lequel joue alors à l’égard du sujet le rôle de trauma affectif. Les événements qui président de la façon la plus favorable à la formation des complexes actifs sont donc les premiers incidents qui sollicitent l’éveil de la vie affective, c’est-à-dire les incidents du développement de l’enfant.

Ces complexes peuvent être mis en lumière, mais seulement par une recherche patiente et longue, suivant une technique minutieuse propre à Freud. Le but du psychologue et du savant doit être précisément de parvenir aux complexes fondamentaux, qui représentent les origines dynamiques même du psychisme — et qui sont, à peu de chose près, les forces que l’on considère en psychologie humaine commune sous le nom d’instincts. Les complexes sont, en effet, en nombre infini, suivant que l’on envisage tel ou tel moment de l’évolution psychique, mais ils dérivent tous les uns des autres, malgré les oppositions de leurs sens et les centralisations successives de leurs intensités réciproques.

Ceux qui viennent affleurer à la conscience, c’est-à-dire ceux dont les effets immédiats et à peine défigurés dénoncent facilement l’existence et l’individualité sont, par exemple : le complexe de l’amour sexuel, de l’amour maternel, filial, le complexe de l’ambition, de la richesse, les complexes religieux, politique, etc., etc., qui déterminent les faits d’inclination ou de passion vulgaires, et les formes bien connues de l’activité humaine.

De même, chez les névropathes et les aliénés, de multiples complexes aussi apparents se manifestent dans leurs idées délirantes ou obsédantes, dans leurs tendances pathologiques, leurs syndromes hallucinatoires ou interprétatifs, etc. : complexes de grandeur ou de persécution, complexes [p. 363] mystiques, complexe du suicide, du scrupule, de l’hypocondrie, du doute, etc.

Mais Freud est parvenu — et c’est précisément en cela que sa doctrine diffère autrement que par la terminologie de la psychologie traditionnelle — à découvrir des quantités de complexes, dérivés les uns des autres et intervenant d’une manière d’autant plus efficace dans l’évolution de la pensée humaine qu’ils sont plus profondément cachés et plus parfaitement travestis aux yeux de l’observateur et du sujet.

Nous verrons plus loin comment ces complexes, au fur et à mesure qu’on pénètre dans le psychisme inconscient, apparaissent comme étant de nature primitivement sexuelle, mais tellement transformés dans leur apparente signification qu’ils sont impossibles à comprendre et même à soupçonner pour la pensée qui juge de l’extérieur de ce domaine inexploré.

Ils se présentent habituellement à l’exploration sous la forme de tendances, de vœux ou désirs latents (Wünsche) touchant la plupart du temps les différentes formes de la sexualité, et, chez les malades sont développés dans un sens différent du normal, c’est-à-dire dans les voies collatérales de l’instinct sexuel qui caractérisent ce qu’on appelle, en psychologie traditionnelle, les perversions sexuelles.

La source première de notre activité, normale et pathologique, serait donc, pour Freud, en dernière analyse, l’instinct de reproduction. L’autre instinct, primitivement fondamental, l’instinct de nutrition, serait, en effet, actuellement très peu actif, atrophié ancestralement par les influences du milieu, de la vie en société et de la civilisation (12).

  1. Rapports des complexes avec la personnalité ; le Refoulement. — On voit dès lors quels multiples motifs de conflits peuvent surgir entre la personnalité volontaire et consciente, adaptée aux exigences du milieu social, d’une part, et les différentes forces inconscientes qui tendent à entraîner le sujet vers la satisfaction de ses instincts, d’autre part. Ces conflits naissent avec l’évolution de la vie collective, et au moment où s’affirment, à un certain degré de développement psychique du sujet, les nécessités impérieuses de la morale et de l’éthique — ou, d’une façon plus générale, les circonstances qui constituent la réalité pratique, opposée à l’activité de l’individu.

En effet, la personnalité est bien, elle aussi, formée de complexes, mais très modifiés dans leur agencement et leur modalité affective par l’expérience journalière acquise au contact de ces circonstances extérieures ; elle s’est efforcée de s’accommoder à la coercition, principalement d’ordre social, exercée par le milieu, et c’est cette accommodation qui fait apparaître chez l’enfant les sentiments de dégoût, de honte, de pudeur, etc., qui jouent un rôle capital dans le déterminisme de notre vie affective, [p. 364] surtout sexuelle. Il y a donc relativement fort peu de situations psychologiques dans lesquelles on puisse admettre une harmonie parfaite entre les complexes, dont le rôle biologique est la satisfaction de l’instinct, et la personnalité active du sujet, volontaire et consciente, dont le but est l’adaptation à la réalité.

Ainsi prend naissance le mécanisme essentiel que Freud voit à la base de toutes les modalités de notre activité psychique : la répression, ou le Refoulement (Verdrangung). La personnalité cherche à réprimer, à bouter hors de la conscience le complexe en conflit avec elle, qui la gêne dans son adaptation à la réalité, la contrarie dans ses efforts d’harmonisation avec le milieu. Ce travail, plus ou moins complètement involontaire suivant les tendances refoulées, et la plupart du temps absolument ignoré de la conscience, au moins dans la plus grande partie de son développement, équivaut à un changement de qualité, ou, pour parler comme Freud, de sens de l’affekt. Une tendance jadis accompagnée de déplaisir — soit à l’origine de l’évolution ancestrale, soit au début de la vie affective individuelle — est devenue, chez l’homme adulte et éduqué, un obstacle à l’action et s’est, par suite, teintée de déplaisir ; le sens affectif positif en est devenu négatif. En conséquence, au lieu de s’être donné libre cours, de s’être affirmée par toutes les manifestations extérieures d’un complexe non réprimé, librement détendu en paroles et en actes (Abreagiert), et ayant pu éliminer son affekt par un exutoire normal (durch normalen Ausweg), elle a été rentrée, refoulée dans l’inconscient, et y est maintenue. Il faut ici admettre l’existence d’une force, la Résistance (Widerstand), forme de la censure ; c’est elle qui tient éloignées du seuil de la conscience, et, par conséquent, de la critique du sujet, non seulement toutes les représentations pénibles touchant la réalité et les aptitudes motrices qui en dérivent, mais encore les traces laissées dans le psychisme par tous les traumas affectifs antérieurs, principalement ceux de la vie infantile, beaucoup plus intenses que tous les autres. La plupart des manifestations émotives de ceux-ci ont dû être refoulées. Cette assimilation affective incomplète de l’événement infantile a produit alors ce résultat que la quantité d’affekt inutilisée en défense extérieure a dû être retenue, comme « coincée » (geklemmt) dans l’inconscient, où elle aura alors, par suite d’une malheureuse répartition, produit des effets dangereux pour l’équilibre psychique.

Cette répression du complexe affecté de sentiment explique encore deux nouvelles notions importantes ; l’amnésie d’une énorme quantité de sentiments et d’idées infantiles trouvée par Freud chez tout le monde, et la formation, chez quelques-uns, de symptômes pathologiques. L’aninésie infantile (infantile Amnesie) est la conséquence directe du refoulement ; elle est plus ou moins intense et étendue suivant le degré de la répression des souvenirs infantiles et de la résistance mise en œuvre.

Le refoulement le plus énergique est, en effet, celui qui s’exerce à [p. 365] l’égard des faits affectifs de l’enfance (Urverdrângùng) ; le moins énergique est celui de l’acte quasi volontaire par lequel l’adulte se débarrasse d’un souvenir pénible en l’oubliant. L’amnésie infantile nous rend compte de ce fait que nous ne savons de notre enfance que fort peu de chose au point de vue affectif, et que les événements qui ont eu le plus d’influence sur notre développement psychique ultérieur et notre constitution mentale définitive (événements sexuels, premières manifestations des tendances érotiques) ne peuvent être découverts que par une recherche rétrospective laborieuse et détournée, caractéristique de la méthode de Freud.

Quant à la production des symptômes morbides, elle s’explique par ce fait que le refoulement, par suite de certaines conditions, surtout d’ordre subjectif, qui se résument dans le terme classique très vague de prédisposition constitutionnelle, se produit fréquemment de façon incomplète, « ratée » (misslungen). Le souvenir, ou d’une façon plus générale, le complexe expulsé de la conscience continue à agir sur elle ; il réagit de nouveau, et même avec d’autant plus d’opiniâtreté et d’efficacité qu’il a été plus fortement refoulé, et, par une sorte de dérivation ou de décompression, reproduit dans le domaine même d’où il a été banni, des formations psychiques, durables et dangereuses, substituées au complexe originel(Ersatzbildungen) : les symptômes de névrose ou de psychose. Le fait essentiel à comprendre est alors que ces formations ont été complètement défigurées au cours de cette opération et sont devenues impossibles à reconnaître dans leur véritable signification, pour le malade lui-même et même pour le médecin non prévenu. Il faut savoir également que le déplaisir primitivement attaché au complexe réprimé s’est reporté sur son substitut déformé ; il y aura donc souffrance durable, consécutive à la reproduction indéfinie ou au maintien de ce conflit psychique malheureux, tant qu’on laissera se prolonger, sans écarter la résistance ni chercher à ménager une issue favorable de ce compromis psychique, l’acte de défense automatique et d’autant plus énergique de la personnalité (Schutzvorrichtung). L’état morbide ainsi créé ne se modifie pas spontanément, à cause de la persistance très grande chez les malades des complexes pathogènes, dont une des caractéristiques est l’adhérence, la fixation (Fixierung) dans l’inconscient (13). [p. 366]

Le mécanisme du refoulement est grossier et énergique dans les maladies. Il est le même dans sa nature essentielle, mais beaucoup moins intense dans beaucoup d’états normaux.

Il n’est pas seulement reconnaissable, en effet, à la base des phobies et des obsessions, des délires, des hallucinations, impulsions, actes morbides, des troubles de dissociation de la conscience, états hypnoïdes, oniriques, crépusculaires, des idées d’interprétation ou d’intuition pathologiques…, mais encore à l’origine des modifications, plus compréhensibles d’ailleurs, et moins travesties, de l’activité normale ; rêves, changements de caractère, goûts, façons de faire et de juger de la vie commune.

Les complexes sentimentaux et sexuels sont même très facilement reconnaissables derrière certains faits communément observés, de la religiosité ou de la coquetterie des femmes sans enfant, par exemple, ou de la pruderie, de la zoophilie des vieilles filles, de leur goût pour les naissances, scandales, mariages, etc. Cette idée que les complexes sexuels ou leurs dérivés par refoulement, gouvernent nos actes et nos tendances, surtout chez ceux qui s’en défendent le plus vivement, explique même les faits moins bien observés de tendance parentale, par exemple, le goût d’un jeune homme pour tel ou tel type physique ou moral de femme, lequel peut être celui de sa mère, de sa sœur, etc., sans qu’il s’en doute ; l’attirance ou l’antipathie ressentie naturellement par telle personne pour telle autre, de même sexe ou de sexe différent, etc., etc. A la base de toutes ces tendances instinctives, on retrouve le refoulement d’un ou de plusieurs événements infantiles, dont le souvenir se trouve lié, au sein de l’inconscient, à l’idée de l’objet désiré, et qui mettent en évidence une tendance, appelée par Freud érotique, et acquise au cours du développement psychique, puis refoulée et déformée.

En fin de compte, le refoulement est le mécanisme le plus fréquent et le plus intéressant de ceux qui manifestent les rapports de la personnalité humaine avec la spéculation ou la réalité.

La recherche des complexes actifs revient donc à l’analyse des différentes variétés de refoulement instinctif. Cette exploration féconde mais délicate de l’inconscient, sorte de méthode du deviner (des Erraten), qui poursuit la signification symbolique des idées et des actes en remontant vers leur origine cachée, c’est la psychoanalyse.

  1. LES SOURCES DU PSYCHODYNAMISME : LE PANSEXUALISME

Nous avons dit plus haut que Freud, remontant par ses méthodes vers l’origine première commune des complexes, parvenait à les rattacher, en dernière analyse, aux diverses manifestations de l’instinct sexuel. Mais il faut savoir — et c’est là un point capital et souvent méconnu de [p. 367] son œuvre — que le terme de sexualité comprend, pour lui, une énorme quantité de notions nouvelles, qui étendent singulièrement la compréhension de l’instinct érotique. Sa recherche patiente des innombrables manifestations de la sexualité, partie de quelques travaux partiels de Lindner (1879), puis de Sanfort Bell (1902) et d’Havelock Ellis 1903), l’a conduit à les soupçonner et à les décrire dans un grand nombre de situations psychologiques où l’on ne s’attendrait guère à les rencontrer. Cette théorie du pansexualisme, comme dit Bleuler, est à la base même de sa doctrine. On peut dire que le psychodynamisme et le pansexualisme sont les deux moments de l’œuvre actuelle de Freud.

La psychoanalyse ramène toujours, en effet, les symptômes pathologiques à des impressions de la vie érotique, ce qui fait dire à Freud que les complexes pathogènes sont de la nature des composantes instinctives érotiques (erotische Triebkomponenten).

C’est là un fait d’expérience, reposant, assure Freud, sur un nombre considérable de matériaux d’observation. Les premiers points de départ de ces complexes dans la vie du malade ne sont pas toujours — comme Freud le pensait au début de ses études — des traumas affectifs de teinte sexuelle, mais des faits et impressions très divers remontant à la puberté et très souvent au-delà même, jusqu’à la première enfance; ces faits de l’enfance, gros pour l’avenir de conséquences affectives, sont capables d’expliquer, mieux que le mystère de la constitution innée, la susceptibilité ultérieure (Empfindlichkeit) aux incidents de la vie érotique.

Et c’est ainsi qu’on est amené à rechercher dans l’enfance les premières et importantes manifestations de la sexualité.

  1. Histoire de l’instinct sexuel. La sexualité infantile. — La sexualité existe, dans l’enfance ; c’est là le point vraiment original de la sexualtheorie de Freud. Elle existe même puissante et variée, quoique méconnue. La psychologie traditionnelle enseigne, en effet, d’accord en cela avec le sens commun, que l’instinct sexuel s’éveille seulement à la puberté, par une efflorescence soudaine, et sans qu’on puisse savoir le pourquoi de cette génération spontanée. Cette erreur funeste a conduit jusqu’à présent les observateurs à négliger les péripéties de l’évolution érotique de l’être depuis la naissance jusqu’à l’âge pubère. Ne serait-il pas plus logique de chercher précisément dans le mécanisme du développement psychogénital, à ce stade complètement ignoré de l’existence, les racines premières de la psychonévrose, plutôt que dans l’analyse d’une hérédité qui ne peut rien expliquer de la vie de l’adulte tant que manquera la connaissance de la période intermédiaire ?

L’ignorance scientifique actuelle de la sexualité infantile est due précisément à l’amnésie infantile, que nous avons étudiée à propos du refoulement, et qui est pour Freud plus voisine de nature de l’amnésie pathologique des névroses que du simple oubli d’événements indifférents. [p. 368] Il s’agit donc d’explorer la vie affective de l’enfant et on y découvrira tout un monde suggestif pour le psychiatre : les quelques remarques sur la sexualité chez les enfants, présentées par des Observateurs peu avertis comme des particularités monstrueuses (érections précoces, manifestations masturbatoires, gestes rappelant le coït, sentiments d’amour, de jalousie, de cruauté, etc.), nous laissent déjà soupçonner quelle intensité peuvent revêtir chez les enfants les manifestations de l’instinct sexuel.

Pour cela, Freud a combiné les deux méthodes, la psychoanalyse de la « préhistoire » affective, chez l’adulte, et l’observation directe des enfants. Il est ainsi arrivé à l’opinion suivante :

L’instinct érotique se traduit primitivement par un besoin spécial, mais très général, sorte de faim sexuelle non localisée, la Libido. Le but sexuel (Sexualziel) est le rapprochement des sexes, mais seulement après une longue période pendant laquelle l’objet sexuel (Sexualobjekt) se modifie de façon très variée pour atteindre enfin chez l’adulte la normalité. La sexualité débute, chez l’homme, avec les premières manifestations de la vie extra-utérine, par une période au cours de laquelle l’instinct sexuel tend à se satisfaire en lui-même (autoérotisme de H. Ellis). La libido localise la qualité sexuelle à l’excitation de certaines régions des téguments, peau ou muqueuses, particulièrement sensibles, choisies la première fois un peu au hasard des circonstances, quoiqu’il y ait des endroits prédestinés, à cause de la commodité de leur excitation, de leur richesse en terminaisons sensitives, etc. Ce sont les zones érogènes. Le but sexuel infantile est de provoquer une certaine satisfaction, dite érotique, par l’excitation appropriée de telle ou telle de ces zones : zone génitale externe (gland, clitoris, scrotum), lèvres, muqueuse ano-rectale, tel ou tel endroit de la peau, etc. Plus simplement, l’état de besoin sexuel se développe à l’origine en deux éléments simples : un sentiment de tension, plutôt pénible, et un sentiment de prurit conditionné centralement et projeté sur une zone érogène : le but sexuel infantile est alors de faire cesser tension et prurit (14) (succion, manipulation, frottement, etc.). La première manifestation de la sexualité infantile est le tétement (15), la succion (Ludeln), qui traduit, pour ainsi dire, une composante de l’instinct de nutrition : l’instinct de téter pour se nourrir et celui de sucer par plaisir érotique se confondant l’un avec l’autre aux premiers instants de la vie. Le tétement est la source de l’importance considérable que peut prendre plus tard chez l’adulte la libido des lèvres (16). [p. 369]

Une autre manifestation en est le frottement, le chatouillement, actif ou passif, de certaines régions sensibles : organes génitaux, poitrine, cou, lobule de l’oreille, etc. L’excitation des zones génitales, ou masturbation proprement dite, est commune, mais est loin d’être la seule façon, pour l’enfant, de parvenir au plaisir érotique ; celle de la zone ano-rectale, par exemple, est très fréquente : sous l’influence d’excitations parasitaires, ou extérieures, l’enfant apprend à retenir volontairement ses matières fécales, lesquelles produiraient, par suite de leur accumulation, une excitation forte et agréable de la muqueuse au moment de leur violente expulsion. Chez l’enfant plus âgé, l’excitation digitale du fondement serait encore une forme de cette masturbation singulière (17). De même, l’enfant cherche fréquemment l’excitation de la zone uréthro-vésicale en retenant ses urines ou en multipliant, au contraire, les mictions (18). (pseudo-rétention et pseudo-incontinence urinaires). Quant à la zone génitale proprement dite, pour n’être pas quelquefois la plus précoce, elle est la plus importante pour l’avenir ; aussi les provocations dues à l’enveloppement du gland par le prépuce, chez l’enfant mâle, les soins de propreté ou les irritations de la malpropreté, les stimulations par les vers intestinaux, le passage des sécrétions, etc., éveillent-ils de bonne heure son excitabilité, et des manœuvres variées la satisfont. Ces manœuvres, qu’on peut surprendre pendant tout le temps de nourrice, cessent, comme les autres, quand l’enfant commence à se nourrir et à agir comme l’adulte. Elles ne reprennent chez l’homme destiné à devenir normal qu’au temps de la puberté : c’est la période de latence (Latenzperiode) ou de recueillement (Aufschubsperiode). Elle succède lentement à un refoulement progressif des tendances infantiles auquel l’éducation incite de façon impérieuse, et au cours duquel se constituent les puissances psychiques inhibitrices de la sexualité (dégoût, honte, représentations morales ou éthiques). Les réactions [p. 370] psychiques (Reactionsregungen) creusent d’autant plus profondément les illon héréditairement préparé qu’elles agissent dans le même sens que lui. Elles se forment aux dépens de l’instinct sexuel lui-même, qu’elles détournent du but sexuel, encore dangereux à rechercher pour l’individu non développé, en l’appliquant à l’activité supérieure de la pensée (culture intellectuelle et morale). C’est la sublimation (Sublimierung) de la libido. Il y a malheureusement souvent quelques ruptures (Durchbruche) accidentelles se produisant çà et là dans les digues de la sublimation. Elles sont punies justement comme des « vices » par les éducateurs,. et susceptibles de devenir le point de depart de névroses ultérieures.

Puis l’excitation sexuelle du temps de nourrice fait de nouveau irruption dans la vie de l’enfant, au cours d’une période de retour, soit par de nouvelles manœuvres onanistiques, orientées de façon un peu plus précise vers le but sexuel adulte, soit par des pollutions nocturnes (chez les fillettes particulièrement), soit encore par des phénomènes d’excitation de la zone urinaire, origines des soi-disant douleurs vésicales infantiles et de l’enuresis nocturna.

C’est à ce moment de la vie génitale que les circonstances extérieures prennent une grande importance pour l’avenir psychique : par exemple, les initiations sexuelles de la séduction, par un adulte ou un autre enfant. Celles-ci sont des sources de traumas affectifs intenses, insoupçonnées parles éducateurs et ultérieurement réprimées avec énergie. On peut découvrir à ce moment chez l’enfant des aventures amoureuses, soit homosexuelles, soit hétérosexuelles, qui déterminent chez lui l’éclosion de sentiments beaucoup plus intenses que chez l’adulte. A cette période, la sexualité est encore indécise dans son but; c’est une cire molle à laquelle le hasard des événements peut imprimer toutes les formes possibles. Au moment où s’éveillent chez l’enfant les tendances hétéroé rotiques de l’adulte, son esprit contient les racines de toutes les perversions génitales imaginables, il est pervers polymorphe. Chez beaucoup enfin, surtout au stade prépubère, on rencontre une influenciation prononcée de la conception du réel par la sexualité, se révélant par la construction de toute une symbolique sexuelle, par des interprétations de teinte érotique des objets et événements extérieurs, en particulier par des explications compliquées des mystères sexuels, à la suite d’enquêtes patientes et d’un travail curieux de l’imagination.

Il faut savoir encore que la sexualité infantile ne se révèle pas seulement par la répétition des satisfactions antérieures, en relation orginelle avec d’autres phénomènes organiques, ou par l’excitation appropriée des zones érogènes. Chez l’enfant, avant que se fassent sentir les effets correcteurs de la censure, imposée en grande partie par l’éducation, on peut discerner une vie instinctive intense, brutale, foncièrement égoïste, qui contient les germes des impulsions les plus immorales : curiosités sexuelles impérieuses, haines et jalousies parentales, désirs de suppression [p. 370] de personnes, vengeances, etc. (période d’immoralité). La satisfaction sexuelle se manifeste encore par l’expression de quelques instincts sans rapport de localisation avec une zone anatomique et par des modes d’excitation diffuse de tout l’organisme.

Les instincts partiels infantiles (partialtriebe) peuvent être considérés comme des composantes, plus ou moins développées d’après les sujets, de l’instinct sexuel, à objet hétéroérotique : instinct de la satisfaction visuelle (schautrieb), actif (de voir) ou passif (d’être vu, exhibitionnisme (19), à l’égard du corps dépouillé de vêtements, soit, le plus fréquemment, à l’occasion des besoins naturels, soit dans toute autre occasion; instinct de s’emparer (Bemachtigungstrieb), dont une des formes est la cruauté (Grausamkeitstrieb), — le refoulement, par la pitié, étant d’ailleurs un événement tardif. — Ce dernier instinct, dont la précocité est un signe d’exigence sexuelle ultérieure, peut se montrer sous un aspect passif (racine normale du masochisme) ou actif (racine normale du sadisme).

Les modes d’excitation génitale générale sont : les excitations mécaniques surtout rythmées, agissant par l’intermédiaire de la peau, de la sensibilité profonde et des nerfs vestibulaires (bercement, balancement, déplacement dans l’espace) ; la dépense musculaire active (active Muskelbetâtigung), par exemple la lutte, au cours de laquelle se manifestent souvent les premiers signes de l’excitation sexuelle localisée ; le jeu, la course, la gymnastique, plus tard, le sport, par un effet de sublimation éducatrice (20) ; tous les effets affectifs intenses, enfin (peur d’un examen, attention au travail pénible, terreurs provoquées par les contes, les accidents, certains chagrins infantiles), qui souvent sont accompagnés ou suivis, à partir d’un certain âge, de pollution (21), le travail intellectuel même, source d’excitation génitale intense chez certains enfants (22). [p. 372]

La sexualité a donc ses sources dans l’activité tout entière de l’enfant : elle est la somme de toute l’énergie qui n’est pas utilisée par les excitations immédiatement organiques des zones érogènes. Elle difflue de tous côtés, s’utilise ou se dépense avec perte suivant les hasards du milieu et de l’éducation.

L’inégalité du développement, chez les différents sujets, des diverses zones érogènes, est en partie causée par l’hérédité, et en partie l’œuvre des causes extérieures occasionnelles. De même la préférence accordée par l’enfant à tel ou tel instinct partiel, à telle ou telle excitation érotique générale et qui en fixe l’importance, subit la double causalité de l’innéité et des contingences du développement : de là la répartition éminemment variable, d’après les individus, des différents éléments de la constitution sexuelle, origine première de la constitution neuro-psychopathique.

  1. Les transformations de la puberté. — Elles sont aussi intéressantes à connaître pour le psychiatre que les diverses manifestations de la sexualité infantile. Elles consistent dans la transition rapide entre la sexualité, intense, mais indécise dans son but, et autoérotique, de l’enfant, et la sexualité complète, localisée et adaptée au but normal, de l’adulte. Deux mécanismes psychiques, contemporains des modifications anatomiques, président à cette transition :

La recherche du vrai but sexuel, par la subordination de toutes les zones érogènes et de toutes les sources d’excitation érotique, au primat des zones génitales. Les excitations de la nature de celles que recherchait l’enfant pour elles-mêmes sont utilisées, mais comme moyen de préparation — plaisir préliminaire (Vorlust) — au plaisir intense causé par l’acte final (Endlust), — lequel a pour but l’exérédation des produits des glandes génitales.

Cette utilisation se fait surtout aux dépens des zones visuelles, tactiles, etc., dont l’excitation spécifique sert de préface (Einleitung) à l’acte, et d’amorce au développement psychique de la tension sexuelle (Sexualspannung), source dynamique des réactions motrices adéquates.

Le rôle préparatoire de la Vorlust est d’augmenter le plaisir érotique de l’adulte, d’offrir ainsi au sujet une prime d’attirance (Verlockungsprâmie). Un trouble d’équilibre entre les intensités respectives de l’Endlust et de la Vorlust est fréquemment l’origine de maladies.

La recherche du véritable objet sexuel, le sexe opposé. C’est dans l’étude de ce deuxième temps qu’il faut songer à découvrir les raisons de la différenciation des deux sexes, car, jusqu’aux approches de la puberté, la sexualité est normalement indifférente ou plutôt hermaphrodite. Il faut noter, à ce sujet, que le refoulement est plus intense partout où les instincts partiels prennent la forme passive, par conséquent chez la femme normale. On peut même dire que tous les enfants, filles et garçons, commencent par être sexuellement masculins, à cause de l’analogie entre les zones du gland et du clitoris, dites zones primitives, directrices [p. 373] (Leitzonen) : il faut, pour que la femme arrive à son plein développement génital, — ce qui se produit tardivement chez celles restées longtemps vierges, — qu’il y ait extension secondaire de l’excitabilité clitoridienne, laquelle est diminuée d’autant, à la zone vaginale, et, par suite, refoulement partiel des premières tendances érotiques infantiles localisées à la zone directrice.

Au cours du développement du petit enfant, on peut suivre les différents temps de ce déplacement de l’objet sexuel. Le petit enfant choisit d’abord le sein de sa nourrice. Après la période de latence, il cherche en dehors de lui un but qui ait une signification érotique et psychique plus précise, et localise son instinct sur la personne des nourriciers, celui du sens opposé le plus souvent, et la tendresse parentale représente alors le premier stade de l’amour hétérosexuel (23). La plupart des terreurs nocturnes des enfants ont leur source dans l’exagération de cette tendresse, manifestée dans les moments où elle perd momentanément son objet (24).

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Le détachement plus ou moins progressif des liens érotiques qui unissent l’enfant aux parents se produit à la puberté, au premier amour. Les tendances incestueuses sont refoulées, et la libido se transfère normalement sur un objet du sexe opposé, pris en dehors des parents, mais dont le choix est fréquemment influencé parun reliquat de ces tendances, lesquelles réalisent ainsi à l’insu du sujet, comme une rénovation des amours infantiles (Erneuerung) (25).

Fréquemment, les premières expériences érotiques manquent (verfehlen) leur but, se trompent par exemple de sexe, quand le milieu y aide (homosexualité des pensionnats, presque générale, quand on la fait consister dans l’amitié imaginative des jeunes gens du même sexe). Elle est vite refoulée dans nos sociétés actuelles, et le but sexuel normal est enfin atteint.

Quant au mécanisme intime qui préside à cette évolution de la libido, et la maintient dans ses expériences successives d’essai autoérotique [p. 374] comme plus tard dans ses efforts d’adaptation à la vie sociale des adultes, il dérive sans doute d’une source première de la tension sexuelle, qui ne paraît pas être simplement, comme l’enseignait Krafft-Ebing, l’effet de la formation et de la réserve des produits des glandes sexuelles (26). Il paraît y avoir bien plutôt là un processus biochimique très général, contemporain de l’évolution vitale elle-même, très analogue dans beaucoup de ses effets visibles à une intoxication générale de l’organisme, et dans l’élaboration duquel les glandes internes jouent sans doute un rôle considérable.

III. Rapports de la sexualité avec les maladies. — C’est l’étude de ces rapports qui donne la clef du mécanisme des psychonévroses. Celles-ci sont très voisines, au sujet de leur signification psychologique, des tendances morbides appelées perversions sexuelles.

Les perversions sexuelles sont des reliquats, observés chez l’adulte, de troubles du développement de l’instinct sexuel infantile. Ce sont les tendances de l’enfance elle-même, qui, n’ayant pas subi de refoulement notable, subsistent telles quelles, et ont la signification de symptômes d’infantilisme dans le domaine psychosexuel.

Les pervertis, qu’ils soient anormaux par infantilisme de l’objet sexuel (invertis, homosexuels) ou par infantilisme du but sexuel (fétichistes corporels ou extracorporels, sadistes, masochistes, etc.) sont assez rarement des dégénérés, au sens classique du mot, et la perversion ne se présente pas du tout comme une qualité psychique innée. De plus, les facteurs occasionnels seuls ne suffisent pas à la créer. Il faut donc admettre qu’elle se trouve en germe chez l’enfant normal : toutes les phases et circonstances de l’évolution compliquée du psychosexualisme infantile peuvent donner naissance, par émergence et fixation ultérieure d’une ou de plusieurs composantes instinctivo-sexuelles, au développement de perversions. La bisexualité initiale (27) explique donc le développement de [p. 375] l’inversion, par exemple. La pédophilie s’explique de même par le développement, amené par la difficulté, individuelle ou sociale, de se procurer un autre objet sexuel (Sexuelle Not), d’une des composantes de la tendance bisexuelle. L’érotisme des lèvres, le tribadisme, l’érotisme anal, le fétichisme, etc., s’expliquent par des surestimations de zones érogènes prises en particulier, et l’on retrouve chez tout homme normal des ébauches de ces perversions. Les perversions du voyeur et de l’exhibitionniste sont des formes, passives ou actives, non abolies par le refoulement, de la Schaulùst. Le sadisme et le masochisme sont des formes, négatives ou positives, de l’instinct de cruauté sexuelle, etc. — La perversion consiste donc dans les caractères d’exclusivité et de fixation de ces tendances normales. Même dans leur développement le plus considérable ou leur suprême idéalisation, on retrouve toujours les racines infantiles de ces énormités érotiques.

Les psychonévroses, quoiqu’elles paraissent à première vue très éloignées des perversions sexuelles, n’en diffèrent pas en réalité par leur essence même. Ce sont des perversions refoulées, des composantes prédominantes de tel ou tel instinct sexuel infantile, ‘qui, à cause précisément de leur nature de perversions, et par suite, de leur conflit avec la réalité, ont été refoulées par la personnalité du malade. Les puissances psychiques répressives sont surtout ici les forces de la pudeur et du dégoût.

La psychoanalyse, en effet, scrutant la vie génitale des névropathes, ne manque jamais de découvrir à la base de leurs symptômes généraux, des troubles du développement de la libido : tendances, désirs, s’exerçant soit à l’égard du but sexuel, soit à l’égard de l’objet sexuel, et formés d’une ou de plusieurs composantes érotiques prédominantes. Les névropathes sont tous à l’origine des pervertis, mais d’un genre spécial ; ils le sont à leur insu complet, et se montrent d’autant plus ignorants de leurs exigences érotiques qu’ils ont plus énergiquement refoulé leurs tendances perverses. C’est ainsi que toutes les variations, dans le sens le plus large, du développement érotique, peuvent être mises chez eux en évidence, depuis l’inversion banale, jusqu’aux tendances incestueuses, autoérotiques, jusqu’aux préférences intenses accordées à telle ou telle zone érogène, anale, urinaire, etc., jusqu’à la Schaulust, à la cruauté, aux haines parentales, aux reliquats les plus divers de l’immoralité instinctive du premier âge, etc.

La seule explication de ces faits d’observation psychoanalytique, c’est la théorie du refoulement qui nous la donne. La névrose, et, dans une certaine mesure sans doute, la psychose, ne sont que les résultats du refus sexuel inconscient (Sexualablehnung). Les névropathes sont donc aussi des infantiles de la sexualité. « Il ont conservé l’état infantile ou ont été ramenés à cet état. » Mais au lieu d’accepter et d’incorporer à leur personnalité, comme les pervertis, les exigences érotiques provenant [p. 376] du développement, ils les ont refoulées au plus profond d’eux-mêmes. Ils voient alors réapparaître, mais méconnaissables et travesties, ces affirmations sexuelles (Sexualbetatigungen) ayant subi une insuffisante domination (eine ungeniigende Unterdrückung). Ces tendances travesties, dont la signification est d’être des anomalies des fonctions génitales, se traduisent fréquemment par des troubles des autres fonctions de l’organisme, digestives, par exemple, parce que toutes ces fonctions, qui se confondent, à l’origine de la vie, dans la réalisation d’un seul instinct, ont conservé de cette parenté initiale la faculté de s’influencer réciproquement. Freud résume alors les rapports des psychonévroses avec les perversions sexuelles en supposant positif le côté du psychisme par lequel on aperçoit les tendances sexuelles sous leur vrai jour, c’est-à-dire n’ayant subi aucune déformation, d’après la formule : « La névrose est le négatif de la perversion. » Il conclut de là à l’état normal en disant : « Avec une vie sexuelle normale, la névrose est impossible. »

  1. LA MÉTHODE DE FREUD : LA PSYCHOANALYSE ET SES PROCÉDÉS

La psychologie que nous venons d’esquisser plus haut a été suggérée à Freud par les résultats de sa méthode d’investigation psychique : la psychoanalyse. Pratiquée d’abord dans le but de découvrir la formule pathogénique de chaque psychonévrose, elle lui a peu à peu révélé les profondeurs du monde de l’inconscient. Se développant dès lors ellemême et s’affirmant dans la multiplicité des procédés, elle est devenue aujourd’hui une méthode d’exploration psychiatrique aux vastes espoirs.

C’est actuellement le type de la méthode psychologique subjective (28) appliquée à la neuropsychiatrie. En d’autres termes, c’est la méthode qui, au lieu de procéder par l’analyse des formes classiquement étudiées d’une psychonévrose, par exemple, de ses caractères évolutifs, cliniques, etc., procède surtout par exploration du contenu des systèmes psychiques, idées et sentiments particuliers du malade.

Elle consiste à pénétrer dans l’intimité psychique du sujet, à incorporer pour un instant à la sienne la personnalité de l’observateur et à se demander pourquoi telle idée ou telle image est associée à telle autre idée ou image, quelle est la genèse purement psychologique de cet enchaînement, et jusqu’à quelle source première on peut la suivre. C’est là un emprunt momentané, fait par l’enquête médicopsychologique, à la psychologie individuelle. [p. 377]

C’est ainsi, par exemple, qu’au lieu de chercher dans des faits objectivement conçus suivant les plans de la séméiologie générale (diminution ou modification de telle ou telle fonction, consécutive à telle ou telle modification du cerveau) le pourquoi de la présence, dans la conscience du malade, de tel fait psychique à examiner, et au lieu d’analyser consécutivement les caractères cliniques objectifs de ce fait (accepté ou non par la personnalité consciente, et jusqu’à quel point ; susceptible d’être classé parmi les délires ou les hallucinations, ou les idées de grandeur, ou les réactions impulsives, etc., etc.), le psychoanalyste pense un instant, pour son propre compte, l’idée rencontrée chez le malade, comme si elle lui était personnelle, et recherche alors son origine immédiate. Il la trouve nécessairement dans une autre idée associée ou génératrice, fournie par les souvenirs du sujet. Il reconstitue ainsi la psychogenèse ‘chronologique du fait psychique examiné et aboutit à un fait originel, qui, dans l’espèce, se trouve être toujours une tendance plus ou moins refoulée, contemporaine de l’enfance (29).

C’est, du moins, là la forme la plus générale de la psychoanalyse, telle qu’elle se dégage des travaux de Freud et de son école, de leurs études des psychoses plus particulièrement. La définissant d’une manière plus simple et plus conforme à leur théorie générale, Freud et ses élèves en font la recherche des complexes générateurs du symptôme examiné. C’est plutôt, d’ailleurs, par les techniques spéciales qu’ils préconisent, que se caractérise la méthode psychoanalytique, qu’on retrouve chez beaucoup d’auteurs dans son principe. Ces techniques présentent ceci de particulier qu’elles sont destinées à explorer l’inconscient, les profondeurs de la psychologie (Tiefenpsychologie). [p. 378]

Les procédés de la psychoanalyse ont été suggérés à Freud par l’emploi qu’il avait fait, au début, des manœuvres hypnotiques. Une grande hystérique était très améliorée chaque fois qu’elle confiait au médecin, dans l’hypnose, avec une chaleur émotive frappante, les complexes qui occupaient sa pensée : imaginations oniriques fortement affectées de sentiment, en rapport avec un trauma antérieur, au moment duquel l’émotion ressentie n’avait pu se donner libre cours (30), se détendre. Cette cure de bavardage (talking cure, comme disait la malade qui s’exprimait alors seulement en anglais) incita Breuer et Freud à rechercher, au cours d’états hypnoïdes, tous les résidus effectifs d’événements mémorables de la vie de la malade, toutes les réminiscences variées dont elle souffrait et dont l’aveu au médecin, par une sorte de procédé cathartique (Kathartische Behandlung), la soulageait. Mais Freud, ayant voulu continuer ses recherches sur d’autres malades, dut bientôt renoncer à l’hypnotisme. Il exigeait beaucoup d’efforts, était infidèle, ne pouvait s’appliquer qu’à un nombre restreint de névropathes. De plus, et surtout, il ne pouvait donner qu’une psychogénèse d’étendue relative, bientôt limitée par un obstacle impossible à franchir : la Résistance, dont Freud n’eut une idée exacte que lorsque d’autres procédés d’exploration de l’inconscient lui eurent révélé toutes les profondeurs du psychisme au delà du domaine restreint de l’hypnose. Il renonça donc entièrement à ce procédé imparfait et en arriva peu à peu, par l’observation minutieuse de la vie commune, c’est-à-dire par l’étude patiente des rêves, des associations d’idées, des petits faits de l’existence journalière, etc., à fixer toute une technique de découverte de nos tendances inconscientes.

(A suivre.)

 

[p. 446]

LA DOCTRINE DE FREUD ET DE SON ÉCOLE

PAR LES DOCTEURS

  1. RÉGIS Professeur.

et

  1. HESNARD Assistant.
  2. Analyse des rêves (Traumdeutung). — L’analyse des rêves, à l’état normal comme à l’état parhologique, est capitale dans l’œuvre de Freud, car il en déduit non seulement une technique spéciale de psychoanalyse, mais encore l’explication d’une quantité de faits caractéristiques des psychoses, surtout des délires, dont l’analogie avec le rêve revient sans cesse au cours de ses travaux. Nous verrons que cette analogie du rêve et de la folie, idée très anciennement retenue par les aliénistes, mais que personne n’a approfondie au point de vue psychologique avec l’insistance de Freud, est particulièrement féconde, non seulement dans l’étude des états psychopathiques toxi-infectieux, où la psychiatrie traditionnelle française l’a très vivement soulignée, mais dans celle des états crépusculaires et oniriques de toutes sortes, de la paranoïa, de la démence précoce, tous états que les élèves de Freud tendent à séparer des maladies organiques de l’encéphale pour les rapprocher des psychonévroses.

Pour comprendre la structure d’un rêve, Freud remonte d’abord aux diverses sources auxquelles l’imagination du dormeur emprunte les matériaux de sa création : ce sont des images et des souvenirs récents, très souvent datant de la veille, des excitations somatiques, reproduites en tant que souvenirs ou occasionnées par des impressions sensorielles agissant sur le sujet au moment du rêve. Parmi ces souvenirs et images, on en retrouve d’autres, qui varient beaucoup moins et sont presque toujours les mêmes, mais se dissimulent derrière les créations récentes qu’elles paraissent souvent contribuer à associer : ce sont des idées et [p. 448] impressions contemporaines du développement infantile, dont l’existence latente au sein de l’inconscient de l’homme éveillé, se révèle par lambeaux dans la conscience du rêveur.

Ces idées, images et impressions d’origine variable, qui sont la plupart du temps indifférentes au sujet dans la vie éveillée, ou affectées d’une quantité et d’une qualité de sentiment tout autre, ne sont pas groupées d’une façon quelconque par le travail du rêve (Traumarbeit). Le mécanisme de leur agencement, qui explique la structure du rêve, est parfaitement déterminé, comme celui des symptômes d’une maladie ou celui des mobiles d’actes dans la vie éveillée, et l’idée que les rêves ont un contenu de hasard, et incompréhensible, est antiscientifique. Freud pense même que la répugnance que beaucoup de savants, de médecins notamment, manifestent pour l’interprétation des songes, ne s’explique pas seulement par la difficulté qu’ils rencontrent d’appliquer à cette analyse les méthodes positives d’examen, mais surtout parce qu’elle est, malgré eux, une manifestation de la censure, qui existe chez tout homme et l’écarte de la connaissance de son inconscient — qu’on l’appelle scepticisme, défiance scientifique, amnésie plus ou moins volontaire, etc. A ce point de vue, le médecin se rapproche du profane et sa méthode reste en faillite pour une raison d’ordre sentimental, puisqu’il repousse comme absurde, parfois aussi comme immoral, quelque chose qu’il ne cherche même pas à comprendre ; malades, normaux ou faux savants, nous oublions et refoulons nos rêves, comme les névropathes refoulent leurs tendances affectives.

Pour saisir les lois du travail onirique, Freud s’est encore adressé à l’enfance, comme pour ses recherches de psychologie sexuelle. Les rêves de l’enfant sont, en effet, plus faciles à étudier que ceux de l’adulte, car ils sont de structure rudimentaire. L’étude des rêves infantiles montre clairement qu’ils ne sont que des réalisations imaginatives de désirs, surtout récents, l’enfant ayant des aspirations de courte portée et déplaçant moins facilement son désir d’un objet à l’autre.

Or, le rêve de l’adulte n’est pas non plus autre chose : l’enfance se prolonge dans la vie de l’adulte, d’une façon insoupçonnée, mais très fortement agissante. Les songes ne sont pas, comme le croient les traditions populaires, des visions mystiques de l’avenir dévoilé : ce sont des reproductions du passé, mais se traduisant comme des essais de réalisation de désirs, de tendances, dérivés multiples de l’instinct (Wunscherfullung) ; désirs contemporains de l’enfance, principalement du développement affectif et sexuel, auxquels peuvent se mélanger des désirs actuels, plus ou moins dérivés des premiers. Le rêve n’est donc qu’une combinaison de complexes actifs, cherchant à se réaliser, mais plus ou moins déformés dans leur signification par un travail spécial de défiguration (Traumenstellung). C’est, en dernière analyse, une compensation de la répression affective, une dépense de sentiment et en même [p. 448] temps un essai préliminaire de réalisation des instincts, analogue au jeu de l’enfant (fonction ludique de Maeder).

Les rêves de l’homme normal sont, à ce point de vue, moins intéressants que ceux des névropathes, car le sujet normal éprouve des complexes sans grand antagonisme avec la personnalité, et qui ne cherchent pas énergiquement à se donner libre cours dans la vie des songes. Chez le névropathe, au contraire, la vie onirique est compliquée, et résulte de l’action combinée d’une série de tendances inconscientes, énergiques et aberrantes, principalement sexuelles perverses, dont elle est une dérivation favorite et facilement réalisable.

Le travail du rêve est donc le même mécanisme psychogénétique qui produit les psychonévroses : dans les deux cas, il y a refoulement de tendances et empêchement à leur réalisation réelle ; les tendances reparaissent alors dans la conscience du dormeur comme dans la vie de l’homme éveillé en tant que substituts déformés et méconnaissables des complexes réprimés. Il n’est pas jusqu’aux rêves reproducteurs de situations pénibles ou créateurs d’événements en contradiction apparente avec le désir sous-jacent du sujet, qui ne soient en dernière analyse des réalisations de ce désir. Le rêve d’angoisse lui-même s’explique par ce fait que l’angoisse n’est pas simplement associée au contenu apparent de la scène onirique; elle est une réaction générale du moi causée par la répression des tendances trop rigoureuses, que ces tendances aient réussi ou non dans leur essai de réalisation.

Il faut donc soigneusement distinguer dans le rêve le contenu manifeste (manifester Trauminhalt) qui est le tissu de fantaisies incohérentes dont nous gardons un vague souvenir au réveil, et les pensées latentes du rêve (latente Traumgedanken), qui se dissimulent sous cette apparence fantasmagorique, pour qui sait le reconnaître, c’est-à-dire pour le psychoanalyste. Car c’est un exercice typique de psychoanalyse que de déchiffrer un songe, et Freud conseille à ceux qui lui demandent comment devenir psychoanalystes, de chercher à noter dès le réveil leurs propres rêves, à y songer sans contrainte en les prolongeant par la rêverie, et d’arriver ainsi à lire dans les ténèbres de l’inconscient (31). [p. 449]

Cette analyse se pratique suivant les mêmes règles que nous verrons plus loin présider à la découverte des complexes au sein des associations. d’idées à l’état de veille. Il suffit, pour découvrir les pensées latentes, lesquelles seules donnent la clef des songes, de faire abstraction de l’enchaînement apparent des images, et de ne retenir que les idées tendances qu’elles peuvent manifester en prenant la valeur de symboles. Une partie de l’œuvre de Freud a été en effet consacrée à rechercher cette valeur, au cours des rêves que l’on rencontre le plus communément [p. 450] chez les sujets, et à en déduire la signification psychologique des principales scènes de rêve (32). En réunissant ces idées-tendances, c’est-à-dire en groupant seuls les idées et souvenirs liés au détail du contenu latent, Freud, parti des recherches assez fantaisistes de Scherner et de Volkelt (33), est arrivé par une série d’investigations critiques à reconstituer de la façon suivante le mécanisme des songes :

L’utilisation des matériaux sensoriels s’accomplit suivant deux procédés principaux de déformation des complexes : 1° la condensation (Verdichtungsarbeit), et 2° le déplacement (Verschiebungsarbeit). Le premier, sorte de travail d’imagination synthétique, réunit en :une seule idée ou image, une quantité d’idées ou images, éléments très variés, empruntés de façon hétérogène à toutes les sources du rêve. Le deuxième, sorte de travail de répartition variable de l’affekt, consiste à reporter simultanément ou successivement sur les objets les plus divers de la figuration du rêve, la quantité de sentiment qui, dans la distribution logique de la vie éveillée, devrait s’attacher à telle ou telle autre idée ou image. Cette libération onirique de l’affekt, qui paraît, au cours du rêve, flotter au sein de toute la vie sensorielle et s’accrocher comme au hasard à tel ou tel système d’images, est d’autant plus manifeste qu’elle atteint fréquemment dans son effort de localisation un objet tout à fait inattendu et logiquement inaccessible à l’application du sentiment.

D’autres mécanismes secondaires sont encore à mentionner : par exemple, l’association de deux éléments psychiques sans aucune ressemblance réelle, à la faveur d’analogies tout à fait vagues (expression par le contraire, communauté de détails, etc.); la mise en œuvre de tout un travail de représentation (Darstellungsmittel) (34), se traduisant [p. 451] par la dramatisation d’événements d’ordre banal, par la complication, destinée à détourner l’attention du dormeur, d’excitations légères susceptibles de le réveiller, par un travestissement de tous les souvenirs simples, l’accommodation des idées et images du rêve aux exigences de l’exposition par le langage…

Freud insiste surtout sur le symbolisme que présentent tous les rêves, même les plus simples, et qui se retrouve dans leurs plus petits détails d’imagerie comme dans le déterminisme général des songes. Comme la psychose et la névrose, le rêve est un symbole de la vie inconsciente et de tendances refoulées. Le symbolisme n’est pas, comme l’enseigne souvent la science traditionnelle, une forme de pensée rare et accessoire, ni la symbolique, un art dangereux dont le psychologue doit se méfier : le symbole est un procédé primitif de l’activité psychique, surtout reconnaissable dans les affirmations sincères de nos premières tendances, et qui s’exerce constamment au cours de notre vie mentale. Le primitif, l’enfant, le rêveur, l’artiste, le psychopathe sont les symbolistes les plus ardents ; et c’est en perfectionnant la technique de la [p. 452] recherche symbolique que la science réalisera ses progrès les plus avancés touchant le déterminisme de la pensée humaine.

  1. Etude psychoanalytique des associations d’idées. — Un autre procédé d’analyse de l’inconscient, moins important peut-être au point de vue des déductions psychologiques générales, mais essentiel au point de vue de la technique psychoanalytique, est l’étude des associations d’idées. Il se décompose en deux méthodes: l’une’absolument caractéristique de l’œuvre de Freud, et vraiment originale, l’étude des associations libres (Einfâlle), ou exégèse des inspirations du sujet; l’autre pratiquée déjà avant Freud et appliquée surtout par ses élèves, l’étude expérimentale des associations (Associationexperiment).

L’étude des associations d’idées libres ou spontanées est une technique, ou plutôt un art d’interprétation, très analogue à l’interprétation des rêves (Deutungskunst), et s’explique par l’hypothèse de l’existence, au seuil de la conscience, d’associations d’idées préconscientes, qui serviraient de trait d’union entre les complexes cherchés et les idées habituelles et familières du malade. Elle consiste à s’adresser au courant spontané des phénomènes de conscience, au flot naturel des associations d’idées, tel qu’il se produit dans toutes les circonstances où l’attention volontaire n’intervient pas pour en indiquer une orientation : rêverie, inspirations, conversation vulgaire dite « à bâtons rompus ». Pour provoquer cette exégèse des inspirations devant le médecin, il s’agit de faire dire au malade ce qu’il veut, ce qui lui passe par la tête, sans aucun contrôle de sa part ; les seuls stimulants des associations d’idées qui prennent alors naissance sont les complexes, cachés et actifs, qu’il s’agit de mettre en lumière, en passant au crible de la psychoanalyse toutes les incohérences débitées, en cherchant à « découvrir le métal des pensées refoulées dans le minerai des idées exprimées ».

Pour cela, Freud fait étendre le malade dans le décubitus horizontal, dans une pièce où rien ne semble devoir attirer et fixer son attention. Celui-ci, rassuré, averti de l’action bienfaisante qu’on va tenter sur lui, doit bannir de son esprit tout souci du moment présent, toute pudeur, toute retenue d’ordre moral, et livrer complètement son imagination passive au cours des idées et des images écloses d’elles-mêmes en lui. Il doit, sur les conseils et les explications du médecin, s’exercer à adopter à l’égard de ces idées une attitude aussi peu critique et aussi indifférente que possible. Le médecin, hors du regard du malade, le laisse parler, intervient doucement çà et là dans le cours de l’enchaînement des idées, le ramène par quelques questions dans la voie qu’il juge la plus sûre, précise certains points. Le point de départ est fréquemment donné par le récit que doit faire le sujet du début de sa maladie et des circonstances, surtout d’ordre sentimental, qui ont pu en être contemporaines. La découverte des idées refoulées associées aux aventures vécues et racontées par le malade, est d’abord pénible : celui-ci hésite, temporise sans le vouloir, [p. 453] ne sait plus, invoque un trouble de sa mémoire ; mais peu à peu arrive un moment où il se laisse aller à sa rêverie exprimée, et récite une série d’événements, accompagnés de réflexions, qu’il avait depuis longtemps oubliés, et qui, par inspirations successives, font irruption à nouveau dans sa mémoire. — Le principal guide du médecin dans cette analyse est la constatation de l’émotion qui se manifeste au moment où les associations exprimées sont en relation assez directe avec les complexes recherchés : on touche alors au « problème vital » (Maeder) dont les éléments affirment leur existence au seuil de la conscience par un trouble grandissant du malade, trouble qui s’exagère au moment où le complexe sous-jacent est plus clairement deviné, pour finir dans une explosion affective caractéristique lors de sa mise en pleine lumière, par une sorte d’intuition terminale qui le libère complètement en triomphant de la résistance.

Il faudrait des volumes pour rapporter des exemples de ce procédé, qui s’apprend beaucoup plus vite et bien mieux qu’il ne se décrit. La technique n’en est pas d’ailleurs fixée de façon précise ; mais la pratique est indispensable pour en apprécier la valeur : elle s’acquiert, dit Freud, comme la pratique histologique ou bactériologique.

L’expérience des associations a été appliquée à la recherche de complexes normaux et pathologiques (Associationsversuch), par Jung, et après lui par tous les psychoanalystes, principalement à Zurich. Sa technique a été résumée en français par MM. Ley et Menzerath (35). Elle repose sur ce principe : quand on présente au sujet un mot quelconque — par la voie auditive, ou mieux visuelle— et qu’on l’invite à répondre aussitôt par le mot que le premier, dit mot inducteur, lui suggère (mot réaction), on déclenche un réflexe cérébral associatif, qui suppose, entre autres mécanismes, une association de faits psychiques sous-jacente à l’association sensorimotrice des deux mots. On note alors le mot réaction lui-même, les circonstances qui accompagnent ou suivent son émission — répétition de ce mot, associations avec d’autres mots ou phrases, état émotif objectif accompagnant le phénomène, etc. — et surtout le temps de réaction, mesuré au chronographe électrique.

L’expérience avait déjà été appliquée depuis quelques années à l’exploration des associations d’idées, chez les gens normaux ou chez les malades, par Kraepelin, Aschaffenburg, Weygandt, Sommer, Féré. Le principal résultat de ces recherches avait été que les variations qualitatives du mot réaction et les modifications du temps de réaction étaient fréquemment en rapport avec le degré d’émotion déterminé par les associations d’idées éveillées plus ou moins directement par l’expérience, et plus spécialement par le mot inducteur. Cela suggéra aux élèves de Freud la pensée que l’émotion ainsi manifestée devait être en relation avec le [p. 454] complexe actif réveillé par le mot, d’où possibilité de découvrir ainsi les tendances pathogènes (36).

Nous donnons ici, à titre d’exemple, un tableau emprunté à Maeder (37) : Il contient une série d’associations provoquées chez un dément précoce, dont les complexes délirants se décèlent dès les premières expériences.

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Il est évident qu’une critique judicieuse doit présider à cette recherche des complexes. La plus grande partie des associations, surtout au début et chez les névropathes, plus ou moins réticents, sont dues à des actes [p. 455] psychoréflexes très superficiels, dont le mécanisme ne saurait être en rapport avec les racines mêmes du psychisme : fautes d’attention, distractions, assonances, ressemblance par la silhouette générale du mot, associations complétives, verbalisme courant associant les parties d’un tout, des contraires ou oppositions, l’usage et l’objet; persévérations de l’idée exprimée par le mot antérieur, etc. Le mot réaction ne s’accompagne pas toujours de la même quantité ou qualité d’émotion suivant les circonstances, extérieures ou intérieures : c’est ainsi, par exemple, que l’attitude émotive d’un sujet qui provoque volontairement chez lui-même un complexe actif est beaucoup moins facilement révélée par l’expérience, que celle qu’un expérimentateur provoque chez ce même sujet en prononçant devant lui, même s’il s’agit d’un fait manifestement imaginaire, une allusion à ce complexe.

Il faut enfin rappeler qu’on a également appliqué à la psychoanalyse les expériences psychoélectriques (Bleuler, Yung, l’école du Burgholzli, Radecki, etc.). Lorsqu’on place un sujet dans un circuit galvanique, il se produit, sous l’influence de certaines excitations psychiques, — par exemple, l’excitation par un mot inducteur, — des modifications de l’intensité du courant, accusées par le galvanomètre (galvanoréaction). De même, lorsqu’on relie le sujet par deux fils à l’électromètre capillaire de Lippmann, les excitations psychiques déterminent des modifications de niveau, en rapport avec des changements du potentiel. Les réflexes psychoélectriques sont attribués à l’émotion — et à toutes ses conséquences vasomotrices, glandulaires, etc., — qui prend naissance au moment de l’excitation : ils peuvent donc servir à révéler les associations en rapport avec un complexe affecté de sentiment (38).

III. Analyse des menus faits de l’existence journalière. — Une autre technique consiste à saisir chez le sujet soumis à la psychoanalyse tous les menus faits qui témoignent d’un manquement des actes et paroles de la vie courante (Fehlhandlungen), et qui, se présentant d’habitude au milieu des événements ordinaires de l’existence journalière(Alltagsleben), constituent la psychologie pathologique de la vie quotidienne, chez les malades : ils passent, la plupart du temps, inaperçus ou sont attribués à la distraction par l’observateur non prévenu. Ces erreurs courantes (Versehen der Normalen) sont : les oublis de noms propres ou communs, généralement très bien connus, des confusions ou erreurs de mémoire, des lapsus de plume ou de langue, des maladresses manuelles involontaires et inhabituelles, pertes ou bris d’objets, des gestes inconscients plus ou moins systématisés ou inachevés que le sujet effectue au cours d’une conversation, d’une rêverie, d’une occupation quelconque : [p. 456] porter la main à une partie du corps ou à un objet, jouer avec une bague, fredonner un air, etc. Ces petits faits ne sont pas toujours, comme on le croit volontiers, l’effet du hasard. Ils ont souvent un sens, explicable par les situations ou circonstances psychologiques au milieu desquelles ils se produisent, et qui réveillent au moment de leur production, chez le sujet, des désirs inconscients : on s’aperçoit souvent qu’ils expriment des intentions significatives, provenant de complexes et de tendances cachés et réprimés. Chez les normaux, ils sont très fréquents et souvent explicables. Chez les névropathes, ils prennent une telle importance qu’ils peuvent trahir les secrets les plus intimes du malade et acquérir ainsi, pour le psychoanalyste, la valeur de symptômes (Symtomhandlungen) (39).

Toutes ces techniques ont un but commun et sont inspirées par la même méthode d’analyse psychogénétique des symptômes ou des faits révélateurs de l’inconscient. Elles se pratiquent d’ailleurs simultanément [p. 457] au cours de la séance de psychoanalyse : noter les gestes, les Fehlhandlungen d’un malade au moment où il est fait allusion à un complexe, lui faire raconter ses rêves, suivre ses associations d’idées spontanées, apprécier le degré d’émotion qui se trahit au moment de certaines associations, tout cela doit se faire en même temps, et l’on conçoit dès lors que pour arriver à dégager ainsi le fil conducteur de la recherche des complexes, le médecin doit faire preuve d’une pénétration qui ne peut guère s’acquérir qu’à la longue. On saisit aussi l’importance, dans l’habileté psychoanalytique, du coefficient personnel de l’observateur. Nous verrons que la méthode psychoanalytique ne peut s’appliquer qu’à un nombre relativement restreint de névropathes. Quant aux aliénés, autant les réticents et les dissimulés sont difficiles à étudier, autant ceux qui se confient au médecin, quand ils peuvent saisir le sens de l’expérience, laissent deviner facilement leurs complexes. La psychoanalyse des aliénés ressemble beaucoup alors aux méthodes classiques d’examen mental, qui s’efforcent, par l’interrogatoire, et à l’aide de leurs écrits, paroles, gestes, occupations, etc., de déceler derrière leurs idées habituelles les principaux types de complexes délirants.

III. — Applications de la doctrine de Freud

  1. APPLICATIONS EXTRAMÉDICALES

Nous n’insisterons pas, au cours de cet exposé essentiellement médical, sur les innombrables applications que l’on a pu et que l’on pourra faire dans l’avenir d’une telle doctrine, en dehors de la psychologie pathologique. Il nous suffira d’en citer quelques exemples.

La théorie s’adresse en premier lieu à la psychologie normale, considérée dans sa signification générale de science de l’esprit. Nous avons plus haut esquissé la conception freudique du rêve, des associations d’idées, de la personnalité, de la mémoire, du sentiment surtout (amour sexuel, émotion tendre et ses variétés, sentiment éthique, religieux, haine et réconciliation, sentiments sociaux, etc, etc.). On peut déduire des idées directrices du psychodynamisme toute une psychologie originale, reposant sur une conception assez différente de celles qui président à la plupart des doctrines classiques, grâce au point de vue fondamental de la pensée considérée comme effet des tendances vitales inconscientes plus ou moins réprimées.

Freud lui-même a précisé quelques-unes de ces applications, dont une très intéressante à la psychologie de l’ esprit comique (Witz), dans les procédés duquel il retrouve, par la méthode psychoanalytique, un mécanisme analogue à celui qui préside à la production des rêves et aux [p. 458] différentes manifestations des complexes (condensation, ellipse, déplacement affectif, allusion symbolique, etc.). La plaisanterie, le trait d’esprit est une allusion, un exposé indirect, incomplet, parfois entièrement déformé, d’une idée cachée et plus ou moins consciente de l’auteur, en rapport avec une tendance affective qui cherche à s’y réaliser de façon économique et détournée : désir d’injure, vengeance, érotisme surtout (40). Il y aurait d’intéressantes choses à dire, sur ce chapitre, à propos de la psychologie de l’obscénité, du vice, de la pruderie, sur les différents états d’esprits sociaux en rapport avec la répression, la dissimulation, la crainte des faits sexuels.

On conçoit de même quelle lumière jette une telle doctrine sur la psychologie du sentiment religieux et de ses différentes manifestations, du mysticisme, sur la psychologie différentielle des sexes (41), etc. Dans un domaine plus général, l’étude des caractères est avant tout l’étude des complexes actifs habituels de chaque groupe d’individus et de leur retentissement sur la manière d’être extérieure, les aspirations et répulsions, etc., l’étude du rôle social des complexes adaptés aux différentes circonstances, substitués l’un à l’autre, sublimés, évolués, etc.

La psychologie collective est également un chapitre fécond en applications de la psychoanalyse, surtout dans le domaine de la psychologie ethnique. Chez les peuples où l’on peut observer des manières collectives tranchées de penser et de juger, les modes, les caractéristiques du goût littéraire, artistique, les mœurs, etc., révèlent des quantités de signes de répression sexuelle avec réactions psychiques consécutives. [p. 459]

Il faut lire à ce sujet les amusantes réflexions de Jung à propos de son voyage en Amérique, et de Maeder sur le peuple anglais (42).

Les enseignements de l’histoire contiennent une multitude de faits qu’éclairent curieusement les points de vue de la théorie de Freud, de même que la psychologie des peuples primitifs, la philologie (43)…

Les mythes religieux, les légendes, les contes héroïques, les traditions populaires sont, suivant l’expression de Jung, les rêves séculaires de l’humanité, et les grandes lignes de leur formation psychologique sont celles du rêve individuel (Abraham, Otto Rank, Pfister, Riklin). Beaucoup de nos façons de nous exprimer, de décrire le monde extérieur, nature et êtres vivants, s’expliquent par une extériorisation des tendances profondes de l’esprit, une personnification de la réalité, la plupart du temps même une sexualisation des choses. On reconnaît là encore le mécanisme bien mis en relief par Freud dans les procédés de l’esprit humain, la symbolisation universelle, en vertu de laquelle l’homme entrevoit la nature et sa propre personne non seulement à l’aide des fonctions de perception et de jugement que lui décrivent les psychologues, mais encore et surtout à travers le prisme de ses tendances et de son affectivité.

On devine d’ores et déjà les innombrables vérifications esthétiques et littéraires de ces théories. Freud lui-même a analysé la « Gradiva » de W. Jensen et y a montré l’importance du rêve et des songes. Il a rapporté de même un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, caractéristique de la vie affective du grand artiste. Ses élèves ont ainsi analysé la vie amoureuse de Lenau d’après ses œuvres (Sadger), la dévotion du piétiste L. de Zizendorf ( Pfister), la création artistique dans le « Hollandais volant » , de Wagner [p. 460] (De Graf), le complexe-Œdipe chez Hamlet (Jones), la psychologie du peintre G. Segantini (Abraham). L’un d’eux a étudié le symbolisme dans « Lohengrin» (O. Rank) et a assemblé récemment dans un curieux ouvrage toutes les œuvres littéraires, mythologiques, religieuses, depuis la Bible jusqu’aux temps modernes, où l’on peut déceler l’importance psychologique du complexe de l’inceste (Inzestmotiv) et de ses variétés : rapports sexuels entre parents et enfants (inceste maternel d’Œdipe, Hamlet, Don Carlos), théorie de la belle-mère (dans Byron, Euripide, Racine), rapports entre frères et sœurs, inceste paternel (dans Calderon, Voltaire, Gœthe, Byron, Lope de Véga, Cervantès, L. Tieck, Arnim, Clément Brentano, Th. Kôrner, R. Wagner, Ibsen ; etc., etc.),les frères ennemis, depuis Sophocle jusqu’à Schiller, etc.

La doctrine de Freud a plus d’un côté philosophique. Par maints développements, principalement par les lois très générales qu’elle exprime et qui touchent à la philosophie de la biologie et à la doctrine de l’évolution, par l’aspect universel surtout qu’elle revêt, elle mène à une conception métaphysique du monde. Le déterminisme biologique spécial qui s’en dégage sert de lien entre les deux faces, physique et métaphysique, de la théorie. D’un côté, elle confirme la grande loi scientifique de l’analogie entre les développements ontogénétique et phylogénétique de l’instinct (comparaison entre l’évolution de la sexualité, avec son retentissement sur le développement de l’individu, et l’évolution de la pensée humaine sexualisée depuis les peuples primitifs jusqu’aux civilisations modernes). D’un autre côté, elle apparaît comme un système philsophique d’explication de la destinée humaine. L’homme est un être soumis à l’action de deux forces antagonistes ou principes adverses: celui du plaisir (Lustsprincip) et celui de la réalité (Realitâtsprincip). Il s’adapte à l’un et à l’autre et s’efforce de les satisfaire tous deux suivant une sorte de compromis, par lequel il utilise au mieux de son pouvoir et de son intérêt la somme d’affekt qu’il possède. Artiste, religieux ou spéculatif, il se détourne de la réalité trop rude pour se plonger dans la douceur du rêve. Malade, il la fuit et se réfugie dans la névrose (Flucht in die Krankheit).

Nous dirions presque que la doctrine de Freud est une religion dont ses élèves sont les adeptes. Malgré son rôle biologique de science positive, elle tend à donner de la libido une conception si extensive que, chez quelques-uns des élèves de Freud (Steckel), le symbolisme pansexualiste rappelle assez bien les vues des fondateurs de certains cultes orientaux sur la génération, principe du monde.

Enfin, le freudisme n’est pas seulement une théorie pure. Il offre j des applications dans le domaine pratique. Il contient en germe toute une morale, dans les règles de laquelle les enseignements de la psychologie sexuelle doivent avoir la première place. La chasteté prolongée et bien comprise, la vertu considérée comme une maîtrise de l’excitation [p. 461] érotique, que l’homme peut non dompter mais canaliser à son gré, les modes de sublimation de nos instincts et de régularisation de nos tendances affectives, les rapports de cette culture affective avec les enseignements du malthusianisme, tout cela exigerait de longs développements d’ordre pratique. On voit de quelle portée sociale pourrait être une telle psychologie.

Par suite, la doctrine de Freud contient une pédagogie, car elle attache une importance essentielle, plus que toute autre théorie biologique, au développement régulier et harmonieux des composantes de l’instinct sexuel infantile, dans le déterminisme psychique de l’individu. C’est d’une éducation rationnelle qu’il faut d’après elle attendre tout le bien de l’humanité. C’est principalement de nos façons d’en user avec la sexualité, et de notre fâcheuse habitude d’ignorer les exigences de la libido que provient en grande partie la maladie, et par suite la dégénérescence de l’espèce.

Enfin elle est tout cela surtout parce qu’elle est une hygiène de l’individu et de la race, et que l’hygiène de la sexualité et de l’instinct doit être le fondement même de tous nos actes sociaux.

  1. APPLICATION A L’ÉTUDE DES MALADIES

Nous avons déjà dû plus haut exposer le principe de la pathogénie freudique des psychonévroses. Il faut rechercher leurs causes dans un développement défectueux ou une mauvaise satisfaction de la libido ; les névroses sont le négatif de la perversion psychosexuelle. Ce sont non des entités vagues, des personnes d’essence mystique, mais des actes par lesquels le malade cherche à se débarrasser d’instincts pénibles. Elles constituent une régression, par retour à l’enfance, elles sont une maladie du développement de l’individu.

  1. Hérédité et constitution pathologique. — Freud abandonne les idées classiques sur l’étiologie des psychonévroses (Charcot, Guinon, G. de la Tourette, Janet, etc.) pour plusieurs raisons. Ces idées ne tiennent pas assez compte des transitions infiniment progressives que l’on peut observer entre les familles tarées et saines. — Il faut admettre logiquement que la tare se constitue en partie chez un individu. — Il est beaucoup de neuropathies dans lesquelles l’hérédité ne suffit manifestement pas à créer la maladie (tabes). — Des névroses se développent chez des gens de familles certainement saines (neurasthénie).— La notion de l’hérédité dite dissimilaire n’explique absolument rien. — Pourquoi, dans une même famille, certains sont-ils tarés et d’autres normaux ? — Il semble logique d’admettre que la psychonévrose, avant d’être une maladie de l’espèce, doit être une maladie de l’individu. Pour cela, une étiologie acquise spécifique est nécessaire à admettre. Sans elle, l’hérédité ne peut rien, sinon la mettre en valeur. [p. 462]

Les causes autres que ces causes sexuelles spécifiques, les maladies somatiques, les émotions, le prétendu surmenage intellectuel, etc., et qui ne sont nullement spéciales à telle ou telle maladie, sont donc simplement concurrentes. C’est fréquemment à leur suite qu’éclate la maladi ; mais la causalité de la névrose est due à des actions plus profondes et plus dissimulées. Le symptôme apparaît alors, et, de latent, devient manifeste ; mais les agents étiologiques apparents ne font que ranimer une anomalie pathogène, la plupart du temps contemporaine du développement.

La constitution psychonévropathique est imposée, d’une part au sujet par sa propre constitution sexuelle (développement non assez régulier ni harmonieux des différentes composantes de la libido), d’autre part, par les causes occasionnelles de perturbation psychosexuelle qu’il rencontre dans le milieu social : perturbation dans l’entretien des premiers rapports avec les parents (d’où création de complexes parentaux pathogènes, par exemple, ou Elternconstellation), puis difficulté de l’éloignement normal qui sépare l’enfant de ses parents, et troubles dans la fixation ultérieure régulière de la libido sur d’autres objets.

On voit que la libido s’expose au refoulement, par suite que le sujet s’expose à la névrose, particulièrement à certaines époques mémorables de son existence. Certains sujets, toujours gravement atteints dans la suite, se révèlent précocement comme peu capables de satisfaire leur libido par les jouissances de la vie normale, et c’est là le lien qui unit la théorie de Freud aux théories classiques de la constitution dégénérative et du déterminisme héréditaire. Il leur faudra bien de la chance pour s’accommoder aux exigences de la réalité. D’autres sont mieux armés, leurs tares ne sont que des erreurs accidentelles de développement. Certains tombent, par exemple, à la suite d’un trauma psychique révélateur ou d’une série de petits traumas qui accumulent leur effet en une sorte d’anaphylaxie affective. D’autres sujets, enfin, les plus nombreux peut-être, ne peuvent utiliser convenablement les poussées climatériques de libido qui se révèlent, à la puberté et au présenium principalement, et sont dues à des causes organiques de stimulation plus ou moins périodique de la tension sexuelle.

En dernière analyse, les psychonévroses paraissent être des processus généraux de l’organisme, bien plus acquis qu’innés, assez comparables à des intoxications, déterminés par un trouble des échanges organiques qui président à l’élaboration et à l’utilisation de la libido (Sexualstoffwechsel), et qui se manifestent généralement à la suite de causes concurrentes très apparentes, par des symboles somatiques (névroses) ou psychiques (psychoses).

  1. Étude des névroses. — Nous pouvons maintenant aborder la psychopathologie spéciale des névroses d’après Freud. Celles-ci ne sont pas toutes de même nature, en ce sens que les unes sont conditionnées [p. 463] par une utilisation défectueuse de la libido, considérée en tant que totalité des tendances affectives sexuelles, et que les autres se produisent par suite d’un usage incomplet de la tension sexuelle, encore dépouillée de sa signification psychique. En d’autres termes, les premières ont comme conditions des anomalies antérieures de la vie sexuelle : ce sont les plus intéressantes à étudier pour le psychoanalyste, qui découvre dans leur psychogenèse une série de faits remontant le long du passé érotique du sujet jusqu’aux premières manifestations des tendances réprimées, lesquelles, n’ayant pu, au cours du développement, se donner libre cours dans un organisme non développé, ont dû retarder à longue échéance leur effet manifeste (Nachtrâglichkeit). Les secondes, de structure plus simple, et que nous décrirons en premier lieu, peuvent se produire à n’importe quel moment de l’existence, et n’ont pour ainsi dire pas de psychogenèse. Elles sont dues à un trouble dans la satisfaction d’une tension sexuelle actuellement manifestée (Névroses actuelles, Actualneurosen).
  2. a) Névroses à étiologie actuelle. — La neurasthénie serait essentiellement d’origine génitale, mais il faut savoir que l’on comprend actuellement sous ce terme des quantités d’états qui n’ont entre eux que peu de parenté : le mal de tête, l’affaiblissement, l’amaigrissement, l’inquiétude vis-à-vis de la santé ou de l’avenir, n’appartiennent pas forcément aux maladies nerveuses. Des états organiques variés, légers et chroniques, peuvent les réaliser, depuis les toxiinfections chroniques, jusqu’à la simple sinusite, fréquemment méconnue par les neurologistes. D’un autre côté, beaucoup de gens qualifiés de neurasthéniques présentent, quand on fouille leur symptomatologie, des troubles nerveux d’émotion, aiguë ou chronique : peur, timidité, pusillanimité, inquiétudes de toutes sortes et de tous objets, désordres vasomoteurs et glandulaires, troubles viscéraux analogues à ceux de l’émotion normale, mais particulièrement intenses ou anormalement fixés dans le temps. Ces états sont bien des états névropathiques, mais ils doivent être rattachés, non à la neurasthénie, mais à la névrose anxieuse.

Il reste enfin un syndrome, la plupart du temps acquis, constitué par : céphalée, fatigabilité excessive, avec ou sans plaque sacrée, rachialgie ou paresthésies spinales, dyspepsie hyposthénique avec flatulence, lenteur des digestions, constipation et troubles intestinaux consécutifs, faiblesse sexuelle, etc. Ce syndrome, décrit à peu de choses près par Beard et Charcot, s est conservé à peu près intact jusqu’à nos jours dans la littérature médicale. Ce serait là la neurasthénie vraie, et l’étiologie en serait toujours l’abus de la masturbation ou des pollutions spontanées exagérées. L’action prolongée et intensive de cette pernicieuse satisfaction, à laquelle s’adonnent, plus ou moins, beaucoup d’adultes, détermine directement la neurasthénie, parfois sous sa forme aiguë, quand une cause occasionnelle (maladie somatique, émotions, surmenage, [p. 464] etc.) s’ajoute pour en provoquer l’éclosion. La plupart des malades n’avouent qu’après une patiente insistance cette cause de leurs malaises, dont ils se doutent cependant fréquemment, lorsque le médecin n’a pas égaré leurs soupçons. Le parallélisme entre les crises d’onanisme et les crises de neurasthénie est parfois remarquable. Et le diagnostic étiologique est tellement certain pour Freud, qu’il n’a pas hésité parfois, en l’absence complète de la masturbation, à affirmer, avec raison, l’existence d’un état organique (rhinite purulente, par exemple).

La masturbation infantile explique ces troubles du développement avec symptômes nerveux, qui font parler de neurasthénie constitutionnelle. Enfin, certains des malades qui en sont atteints, semblent doués, par une sorte d’héritage, d’une constitution sexuelle analogue à celle qui, chez le neurasthénique accidentel, se produit comme conséquence de l’onanisme.

La névrose d’angoisse (Angstneurose) est, pour Freud, une maladie des plus communes. Elle comprend toutes les manifestations neuropathiques, autres que l’hystérie et les phobies et obsessions, qui consistent en des symptômes d’émotion, aigus ou chroniques. Le tableau clinique en est infiniment plus varié que celui de la neurasthénie, et son aspect est conditionné par les différentes façons spécifiques que chaque individu possède de réagir à l’émotion. Il faut signaler, parmi les symptômes fondamentaux trop souvent confondus avec la neurasthénie ou les phobies (agoraphobie et phobie des fonctions, notamment) : l’excitabilité générale et sensorielle, la faiblesse irritable, l’insomnie, l’attente anxieuse, qui s’accompagne fréquemment d’hypocondrie et même de scrupule, de doute et de honte, et qui est essentiellement constituée par une anxiété diffuse, flottante, sans cause ni objet défini ; les crises anxieuses, accès névropathiques dont le fond est une angoisse soudaine qui peut prendre toutes sortes de formes suivant ses irradiations somatiques (crampes cardiaques, asthme respiratoire, boulimie, malaise gastrique avec resserrement épigastrique ou nausées, etc.) ou les qualités de son retentissement psychique. Ces crises sont surtout méconnues sous leurs formes frustes ou rudimentaires, souvent prolongées et chroniques, et qui se présentent comme l’exagération de tel ou tel élément partiel : sensation cardiaque ou respiratoire, sueur profuse, tremblement, diarrhée, terreur nocturne, incoordination motrice, douleur rhumatoïde, état vertigineux, lipothymique, dit vertige gastrique, etc. L’état mental de l’anxieux est fait d’inquiétude constante, avec exacerbations ; on observe parfois aussi chez lui de la susceptibilité à la douleur et une certaine aptitude à l’hallucination.

La névrose anxieuse survient chez des gens qui ont incomplètement inassouvi leur tension sexuelle. Sa formule étiologique réside dans l’ irritation génésique insatisfaite (frustrane Erregung). Si cette loi est simple, les cas où elle trouve son application sont extraordinairement [p. 465] variés, et Freud a établi toute une casuistique pour prévoir les occasions qu’elle a de se vérifier. Il décrit ainsi : l’angoisse des adolescents (virginale Angst), qui apparaît au moment des premiers contacts avec la sexualité normale et au moment de la révélation pratique du mystère sexuel, forme d’angoisse qui aurait l’occasion, étant données les nombreuses traces psychiques réveillées par ce trauma affectif, de se combiner, comme cela arrive fréquemment, avec d’autres névroses, surtout avec l’hystérie ; l’angoisse des nouveaux mariés, principalement des jeunes femmes, qui doivent passer de l’anesthésie génitale initiale aux premières manifestations du plaisir sexuel ; celle des femmes dont le mari est impuissant ou sujet à l’éjaculation précoce ; celle des hommes qui pratiquent le coït interrompu ou réservé, quelle que soit la cause qui diminue ou annihile l’assouvissement ; celle des veuves et des abstinents, fréquemment combinée aux obsessions ; celle qui survient aux époques climatériques d’accroissement de la libido (présénilité, âge critique). L’angoisse survient chez tous ceux qui, étant soumis à diverses causes d’excitation génitale, la répriment soit volontairement, soit à cause de circonstances extérieures ; elle ne manque absolument que chez les gens dont la tension sexuelle est insignifiante, c’est-à-dire chez les impuissants. Elle reste latente souvent assez longtemps et se révèle, parfois d’une façon inattendue et sans qu’on songe à la ramener à ses véritables causes, à la suite de la dépression nerveuse causée par les veilles, les maladies, les chagrins, etc. Elle s’associe souvent à la neurasthénie ou lui succède, principalement chez les masturbateurs qui cessent brusquement leurs pratiques. Elle s’accompagne d’un amoindrissement des désirs sexuels.

Sa pathogénie tout entière réside dans les parties les moins idéatives de la sphère psycho-sexuelle. Elle consiste dans une répartition anormale de la tension sexuelle qui ne peut aboutir à l’épanouissement psychique terminal, lequel, accompagnant normalement l’acte spinal, doit absorber l’énergie accumulée dans la psyché par les excitations préparatoires ou même la simple accumulation lente des produits sexuels. La tension sexuelle s’irradie alors du côté de l’innervation somatique en produisant une série de symptômes parfois très comparables aux manifestations des émotions normales, et même aux manifestations émotives du coït. Le seul acte qui puisse détourner la tension sexuelle de cette irradiation anormale est le rapport sexuel avec satisfaction complète : certains actes imparfaits comme l’onanisme, la pollution, font cesser cette tension, mais au détriment du système nerveux et, en réalisant l’acte réflexe simple, déterminent la neurasthénie, probablement par un surmenage spinal consécutif à une localisation trop précise de la libido sur une zone érogène et un département de l’axe cérébrospinal (44). C’est l’émotion angoisse et non une autre qui se produit dans [p. 466] l’irritation génésique fruste, c’est-à-dire la peur d’un danger à venir, sans doute parce que la psyché se trouve, vis-à-vis de cette perturbation de la sexualité, dans une attitude semblable à celle qu’elle prendrait en face d’un agent extérieur dont elle prévoirait l’action dangereuse. Dans les deux cas, elle se sent incapable de s’acquitter de sa tâche normale : adaptation à la réalité extérieure, ou adaptation intérieure à une insuffisance des fonctions réflexes.

  1. b) Névroses à contenu psychique. — Elles sont fréquemment associées à cause de leur communauté d’origine. Elles ne diffèrent entre elles que par les mécanismes en vertu desquels la psychogenèse qui les relie aux manquements du développement affectif détermine leur aspect dans la conscience et leurs manifestations extérieures. Ce sont les psychonévroses proprement dites.

Les obsessions sont entendues par Freud au sens large, et non par exemple dans celui, très restreint, de représentations d’origine purement traumatique. Celles-ci ne sont autre chose que des souvenirs, des images à peine altérées d’événements mémorables (exemple : l’obsession de Pascal : d’un abîme à sa gauche, avec sensation d’y être projeté, qui l’affligeait depuis qu’il avait manqué réellement d’être précipité dans la Seine). Elles ont à première vue plus d’un rapport avec l’angoisse. Leur base est émotive, et l’état émotif reste le même bien que l’idée, caractéristique de l’obsession, puisse changer cet état est en réalité légitime, mais l’émotion s’est anormalement éternisée au lieu de s’évanouir, et l’idée logique, originale, qui justifie l’obsession et qui était, au début, en rapport étiologique avec l’état émotif morbide, a eu des remplaçantes, des dérivées substituées. Ces dernières ont, en quelque sorte, pour effet de protéger l’existence de l’obsession en en rendant méconnaissable l’origine. L’idée causale, la plupart du temps multiple, correspondait à des impressions pénibles de la vie érotique antérieure, que le sujet s’est efforcé d’oublier et de refouler. Cette sorte de défense (Abwehr) de la personnalité, dont le malade ne se rend pas compte, a seulement abouti à remplacer l’idée irréconciliable par une autre idée mal appropriée à l’état émotif, qui, lui, est resté le même : d’où le caractère absurde, souvent extrême, mais par là même symbolique, de l’obsession.

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Freud avait d’abord trouvé à l’origine des obsessions un événement ayant joué le rôle de trauma émotif, et qu’il croyait être une aventure sexuelle de l’enfance ayant causé du plaisir au sujet (agression sexuelle, en cas de garçon ; participation avec jouissance aux rapports sexuels, en cas de petite fille), et devenue source de remords inconscient. Mais il s’aperçut ensuite que, derrière de tels traumas, plus ou moins constants [p. 467] et révélateurs, on retrouve à la base de tous les syndromes obsédants un sentiment d’infériorité, de mécontentement de soi-même, avec crainte de mal agir. Quant à ce sentiment très général, il est la suite légitime de manifestations infantiles de la libido, survenues généralement chez des sujets sexuellement précoces, et remarquables par leur intensité et leur qualité inquiétante — il s’agit, la plupart du temps, d’affection et de haine parentales. Reproches à la suite de la manifestation de tendances infantiles inquiétantes, aboutissant, en fin de compte, à la substitution d’un système d’idées absurdes à ces reproches : telle est la formule de l’obsession. Les détails en sont assez difficiles à comprendre : c’est, en résumé, par une sorte de mécanisme de compensation psychique et de régression aux temps préparatoires de la pensée normale (rumination mentale sans aboutissement au réel, abus de la pensée stérile) que se déforment les tendances premières, par suite d’un déplacement successif et sans cesse renouvelé de l’affekt sur les différents anneaux de la chaîne psychogénétique. La pensée stérile, toutes les manifestations de l’automatisme psychique des obsédés, qu’elles soient diffusées en ruminations mentales et en agitations vagues, ou symboliquement polarisées en une idée qui les résume, qu’elles soient ou non teintées d’un revêtement affectif qui les rend plus ou moins méconnaissables (honte, hypocondrie, angoisse sociale, etc.), sont des conséquences psychiques du refoulement érotique chez des scrupuleux légitimes. Toute la complication du mécanisme réside dans les détails d’agencement, plus ou moins elliptique, des éléments idéatifs. Quant aux troubles généraux des obsédés (aboulie, indécision, etc.), ils sont secondaires, par une sorte de contamination mentale et de généralisation d’un procédé primitivement partiel (diffusion de l’affekt sur des objets primitivement insignifiants), au trouble localisé primitif de la répression affective (45). [p. 468]

Les phobies sont des obsessions dans lesquelles l’élément idéatif, réduit à sa plus simple expression, traduit un état d’émotivité intense, qui est une émotion dépressive de la nature de l’angoisse. Dans ses premiers travaux, Freud concluait de ses recherches qu’elles n’étaient que des angoisses spécialisées sur une idée, un objet, une fonction. Il classait à ce sujet les phobies en deux groupes : les phobies communes, ou peurs exagérées de choses que tout le monde abhorre ou craint un peu (nuit, solitude, animaux, etc.), et les phobies d’occasion, ou peurs de conditions normalement indifférentes (agoraphobie, par exemple, et toutes les phobies des fonctions, locomotion, respiration, etc., nullement obsédantes et très paroxystiques). Il se serait agi simplement de névrose anxieuse qui, dans ces deux cas, par une sorte d’élection occasionnelle, aurait fait ressortir particulièrement dans la prévision du sujet une idée, un souvenir, la représentation de tel ou tel acte, propre à devenir un motif d’émotion. Par exemple, l’agoraphobie aurait pu se constituer par l’association fortuite d’une crise d’angoisse, éprouvée par le sujet en traversant une place avec l’idée-prévision d’une future crise à éprouver dans de semblables conditions à venir.

Mais le mécanisme de la phobie, d’après les récentes recherches de Freud, est plus compliqué. Elle a un sens symbolique, qui manifeste de façon détournée, non seulement une anxiété endogène banale, mais encore des désirs et tendances refoulées, d’origine érotique, qui ont isolé du bloc commun des composantes instinctives toutes sortes de particularités du développement infantile : une phobie peut manifester, en traduisant symboliquement l’attitude antérieure du sujet envers ses parents au stade infantile, des tendances incestueuses, sadistes, masochistes, une curiosité érotique intense (Wisstrieb), etc. Le mécanisme psychique qui relie la tendance réprimée à la crainte de tel objet, choisi [p. 469] par le sujet à cause des associations inconscientes qui raniment chez lui la trace affective refoulée, paraît assez analogue à celui de l’obsession ou du symptôme hystérique, mais plus simple, car refouler une tendance et avoir peur de quelque chose qui la rappelle sont deux actes dont on comprend l’analogie.

L’hystérie est caractérisée par un mécanisme particulier de symbolisation affective, qui consiste à transformer les traces de la libido refoulée en symptômes somatiques en établissant ainsi des réflexes anormaux. C’est la conversion. L’anomalie du passé érotique, lorsqu’on remonte jusqu’à lui par l’enchaînement des associations, apparaît comme se manifestant, au moment de l’invasion de la maladie, par une série de signes physiques (paralysies, contractures, anesthésies, etc.). Ceux-ci indiquent non pas, comme l’affirment des auteurs, une impuissance native de la conscience à réunir dans une même synthèse tous les éléments de la personnalité, mais une impossibilité plus ou moins acquise et curable de manifester au dehors de fortes composantes instinctives autrement qu’en les transformant en troubles somatiques après refoulement.

Freud avait d’abord pensé qu’à l’origine des symptômes hystériques comme à celle des obsessions, on pouvait retrouver de façon constante une aventure de la vie sexuelle infantile, qui consistait essentiellement en une expérience de passivité sexuelle avant la puberté (généralement vers quatre ou cinq ans), avec irritation véritable des parties sexuelles. Mais il dut avouer bientôt que cette étiologie était inconstante, qu’elle était souvent créée par l’imagination hystérique, si fertile en constructions de contenu sexuel, et il dut remonter plus haut dans la psychoanalyse de ces malades. Il découvrit chez tous des quantités de traumas affectifs de ce genre (46), vérifia que pas plus chez les hystériques que chez [p. 470] les autres névropathes, une telle spécificité étiologique occasionnelle n’était possible, et rencontra à l’origine de toutes ces aventures toutes les anomalies possibles du développement infantile. L’hystérie, comme toutes les névroses, s’explique par quelque chose de plus profond et de plus intime que l’ébranlement affectif d’une émotion accidentelle (47) ; elle est un compromis entre l’affirmation de la libido et le refoulement érotique.

L’épilepsie a été étudiée, à la lumière des théories de Freud, par ses élèves. Les résultats de cette étude ont été peu satisfaisants jusqu’à présent, ainsi qu’on pouvait s’y attendre à propos d’une maladie d’origine manifestement organique, et dont le contenu psychique paraît assez mince. Nous devons à Maeder et à Morichau-Beauchant d’intéressantes recherches sur la sexualité des épileptiques, curieuse à observer à cause de l’intensité et de la variété des perversions grossières de toutes sortes qu’elle présente et du peu de vigueur de leur refoulement. L’épileptique est autoérotique et pervers de toutes les façons possibles (panérotisme, polyvalence sexuelle) et manifeste principalement son érotisme au moment des crises. Les différentes composantes de son instinct sexuel ne convergent pas vers un but unique et défini : dans le domaine psychosexuel, comme dans les autres domaines, il est resté un infantile psychique.

On devine quel parti analogue on pourrait tirer de l’application de la doctrine de Freud à l’étude analytique de la structure de névroses encore mal définies comme les névroses motrices, spasmes, tics, dyskynésies professionnelles, etc., qui ont fréquemment une signification [p. 471] psychique et s’accompagnent d’un état mental. Quoique des auteurs comme Williams en aient donné quelques études psycho analytiques, leur causalité est encore trop obscure pour qu’on puisse y démêler en détails le rôle du refoulement sexuel.

Nous ferons remarquer en terminant que, d’après Freud, l’étiologie dernière des névroses étant commune à toutes, les classements nosologiques par lesquels les auteurs classiques établissent des barrières entre les diverses maladies nerveuses perdent leur importance. Si bien que Bleuler croit à l’avenir d’une neuropsychiatrie, née des œuvres de Freud, qui étudiera les psychonévroses au point de vue purement dynamique et sexualiste, et qui les caractérisera mieux par leur signification psychoanalytique que par l’organisation théorique actuelle en syndromes.

III. Étude des psychoses. — L’application de la doctrine et de la méthode de Freud aux psychoses est récente. C’est une extension de la théorie première, qui, en raison du champ infiniment vaste d’exploration qu’elle a rencontré là, trouve tous les jours de multiples applications (Bleuler, Yung, l’école du Burgholzli). Partant de l’idée du refoulement affectif et de l’analogie du délire avec le rêve, les élèves de Freud veulent démontrer que les délires ne sont que des réalisations déformées de désirs, de tendances refoulées par le malade. L’aliéné ne délire pas en adoptant sans raison telle ou telle conviction, ou en imaginant de toutes pièces tel ou tel système d’absurdités : il ne saurait mettre dans sa folie que ce qu’il a déjà en lui-même ; il y développe ses propres tendances. La maladie mentale consiste non en ce que ces tendances se trouvent être antisociales ou absurdes, mais en ce qu’elles ne sont plus en harmonie avec la réalité, et en ce que l’aliéné a cessé de vivre dans le monde extérieur.

  1. a) Démence précoce. — C’est la démence précoce, théoriquement comprise au sens kraepelinien le plus large (48) et dont les élèves de Freud font la grande pourvoyeuse des asiles, qui fournit les plus beaux sujets d’observation. Il faut lire dans les travaux de l’école de Zurich, surtout dans le livre de Yung et dans le chapitre de l’ouvrage classique de Bleuler sur les schizophrénies qui traite des délires dans la démence précoce, les innombrables exemples qui illustrent la théorie du refoulement.

Le contenu sexuel et le symbolisme érotique sont constants et manifestes dans ces délires schizophréniques. Que veulent exprimer ces [p. 472] malades étranges qui répètent des incohérences, paraissent n’avoir aucune vie mentale, aucune personnalité, par suite aucun désir ni aucun but de pensée ? Les freudistes ont assemblé leurs absurdités, colligé et comparé leurs néologismes, rapproché leurs gestes sans finalité extérieure, et se sont aperçus, non sans étonnement, que derrière ces symptômes de dissociation psychique apparente, on pouvait rencontrer une signification de leurs faits et dires, la recherche d’un but à exprimer. Et ceci donne beaucoup à penser, surtout si on en rapproche ces constatations curieuses, rappelées de loin en loin par les observateurs de la science traditionnelle, que de vieux chroniques d’asiles, parfaitement méconnus toute leur existence, ont parfois recouvré toute leur lucidité au moment d’une fièvre, à la suite d’un choc violent, ou avant de mourir ? La vie psychique de tels malades n’est-elle pas une activité intense dissimulée sous des apparences démentielles, plutôt qu’une déficience réelle par altération anatomique de l’organe ? Quant à l’autointoxication, soupçonnée dans cette maladie, elle serait primitive (Bleuler, Freud) ou secondaire (Yung).

Bleuler et Yung ont trouvé chez tous ces malades des complexes très actifs, toutes manifestations de tendances antérieures refoulées. Leur origine est évidente quand l’hallucination ou l’idée délirante exprime clairement un désir (état onirique de la jeune fille qui vit en rêve un amour antérieur qu’elle réalise, devient enceinte de l’homme aimé, en a des enfants, etc.) (49). Ils sont la plupart du temps moins reconnaissables quand le symbolisme délirant déforme considérablement la signification réelle de l’affirmation instinctive. Le désir latent est quelquefois curieusement dissimulé et travesti : des fragments entiers de l’existence antérieure se condensent symboliquement sur une personne ou une situation, suivant des lois psychologiques familières au rêve, mais très difficiles à saisir pour un homme sain d’esprit et éveillé. L’avenir, le passé s’entremêlent, l’intensité des représentations et surtout la répartition du ton affectif varient et se déséquilibrent, le délire fait disparaître ou mourir les obstacles à la réalisation du désir, et fait de ces obstacles des choses menaçantes (genèse du complexe de persécution) (50). L’idée du rapport [p. 473] sexuel, extrêmement fréquente, est bizarrement transformée en idée de meurtre, d’agression, d’accident, d’incendie (complexe du coït). Les complexes érotiques, en général, abondent, plus ou moins dissimulés derrière des circonstances banales : les schizophrènes croient fréquemment leurs enfants morts, les identifient avec le mari ou la femme (complexes incestueux, complexe d’Œdipe) et réalisent, par exemple, par les idées touchant les enfants, tous les désirs familiaux refoulés (désir d’avoir ou de ne pas avoir de descendance, haines ou tendresses parentales, etc.). Le désir de mourir peut avoir une signification sexuelle, comme la religiosité (par sublimation), le mysticisme, etc. Certains actes, comme le vomissement, symbolisent le dégoût sexuel. L’importance des parties du corps (oreilles, dos, ventre, bouche surtout, etc.), comme des actes organiques (défécation, accouchement, naissance), s’explique par l’origine sexuelle de l’idée délirante avec transfert insensible — dont on peut souvent suivre les étapes successives — depuis les organes génitaux jusqu’à toutes les autres parties du corps. Le malade extériorise fréquemment ses organes. L’œil symbolise l’organe féminin ; le nez, l’organe masculin, etc. Le barbouillage fécal, le gâtisme, etc., symbolisent des actes sexuels, et l’on peut reconstituer en bien des cas, les complications psychogénétiques par lesquelles le sujet, parti d’un fait sexuel précis, en arrive à l’exprimer par une série d’idées symboliques méconnaissables (51).

Les actes délirants ou automatiques les plus incohérents en apparence, expriment un geste symbolique, quelquefois réduit à un de ses résidus praxiques par la longue chronicité de la maladie. Le symbolisme qu’on y retrouve par l’analyse est parfois tellement vague qu’il est réduit à un rapprochement de mots (52). Il existe souvent derrière des symptômes moteurs bizarres, actes inachevés, stéréotypés, stériles, appelés catatoniques, et leur donne une signification idéative facile à méconnaître (53). [p. 474]

Il n’est pas jusqu’à la glossolalie (54), la salade de mots, qui n’exprime aussi, comme les actes étranges de ces malades, une réalisation de désirs par des paroles et par les scènes imaginées (Wunscherfüllende Szenen). Non seulement les paroles et actes du schizophrène sont ainsi expliqués par la théorie freudique, mais encore, pour Yung, c’est dans les qualités et l’évolution de la psychogenèse délirante ainsi retrouvée qu’il faudrait chercher l’explication de l’évolution du trouble mental (55) : rémissions, marche oscillante ou continue, etc.

Cette étude de la signification psychoanalytique des délires schizophréniques a conduit les élèves de Freud à assimiler le délire de la démence précoce au rêve, par suite sa psychologie à celle du rêve. Les deux états présentent une structure psychogénétique identique, relèvent des mêmes mécanismes de déformation des représentations antérieures, associées symboliquement suivant les lois du transitivisme affectif, en vue de la réalisation de tendances refoulées. Les délires du dément précoce, plus encore que les délires toxiques, dont la signification symbolique est beaucoup plus imprécise, et les délires crépusculaires en général, sont psychologiquement des variétés de la psychose onirique (Traumhafter Wahn). On peut en conclure que le délire est un désintéressement de la vie réelle, une concentration spéciale de l’esprit sur une vie intérieure imaginative et non un abêtissement de l’intelligence. L’éclosion de la maladie n’est qu’une pénétration de l’inconscient dans le conscient ; les formes symptomatiques dépendent des réactions individuelles des malades contre cette nouvelle situation. Les altérations anatomiques qu’on a décrites, en psychiatrie traditionnelle, à la base de cette maladie mentale, seraient contingentes et seulement en rapport [p. 475] avec la suppression de la vie réelle, dont elles seraient la conséquence, non la condition. Les processus de guérison (Bertschinger) se font par la correction des idées délirantes, la désymbolisation et la circonvenue des complexes pathogènes. En résumé, le schizophrène est un rêveur qui paraît éveillé : la seule différence entre l’état de rêve et l’état de délire schizophrénique consiste en une plus forte scission de la personnalité chez le délirant, lequel semble communiquer davantage que l’homme endormi avec la réalité, mais au fond s’adonne plus intensément que lui à la contemplation de ses constellations délirantes, et fait de son occupation intérieure (autisme) sa vie habituelle.

  1. b) La paranoïa, que les élèves de Freud classent en dehors de la démence précoce, surtout quand ils étudient la forme de paranoïa simplex (délire d’interprétation), peut aussi bénéficier de la théorie freudique. Le symbolisme s’exerce ici sous forme de projection de sa sensibilité (projektion, de Ferenczi), c’est-à-dire d’élargissement de la personnalité sur l’entourage, ou mieux d’extériorisation (Maeder) du sentiment du sujet : le malade voit et juge la réalité extérieure à travers ses tendances personnelles, ce qui déforme sa critique et altère sa logique. C’est encore là un trouble de la répartition de l’affekt, effet de cette caractéristique générale du neuropsychopathe, la manie de déplacement, de report affectif (Ubertragungssucht), qui se produit en conséquence d’une surabondance congénitale d’affekt et d’un refoulement de tendances affectives; acte de défense insuffisant de la personnalité contre une exigence intérieure désagréable. Le malade cherche à faire cesser le conflit intérieur, non en se réfugiant dans la vie autistique, comme le schizophrène, mais en reportant sur d’autres personnes la tendance pénible, par suite en la déformant. La composante instinctive réprimée devient une tendance persécutrice ou un sentiment d’hostilité passive. L’hallucination, quand elle existe, n’est que la reproduction, particulièrement intense, d’une scène antérieure, souvent infantile, vécue, mais plus ou moins déformée symboliquement dans l’inconscient suivant les lois habituelles.

Comme pour tous les autres syndromes neuropsychopathiques, Freud avait d’abord retrouvé, à la base du délire paranoïen, des résidus d’aventures érotiques infantiles, agissant, un peu comme les traces affectives des obsédés, par le mécanisme du remords inconscient. Mais récemment il y a reconnu un refoulement de tendances sexuelles variées, particulièrement homosexuelles, et le fait a été confirmé par plusieurs de ses élèves (Ferenczi, Morichau-Beauchant) (55). La principale force de refoulement [p. 476] serait, en pareil cas, le dégoût, et le paranoïaque serait, en fin de compte, un autoaccusateur méconnu d’un genre spécial.

On pourrait expliquer de même la plupart des formes des délires systématiques ou monoidéiques dits essentiels ; elles ne diffèrent que par le procédé psychique adopté par le malade pour réaliser ses tendances instinctives : intuition imaginative (délire d’imagination), logique affective (délire interprétatif), perception symbolique subconsciente (délire hallucinatoire).

  1. c) La psychose maniaque-dépressive a, jusqu’à présent, moins tenté les psychoanalystes, peut-être à cause de son déterminisme évolutif apparent, dont on soupçonne la nature physiologique. Cependant, Maeder, Abraham, Jones, Gross, ont tenté de lui appliquer la théorie freudique. Ici encore, le contenu psychique de la maladie, fréquemment méconnu chez des malades qui se plaignent à tort de souffrir sans raison, est considérable, et se présente fréquemment comme de nature érotique. On a pu retrouver à la base d’accès maniaques ou mélancoliques des anomalies variées du développement sexuel, des tendances homosexuelles, des complexes parentaux, etc. (56). La question, néanmoins, paraît encore à l’étude, à propos de cette affection que les classiques ne caractérisent aujourd’hui que par des signes objectivement conçus.
  2. APPLICATION AU TRAITEMENT DES MALADIES : LA PSYCHOTHÉRAPEUTIQUE

Le traitement des psychonévroses, et, par extension, l’action modificatrice à exercer sur les anomalies psychiques dérivées du refoulement affectif, et dangereuses pour l’individu ou la société, est, ainsi que nous l’avons déjà dit, le but et la raison d’être même de la doctrine de Freud. C’est pour guérir l’hystérie, et, par suite, les maladies déterminées par les conséquences psychogénétiques des complexes, qu’elle a été imaginée et perfectionnée.

  1. La psychothérapie de Freud. — La psychothérapie de Freud ou psychothérapeutique analytique nous est donc connue dans son principe : mettre à la lumière de la conscience des tendances puissantes que le sujet éprouve tout en en ignorant l’origine, et qu’il ne peut ni connaître ni combattre en s’adressant à ses effets déformés, c’est rendre possible, sinon leur destruction, du moins leur utilisation favorable, et [p. 477] leur heureuse adaptation à la réalité. Qu’il nous suffise de dire que pour cette méthode, le seul fait de dénoncer au sujet les composantes instinctives qu’a découvertes une analyse plus ou moins laborieuse peut faire cesser le symptôme associé, ou en atténuer les effets, au moins quand la maladie ne désagrège pas très notablement la personnalité.

C’est le cas pour les névroses, l’hystérie notamment, qui est le triomphe de la méthode psychothérapeutique dérivée du procédé cathartique. Il y a même là un précieux moyen, pour l’opérateur, de se rendre compte qu’il a abouti, dans son exploration psychoanalytique, aux complexes pathogènes, lorsqu’il constate les effets d’amélioration progressive de la cure.

D’autres fois, on parvient à la tendance refoulée pathogène et l’on détermine même le bouleversement affectif caractéristique, mais l’effet curatif est retardé ou inhibé par certaines circonstances fâcheuses, tenant principalement à la constitution de l’individu, et qui se résument dans la difficulté qu’on éprouve, surtout chez les psychopathes — les paranoïaques notamment — à mobiliser la quantité d’affekt, à la canaliser ; il semble que celle-ci soit moins déplaçable que chez les autres sujets plus stable, pour des raisons dernières vraisemblablement organiques.

La psychothérapeutique ne s’applique pas à tout le monde avec la même facilité. Elle a même de multiples contre-indications qui en restreignent notablement l’emploi. Les cas les plus favorables sont les cas chroniques de psychonévroses, à symptômes peu tumultueux, insidieusement installés dans une mentalité qu’ils modifient mais ne bouleversent pas, d’ordre principalement somatique, et dont l’abolition n’est pas d’une urgence impérieuse (comme l’est par exemple l’anorexie hystérique grave). Dans les états de névrose aiguë, il faut attendre la période de tranquillité. Il faut enfin éviter de brusquer le malade, de lui demander de grands efforts, surtout lorsqu’on rencontre au premier plan du tableau clinique des signes d’épuisement nerveux. Certaines conditions d’ordre mental sont indispensables : c’est ainsi qu’on peut très faiblement agir dans les états plus ou moins épisodiques d’excitation générale, de dépression, de confusion, qui mettent une barrière entre le psychisme du patient et l’exploration du médecin. Il faut aussi, pour réussir, se trouver en face d’une mentalité suffisamment cultivée intellectuellement et éthiquement pour admettre l’enquête minutieuse qui caractérise la méthode. Des particularités natives du caractère peuvent constituer de graves obstacles. Enfin, on doit s’adresser à des personnes suffisamment jeunes, car des sujets ayant atteint cinquante ans ont trop acquis d’expérience psychique individuelle et trop fortifié, par suite, dans tel ou tel sens, favorable ou non, leur mentalité et leurs dispositions affectives, pour qu’on puisse avoir raison de leurs déviations instinctives.

Le traitement freudique est pénible pour l’opérateur, délicat, exige chez lui une spécialisation complète, et dure des mois, des années même parfois (jusqu’à trois ans). [p. 478]

Mais quand les conditions favorables sont réunies — ce qui arrive heureusement dans un très grand nombre de cas — la guérison complète, définitive, peut être espérée. Freud pourrait montrer de grandes quantités de névropathes radicalement guéris par sa méthode, ce qui est un résultat encore à espérer pour toutes les autres thérapeutiques.

Nous ne décrirons pas la technique de la méthode thérapeutique de Freud : c’est celle de la psychoanalyse elle-même. Pour arriver au but cherché, c’est-à-dire pour faire cesser les amnésies du développement affectif et des aventures qu’elles ont déterminées, pour annuler les tendances refoulées, ou encore pour rendre conscients les événement maintenus dans l’inconscient—ce sont là trois manières différentes d’exprimer le même acte de modification psychique — il n’est d’autres procédés que ceux indiqués plus haut : analyse des associations d’idées et de la psychogenèse, des rêves, des Fehlhandlungen, etc. Le médecin guérit en même temps qu’il explore, et n’a qu’à compléter par des explications prudentes les révélations qui s’offrent tout naturellement au sujet. Il n’y a aucun danger à l’éclairer sur lui-même, à condition de lui dévoiler ce qu’il peut ignorer avec le tact que son impressionnabilité, les lacunes de son éducation et les circonstances sociales exigent.

Le médecin joue pourtant dans la cure un rôle tout à fait actif. Mais ce n’est pas seulement parce qu’il préside à la psychoanalyse, qu’il en dirige le sens et qu’il aide le sujet à discuter avec lui-même ; nous verrons plus loin que c’est presque uniquement parce qu’il pénètre vraiment dans la personnalité même du malade et qu’il devient en quelque sorte, dans le conflit des puissances affectives du patient, partie prenante.

Cette intervention capitale du médecin n’a d’ailleurs nullement besoin d’être volontaire : elle est l’effet naturel et inconscient, de la part du sujet comme de l’opérateur, de leur contact intime réciproque dans l’exercice de la cure psychoanalytique. Quant à la conduite à tenir pour le psychothérapeute, elle se ramène à des conseils ou à des interdictions, destinés à aider à une meilleure utilisation de l’affekt du sujet dans l’avenir, à favoriser à la longue sa dérivation vers tel ou tel but, par suite à modifier l’attitude affective du malade envers la réalité. En cela, le médecin tend à imiter la nature, à la laisser agir, ou plutôt à adopter des procédés de rééducation affective de même ordre que les mécanismes spontanés en vertu desquels la maladie modifiait l’état du psychisme par un jeu naturel des complexes.

Ces procédés sont, en dernière analyse, les trois suivants, que le médecin adoptera, soit concurremment, soit en les appliquant en particulier, suivant les circonstances (intensité ou nature des refoulements, circonstances sociales) :

La condamnation (Verurtheilung), qui consiste à faire reconnaître et combattre par le sujet les tendances pathogènes refoulées, mises en [p.479] pleine lumière : comme celle-ci sont liées à des souvenirs infantiles et que le sujet est un adulte, ses puissances psychiques actuelles peuvent être suffisantes, avec l’aide du médecin, pour affronter le désir manifesté et le modifier, non dans sa nature même de tendance instinctive, mais dans son sens et son objet.

La sublimation (Sublimierung), moyen de prophylaxie ou de thérapeutique psychique préventive à l’occasion, qui consiste à donner au malade, en dérivatif à son besoin sexuel, suivant la loi de compensation affective (Uberlèistung) un but à remplir supérieur aux intérêts purement égoïstes de la sexualité. La signification sociale de ce but peut être variable : sport, travail intellectuel ou professionnel, intérêts nobles et légitimes comme celui de se créer un foyer, un rôle dans l’existence, occupations artistiques, littéraires, philanthropiques, religieuses, philosophiques, etc.

La pratique de la sexualité, la recherche de la satisfaction sexuelle normale et bien comprise, qui, quoiqu’un tel moyen de thérapeutique répugne un peu à nos mœurs et soit socialement difficile à appliquer, restera souvent le seul et véritable remède.

  1. Le report affectif. — C’est maintenant le lieu de reprendre la question à laquelle nous avons fait plus haut allusion, et d’insister sur le côté essentiellement affectif de la thérapeutique freudique. Il semblerait en effet, à la lecture des principes qui doivent dicter au médecin sa conduite vis-à-vis du malade, que la méthode de Freud dût s’adresser principalement à l’action de la dialectique. Il n’en est rien : celle-ci a sa place, sans doute, dans la psychothérapeutique analytique, mais son rôle est secondaire et beaucoup plus apparent qu’efficace. Nous avons déjà dit que l’exploration psychoanalytique, quand elle réussit, se faisait au milieu d’un accompagnement émotif intense, lequel augmente lorsque le médecin touche au complexe pathogène, et éclate dans son paroxysme au moment où celui-ci est mis à découvert.

Ceci nous amène à dire quelques mots du moment de la thérapeutique freudique que nous considérons comme caractéristique de la méthode : le phénomène affectif du Report (Ubertragung) ou Transfert.

Le report affectif sur la personne du médecin, ou rapport affectif (Morichau-Beauchant) de malade à médecin, n’est qu’un cas particulier de cette transitivité de l’affekt, ou déplacement affectif, qui se montre, pour Freud, dans la plupart des rapports sociaux, et que nous avons décrite à la base même de la psychologie dynamique et de la conception affective de la psychonévrose, considérée comme une manie de report affectif (Verschiebungssucht). Il a été bien étudié par Ferenczi et exposé clairement au public français par Morichau-Beauchant (57). L’Ubertragung [p. 480] n’est autre chose que l’attitude affective, déjà signalée par quelques auteurs, comme P. Janet, que prend le malade, à son insu d’ailleurs, vis-à-vis de la personne de son médecin, au moment de la cure psychothérapique. Elle prend naissance au début de la cure, quand celle-ci doit être favorable, d’autant plus facilement que le médecin est plus naturellement sympathique au malade (par exemple pour des raisons de rappel de souvenirs infantiles, souvent des plus insignifiants : ressemblances de traits, de gestes, particularités physiques, traits de caractère, etc.). Elle paraît être la condition même du succès. Elle est surtout manifeste au moment où l’analyse a touché les complexes actifs et tente de les mettre au grand jour.

Elle se traduit par une sorte de dégagement d’émotion dirigée vers le médecin, vers sa personne même, et celui-ci devient dès lors, jouant à partir de ce moment le rôle essentiel dans la canalisation des tendances refoulées, l’objet direct de la libido du malade, déplacée dans sa direction avant son écoulement définitif et libérateur. Pour employer le langage métaphorique de Freud et de Ferenczi, le médecin devient alors l’agent catalytique qui condense, en vertu de sa présence, toutes les sommes d’énergie nécessaires à la saturation des valences affectives insatistaites du malade, et qui préside ensuite à la réaction de la destruction bruyante des complexes.

Pratiquement, et pour parler d’une manière plus simple, ces manifestations affectives, caractéristiques du report, se traduisent par un état d’esprit des malades, fait de tendances, le plus souvent sympathiques (transfert positif) parfois antipathiques (transfert négatif), parfois enfin faites d’un mélange variable de sympathie et d’antipathie. Les sujets éprouvent pour leur médecin une admiration enthousiaste, un amour réel, et le lui manifestent par une série de démonstrations plus ou moins dissimulées mais auxquelles celui-ci ne se trompe pas, quand il a un peu l’habitude de la psychoanalyse; ils ne pensent qu’à lui, lui écrivent tendrement, se montrent jaloux à l’égard des autres malades, le voient en rêve, etc. Plus rarement, ils lui en veulent de leur en imposer, de connaître leurs sentiments intimes, lui montrent une défiance et une répulsion même, qui les fait quelquefois malheureusement abandonner brusquement le traitement commencé. Si l’on se rappelle l’extension caractéristique que Freud donne à sa conception de l’amour sexuel, on comprendra facilement que ce phénomène est, pour lui, une manifestation de la libido. Et cela, non seulement chez les amoureuses de leur médecin, bien connues de tous les médecins de nerveux, mais encore chez tous les malades soumis à la cure, même chez les hommes, ce qui s’explique par le réveil temporaire d’une composante homosexuelle, comme toujours d’ailleurs parfaitement méconnue du sujet, transférée sur l’opérateur. Il se produit là, en somme, [p. 481] par suite d’un effort de défense contre la névrose, lequel est le premier pas vers la guérison, un retour momentané du sujet à la vie sexuelle infantile (58).

On voit combien le médecin doit prêter attention aux effets du transfert sur son malade. Outre que celui-ci peut devenir dangereux ou importun, la conscience, chez un scrupuleux ou un émotif clairvoyant d’une telle attirance pour son médecin peut être une cause de trouble considérable ; c’est au psychoanalyste d’éclairer son client sur ses propres sentiments, de lui en expliquer, avec ménagement et doigté, la genèse naturelle, et de lui faire comprendre qu’il s’agit là d’un état simplement transitoire.

Ajoutons pour terminer que, pas plus dans l’Ubertragung que dans tous les autres moments de la psychoanalyse, Freud ne veut admettre que les choses s’expliquent par des manifestations de la suggestion. Il affirme, au contraire, que tous les faits de suggestion, comme tous les faits de psychothérapie, en général, s’expliquent eux-mêmes par l’Ubertragung, et par la libération plus ou moins incomplète et méconnue, des tendances refoulées. La psychothérapie freudique diffère de l’hypnotisme, pratiquement, en ce que le malade est parfaitement éveillé et conscient de lui-même. Théoriquement, elle diffère de la suggestion à l’état de veille, comme de toutes les autres méthodes, des méthodes dialectiques et de persuasion notamment, en ce qu’elle est infiniment plus pénétrante qu’elles.

Au lieu de créer une inhibition, forcément superficielle, puisque la suggestion ne repose sur aucune racine profonde de la personnalité, et qu’elle n’agit nullement sur la résistance, comme les procédés de rééducation logique, d’ailleurs, elle s’attaque directement aux tendances instinctives, originelles, source du mal; elle est une thérapeutique causale.

Nous n’insisterons pas davantage, pour éviter des redites, sur cette méthode de traitement des psychonévroses ; tout ce que nous avons dit de la psychologie et de la méthode de Freud ne saurait être qu’un aspect de sa psychothérapie. Dans le domaine de l’inconscient et des tendances refoulées, connaître, c’est guérir, et l’on peut dire que le système de Freud tout entier est avant tout un système de thérapeutique psychique.

ERRATUM

Lire dans la note parue dans l’Encéphale du 10 avril 1913, p. 365, au cours de la Revue générale sur « la Doctrine de Freud et de son école », par MM. Régis et Hesnard :

… hystérie traumatique. Dans sa toute récente étude de la théorie sexuelle des névroses, Ladame dit en parlant, il est vrai, non de Freud lui-même, mais de son école : « La démence précoce, la mélancolie, la folie maniaque-dépressive… toutes les affections fonctionnelles du système nerveux, en un mot, devraient être ramenées, en dernière analyse, à un traumatisme sexuel. » (L’Encéphale, 15 janvier 1913, p. 72.)

 

[p. 537]

LA DOCTRINE DE FREUD ET DE SON ÉCOLE

PAR LES DOCTEURS

  1. RÉGIS Professeur.

et

  1. HESNARD Assistant.
  2. Critique résumée de la doctrine de Freud

Si l’on parcourt les diverses opinions touchant la Théorie de Freud contenues dans la littérature médicale, on voit qu’elles sont très nombreuses et très diverses. Leur valeur est très inégale.

Une grande partie en est à rejeter a priori. Ce sont toutes celles qui font intervenir des considérations d’ordre sentimental : moral, éthique, religieux, etc. Celles-là sont toutes extrêmes. Ou bien elles présentent Freud comme un apôtre, méprisé ou méconnu, et émanent de disciples mystiques et enthousiastes, bien plus que d’élèves convaincus ; ou bien elles tendent à faire de lui un illuminé, un rêveur, voire même un esprit faux et dangereux, entraînant ses adeptes dans une sorte de contamination délirante collective, et émanent de moralistes émus dans leur ignorance systématique de la sexualité, de religieux outragés dans leurs principes ou de pédagogues effrayés d’une telle liberté d’opinions. — Et ce n’est pas un des côtés les moins curieux de la psychologie de l’école de Freud, que de constater avec quelle chaleur les uns et les autres soutiennent leur argumentation. On a dit, non sans raison peut-être, que le grand succès du système de Freud tenait aux magnifiques promesses thérapeutiques qu’il renferme. Il doit tenir encore bien plus, sans doute, à nos façons habituelles de concevoir le problème sexuel, lequel, par une anomalie remarquable de l’évolution scientifique, contient encore tant [p. 538] d’obscurités psychologiques, et, en quelque sorte, tout le mystère vers lequel tendent irrésistiblement les aspirations humaines (58).

Les attaques de ce genre, dirigées principalement par Hoche, Fœrster, K. Mendel, etc., ne nous retiendront pas. Nous estimons qu’elles ne doivent pas entrer en ligne de compte sur le terrain où nous nous plaçons, c’est-à-dire le terrain scientifique. Nous laisserons de même de côté toutes les critiques qui font appel à l’esprit plaisant, et tendent à tourner en ridicule les idées de Freud. La critique scientifique s’accommode mal de l’humour. On conçoit à ce sujet combien il doit être pénible à un grand esprit comme l’auteur de la Psychoanalyse de voir l’œuvre à laquelle il a consacré sa vie devenir l’objet de plaisanteries aussi faciles.

Nous nous bornerons donc à retenir les critiques conçues dans un esprit purement scientifique.

Les plus sérieuses ont été faites par Dubois (de Berne), Friedlander, Kostyleff, de Montet, Ladame ; et Bleuler a tenté d’y répondre ou de les prévenir fort habilement, dans un très intéressant travail de polémique (59).

La plupart de ces critiques s’adressent à des points particuliers du système de Freud. Quelques-unes envisagent certains des principes fondamentaux de cette doctrine, mais sans en dégager la vue générale d’ensemble qu’elle comporte. C’est ce qui rend leur objet ainsi que leur importance difficiles à saisir et à apprécier.

On pourra juger de leur très inégale valeur (60), quand nous aurons dit qu’on a successivement reproché à Freud : l’ampleur exagérée de sa doctrine, la transformation évolutive de ses idées, l’insuffisance des faits publiés, l’incompréhensibilité ou l’extensivité exagérée de sa terminologie, le vague de ses conceptions — de la Libido et de l’Inconscient particulièrement, — la difficulté énorme des applications pratiques, etc., etc. Les uns ont affirmé que, dans beaucoup de cas on ne pouvait arriver avec ses méthodes à aucune étiologie sexuelle, que chez certains malades même l’excitation érotique inassouvie était une stimulation nécessaire, et non une cause de maladie ; d’autres ont ajouté qu’il s’était laissé tromper par des mythomanes ou des scrupuleux de la sexualité, comme il y en a [p. 539] tant chez les névropathes. Certains, après quelques essais plus ou moins laborieux, ont renoncé à sa méthode. D’autres, enfin, comme Isserlin, se refusent même à l’essayer, parce qu’elle leur semble a priori impossible à admettre logiquement.

Nous comprendrons quelques-unes de ces objections dans notre bref résumé critique personnel, mais nous n’avons nullement l’intention de prendre position dans le débat pour ou contre Freud. Nous estimons qu’un système psychologique, quel qu’il soit, ne saurait être adopté ou rejeté comme une simple explication de faits morbides élémentaires et complètement observés. Nous nous en tiendrons, sans aucun parti pris, aux quelques remarques que peut suggérer la doctrine de Freud, envisagée plus spécialement au point de vue clinique et thérapeutique, à des critiques habitués à juger en neuropsychiatrie avec les idées de la science traditionnelle.

Parmi ces remarques, les unes ont trait à l’ensemble de l’œuvre, à son aspect général et synthétique. Les autres s’adressent en particulier aux idées ou principes directeurs de la méthode de Freud déduits des faits d’observation clinique, par conséquent susceptibles de contrôle et de vérification pratique.

  1. Critique du système

Nous nous sommes efforcés de rendre, par notre exposé, l’aspect essentiellement systématique de l’œuvre de Freud. A ce point de vue, elle n’est comparable à aucune autre œuvre médicale, et elle frappe par une allure philosophique tellement manifeste qu’on l’a, avec raison, rapprochée de certains systèmes de psychologie métaphysique. C’est dire qu’elle a du système les qualités et les défauts : qualités théoriques de clarté, de synthèse, d’harmonie, qui satisfont l’esprit du dilettante et le délassent des recherches partielles, des accumulations patientes de menus faits, lesquelles sont la monnaie courante des méthodes médicales ; défauts pratiques, qui se résument dans le caractère purement hypothétique de la théorie, complètement indémontrable, peut-être pour toujours.

La doctrine de Freud est également vraie ou fausse, entièrement satisfaisante ou entièrement inadmissible, suivant le point de vue auquel on se place — en dehors de toute conception scientifique — pour considérer la réalité, c’est-à-dire suivant qu’on a ou non la foi. C’est pourquoi il n’est guère possible de la critiquer, médicalement parlant, pas plus qu’il n’est possible de la vérifier expérimentalement, en l’absence d’unités pour en mesurer la portée. Elle est une théorie pure, une doctrine médico-philosophique.

Pour des critiques médecins, elle est surtout curieuse en ce qu’elle semble, par une sorte de retour au passé, se désinterésser de tous les progrès accumulés depuis de longues années en médecine mentale par [p. 540] l’histologie pathologique, la physiologie cérébrale, les méthodes psychiatriques objectives. Elle repose sur une conception purement psychologique des psychonévroses, et étudie les maladies de l’esprit à l’aide de procédés qui paraissent empruntés davantage à la littérature, à l’art et à la philosophie, qu’aux sciences médicales. Les idées et aspirations de l’école de Freud ne sont pas sans analogie avec celles que Stahl, Heinroth et l’école dite « psychologique allemande » proposaient, dans la première moitié du siècle dernier, aux médecins philosophes que hantait le problème métaphysique de la folie. La conception freudique du symptôme morbide, produit concret d’une mécanique mystérieuse de l’âme ; celle du manquement sexuel, origine de tous les maux, rappellent étrangement, dans leurs grandes lignes, les théories de ces derniers auteurs sur la folie considérée comme l’effet d’un conflit malheureux entre la moralité et la raison. Leur seule différence de principe paraît résider dans ce fait que les idées primordiales du système freudique, quoiqu’elles reposent sur des concepts encore mystiques, s’expriment sous une forme positive, c’est-à-dire à l’aide de termes scientifiques. La doctrine de Freud est, comme l’appelle Kraepelin dans le nouveau volume qui vient de paraître de sa Psychiatrie (8e édition), une sorte de Métapsychiatrie.

  1. Critiques des principes

Quant aux principales idées qui servent de charpente à l’édifice de la théorie, si on ne peut les déclarer fausses chacune en particulier — car elles sont en petit ce qu’est en grand la doctrine, c’est-à-dire une hypothèse psychologique — on peut, du moins, en apprécier la valeur relative, par comparaison avec les faits retenus ou confirmés par les méthodes classiques. Nous les exprimerons sous la forme des quatre principes suivants :

  1. Les symptômes de psychonévrose sont des manifestations travesties de tendances instinctives refoulées (Principe du refoulement). — Freud enseigne que l’adaptation de l’individu à la réalité, qui résume les conditions de l’équilibre mental, empêche à l’état normal la réalisation extérieure d’instincts, de tendances, de sentiments qui sommeillent chez tout homme ; que les névropathes et les aliénés, par certaines idées, dites pathologiques, expriment précisément ces instincts, tendances et sentiments, refoulés à la période de latence de la maladie. Mais c’est là une conception depuis longtemps admise (64) — plus ou moins implicitement — en psychiatrie. A Freud et à ses élèves revient le très réel mérite de l’avoir présentée comme une grande loi de la psychologie pathologique. [p. 542]

Sans doute, on ne délire et, d’une façon plus générale, on ne manifeste son trouble psychique, qu’avec des résidus de sa mentalité antérieure. Entre l’homme lucide et. le même homme délirant ou malade, « la nature ne fait pas de sauts ». Une psychonévrose, surprenant un individu jusqu’alors sain d’esprit, déterminera chez lui des symptômes tels (idées délirantes, hallucinations, obsessions, etc.) que, depuis le moment où il est encore lucide et normal jusqu’à celui où il le redevient, il n’y aura pas interruption complète, avec production de pensées quelconques sans lien les unes avec les autres, c’est-à-dire vibration discontinue et inharmonique de son être idéo-affectif. Il y aura enchaînement des idées et sentiments morbides—enchaînement plus ou moins facile à reconnaître pour l’observateur — assez comparable à celui qui maintient sans trêve le cours de la pensée normale, même à travers les rêves de la nuit. Or, cet enchaînement n’est autre chose que l’idéogénèse de Freud.

Cette idéogénèse est relativement facile à mettre en évidence dans l’histoire psychique d’un symptôme hystérique, d’une obsession, d’une idée fixe. Elle est encore reconnaissable dans celle d’une idée délirante chez un malade encore lucide et en qui les progrès de la maladie n’ont pas encore eu pour effet de produire cet état de dissociation des pensées en vertu duquel celles-ci s’écartent :de plus en plus, dans leur enchaînement respectif, de nos types normaux d’association. Elle est beaucoup plus ténue et fragile, partant moins reconnaissable, dans les états délirants toxiques, la confusion mentale, etc. Enfin, elle paraît, dans l’état actuel de l’exploration séméiologique, presque impossible à déceler dans les psychopathies organiques accompagnées de grosse déficience psychique. — Rien ne permet d’ailleurs d’affirmer que, dans ces dernières affections, elle n’existe pas, quoiqu’elle soit hors de la portée actuelle de nos moyens d’investigation psychique.

Or, Freud a étudié avec soin ce mécanisme psychogénétique. Il a mis en relief le symbolisme qui préside à son développement, l’a rapproché de celui du rêve normal. Il est remonté avec une patience tout à fait digne d’éloges, le long de cet enchaînement idéatif, plus loin que tout aune observateur. Admettons pour un instant qu’il ait échappé, la plupart du temps, aux innombrables causes d’erreur qui rendent très laborieuse la critique exigée par la nature même de la matière, subtile et [p. 541] inconnue, sur laquelle s’exerce son exploration. Il affirme être remonté, dans tous les cas, jusqu’à des tendances refoulées dans l’inconscient. Et il n’hésite pas alors, utilisant ses découvertes, à élaborer ce que personne n’avait jamais osé proposer avant lui : une pathogénie des psychonévroses.

Mais c’est ici que la question se pose. En procédant ainsi, même s’il a découvert les lois de la psychogénèse morbide, a-t-il découvert la cause de la maladie ? En d’autres termes, nous admettons, — et c’est là une façon judicieuse de s’exprimer — que nous refoulons des tendances; que ces tendances exercent une influence sur nos phénomènes psychiques et sur l’aspect clinique des symptômes. Mais ces tendances se confondent-elles avec nos symptômes dans une association de cause à effet ? En un mot, le psychonévropathe est-il malade pour avoir refoulé ses tendances ?

Nous ne le croyons pas, dans l’état actuel des recherches psychoanalytiques, et cela, parce que les faits innombrables d’observation que contiennent les matériaux de la science traditionnelle, infiniment plus importants, plus variés et plus certains que ceux de la psychoanalyse, nous démontrent chaque jour, en soulignant l’analogie des psychonévroses avec les maladies organiques du cerveau, qu’il faut chercher la causalité dernière des symptômes dans des conditions anatomophysiologiques. Et certaines des vues récentes de Freud, sur l’origine toxique et chimique dernière des psychonévroses, rapprochent de plus ? en plus ses conceptions de celle-là.

Les causes réelles, premières, des psychonévroses, sont, pour nous, les causes ordinaires des maladies. La pathologie mentale ne relève pas, à cet égard, de règles spéciales. Elle obéit à des lois générales. Elle provient de perturbations de l’organisme, anatomiques, fonctionnelles ou chimiques.

Le meilleur exemple que nous puissions donner ici est celui du délire onirique qui, en apparence, est celui auquel s’applique le mieux la doctrine de Freud, puisqu’il est fait d’un rêve, et que le rêve, pour Freud, est essentiellement un phénomène symbolique issu de la vie des complexes (63). Or, la cause vraie du délire onirique, c’est l’intoxication, interne ou externe, l’infection, en un mot, l’empoisonnement. Il y a là, prise sur le vif, relation directe de cause à effet, dans sa nature et son intensité. On peut même produire, dans ce domaine de la pathologie mentale, une maladie expérimentale, créer à volonté un délire. [p. 543]

L’hypothèse du refoulement, à la base de l’idéogénèse des psychonévroses, est séduisante, et explique beaucoup de choses. Mais elle ne donne pas les causes de la maladie ; un typhique peut délirer de telle façon, sous l’influence des toxines éberthiennes, que son onirisme prolonge, en un rêve vécu et pathologique, le rêve normal qu’il faisait la veille de son délire, jusqu’à son réveil définitif dans la vie normale après la maladie. On pourra alors reconstituer la structure symbolique de la psychose constituée par ce long rêve délirant. Mais ce symbolisme, derrière lequel nous pourrons retrouver telles ou telles tendances constitutionnelles, aura-t-il expliqué le délire typhique ? Plus simplement, un verre d’alcool suffit à nous faire réaliser, par des paroles ou des actes, quelques tendances refoulées à l’état d’abstinence. (Dans l’ivresse, on confie ses désirs vaniteux, son érotisme, etc.) Dira-t-on que la réalisation de telles ou telles tendances dans l’ivresse explique l’ébriété alcoolique ?

Si maintenant l’on veut faire la part de ce que peut expliquer l’hypothèse freudique du refoulement, on voit, que, jusqu’à présent tout au moins, elle n’explique nullement la forme clinique des maladies : qualités évolutives, caractères nosologiques, etc., c’est-à-dire les éléments primordiaux de la causalité des psychonévroses. Où est, en effet, dans le délire onirique dont nous parlions tout à l’heure, le rôle des complexes et du refoulement ? Pas dans la cause fondamentale première du délire, assurément, puisque nous la touchons du doigt. Ce rôle se borne à faire surgir telles ou telles idées, telles ou telles scènes, de préférence à d’autres. En un mot, le complexe refoulé et qui déborde ne produit pas le délire : il le colore, lui donne son aspect superficiel, son contenu. Encore faut-il remarquer ici combien ce rôle est relativement restreint, si l’on songe combien les délires toxiques sont, au fond, à peu près toujours semblables à eux-mêmes, malgré leur apparente diversité. Ils varient bien un peu d’un individu à l’autre, mais ils varient aussi et surtout suivant le toxique, suivant les poisons : les uns donnant de l’excitation, de la gaieté, des hallucinations agréables, les autres de la torpeur, de la somnolence, des hallucinations pénibles, terrifiantes, souvent les mêmes. Il faut donc admettre que le poison causal peut créer des complexes !

Nous savons bien que Freud ne range pas le délire des intoxications évidentes parmi les psychonévroses tributaires de sa théorie, peut-être parce qu’il a compris combien ici la mise en évidence d’une cause autre était facile et indéniable. Mais, nous l’avons dit, c’est au contraire une des psychoses auxquelles s’applique le mieux la théorie de la libération de l’automatisme, de la réalisation des tendances inconscientes. D’ailleurs l’objection peut être formulée pour bien d’autres maladies (64). [p. 544]

Mais si la cause réelle de la psychonévrose n’est pas dans l’explosion symbolique d’un complexe refoulé, en revanche, cela peut expliquer l’aspect subjectif, la couleur du délire, des obsessions, etc. Quant aux caractéristiques spécifiques de chaque psychonévrose, la doctrine de Freud ne les explique guère davantage que les grands caractères cliniques généraux des maladies. Comment différencier les névropathes d’après cette théorie ? Pourquoi, par exemple, de deux sujets qui refoulent les mêmes complexes, l’un restera-t-il normal et l’autre deviendra-t-il névropathe ? Parmi plusieurs malades, pourquoi l’un guérira-t-il très vite de son symptôme, l’autre jamais, un troisième à travers une série de rémissions ? Pourquoi l’un « convertit »-il, pourquoi l’autre « extériorise »-t-il, pourquoi celui-ci « substitue »-t-il tel ou tel complexe à tel autre, et pourquoi celui-là « compense »-t-il un complexe par une obsession ? C’est ce que Freud ne nous a pas encore dit, après avoir décrit tous ces mécanismes compliqués qui prétendent jeter quelque lumière sur les modes « de transitivité de l’affekt », et après avoir imaginé, à la place des conceptions classiques de la constitution morbide et de la prédisposition, les hypothèses — pas plus séduisantes dans leur apparente précision — de « plasticité affective originelle de l’organisme » (Korperliches Entgegenkommen) de « manque de fluidité de l’affekt », de « fixité et adhérence des complexes », etc., etc. [p. 545]

En résumé, la méthode révélatrice du refoulement, en admettant qu’à travers toutes les difficultés qu’elle a à surmonter, elle parvienne aux origines mêmes de l’enchaînement psychogénétique observé dans les psychonévroses, ne peut en aucune façon remplacer les résultats auxquels parviennent bien plus facilement les méthodes indispensables de la séméiologie et de l’observation clinique. Elle ne saurait rendre compte que d’un des éléments de la maladie, de son contenu psychique, de ses apparences subjectives : aspect intéressant, sans doute, du problème, mais dont la connaissance, si laborieuse et patiente qu’elle soit, ne saurait actuellement tenir toutes les magnifiques promesses faites par l’école de Freud.

Pour conclure en une comparaison familière aux élèves de Freud, la psychonévrose, obsession ou délire, est un roman — roman « à clef » le plus souvent, et d’une structure très compliquée — dont le neuropsychiatre est le critique. Il est sans doute intéressant d’expliquer un certain aspect de ce roman, qu’on pourrait appeler le contenu de l’œuvre (intrigue, caractère des héros, recherche de la clef des situations et des personnages, lieux de l’action, etc.) par la psychologie individuelle de son auteur. Mais si l’appréciation du critique ne va pas au delà, pour rendre un compte exact de l’importance objective du livre, des idées générales qu’il exprime, pour apprécier les qualités du style, sa valeur et son genre artistique, sa forme littéraire enfin, pourrons-nous considérer qu’il a rempli sa tâche ?

  1. Ces tendances pathogènes sont de nature sexuelle. (Principe du pansexualisme.) — C’est cet élément de la doctrine de Freud qui a été le plus vivement attaqué. Au fond, ce n’est peut être pas celui qui nous paraît le plus difficile à admettre : la discussion à laquelle ce principe a donné lieu repose surtout sur une question de terminologie.

L’avantage incontestable d’une telle théorie est d’attirer l’attention sur l’importance, véritablement méconnue, des troubles de la sexualité dans la genèse des psychonévroses. Il suffit, en effet, d’être prévenu pour les rencontrer à l’origine de quantité de ces maladies.

Mais ces troubles de la sexualité sont-ils nécessaires et suffisants pour créer de toutes pièces un des syndromes neuro-psychiatriques ? Freud l’a toujours affirmé, avant même d’avoir rencontré chez ses malades autre chose que des événements traumatiques d’ordre assez banal, comme ceux dont il faisait des causes morbides dans ses premières études sur l’obsession et l’hystérie. Et l’on voit très bien, en suivant l’évolution de ses idées, comment s’est développée et élargie progressivement dans son esprit l’hypothèse a priori de l’origine sexuelle des maladies. Il a dû successivement étendre sa conception de la libido jusqu’à en faire un instinct très général, confondu à l’origine avec l’instinct de conservation individuelle. Et voilà pourquoi il y a surtout là une querelle de mots : considérant la psychologie à travers le postulat de l’unité de l’instinct, [p.546]

Freud donne au mot « sexuel » un autre sens que celui de la science traditionnelle. Il appelle ainsi quelque chose de beaucoup plus vague et plus général, et il faut entendre par son expression pas très heureuse de libido un fait psychique aussi compréhensif, ou à peu près, que celui que nous entendons par : l’intérêt, le sentiment, la tendance ou l’instinct. C’est dire qu’il ne réserve nullement, ainsi qu’on l’avait fait avant lui, le terme de sexuel à cette qualité subjective, de tonalité particulière, que nous attachons exclusivement aux événements ou objets nous rappelant l’exercice des fonctions génitales.

Freud nous enseigne qu’il faut soupçonner et rechercher le sexuel partout, surtout là où il ne se manifeste pas tout d’abord, et où il doit être dissimulé. Mais il n’est pas toujours aussi dissimulé que nous l’affirme le psychologue viennois : il se découvre très souvent dès l’abord, même sous sa forme élémentaire, celle que tout le monde comprend être de nature génitale, et cela, sans qu’on ait besoin de recourir à une psychoanalyse très approfondie ; il suffit de poser quelques questions à la plupart des obsédés pour leur faire avouer des scrupules, des remords, du doute, de la honte touchant leur sexualité antérieure ou actuelle. La sexualité fait souvent le fond des préoccupations de ces malades ou, en tout cas, elle les teinte ou les influence d’une façon habituelle. Mais faut-il voir dans ce fait d’observation la preuve que le trouble de la sexualité est, chez eux, aussi essentiel que le croit Freud dans le déterminisme de leur névrose ? Nullement. Les obsédés choisissent instinctivement les choses de la sexualité pour motiver leurs insuffisances, parce que la sexualité, est, dans l’état actuel de nos civilisations, l’aspect le plus mystérieux de la personnalité humaine ; parce qu’elle représente la matière la plus propre à façonner les symboles de leurs incapacités d’agir et de penser comme les gens normaux, — absolument comme ils choisissent certaines questions sociales métaphysiques, et surtout religieuses pour exprimer la débilité constitutionnelle de leur mentalité. Qu’une vie normale et l’absence de manquements sexuels coexistent le plus souvent ; que les manquements sexuels soient la règle dans les névroses, cela est hors de doute. Mais que ceux-là soient la cause de celles-ci, c’est ce qu’il ne nous semble guère possible d’admettre. Nous pensons que si les troubles de la sexualité peuvent à eux seuls créer des symptômes, en général assez bénins, de psychonévrose, il faut les considérer, chez la plupart des malades, comme des effets, ou des aspects particuliers de modifications diffuses et générales du psychisme et de l’organisme tout entier.

D’ailleurs la théorie pansexualiste est composée d’éléments de valeur sensiblement inégale. La psychologie freudique du développement sexuel nous paraît très intéressante, surtout parce qu’elle a le grand mérite scientifique d’explorer un monde complètement ignoré — quoique certains de ses détails nous paraissent inspirés davantage par un désir [p. 547] a priori de l’auteur d’y retrouver les causes de la psychologie pathologique, que par un souci légitime de connaissance. La psychologie des perversions sexuelles nous semble très rationnelle, basée sur beaucoup de faits et peu de postulats, en un mot très ingénieuse et plus satisfaisante que plusieurs autres théories des anomalies de l’instinct érotique. Mais la théorie qui regarde la névrose comme l’aspect négatif du positif perversion, est entièrement hypothétique. On peut toujours retrouver chez tous les normaux des « composantes perverses » à l’état embryonnaire (et au sens freudique), en admettant encore qu’on ne prenne pas pour des tendances tous les faits psychiques, rencontrés chez les névropathes, qu’on confond si souvent avec des anomalies du sens génital (65). Mais, de là à admettre le pouvoir pathogène de ces tendances, il y a loin. En particulier, attribuer la même importance, d’une part, au trauma considérable que détermine chez certains sujets très impressionnables la mort d’un parent sur lequel ils avaient localisé toutes leurs aspirations sentimentales, et, de l’autre, à la surestimation infantile de telle ou telle zone de satisfaction onanistique, nous semble tout à fait artificiel.

En conséquence, on peut se demander si cette vaste unification, consacrée par le terme de « libido », peut être considérée comme légitime, et quel en est le véritable intérêt. Ne pourrait-on pas imaginer une psychologie, tout à fait analogue à celle de Freud dans ses conceptions psychodynamiques et dans ses applications à la théorie affective des névroses, psychologie dans laquelle l’énergie instinctive de l’affekt s’exprimerait par des modes variés — sens du réel, amour filial, tendresses parentales, etc., — qui ne seraient pas dénommés sexuels ? Il nous plaît de supposer possible une pathogénie affective des psychonévroses, empruntée à Freud, mais qui serait déduite d’une conception plus large et plus générale des tendances primordiales de l’homme.

  1. La méthode d’étude des psychonévroses doit consister dans la reconstitution de la psychogénèse affective du symptôme, au moyen de l’exploration des associations d’idées, des rêves, des faits de l’existence journalière (Pr..incipe de la psychoanalyse). — Le principe de l’exploration du contenu des maladies mentales par la reconstitution de la psychogénèse, nous paraît très juste, à condition de ne pas y voir un procédé essentiel, incompatible avec les procédés classiques : nous pensons que la psychoanalyse est une voie de recherches qu’on pourrait ajouter utilement à celles déjà employées en psychiatrie, mais une voie de recherches encore très imparfaite, et accessoire. Elle a d’ailleurs été appliquée depuis longtemps, et bien ‘avant les études de Freud, mais d’une façon imprécise et empirique. Elle consiste tout simplement en effet, dans son [p. 548] principe, à entrer dans l’expérience affective individuelle du malade en recherchant l’enchaînement idéogénétique qui remonte du symptôme vers le passé. C’est dire qu’on la met en pratique chaque fois qu’au cours de l’interrogatoire psychiatrique d’un malade, on tente de faire l’histoire psychologique d’un symptôme.

Sans doute, Freud en a singulièrement développé les techniques. Mais il les a, par ce seul fait, compliquées et élargies de telle façon que la méthode nous paraît encore bien imprécise et beaucoup trop hypothétique. Chacun des procédés de la psychoanalyse paraît passible de ce reproche, que des quantités de solutions doivent être possibles d’un même fait à examiner.

Il y a, en effet, plusieurs façons d’expliquer un rêve par la réalisation de désirs et de tendances refoulées, comme il doit y en avoir plusieurs de l’expliquer autrement : par exemple, par l’effet, dans le subconscient, d’autres phénomènes affectifs que le « désir » ; par la crainte, la vanité, ou par une émotion quelconque incomplètement manifestée à l’état de veille. Freud prend le terme de « désir » dans le sens, aussi vague que celui du terme « libido », d’intérêt, et c’est presque un lieu commun que de dire que notre pensée du rêve, comme d’ailleurs celle de la réalité, tend à satisfaire un intérêt (66). De plus, beaucoup de songes réalisent symboliquement des désirs insignifiants, des tendances manifestement non pathogènes : d’où difficulté énorme de distinguer le complexe normal du pathologique, chez un malade, et de se rendre compte si les désirs et tendances décelés sont vraiment les causes de la psychonévrose analysée.

De même, il paraît y avoir de multiples explications d’un lapsus, d’un mot réaction, d’un Fehlhandlung. Beaucoup d’entre eux ne paraissent pas avoir grand’chose à faire avec l’expression d’un désir inconscient : ce sont, par exemple, des résidus d’actes ou d’opérations psychiques, antérieures ou inachevées, de l’automatisme de pure mémoire, etc., etc.

Le symbolisme freudique est ingénieux et fort intéressant à étudier; mais il est parfois si étrangement complexe et se manifeste par des [p. 549] rapprochements si inattendus de faits hétéroclites (jeux de mots, analogies superficielles, symboles ex contrario, etc.), qu’il est permis de se demander comment une tendance, assez puissante pour agir gravement sur un organisme, peut être reliée au symptôme considéré par un lien aussi ténu et aussi fragile. On a quelque peine à imaginer qu’entre une contracture invétérée, et sa cause, un complexe énergique, détenu dans l’inconscient, s’interpose un intermédiaire nécessaire aussi inconsistant et aussi subtil qu’une série d’idées, d’images et de sentiments, associés au hasard de quelques calembours !

Il est alors permis de se demander si ce symbolisme n’existe pas plus souvent dans l’esprit de l’observateur que dans celui du sujet observé ; si certains prétendus complexes ne sont pas l’effet de forces psychiques encore totalement inconnues, ou de causes directement organiques, ainsi que Freud lui-même l’admet pour les délirés toxiques. De pareilles hypothèses nous satisfont, dans beaucoup de cas, davantage que la conception freudique d’un inconscient symboliste, à l’activité étrangement fantaisiste, tel que nous nous l’imaginons d’après certaines psychoanalyses de Freud et de ses élèves ; faisant mourir les gens qu’il n’aime pas, substituant tel sujet à tel autre, se livrant à des vengeances bizarres, coutumier de l’obscénité ou du jeu de mots, cet inconscient nous apparaît, non comme une activité diffuse et généralement dépourvue de personnalité, — tel que les classiques représentent l’automatisme subconscient, — mais comme un personnage d’une vie seconde, sorte de démon familier, bien précis dans sa silhouette et bien défini dans son caractère. Censure et Inconscient ne provoquent-ils pas, dans l’esprit du lecteur, des comparaisons avec des personnages mythologiques, ou, pour parler plus philosophiquement, avec des entités scolastiques, des facultés de l’âme ? On a dit, avec quelque raison, que la doctrine de Freud tenait plus du roman que de la théorie scientifique : ses conceptions symbolistes de l’esprit ne sont-elles pas en effet d’un artiste plutôt que d’un médecin ?

On a même comparé avec quelque raison, ainsi que vient de le faire le professeur Kraepelin, cet aspect de la théorie de Freud à une ingénieuse et intéressante fable critique, mettant en scène les instincts humains sous la forme symbolique d’individualités malfaisantes, contenues en dangereux parasites dans l’habitacle de l’inconscient.

La symbolique des rêves et des psychonévroses nous parait donc un essai extrêmement intéressant d’analyse psychologique, mais tellement menacé de causes d’erreur ! Même si l’on ne se laisse pas rebuter par les aspects d’incohérence que revêtent les détails de cet art symboliste, il faut faire un véritable acte de foi en l’interprétation de Freud pour le suivre au cours de certaines psychoanalyses (67). Rien absolument n’indique de [p. 550] façon précise que le psychoanalyste, quel qu’ait été son procédé, soit vraiment arrivé au complexe originel, au premier anneau de la chaine. Le choc émotif connu, ressenti par le sujet et le médecin, au moment où transparaît ce complexe, n’est pas un indice suffisant.

Parmi ces causes d’erreur dont nous venons de parler, les unes proviennent du sujet lui-même, qui peut s’autosuggestionner, même à son insu, s’orienter et orienter par erreur son médecin sur une autre piste, être à la fois sous la domination parallèle de plusieurs complexes actifs plus ou moins enchevêtrés, pécher par ignorance, par défaut d’attention, trouble mental, etc., etc. ?

Les autres, tout aussi nombreuses et tout aussi importantes, sont susceptibles d’émaner du médecin lui-même. Il est impossible, en effet, que le médecin ne mette pas du sien dans la psychoanalyse. On demande au sujet de rester neutre, impersonnel, mais l’opérateur, lui, ne l’est pas, ne peut pas l’être. Il intervient malgré lui, avec son esprit, ses tendances, ses sentiments, ses désirs, sa personnalité, en un mot, dans toutes les opérations successives de la psychoanalyse et, en particulier, dans la solution du problème cherché. Il fausse donc, quoi qu’il fasse, plus ou moins l’explication, la solution, qui, finalement, dépend tout autant de l’analyste que de l’analysé.

Il eût été intéressant, à ce point de vue, de soumettre un certain nombre de malades à des psychoanalystes différents et également habiles, et d’indiquer sincèrement les résultats obtenus par chacun d’eux. Il est permis de se demander si la solution eût été la même avec tous, et n’eût pas varié avec chacun, non seulement suivant son talent, mais aussi suivant ses tendances. En cherchant les complexes de son patient, le psychoanalyste doit se garder de ses propres complexes, et la question est de savoir sil pourra jamais s’en débarrasser.

En conséquence, il nous paraît prudent d’attendre encore de nombreuses recherches et de réserver bien des conclusions affirmées par l’école de Freud avant de proclamer le plein succès des tentatives de la psychoanalyse.

  1. La mise à la lumière de la conscience des tendances refoulées les fait disparaître et guérit le malade (principe de la psychothérapie [p. 551] analytique). — Il nous faut admettre, puisque Freud nous l’affirme, que la psychoanalyse a guéri complètement, entre les mains du maître de Vienne, beaucoup de névropathes. Mais rien ne prouve que ceux-ci aient été guéris par Ubertragung et par libération des tendances réprimées. Nous ignorons encore tout, ou à peu près, non seulement des faits psychothérapiques que résume le mot de suggestion, mais encore, et d’une façon plus générale, des puissances psychiques qui interviennent dans les rapports de malade à médecin. Nous pouvons simplement dire qu’il y a, dans la thérapeutique psychoanalytique de Freud, dégagement intense d’émotion, et que cette méthode parait agir autrement que par la pure dialectique. Mais nous avons peine à croire qu’on puisse ainsi, à son gré, détruire, dévier ou employer de façon utile, des instincts accumulés en vertu d’une prédisposition impossible à nier, cette prédisposition fût-elle un simple effet des anomalies acquises au cours du développement affectif.

Au point de vue théorique, l’idée de Freud nous paraît difficilemeht conciliable avec les tendances actuelles de la psychophysiologie et de la psychiatrie, qui restreignent déplus en plus, non seulement, comme les conceptions de Freud lui-même, le domaine de la personnalité consciente, mais encore, et surtout, le pouvoir de cette personnalité sur les forces inconnues et puissantes, complications plus ou moins hautes du réflexe,, qui président, du fond même de l’être, au déterminisme des fonctions volontaires de l’adulte.

Au point de vue pratique, c’est peut-être là la donnée de la doctrine freudique au sujet de laquelle le médecin peut faire les objections les plus sérieuses. Car, en somme, le but essentiel, pratique de cette doctrine, dont nous avons dit plus haut qu’elle restait une théorie médicale par son objet même, c’est le traitement, la cure de la maladie.

En premier lieu, il est douteux que la mise à la conscience des tendances refoulées génératrices de la psychonévrose suffise à guérir celle-ci. Il ne suffit pas de découvrir la cause morale d’une névrose ou d’un délire pour voir disparaître cette cause. Elle peut être des plus tenaces, et résister à tous les efforts. Nous voyons cela tous les jours en pathologie mentale et nerveuse. La « condamnation » et la « sublimation » de Freud sont des choses très jolies en théorie ; en pratique, beaucoup moins.

En second lieu, cette mise à la conscience des complexes est-elle bien utile ? Est-ce bien elle qui, dans la cure psychoanalytique, amène la guérison ou, tout simplement et pour la plus large part, la docilité affective du malade vis-à-vis de son médecin ?

Cette docilité affective, très fréquente bien que non constante, n’est niée par personne et Freud lui-même y voit, avec Morichau-Beauchant, une manifestation du transfert de l’affekt, de la sexualité. Il est bien possible qu’il entre une part d’érotisme, plus ou moins instinctif et inconscient, dans cet attachement spécial des névropathes à leur médecin qui [p. 552] nécessite souvent, de la part de celui-ci, une grande prudence et une grande réserve, la passion d’abord, la haine ensuite, pouvant en fin de ,compte s’en mêler.

Toujours est-il que la seule influence du thérapeute suffit, dans ces cas, pour agir favorablement sur la malade, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la psychoanalyse et à la recherche des complexes pathogènes, ensevelis dans l’inconscient. Les neurologistes obtiennent tous les jours des guérisons de ce genre.

En dernier lieu, si le procédé thérapeutique de Freud n’est pas toujours efficace et utile, nous pensons qu’il peut même être nuisible, chez certains malades, et aller à l’encontre du but poursuivi.

Il est une règle formelle en neuro-psychiatrie. C’est que, dans certaines maladies, tout au moins, sinon dans toutes, il faut parler le moins possible au sujet de ses idées fixes, de son délire. Il en est ainsi surtout dans les obsessions. Une fois le malade interrogé et connu, il importe de ne pas revenir constamment sur ses idées obsédantes. Il ne demanderait, lui, qu’à en parler, à les détailler, à les discuter. Seuls, les médecins ayant des vues théoriques sur les obsédés peuvent se laisser aller à les suivre sur ce terrain. Or, causer avec eux de leurs idées obsédantes, y revenir sans cesse pour les discuter, les raisonner, c’est enfoncer plus profondément ces idées dans l’esprit. L’un de nous l’a dit depuis longtemps. Or, la psychoanalyse ne fait pas autre chose ou à peu près. En décomposant pièce par pièce la mécanique psychique du sujet, en l’interrogeant, en le soumettant à de nombreuses et très longues séances d’observation psychique, elle le remue, elle l’agite, elle le trouble. — Si encore elle procédait, dans ces recherches, à 1 insu du malade : mais celui-ci sait ce dont il s’agit; il sait qu’on cherche, à travers le fouillis de ses associations d’idées, les complexes pathogènes; la plupart du temps, il partage les émotions du chercheur, son ennui s’il ne trouve pas, sa joie lorsqu’il a trouvé ; ou bien il laisse voir l’impression pénible que lui cause cette impitoyable exploration. — Bref, alors que notre principe médical vis-à-vis des obsédés, comme vis-à-vis des neurasthéniques, est celui-ci : « Pas d’auto-analyse ! Ne vous intériorisez pas, extériorisez-vous!! », la méthode de Freud dit à ses malades : « Analysez-vous, fouillez-vous, intériorisez-vous », ou plutôt : « Nous allons ensemble vous analyser, vous fouiller, étudier à fond et jusque dans les replis les plus cachés, votre intérieur psychique. »

Il est possible que la méthode de Freud donne chez certains sujets de beaux résultats. Nous sommes portés à penser qu’elle peut, chez d’autres, en donner de mauvais. Nous souhaitons que les psychoanalystes appportent tous leurs soins à préciser les multiples contre-indications à leur méthode que le danger inhérent à celle-ci nous paraît devoir exiger. A notre avis, il y a là un écueil auquel il faudrait sérieusement songer. On a dit, à tort ou à raison, d’une certaine école neurologique, qu’elle a [p. 553] pratiqué la culture de l’hystérie. Il ne faudrait pas qu’on puisse dire, de l’école psychologique de Freud, qu’elle risque de pratiquer la culture de l’obsession et de l’idée fixe.

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*    *

La doctrine de Freud nous apparaît comme séduisante, mais extrêmement hypothétique, surtout parce qu’elle est un système médicophilosophique, et parce qu’elle associe une énorme quantité de faits insuffisamment ou pas du tout contrôlés.

Mais il ne s’ensuit pas pour cela, à notre avis, qu’il faille la méconnaître ou la condamner. Nous pensons, au contraire, qu’il y aurait grand intérêt, pour la science classique, à l’accueillir et à en favoriser l’étude, à condition de la comprendre comme elle doit l’être, comme une théorie partielle et provisoire, et avec certaines restrictions : par exemple, en insistant sur les applications de son intéressante psychologie affective, sorte de mécanique de l’esprit, et en laissant de côté ce que les hypothèses pansexualistes et la conception symboliste de l’inconscient peuvent avoir de mystique et d’exagéré.

Nous avons de bonnes raisons pour juger ainsi favorablement la doctrine de Freud : Elle est née de la science traditionnelle et de la psychopathologie française — et porte les traces de cette origine (68). — Elle [p. 554] explique de façon satisfaisante le contenu de beaucoup de psychonévroses, et nous paraît, à ce titre, appelée à un bel avenir, dans le domaine de la psychiatrie notamment. Elle nous fait entrevoir la fréquence et l’importance, vraiment méconnues, des conflits sexuels à la base des maladies nerveuses et mentales. Elle nous fait connaître l’aspect subjectif des psychonévroses, aspect dangereux à explorer à cause des innombrables causes d’erreur, mais nécessaire à connaître. Elle s’oppose hardiment aux théories extrêmes et simplistes de la dégénérescence, en attribuant la première importance étiologique aux événements du développement instinctif individuel. Elle nous rappelle que les maladies mentales ont fréquemment une base affective ; que, plus souvent peut-être qu’on ne se l’imagine, le névropathe est un affectif insatisfait et insoupçonné, que l’aliéné est parfois un rêveur détourné et désintéressé de la réalité, et qu’il pourra peut-être bénéficier dans l’avenir d’une psychothérapie, qui reste tout entière à trouver, mais dans laquelle espèrent trop peu de médecins.

Non seulement le freudisme n’est pas absolument incompatible avec les doctrines classiques, mais encore — et cela devient chaque jour plus manifeste au fur et à mesure que Freud précise ses conceptions de la constitution neuropsychopathique et ses idées sur l’origine-auto-toxique et chimique dernière des psychonévroses, elle paraît devoir s’y ajouter avec avantage, dans le chapitre de la nature affective des psychoses et de la signification des délires.

Car la psychiatrie est une science de synthèses. Elle doit réunir, dans un éclectisme très large, les méthodes les plus diverses et les théories les plus dissemblables de principes, aussi étranges qu’elles puissent paraître tout d’abord : objectives et subjectives, anatomiques et physiologiques, qui s’y rejoindront dans l’avenir et s’y compléteront harmonieusement. Il faut donc actuellement pardonner au système de Freud de n’être bâti [p. 555] que sur de hardies hypothèses, à condition de n’y voir — et c’est là un hommage bien plus qu’un reproche — qu’un essai de pathogénie des psychonévroses.

 

Notes

(1) On pourra consulter avec profit le résumé de la doctrine de Freud, en allemand, par HITSCHMANN (Die Neurosenlehre Freud’s, Vienne et Leipzig, Deuticke, 1911), très clair et facile à comprendre, mais qui ne donne nullement l’idée de l’aspect systématique de l’œuvre.

(2) Les traductions, en nombre considérable, que nous avons dû faire des travaux de Freud et de ses élèves, sont dues à notre éminent parent, ami et collaborateur, M. O. Hesnard, agrégé de l’Université, professeur au lycée Charlemagne, auquel nous adressons l’expression de notre très vive gratitude.

(3) Lire : les Cinq Conférences sur la psychoanalyse qui résument assez clairement la méthode; le s Trois Dissertations sur la théorie sexuelle; et surtout la Traumdeutung (l’analyse des rêves), dont les derniers chapitres contiennent les principes généraux de la psychologie ‘freudique actuelle (Deuticke, éd., Vienne et Leipzig).

(4) On trouvera la liste des principaux travaux de l’école de Freud à notre Bibliographie. — Les plus importants paraissent dans une série d’éditions spéciales, chez Deuticke, à Vienne et à Leipzig (Schrifte71 :rur angenandten seelenkunde, herausgeguben von pr S. Freud). — Trois périodiques, fondés par Freud, publient périodiquement la plupart des matériaux cliniques nouveaux ou des plus récentes applications : Jahrbuch für psychoanalytischeund psxchopathologische Forschungen (Bleuler, Freud, Yung), Deuticke, ed.. — Centralblatt fiir Psychoanalyse. — Imago. Zeitschrift fur A llwelldzmg der Psychoanalyse auf die Geisteswissenschaften (Rank et Sachs). Heller, éd.— Un congrès annuel centralise d’importantes études psychoanalytiques.

(5) BLEULER. Les Démences précoces, ou groupe des schizophrénies. Traité d’Aschaffenburg. Deuticke, Vienne, 1912.

(6) MORICHAU-BEAUCHANT (professeur à l’Ecole de médecine de Poitiers). — Le rapport affectif dans la cure des psychonévroses (Gar. deshôp., i5 nov. 1911). — L’instinct sexuel avant la puberté (J. méd. fr., i5 sept. 1912). — Les troubles de l’instinct sexuel chez les épileptiques (J. méd. fr., i5 avril 1912).

(6) KOSTYLEFF. Cf. principalement : Freud et le traitement moral des névroses (J. de psycho norme et pathol., mars-avril et mai-juin 1911).

(7) De MONTET. Sur l’état actuel de la psychoanalyse, Rapport à la VIle réunion de la Soc. suisse de neurologie, Lausanne, 4, 5 mai 1912. — (Arch. de- neur., sept. et oct. 1912).

(8) P. LADAME. La sexualité dans les névroses. (L’Encéphale, janvier et février 1913.)

(9) RÉGIS. Pécis de psychiatrie. 5e édition, igi3, p. 38.

(10) Nous adressons nos plus cordiaux remerciements aux docteurs Morichau-Beauchant et Maeder, qui nous ont facilité la tâche par leurs précieuses indications bibliographiques.

(11) BREUER et FREUD. Etudes sur l’hystérie. Ire et 2″ édit., Deuticke. Vienne.

(12) BLEULER. La Psycho-analyse de Freud. (Denticke, 1911).

(13) Il faut faire remarquer ici que la théorie du refoulement a été étendue par Freud à tous les complexes, et nullement restreinte aux souvenirs des traumas affectifs, dont il faisait, au début de ses études, les causes principales des psychonévroses (d’après la formule : « Les hystériques souffrent de réminiscences. ») On a pensé et écrit même à plusieurs reprises en France, tout à fait à tort par conséquent, que la doctrine des psychonévroses de Freud n’était qu’un élargissement de la théorie de l’hystérie traumatique. Dans sa toute récente étude de la théorie sexuelle des névroses, même, Ladame paraît vouloir consacrer cette erreur, qui enlève à la doctrine de Freud toute sa portée, en écrivant : « La démence précoce, la mélancolie, la folie maniaque-dépressive… toutes les affections fonctionnelles du système nerveux, en un mot, devraient [p. 366] être ramenées (pour Freud), en dernière analyse, à un traumatisme sexuel. » (L’Encéphale, 15 janvier 1913, p. 72).

(14) Pour MOLL (La Vie sexuelle de l’enfant, 1909), l’instinct sexuel se décomposerait primitivement en instinct de détumescence (décongestionnement des organes érogènes) et instinct de contractation (mise en contact d’un objet avec la peau). Freud fait remarquer que cette analyse s’applique surtout à l’instinct adulte.

(15) Cf. LIDNER. Ann. méd. infant., N.-F.-14, 1879 (Autriche-Hongrie).

(16) Freud pense que lorsqu’il y a renforcement (pour des causes occasionnelles [p. 369] ou constitutionnelles) de l’importance érogène des lèvres, l’enfant devient plus tard un gourmet du baiser (Küssfeinchmecker), et, si c’est un homme, un fervent du tabac et de la boisson. Le refoulement hystérique produirait chez un sujet de ce genre l’anorexie, par dégoût, ainsi que le vomissement, le pharyngospasme tenace, etc. Bel exemple du rôle que joue, pour Freud, la qualité de l’anomalie du développement sexuel infantile dans le contenu du tableau clinique ultérieur.

(17) Ce serait là une des principales sources de la constipation des adultes nerveux. L’importance donnée par les futurs névropathes à la zone érogène ano-rectale se ferait plus tard apprécier par les tendances scatologiques si fréouentes chez les neuropsychopathes .

(18) L’importance attribuée par certains enfants à la zone urinaire expliquerait l’incontinence nocturne d’urine, qui, lorsqu’elle n’est pas comitiale, équivaut à une masturbation ou à une pollution, surtout chez les filles. Chez beaucoup de femmes adultes, même normales, les sensations voluptueuses s’accompagnent d’ailleurs de miction.

(19) La satisfaction passive serait plus tardive et exigerait un commencement de refoulement par la pudeur.

(2) Le refoulement de ces impressions mécaniques déterminerait chez les adultes névropathes les phobies du déplacement, par exemple, celle du chemin de fer. Certaines névroses traumatiques sont causées par la coïncidence de la terreur et de l’ébranlement mécanique, lequel réveille ces traces affectives infantiles. Dans le plaisir de la lutte chez l’enfant, on peut parfois reconnaître les premières formes de l’instinct sadique.
Les phobies de la marche, du déplacement dans l’espace, etc., ont leur source dans le plaisir infantile du mouvement, refoulé. Quant au sport, on peut dire, suivant la formule de Freud, qu’il refoule l’affirmation sexuelle sur une de ses composantes autoérotiques.

(21) L’ébranlement génital, causé chez l’enfant par des événements impressionnants, donne chez l’adulte le goût du drame et du feuilleton, si fréquent chez les névropathes.

(22) Ses effets de nature génitale expliqueraient le soi-disant surmenage scolaire infantile.

(23) C’est là l’origine de tous les complexes d’inceste psychique, qui jouent un rôle des plus importants (particulièrement le complexe de l’amour du fils pour la mère avec jalousie à l’égard du père « Oedipus-complex » dans le contenu de la psychonévrose, comme dans la fixation des goûts et caractères de l’adulte normal, surtout chez celui dont la sensibilité aux attaches affectives de l’enfance subsiste plus ou moins intense.

(24) « Quand tu parles, il fait clair », disait un petit enfant atteint de terreurs nocturnes, à sa tante qui l’élevait (Freud).

(25) Ex. : le goût fréquent des tout jeunes gens pour la femme mûre (image de la mère), au moment du premier amour; la préférence de la toute jeune fille pour l’homme âgé et respectable (image du père). Bleuler a ainsi retrouvé chez lui-même, dans plusieurs de ses déterminations affectives, certaines manifestations de l’Oedipus complex.

(26) Le principal argument de Freud à ce sujet est que l’ablation ou l’inexistence des glandes sexuelles n’abolit pas du tout la libido et ses manifestations psychiques, mais l’atténue seulement et la transforme surtout.

(27) Pour le fétichisme du pied, par exemple, on en retouverait fréquemment l’ébauche dans les goûts sexuels de beaucoup d’adultes normaux. Dans les imaginations sexuelles des petits garçons, le pied est souvent pris comme symbole de l’organe sexuel féminin, dans lequel il remplacerait le pénis.

Le rôle du souvenir d’enfance dans le choix du fétiche a déjà été signalé (Binet). La fréquence du pied s’explique, pour Freud, par son analogie, dans l’esprit de beaucoup de gens, avec les organes génitaux (organe odorant et caché, excitant pour le perverti, refoulé par le dégoût sexuel chez le névropathe et le normal).

Exemples de fétichisme normal : l’importance des lettres, cheveux, souvenirs de l’aimée, le fichu de Marguerite réclamé par Faust à Méphisto, la jarretière des contes populaires, etc., etc.

(28) KOSTYLEFF (loc. cit.) appelle la méthode de Freud « objective », car elle tend à traiter les faits psychiques comme des réflexes. Elle renferme, en effet, à ce point de vue, et comme toutes les méthodes scientifiques, un élément de signification objective, lequel se traduit dans son but même, l’étude positive des faits psychiques. Mais elle est subjective, dans la plupart de ses moyens, par rapport à toutes les autres méthodes d’exploration médicale et psychiatrique.

(29) Exemple d’enchainement psychogénétique : Une jeune fille éprouve continuellement l’idée pénible qu’elle fait mourir les gens auprès desquels elle vit (obsession scrupuleuse). Genèse psychoanalytique de cette idée : cette idée s’est peu à peu développée chez la malade depuis la mort récente de sa mère,. dont elle a commencé par s’accuser. Au moment de ce malheur, elle avait une cystite douloureuse, qui exigeait des soins tels qu’elle dut négliger de soigner sa vieille mère infirme. Cette cystite avait été provoquée par la malade ellemême, dans le but de se guérir d’une incontinence d’urine phobique. La phobie de l’urination spontanée était due, non à une peur d’uriner, mais à une peur de céder aux exigences amoureuses d’un homme. Cette peur lui était venue un jour qu’ayant remarqué, en public, la ressemblance d’un étranger avec un parent, qui lui plaisait, elle avait eu pour cet homme un désir vénérien subit (avec sentiment d’envie d’uriner, comme cela est fréquent chez les femmes), suivi de dégoût d’elle-même. Enfin, ce premier trauma affectif était dû, avec toutes ses conséquences, à un plaisir génital de toute son enfance (miction volontaire au lit après rétention prolongée volontaire des urines). La malade, qui manifestait, d’ailleurs, un très vif dégoût pour tout ce qui touchait aux fonctions de miction, avait fortement refoulé cette tendance autoérotique, première racine de sa névrose.

(30) La malade souffrait, par exemple, de troubles oculaires (macropsie, strabisme), car elle avait dû, au chevet de son père gravement malade, comprimer son émotion et faire effort pour lire l’heure à travers ses larmes. Une autre, affligée d’un tic respiratoire bruyant et involontaire, raconta qu’au milieu de circonstances émotionnantes (pendant le sommeil d’un enfant gravement atteint et au moment d’un orage effrayant les chevaux de sa voiture), elle avait dû se retenir très fortement pour ne pas manifester son chagrin et sa terreur.

(31) Exemple, très résumé, d’une psychoanalyse du rêve normal, de Freud lui-même (rêve de l’injection d’Irma).
SOUVENIRS DU RÊVE (y compris ceux donnés par l’exégèse autoanalytique des associations). — Freud voit chez lui une de ses vieilles clientes, Irma. Il la mène près de la fenêtre (dans la position dans laquelle il a vu un jour son collègue le docteur M… examiner la gorge d’une amie d’Irma, qu’il estime beaucoup plus que sa cliente pour son esprit) et lui dit : « Si vous souffrez encore, c’est de votre faute. » En lui examinant le larynx, dont elle se plaint, il découvre des croûtes en iorme de cornets du nez (réminiscence des travaux d’un éminent rhinologiste, ami cher de Freud). Il appelle le docteur M…, qui accourt, tandis qu’apparaissent deux autres de ses amis, Otto et Léopold, médecins et [p. 449] concurrents. Ce dernier percute la malade, trouve de la matité à la base gauche. Le docteur M… dit en manière de consolation: « C’est une infection, mais ça ne fait rien. Il va venir de la dysenterie qui éliminera le poison ». (Réminiscence d’une anecdote plaisante racontée à Freud par le docteur M… sur un médecin ignorant). On sait alors que le mal vient d’Otto, qui a donné à Irma une injection de propyl… (odeur d’une liqueur exécrable récemment offerte en cadeau par Otto à Freud)… de trimethylamine (souvenir lié à certaines idées extrêmement intéressantes pour Freud d’un de ses plus éminents collègues sur les principes d’une chimie des produits sexuels), avec une seringue sale (souvenir lié à celui .d’une vieille cliente de Freud, dont celui-ci a rencontré le fils la veille, et à laquelle il a fait des injections depuis deux années sans aucun accident imputable à la malpropreté).

RENSEIGNEMENTS COMPLÉMENTAIRES. — Freud avait, il y a quelque temps, abandonné la cure d’Irma, car elle se refusait à continuer le traitement qu’il lui avait proposé, et lui reprochait de ne pouvoir la guérir autrement. — La veille au soir, Freud avait eu par Otto, lequel avait soigné Irma dans l’intervalle, des nouvelles de son ancienne cliente, et avait été désagréablement impressionné par les paroles de son ami, dans lesquelles il avait perçu un. reproche sous-entendu : « Elle va mieux, mais pas tout à fait bien ». — Le docteur M… ne partage pas l’opinion de Freud touchant la maladie d’Irma, ce qui, étant donné l’autorité de ce médecin ancien dans le cercle de ses relations, lui est désagréable. — Freud a connu Léopold lorsque celui-ci était le collègue d’Otto à la clinique des enfants ; il le considérait comme ayant une plus grande valeur professionnelle que son camarade.

INTERPRÉTATION DU RÊVE. — Ce rêve est un plaidoyer, inspiré par la conscience professionnelle. Il est une réalisation du désir de se montrer soucieux de la santé de ses malades, et Freud s’y justifie d’accusations implicitement portées contre lui à propos de la santé d’Irma :
1° Vis-à-vis d’Otto : Il dégage sa responsabilité en attribuant la maladie d’Irma à des causes organiques ne relevant plus de son rôle de spécialiste. Il se venge d’Otto en donnant, dans ce concours de médecins, le rôle le plus favorable à son rival plus sérieux et en lui faisant accomplir la faute professionnelle de l’injection pratiquée avec une seringue sale — et par la même occasion il se venge de son cadeau de liqueur à odeur désagréable.

2° Vis-à-vis de sa malade indocile, en substituant à la personne d’Irma,. dans la scène du rêve, celle d’une de ses amies plus intelligente.

3° Vis-à-vis du docteur M…, en lui faisant porter un diagnostic et un pronostic burlesques et en lui faisant ainsi affirmer son incompétence touchant la maladie d’Irma.

(32) Exemples de symboles érotiques communément observés dans les rêves : Empereur, impératrice, roi, reine, etc. = parents. Tiges, cannes, troncs d’arbre, serpents = membre viril. Boîtes, armoires, vases, chambres, tout ce qui contient = organe sexuel féminin. Tables, planches == corps féminin (ex contrario). Pays natal = sein de la mère. Enfants — organes génitaux. Suite de chambres = lupanar, harem. Machines, appareils = organes génitaux.
Significations symboliques de quelques rêves typiques : Tomber dans l’eau = rêve de naissance (ex contrario). Voler en l’air = rêve de coït. Recommencer un examen autrefois passé = crainte de se trouver inférieur à une prochaine tâche. Embarras de se trouver publiquement dévêtu = tendances infantiles à l’exhibition génitale. Mort d’un parent aimé = désirs infantiles de voir mourir un parent dont on était jaloux (œdipus-complexe, par exemple). Rêve d’embarras ou de honte en général == rêve qui laisse deviner une tendance érotique refoulée. Rêves de voleurs nocturnes, de cambrioleurs == réminiscences de réveils infantiles par les parents.

(33) SCHERNER. Das Leben des Traumes (Berlin, 1869). — VOLKELT. Die Traumphantasie (Stuttgart 1875).

(34) Une névropathe, atteinte à l’âge critique d’astasie-abasie, décrit, au cours d’une psychoanalyse, le rêve suivant : Elle montrait à quelqu’un un vase rempli [p. 451] d’épingles à chapeau en lui disant ironiquement : « Voyer les fleurs que j’ai moi. » Puis elle se rappelle brusquement que ce quelqu’un est le médecin lui-même. Ceci attire l’attention du psychothérapeute : elle a quelque chose à lui confier, il s’agit là d’un rêve dans lequel intervient la personne du médecin, donc résultat du transfert affectif, témoin de l’action initiale de la cure psychoanalytique. Suite de la conversation : Le vase a la forme d’une amphore, elle le reconnaît : il lui a été donné autrefois par sa mère, elle y tient beaucoup Les dernières années, elle n’y mettait que des fleurs offertes par son fils. Le fil de la conversation paraît ici interrompu, puis elle reprend avec une émotion surprenante : son mari a dû vivre ailleurs que chef elle, car elle était très froide pour lui… Il a eu certainement des relations amoureuses en dehors de son foyer… Elle se sent abandonnée, et ceci a eu beaucoup d’influence sur sa manière d’être… Le fil est repris : Elle connaît aussi des épingles à zhapeau semblables ; elles lui ont été envoyées par son mari, alors en Italie, et cela lui rappelle une superstition populaire italienne : Il ne faut jamais donner de pointes à une personne qu’on aime. A ce moment, elle regarde distraitement devant elle et joue avec son alliance (symptomhandlung, acte symptôme). Elle se souvient brusquement d’un fait contemporain de son mariage : Dans la voiture qui la conduisait à l’église le matin du mariage, elle eut à plusieurs reprises l’impression que son voile de mariée était troué et elle chercha l’accroc sans succès.. Dans une deuxième séance de psychoanalyse, il se révéla, au milieu d’un trouble considérable que laissa voir la malade, qu’elle avait eu des rapports sexuels avec son fiancé ; d’où reproches plus ou moins avoués à elle-même, devenus cause d’un refoulement de traces affectives puissantes. — Interprétation psychoanalytique : le vase, précieux symbolise le corps féminin, les fleurs du fils (symbole de l’amour) sont remplacées par les épingles du père (symbole de la discorde conjugale); c’est un rêve d’extériorisation symbolique d’organes, comme on en a observé très souvent chez les hystériques (d’après Maeder).

(35) LEY et MENZERATH. L’étude expérimentale des associations d’idées dans les maladies mentales (Rapp. au Cong. de Bruges, ,sept., oct., 1911.)

(36) Bleuler affirme, par exemple, que Freud révéla, en quinze expériences d’association, à un de ses collègues, que la méthode trouvait sceptique, les soucis qui l’absorbaient depuis quelque temps.

(37) MAEDER. Recherches psychol. sur la démence précoce. (Jahr. J. die Psychopath., 1910.)

(38) Exemple : un névropathe, souffrant d’un complexe réveillé par une récente mauvaise nouvelle, accuse des réflexes psychoélectriques au moment où l’on prononce devant lui, au milieu d’une série de mots indifférents, les mots : facteur, lettre, télégraphe, etc.

(39) Exemples de Fehlhandlungen chez des gens normaux : un neurologiste confond Ehrlich et Edinger, qu’il connaît très bien, parce qu’il vient de lire avec une désagréable surprise qu’un livre coûteux auquel avait collaboré Edinger, et qu’il a acheté sans besoin, est moins intéressant qu’il ne l’avait cru tout d’abord. — Un monsieur oublie le nom d’une dame qu’il a très bien connue pendant ses études, parce que dernièrement il l’a rencontrée, très vieillie, et a dû la présenter à un ami : or, ce dernier a dû la trouver physiquement inférieure à l’idée qu’il s’en était faite d’après les récits de son camarade, et concevoir par là même des doutes sur le bon goût de celui-ci. — Un monsieur très poli entre dans un salon et salue tout le monde, sauf une personne, sans s’en apercevoir: or, cette personne est le fils d’un homme d’affaires qui a refusé ses services d’expéditeur.
Ainsi s’expliquent certains faits appelés : cris du cœur, gaffes de distraction, le oui dit pour un non quand on pense le contraire :de ce qu’on veut dire, l’oubli d’une démarche désagréable, d’une lettre adressée à quelqu’un d’antipathique. Dater une lettre d’une année passée peut être la réalisation inconsciente de ne pas vieillir, etc.
Citons encore l’intéressant exemple de Bleuler : un latiniste marié, qui, parlant un jour, devant Freud, de l’injustice infligée à sa race par le destin, veut citer le vers : « Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor ! « , mais ne peut trouver le mot « aliquis >. Freud devine par la psychoanalyse que le mot aliquis était associé chez lui au mot relique (indifférent) et au mot liquidis (liquide, coulant), ce qui pouvait être en rapport avec le complexe génital des menstrues : il devina ainsi que l’idée de l’injustice du destin envers sa race venait de réveiller la crainte de nejpas voir arriver bientôt les règles de sa femme, événement que le sujet attendait, en effet, depuis quelque temps avec beaucoup de souci.
Enfin, Freud cite comme exemple de Fehlhandlung ce lapsus d’un névropathe chez lequel la psychoanalyse avait établi l’existence d’un complexe incestueux pour sa mère : « Mon père était très dévoué à ma femme (au lieu de sa). »

(40) Ex. : Un spirituel amateur d’art est appelé par deux aventuriers enrichis à apprécier devant un nombreux public deux toiles de mauvais goût représentant chacune un des maîtres de la maison et symétriquement exposées. Ils lescontemple et demande d’un air indifférent : « Mais où est le Sauveur. » L’idée des deux larrons est laissée à deviner par les assisants, et c’est là l’essence du trait d’esprit.

La plupart des plaisanteries des salons, du théâtre, des journaux humoristiques, de l’esprit populaire, etc., ne sont que des allusions sexuelles plus ou moins lointainement voilées, car la sexualité est la chose à laquelle on pense toujours (dans son inconscience le plus souvent) et dont on ne parle jamais. Chez les adolescents, qui refoulent moins intensément que les adultes leur sexualité commençante, l’interprétation érotique est constante et la pansexualisation est une forme de pensée habituelle. La plaisanterie sexuelle, aussi voilée qu’elle puisse être, est une sorte d’agression sexuelle contre le sujet visé.

(41) L’esquisse de cette philosophie est contenue dans la sexualtheorie. A propos de la psychologie féminine, Maeder distingue deux types schématiques de femmes : le type maternel ou utérin (Gebârmuttertypus), caractérisé par la prédominance du complexe maternel, et le type clitoridien ou sexuel (Kitzlertypus), moins évolué vers la finalité psychosexuelle de l’être féminin et chez lequel il y a prédominance du complexe paternel.

(42) Maeder trouve, par exemple, dans les différents degrés ou qualités de l’évolution de la libido et de la Verdrangung sexuelle l’explication de la plupart des caractéristiques de la mentalité du peuple anglais, et étudie à ce point de vue : le rôle social des suffragettes, l’esprit de « management » de la femme anglaise, le flirt, le caractère masculin et brutal des danses, le goût artistique pour l’école de Botticelli, la mode de ne pas manger chez les jeunes filles, la fréquence du type féminin éphèbe « girl » et du type infantile « poupée « ; la pruderie du langage, la raideur des manières, l’économie apparente des affections, le goût du sport, l’intensité du décolleté mondain officiel, l’importance fétichiste de la chaussure, le luxe extraordinaire des w.-c., le culte de la propreté corporelle, la zoophilie, le culte des héros et l’orgueil national, le spleen, etc.

(43) C’est par symbolisation sexuelle, d’après Kleinpaul, nous donnons un sexe à chaque objet (le bâton, la vallée). C’est ce qui explique nos façons de nommer les constellations, empruntées aux rêves mythologiques primitifs, nos façons de nommer les particularités morphologiques de la terre, en géographie (mamelon, col, gorge, etc.), l’évident anthropomorphisme des sociétés primitives et des enfants. L’homme civilisé et éduqué s’écarte principalement de l’être primitif comme il diffère du névropathe: parle renoncement au symbolisme psychologique et par une surestimation secondaire des formes de pensée abstraite et dépouillée de tendances affectives.

(44) Pour expliquer certains cas où il a trouvé une étiologie sexuelle incomplète (états anxieux en rapport avec des états organiques d’épuisement [p. 466] nerveux ou d’artériosclérose, etc.), Freud a émis une restriction à cette théorie. Il y a des cas où l’épuisement nerveux a pour conséquence une insuffisance de la psyché, et c’est elle qui devient incapable d’élaborer l’excitation sexuelle somatique en satisfaction complète.

(45) Exemple d’analyse d’une obsession : une jeune fille est obsédée par la peur de causer le malheur de son père dans l’au-delà si elle épouse un monsieur X… — Cette idée symbolique se rattache en première origine à un sentiment de haine infantile contre son père, survenu un jour que celui-ci l’avait battue, sentiment qu’elle a depuis énergiquement refoulé avec remords. Pour arriver à l’obsession en partant de cet instinct inconscient, elle a dû adopter un procédé psychique (Gedankengang) complexe : 1° elle a généralisé son remords et l’a appliqué à beaucoup de cas, passés et futurs, dont celui-ci, le mariage avec un monsieur que son père peut ne pas aimer : Je serais furieuse si mon père refusait ce mariage et j’ éprouverais encore contre lui une haine, par suite un remords semblable à celui qui m’a fait autrefois souffrir (généralisation) : 2° elle a déplacé l’émotion ressentie à la suite du remords infantile sur l’idée inadéquate et inattendue, futile, qui l’occupe aujourd’hui : la simple possibilité d’épouser M. X… (déplacement) ; 3° elle a substitué à l’idée logique primitive qui la tourmentait, l’idée occasionnelle de son mariage (substitution) ; 4° elle a résumé dans une seule idée une série d’associations, de détails représentatifs, dont quelques-uns seulement subsistent (Zeremoniell), de [p. 468] suppositions, de sous-entendus : si mon père mourait…, mes souhaits de mort contre lui s’accompliraient, par suite de la réalisation de mes désirs malheureusement tout puissants (Ellipse), etc.
Comme la plupart des obsédés, cette malade est superstitieuse, s’occupe des problèmes de l’existence, de la mort, « comme un oiseau funèbre » (Leichenvogel). Ce complexe de la mort qui hante les névropathes a sa source dans les souhaits infantiles de mort (c’est-à-dire, pour penser comme l’enfant, de suppression vague), très familiers aux futurs obsédés à propos de tous ceux qui contrarient leurs exigences instinctives. Le sentiment général d’insécurité dans la vie, qui fait le fond de la psychologie du névropathe obsédé et concentré sur lui-même, serait en somme un reliquat du refoulement par le remords des instincts violents qui constellaient à l’origine sa mentalité enfantine.
La honte de soi n’est qu’une peur de laisser reconnaître par les autres son insuffisance ou ses désordres sexuels. L’hypocondrie est la crainte de leurs suites physiques ; l’angoisse sociale, la crainte de la punition sociale : On pourrait dire que tout l’état mental du psychasthénique dérive pour Freud d’un sentiment d’incomplétude ou d’insuffisance sexuelle.

(46) Un joli exemple de psychoanalyse, pratiquée par Freud chez line hystérique, a été publié eu France par Kostyleff. (Cf. Kostyleff, loc. cit. — FREUD, Bruchstûck einer hystérie analyse, in sam. kl. schrift,. Deuticke, Igog.) Les événements sexuels rencontrés à la base d’une névrose hystérique chez une jeune fille (crises de dyspnée, toux, aphonie, évanouissements, état mental dépressif), à la suite d’une longue psychoanalyse ayant utilisé l’exégèse des associations libres, des rêves, des Fehlhandlungen, etc., étaient : des reproches adressés de façon détournée au père d’avoir fait sa maîtresse d’une Mme K…, amie de la famille; un amour réprimé pour M. K… ; un désir d’attirer sur elle, par une demi-simulation, l’attention affectueuse du père ; l’idée que Mme K… en voulait à son père seulement pour son argent, et que celui-ci était impuissant; une jalousie incestueuse contre Mme K…, avec complication d’attraction homosexuelle vers elle ; la répression d’une habitude de masturbation infantile à forme urinaire; un choc émotif antérieur survenu par la perception fortuite du commerce sexuel entre les parents, etc., etc. C’est ainsi qu’elle traduisait symboliquement par des accès de toux et, en général, par des symptômes thoraciques et laryngés, l’idée de l’acte de satisfaction sexuelle [p. 470] par la bouche (associée, comme chez beaucoup de sujets, à l’idée de gosier, par suite de larynx), qui lui était venue à propos de celle du commerce de son père avec Mme K… Dans la suite, des traumas émotifs, rappelant cette association (maladie de Mme K…, par exemple), ramenaient une recrudescence des symptômes, lesquels, ignorés de la malade sous leur aspect originel, disparaissait au fur et à mesure de la découverte et de la mise au jour de ces événements.

(47) Exemple de traumas accidentels révélateurs d’un refoulement érotique : Une institutrice hystérique, qui avait souffert de rhinite, manifestait, par une hallucination obsédante d’odeur de brûlé, et quelquefois de tabac, le reliquat d’une récente émotion associée à une odeur accidentelle (elle avait été attendrie par des marques subites d’affection que lui manifestèrent les enfants de la maison au moment où l’entremets qu’elle faisait cuire se mettait à brûler). Freud découvrit ensuite un trauma antérieur associé à l’odeur de tabac (le père avait durement défendu, devant elle, pendant que quelqu’un fumait, qu’on embrassât les enfants). D’autres aventures lui furent encore révélées, et tous ces traumas avaient eu pour condition la profonde désillusion que la pauvre institutrice avait éprouvée en s’apercevant que le père des enfants, pour lequel elle avait de l’amour, avait renoncé à l’idée, qu’il avait d’abord manifestée, de la demander en mariage.

(48) Pratiquement, au contraire, et si on en juge par les exemples que donnent les élèves de Yung, il semble que les malades les plus caractéristiques, ceux qui leur servent à illustrer leur théorie, sont souvent des délirants polymorphes relativement peu atteints et encore proches des névropathes. L’autisme, l’introspection, l’ambivalence, l’aboulie, etc., des malades de Bleuler les rapprochent singulièrement des hystériques obnubilés, des psychasthéniques, des grands -obsédés.

(49) Exemple : Les désorientations délirantes témoignent fréquemment du désir qu’éprouve le sujet de n’être plus dans l’asile et de s’en aller. Le libidineux se transporte dans un paradis de Mahomet. Le dégénéré bègue et malingre se croit éloquent et immense. Une édentée décrit sa mâchoire merveilleuse. Le malheureux venu au monde faible et pauvre, mais avec des désirs puissants, se placera dans un monde hiérarchisé où il exercera sa suprématie, etc.

(50) Une malade test frappée par un infirmier : Elle le voit aussitôt tué et placé dans un cercueil. Toutes les personnes de l’entourage qu’elle croit être des causes de son internement deviennent des apaches, des bandits, des animaux féroces, etc., etc.

(51) I. Un malade croit assister à un coït quand on le sonde. Une autre voit dans telle ou telle pratique médicale un attentat sexuel de la part du médecin. Un autre cultive toute la journée des plantes dans le jardin de l’asile, car elles symbolisent pour lui l’organe sexuel. Un autre se croit un grand édifice, l’asile lui-même, et toutes les parties de l’asile ont une signification d’organes, dépendant tous de son sexe.

(52) Une femme brisait des verges à un cognassier pour indiquer qu’elle était quitte avec le pasteur (cognassier, en allemand, se dit quittenbaum). Elle les jetait dans le ruisseau pour symboliser qu’elle se défaisait de ses péchés.

(53) Une vieille démente de Yung se frictionnait les mains depuis des années, jusqu’à production de durillons énormes, et en prononçant un jargon incompréhensible : on put reconnaître là fortuitement, par l’enquête, le résidu moteur d’un geste familier aux cordonniers et reconstituer l’origine reculée de ce geste dans un acte délirant qui exprimait, au début de la maladie, une aventure amoureuse malheureuse avec un fiancé cordonnier.
Un malade, au milieu d’un délire actif mais insoupçonné, s’agitait en une [p. 474] gymnastique incohérente, appelée « catatonique ». On apprit, par la psychoanalyse pratiquée durant une rémission, que c’étaient des gestes symbolisant un désir antérieur (le malade, chétif et laid, déçu dans un violent amour, se croyait musculairement puissant et paraissait en gymnasiarque devant la femme aimée, etc.).

(54) Je suis Socrate, disait une vieille démente, la chair la plus délicate et le monde artiste le plus fin. Je fais l’œuvre du musée de l’Escargot, Marie Stuart, la Loreley, suisse, grue, cloche de Schiller, le docteur H…, la clef principale, le monopole. » Traduction psychoanalytique : « Je suis la meilleure tailleuse de la ville (elle est couturière), je fais des modèles qui sont avantageux et usent peu d’étoffe, j’ai la clientèle de la classe élégante de Zurich (celle qui fréquente la « Maison de l’Escargot », près du musée de Zurich). Malgré cela, je souffre, parce que personne ne peut me comprendre, je devrais être en liberté, car je ne suis pas coupable. Je suis excellente ouvrière et devrais être riche et heureuse au lieu d’être pauvre et sans famille (Yung). »

(54) Un malade de Yung se réveille, après des mois de délire agité, un jour qu’il voit, dans un ravissement soudain, apparaître auprès de lui sa fiancée perdue, et entre au même moment dans un état de rémission non différent de l’état de santé.

(55) Exemple : Un professeur de quarante-sept ans, ayant avoué de forts besoins sexuels, se croyait persécuté par ses élèves, l’administration, les francsmaçons, les syndicalistes, etc., depuis un jour où un événement fortuit était venu réveiller des tendances homosexuelles inconscientes refoulées (il avait dû coucher à l’hôtel avec son fils et avait constaté le lendemain avec un très fort dégoût qu’il avait eu une pollution nocturne) (Morichau-Beauchant).

(56) Jones a voulu établir qu’une hypomaniaque de trente-neuf ans avait développé ses troubles de déséquilibre mental en les déduisant d’un conflit entre des idées érotiques persistantes et un remords touchant ses irrégularités génitales. Maeder a décrit une crise de dépression mélancolique anxieuse, survenue chez un paysan de quarante-deux ans, héréditairement taré, onaniste, impuissant, ayant de la répulsion pour sa femme et affirmant des tendances homosexuelles inavouées à la suite de la perte, par internement, de son beaupère, sous la domination sentimentale duquel il s’était placé, etc.

(57) I. FERENCZI. Introjektion und Ubertragung. Deuticke, 1909. — MORICHAU-[p. 480]BEAUCHANT. Le rapport affectif dans la cure des psychonévroses. (Gaz. des hôp., 15 nov. 1911.)

(58) « Le médecin, dit Ferenczi, est un des revenants dans lesquels le névropathe espère retrouver les visages disparus de l’enfance. »

(59) Les élèves de Freud voient naturellement dans le feu de leurs adversaires les manifestations d’une répression sexuelle, qui ne s’avoue pas à elle-même. On pourrait de même — pour parler le langage freudique — reconnaître chez les trop ardents défenseurs du pansexualisme les effets affectifs, traduits dans le domaine de la critique scientifique, d’une dérivation de tendances érotiques incomplètement sublimées et libéralement exprimées.

(60) BLEULER. Sur la Psychoanalyse de Freud. Deuticke, 1910.

(61) Voir les critiques formulées par : Aschaffenburg, Weygandt, S. Meyer, Hoche, Isserlin, Alt, K. Mendel, Heilbronner, etc., et la discussion qui a suivi la lecture du rapport de De Montet à la Société suisse de neurologie les 4 et 5 mai 1912.

(62) J. Il suffit de rappeler les opinions de Pitres et Régis sur le rôle des [p. 541] traumas psychiques dans la nature clinique de l’idée obsédante ou de la phobie, celles de P. Janet et de son école sur l’obsession symbole de sentiments d’insuffisance subjective, celles des aliénistes d’aujourd’hui (Vallon, Marie, Legrain, Sérieux, Dromard, Séglas, Régis, Ballet, Dupré, etc.) sur le symbolisme des délires, considérés comme des réalisations de tendances plus ou moins constitutives de la personnalité… De même, en ce qui concerne la signification des rêves, on pourrait rapprocher de l’idée de Freud l’opinion exprimée par le sens commun, qui donne au mot « Rêve» la double signification de «réalisation imaginative de désirs », et de « rêve du sommeil ».

(63) Cette idée que le délire toxique est un rêve est actuellement acceptée par tous en psychiatrie. Certains délires toxiques, dont le malade peut avoir, après guérison, conservé le souvenir, sont, plus encore que les délires analysés par les Freudistes chez leurs déments précoces, des rêves, de même nature apparente que le rêve normal : on y retrouve les mêmes images et le même « contenu manifeste », pour parler suivant l’expression de Freud.

(64) FREUD ne veut pas faire entrer les délires des intoxications dans ses psychonévroses, car il n’est pas encore arrivé à retrouver la psychogénèse d’un [p. 544] délire de ce genre. Mais, si le délirant alcoolique, racontant son rêve délirant après guérison, peut fournir seulement un très petit nombre d’explications de ces scènes oniriques par la méthode des inspirations, on peut, du moins, dans certains cas de reconstitution détaillée du délire vécu par le malade, retrouver des symboles tout à fait semblables à ceux rapportés par Freud dans ses recherches sur les rêves. Ce symbolisme représente évidemment une réalisation de complexes. Mais peut-il expliquer la rétention urinaire et les symptômes objectifs de la psychose?
Il nous semble, de même, très difficile d’expliquer, à l’aide de la doctrine freudique, les délires des maladies organiques, que Freud rejette sans doute, mais que l’expérience clinique nous apprend être reliés, par tous les intermédiaires possibles, avec les délires des psychonévroses. Sans prendre comme exemples tous les délires des déments précoces, chez qui Freud voit des névropathes, on rencontre chez les paralytiques généraux des délires, vaniteux ou autres, réalisant manifestement des tendances antérieures plus ou moins subconscientes : cela ne dispense nullement la psychologie pathologique de faire intervenir au premier rang des causes de ces délires les causes organiques.
Dans l’épilepsie, enfin, les élèves de Freud ont montré l’intensité des perversions sexuelles. L’épileptique refoule fort peu et il est pourtant très malade. Sa maladie épileptique s’explique donc par tout autre chose que par le refoulement instinctif. Comment trouver alors dans une psychogénèse les causes de certains de ses symptômes à contenu psychique très riche, comme les idées fixes, obsessions, hallucinations, délires, états oniriques et somnambuliques, etc., etc. ?

(65) Nous faisons surtout allusion aux « pensées sexuelles involontaires » fait psychique normal, pouvant devenir très facilement chez les obsédés le point de départ de scrupules.

(66) Il est si facile de tout expliquer, dans le rêve, par la f. Wunscherfiillüng » ! Il n’est pas jusqu’à la crainte d’un objet, ou la peur de voir s’accomplir un événement, qui ne puisse se traduire par un désir : celui de ne pas se représenter l’objet ou de ne pas voir arriver l’événement. C’est ce que Freud appelle le « changement de signe de l’affekt » et l’expression du désir par son contraire (ex contrario). On pourrait ainsi, en fin de compte, expliquer par le « désir B toutes les émotions possibles. Les faits affectifs ne sont-ils pas tous réductibles, en dehors de la conscience subjective, à des phénomènes de mouvement, d’attraction et de répulsion ? Mais c’est là une explication théorique ou philosophique, qui peut donner lieu à des quantités d’erreurs d’interprétation dans la pratique.

(67) Voyez, par exemple, les Fragments d’une psychoanalyse d’hystérie de Freud lui-même (cf. Bibliographie). Quand Freud nous assure, à propos de [p. 550] sa malade, qu’une scène d’incendie en rêve est un rappel d’une incontinence d’urine infantile, qu’une forêt épaisse est le symbole du pubis féminin, que le mot Bahnhof (cimetière) peut rappeler celui de Vorhof (vestibule, symboliquement vagin), à cause de l’assonance, que le mot puissant (riche) rappelle, chez sa jeune malade, le mot impuissant (sexuel), etc., on se rend bien compte de la nature hypothétique de cet art de la symbolique sexuelle. La doctrine de Freud est, heureusement pour son avenir scientifique, faite de conceptions plus satisfaisantes pour l’esprit, et ce n’est pas sur de tels détails, qui paraissent d’autant plus infimes que les critiques les présentent isolés, qu’il faut juger la valeur générale de la théorie.

(68) FREUD, élève de Charcot, a développé ses théories à peu près parallèlement aux conceptions de M. P. Janet. De grandes analogies rapprochent ces deux auteurs, malgré leur apparente divergence d’opinions — laquelle se résume, en ce qui concerne les psychonévroses, dans la différence du point de vue, dynamique pour Freud, statique pour Janet, à travers lequel ils envisagent la psychologie. Tous deux enseignent que les névroses sont des maladies de développement ; qu’il y a dans l’hystérie, insuffisance du champ de la conscience(acquis, par mauvaise utilisation dynamique des forces instinctives, pour Freud, — congénital, par déséquilibre statique entre les éléments conscients et inconscients, pour Janet) ; que les névropathes sont des inadaptés à la réalité, qu’ils utilisent incomplètement leur affectivité, par exemple en la dérivant en émotion anxieuse, qu’il expriment leur insuffisance subjective par des symboles (obsessions, délires), que l’exploration médicale doit procéder par analyse idéogénétique d’un symptôme, etc.
D’ailleurs, la plupart des idées qui ont servi de base aux doctrines de Freud se trouvent en germe dans la psychologie récente. Citons par exemple : l’idée du trauma affectif dans l’hystérie (Charcot), le rôle des incidents du développement dans l’orientation des goûts affectifs et sexuels de l’adulte (Binet, Féré, Garnier, etc.), le rôle des tendances dans le plaisir et la douleur (Ribot), la nature quantitative du sentiment, positif ou négatif suivant qu’il trouve ou non à se dépenser (Grote), la notion de déplacement ou de transfert de sentiment (Lehmann, J. Sully, Malapert…), la conception intuitionniste et identificationniste de l’art, considéré comme une insertion, une projection de l’esprit dans les choses, une symbolisation des objets (Bergson), la notion de l’inconscient, [p. 554] considéré comme la plus grande partie de notre être psychique et agissant sans cesse sur notre activité consciente (Ribot, Janet, Binet, Bergson, etc.). Le principe de la conception psychodynamique de l’activité psychique est contenu dans ce résumé de Bergson : « Tout entier (le passé) nous suit à chaque instant. Ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre première enfance est là. penché sur le présent qui va s’y joindre, pressant contre la porte de la conscience, qui voudrait le laisser dehors. Le mécanisme cérébral est précisément fait pour en refouler la presque totalité dans l’inconscient et pour n’introduire dans la conscience que ce qui est de nature à éclairer la situation présente… Tout au plus des souvenirs de luxe arrivent-ils par la porte entrebâillée, à passer en contrebande. Ceux-là, messagers de l’inconscient, nous avertissent de ce que nous traînons derrière nous sans le savoir… Que sommes/ nous, en effet, qu’est-ce que notre caractère, sinon la condensation de l’hisv toire que nous avons vécue depuis notre naissance… Notre passé se manifeste intégralement à nous par sa poussée, et sous forme de tendance, quoiqu’une faible part seulement en devienne représentation. » (Évolution créatrice, 13e éd., p. 5.)

 

[p. 555]

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE

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  1. PRINCIPAUX TRAVAUX EN FRANÇAIS SUR LA DOCTRINE DE FREUD

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— Discussion par MM. Schnyder, V. Monakow, P.-L. Ladame, Claparède, Laville, Veraguth, Leclère, Bing et Dubois. (Arch. de neur., sept. et oct. 1912.)

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— GOTTSCHALK. Le Rêve d’après Freud. (Arch. de neurol., avril 1912.)

— KOSTYLEFF, maître de conférences à l’École des hautes études. Les Derniers Travaux de Freud et le Problème de l’hystérie. (Arch. intern. de neur., I, janv.-févr. 1911.)

— Freud et le Problème des rêves. (Rev. philos., juillet-décembre 1911.)

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— La Psychoanalyse appliquée à l’étude objective de l’imagination. (Rev. phil., avril 1912.)

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— LEY et MENZERATH. L’Étude expérimentale des associations d’idées dans les maladies mentales. (Rapp. au Congr. de Bruges, sept.-oct., 1911.)

— MAEDER. La langue d’un aliéné, analyse d’un cas de glossolalie. (Arch. de psych., IX, 35, mars 1910.)

— Essai d’interprétation de quelques rêves. (Arch. de psychol., VI, 358.)

— Contribution à l’étude de la psychopathologie de la vie quotidienne. (Arch. de psych., VI, 21, 22, juillet-août 1906.)

— Sur le mouvement psychoanalytique. (Année psychologique, 1912.)

— MORICHAU-BEAUCHANT. Le rapport affectif dans la cure des psychonévroses. (Gaz. des hôp., 15 nov. 1911.)

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— RADECKI. Recherches expérimentales sur les phénomènes psycho électriques. (Arch. de psych., sept. 1911.)

— SCHMIERGELD et PROVOTELLE. La méthode psycho-analytique et les « Abwehrpsychosen » de Freud. (J. de neurol., 7 et 8, 1908.)

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III. PRINCIPAUX TRAVAUX ÉTRANGERS SUR LA DOCTRINE DE FREUD

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— Giovanni Segantini. (Ein psychoan. Versuch, Deuticke.)

— Ansätze zur psycho. Erforschung des man. dep. Irresens. (Centralb. f. Psych., A, 11,46.)

— Les différences psychosexuelles entre l’hystérie et la démence précoce. (Z. Neur. und Psych., 1908- 1909.)

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— Freuds Schriften aus den Jahren, 1893-1900. (Jahr., I, 1909.)

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— Der Agressionstrieb im Leben und die Neurose. (Fort. der med., 1908, 19.)

— Uber Neurotische Dispositionen. (J. j. Psychan. und Psych. Forsch, 1909.)

— Der psychische Hermaphroditismus im Leben und in der Neurose

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— ASCHAFFENBURG. Die Beziehungen des sexuellen Lebens zur Entstehung von Nerven und Geisteskrankheiten. (Münch. med. Woch., I I sept. 1900.)

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— BEZZOLA. Zur Analyse psychotraumatischer Symptomen. (Jahr.f. Psyc. und Neur., Bd. 8, S. 204, I907)

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— Sexuelle Abnormitäten der Kinder. (Jahr. der schweif. Gesell. für schul., IX, 1908.)

— A propos du négativisme des schizophrènes. (Psycho.Neur. Woch., 18, 19, 20, 21, 1910.)

— Die Psychoanalyse Freuds (Verteidigung und kritische Bemerkungen.) (Jahr. f. Psychoan., Bd. 2, S. 623, 1910. Vol. Deuticke, 1911.)

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— STORFER. Zur Sonderstellung des Vatermordes. (Eine rechtsgeschichtlicheund völkerspsychologische Studie. Deuticke.)

— SWOBODA. Harmonia animae. (Deuticke, 1 glO.)

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— TAYLOR. Psychoanalyse modifiée (J. of. abn. psych., 6 mars 1912.)

— TER-ORGANESSIAN. Psychoanalyse einer Katatonie. (Psy. Neu. W., 28 sept.5 oct. 1912.)

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— WILLIAMS. Crampe des écrivains et autres névroses d’occupation. Possibilité d’un traitement efficace par des procédés de psychoanalyse suivie de rééducation. (Monthly Cyclopoed. and. med. Bull., juillet 1911.)

— The psychogenesis of some « reflex » neuroses. (M. P., 18 juin 1910.)

— WINGFIELD. Quatre cas éclairant certains points de la psychoanalyse (Br. med. J., 5 août 1911.)

— WITTELS. La misère sexuelle. (C. W. Stern. Leipzig, 1909.)

NOTES

(1) On pourra consulter avec profit le résumé de la doctrine de Freud, en allemand, par HITSCHMANN (Die Neurosenlehre Freud’s, Vienne et Leipzig, Deuticke, 1911), très clair et facile à comprendre, mais qui ne donne nullement l’idée de l’aspect systématique de l’œuvre.

(2) Les traductions, en nombre considérable, que nous avons dû faire des travaux de Freud et de ses élèves, sont dues à notre éminent parent, ami et collaborateur, M. O. Hesnard, agrégé de l’Université, professeur au lycée Charlemagne, auquel nous adressons l’expression de notre très vive gratitude.

(3) Lire : les Cinq Conférences sur la psychoanalyse qui résument assez clairement la méthode; le s Trois Dissertations sur la théorie sexuelle; et surtout la Traumdeutung (l’analyse des rêves), dont les derniers chapitres contiennent les principes généraux de la psychologie ‘freudique actuelle (Deuticke, éd., Vienne et Leipzig).

(4) On trouvera la liste des principaux travaux de l’école de Freud à notre Bibliographie. — Les plus importants paraissent dans une série d’éditions spéciales, chez Deuticke, à Vienne et à Leipzig (Schrifte71 :rur angenandten seelenkunde, herausgeguben von pr S. Freud). — Trois périodiques, fondés par Freud, publient périodiquement la plupart des matériaux cliniques nouveaux ou des plus récentes applications : Jahrbuch für psychoanalytischeund psxchopathologische Forschungen (Bleuler, Freud, Yung), Deuticke, ed.. — Centralblatt fiir Psychoanalyse. — Imago. Zeitschrift fur A llwelldzmg der Psychoanalyse auf die Geisteswissenschaften (Rank et Sachs). Heller, éd.— Un congrès annuel centralise d’importantes études psychoanalytiques.

(5) BLEULER. Les Démences précoces, ou groupe des schizophrénies. Traité d’Aschaffenburg. Deuticke, Vienne, 1912.

(6) MORICHAU-BEAUCHANT (professeur à l’Ecole de médecine de Poitiers). — Le rapport affectif dans la cure des psychonévroses (Gar. deshôp., i5 nov. 1911). — L’instinct sexuel avant la puberté (J. méd. fr., i5 sept. 1912). — Les troubles de l’instinct sexuel chez les épileptiques (J. méd. fr., i5 avril 1912).

(6) KOSTYLEFF. Cf. principalement : Freud et le traitement moral des névroses (J. de psycho norme et pathol., mars-avril et mai-juin 1911).

(7) De MONTET. Sur l’état actuel de la psychoanalyse, Rapport à la VIle réunion de la Soc. suisse de neurologie, Lausanne, 4, 5 mai 1912. — (Arch. de- neur., sept. et oct. 1912).

(8) P. LADAME. La sexualité dans les névroses. (L’Encéphale, janvier et février 1913.)

(9) RÉGIS. Pécis de psychiatrie. 5e édition, igi3, p. 38.

(10) Nous adressons nos plus cordiaux remerciements aux docteurs Morichau-Beauchant et Maeder, qui nous ont facilité la tâche par leurs précieuses indications bibliographiques.

(11) BREUER et FREUD. Etudes sur l’hystérie. Ire et 2″ édit., Deuticke. Vienne.

(12) BLEULER. La Psycho-analyse de Freud. (Denticke, 1911).

(13) Il faut faire remarquer ici que la théorie du refoulement a été étendue par Freud à tous les complexes, et nullement restreinte aux souvenirs des traumas affectifs, dont il faisait, au début de ses études, les causes principales des psychonévroses (d’après la formule : « Les hystériques souffrent de réminiscences. ») On a pensé et écrit même à plusieurs reprises en France, tout à fait à tort par conséquent, que la doctrine des psychonévroses de Freud n’était qu’un élargissement de la théorie de l’hystérie traumatique. Dans sa toute récente étude de la théorie sexuelle des névroses, même, Ladame paraît vouloir consacrer cette erreur, qui enlève à la doctrine de Freud toute sa portée, en écrivant : « La démence précoce, la mélancolie, la folie maniaque-dépressive… toutes les affections fonctionnelles du système nerveux, en un mot, devraient [p. 366] être ramenées (pour Freud), en dernière analyse, à un traumatisme sexuel. » (L’Encéphale, 15 janvier 1913, p. 72).

(14) Pour MOLL (La Vie sexuelle de l’enfant, 1909), l’instinct sexuel se décomposerait primitivement en instinct de détumescence (décongestionnement des organes érogènes) et instinct de contractation (mise en contact d’un objet avec la peau). Freud fait remarquer que cette analyse s’applique surtout à l’instinct adulte.

(15) Cf. LIDNER. Ann. méd. infant., N.-F.-14, 1879 (Autriche-Hongrie).

(16) Freud pense que lorsqu’il y a renforcement (pour des causes occasionnelles [p. 369] ou constitutionnelles) de l’importance érogène des lèvres, l’enfant devient plus tard un gourmet du baiser (Küssfeinchmecker), et, si c’est un homme, un fervent du tabac et de la boisson. Le refoulement hystérique produirait chez un sujet de ce genre l’anorexie, par dégoût, ainsi que le vomissement, le pharyngospasme tenace, etc. Bel exemple du rôle que joue, pour Freud, la qualité de l’anomalie du développement sexuel infantile dans le contenu du tableau clinique ultérieur.

(17) Ce serait là une des principales sources de la constipation des adultes nerveux. L’importance donnée par les futurs névropathes à la zone érogène ano-rectale se ferait plus tard apprécier par les tendances scatologiques si fréouentes chez les neuropsychopathes .

(18) L’importance attribuée par certains enfants à la zone urinaire expliquerait l’incontinence nocturne d’urine, qui, lorsqu’elle n’est pas comitiale, équivaut à une masturbation ou à une pollution, surtout chez les filles. Chez beaucoup de femmes adultes, même normales, les sensations voluptueuses s’accompagnent d’ailleurs de miction.

(19) La satisfaction passive serait plus tardive et exigerait un commencement de refoulement par la pudeur.

(2) Le refoulement de ces impressions mécaniques déterminerait chez les adultes névropathes les phobies du déplacement, par exemple, celle du chemin de fer. Certaines névroses traumatiques sont causées par la coïncidence de la terreur et de l’ébranlement mécanique, lequel réveille ces traces affectives infantiles. Dans le plaisir de la lutte chez l’enfant, on peut parfois reconnaître les premières formes de l’instinct sadique.
Les phobies de la marche, du déplacement dans l’espace, etc., ont leur source dans le plaisir infantile du mouvement, refoulé. Quant au sport, on peut dire, suivant la formule de Freud, qu’il refoule l’affirmation sexuelle sur une de ses composantes autoérotiques.

(21) L’ébranlement génital, causé chez l’enfant par des événements impressionnants, donne chez l’adulte le goût du drame et du feuilleton, si fréquent chez les névropathes.

(22) Ses effets de nature génitale expliqueraient le soi-disant surmenage scolaire infantile.

(23) C’est là l’origine de tous les complexes d’inceste psychique, qui jouent un rôle des plus importants (particulièrement le complexe de l’amour du fils pour la mère avec jalousie à l’égard du père « Oedipus-complex » dans le contenu de la psychonévrose, comme dans la fixation des goûts et caractères de l’adulte normal, surtout chez celui dont la sensibilité aux attaches affectives de l’enfance subsiste plus ou moins intense.

(24) « Quand tu parles, il fait clair », disait un petit enfant atteint de terreurs nocturnes, à sa tante qui l’élevait (Freud).

(25) Ex. : le goût fréquent des tout jeunes gens pour la femme mûre (image de la mère), au moment du premier amour; la préférence de la toute jeune fille pour l’homme âgé et respectable (image du père). Bleuler a ainsi retrouvé chez lui-même, dans plusieurs de ses déterminations affectives, certaines manifestations de l’Oedipus complex.

(26) Le principal argument de Freud à ce sujet est que l’ablation ou l’inexistence des glandes sexuelles n’abolit pas du tout la libido et ses manifestations psychiques, mais l’atténue seulement et la transforme surtout.

(27) Pour le fétichisme du pied, par exemple, on en retouverait fréquemment l’ébauche dans les goûts sexuels de beaucoup d’adultes normaux. Dans les imaginations sexuelles des petits garçons, le pied est souvent pris comme symbole de l’organe sexuel féminin, dans lequel il remplacerait le pénis.

Le rôle du souvenir d’enfance dans le choix du fétiche a déjà été signalé (Binet). La fréquence du pied s’explique, pour Freud, par son analogie, dans l’esprit de beaucoup de gens, avec les organes génitaux (organe odorant et caché, excitant pour le perverti, refoulé par le dégoût sexuel chez le névropathe et le normal).

Exemples de fétichisme normal : l’importance des lettres, cheveux, souvenirs de l’aimée, le fichu de Marguerite réclamé par Faust à Méphisto, la jarretière des contes populaires, etc., etc.

(28) KOSTYLEFF (loc. cit.) appelle la méthode de Freud « objective », car elle tend à traiter les faits psychiques comme des réflexes. Elle renferme, en effet, à ce point de vue, et comme toutes les méthodes scientifiques, un élément de signification objective, lequel se traduit dans son but même, l’étude positive des faits psychiques. Mais elle est subjective, dans la plupart de ses moyens, par rapport à toutes les autres méthodes d’exploration médicale et psychiatrique.

(29) Exemple d’enchainement psychogénétique : Une jeune fille éprouve continuellement l’idée pénible qu’elle fait mourir les gens auprès desquels elle vit (obsession scrupuleuse). Genèse psychoanalytique de cette idée : cette idée s’est peu à peu développée chez la malade depuis la mort récente de sa mère,. dont elle a commencé par s’accuser. Au moment de ce malheur, elle avait une cystite douloureuse, qui exigeait des soins tels qu’elle dut négliger de soigner sa vieille mère infirme. Cette cystite avait été provoquée par la malade ellemême, dans le but de se guérir d’une incontinence d’urine phobique. La phobie de l’urination spontanée était due, non à une peur d’uriner, mais à une peur de céder aux exigences amoureuses d’un homme. Cette peur lui était venue un jour qu’ayant remarqué, en public, la ressemblance d’un étranger avec un parent, qui lui plaisait, elle avait eu pour cet homme un désir vénérien subit (avec sentiment d’envie d’uriner, comme cela est fréquent chez les femmes), suivi de dégoût d’elle-même. Enfin, ce premier trauma affectif était dû, avec toutes ses conséquences, à un plaisir génital de toute son enfance (miction volontaire au lit après rétention prolongée volontaire des urines). La malade, qui manifestait, d’ailleurs, un très vif dégoût pour tout ce qui touchait aux fonctions de miction, avait fortement refoulé cette tendance autoérotique, première racine de sa névrose.

(30) La malade souffrait, par exemple, de troubles oculaires (macropsie, strabisme), car elle avait dû, au chevet de son père gravement malade, comprimer son émotion et faire effort pour lire l’heure à travers ses larmes. Une autre, affligée d’un tic respiratoire bruyant et involontaire, raconta qu’au milieu de circonstances émotionnantes (pendant le sommeil d’un enfant gravement atteint et au moment d’un orage effrayant les chevaux de sa voiture), elle avait dû se retenir très fortement pour ne pas manifester son chagrin et sa terreur.

(31) Exemple, très résumé, d’une psychoanalyse du rêve normal, de Freud lui-même (rêve de l’injection d’Irma).
SOUVENIRS DU RÊVE (y compris ceux donnés par l’exégèse autoanalytique des associations). — Freud voit chez lui une de ses vieilles clientes, Irma. Il la mène près de la fenêtre (dans la position dans laquelle il a vu un jour son collègue le docteur M… examiner la gorge d’une amie d’Irma, qu’il estime beaucoup plus que sa cliente pour son esprit) et lui dit : « Si vous souffrez encore, c’est de votre faute. » En lui examinant le larynx, dont elle se plaint, il découvre des croûtes en iorme de cornets du nez (réminiscence des travaux d’un éminent rhinologiste, ami cher de Freud). Il appelle le docteur M…, qui accourt, tandis qu’apparaissent deux autres de ses amis, Otto et Léopold, médecins et [p. 449] concurrents. Ce dernier percute la malade, trouve de la matité à la base gauche. Le docteur M… dit en manière de consolation: « C’est une infection, mais ça ne fait rien. Il va venir de la dysenterie qui éliminera le poison ». (Réminiscence d’une anecdote plaisante racontée à Freud par le docteur M… sur un médecin ignorant). On sait alors que le mal vient d’Otto, qui a donné à Irma une injection de propyl… (odeur d’une liqueur exécrable récemment offerte en cadeau par Otto à Freud)… de trimethylamine (souvenir lié à certaines idées extrêmement intéressantes pour Freud d’un de ses plus éminents collègues sur les principes d’une chimie des produits sexuels), avec une seringue sale (souvenir lié à celui .d’une vieille cliente de Freud, dont celui-ci a rencontré le fils la veille, et à laquelle il a fait des injections depuis deux années sans aucun accident imputable à la malpropreté).

RENSEIGNEMENTS COMPLÉMENTAIRES. — Freud avait, il y a quelque temps, abandonné la cure d’Irma, car elle se refusait à continuer le traitement qu’il lui avait proposé, et lui reprochait de ne pouvoir la guérir autrement. — La veille au soir, Freud avait eu par Otto, lequel avait soigné Irma dans l’intervalle, des nouvelles de son ancienne cliente, et avait été désagréablement impressionné par les paroles de son ami, dans lesquelles il avait perçu un. reproche sous-entendu : « Elle va mieux, mais pas tout à fait bien ». — Le docteur M… ne partage pas l’opinion de Freud touchant la maladie d’Irma, ce qui, étant donné l’autorité de ce médecin ancien dans le cercle de ses relations, lui est désagréable. — Freud a connu Léopold lorsque celui-ci était le collègue d’Otto à la clinique des enfants ; il le considérait comme ayant une plus grande valeur professionnelle que son camarade.

INTERPRÉTATION DU RÊVE. — Ce rêve est un plaidoyer, inspiré par la conscience professionnelle. Il est une réalisation du désir de se montrer soucieux de la santé de ses malades, et Freud s’y justifie d’accusations implicitement portées contre lui à propos de la santé d’Irma :
1° Vis-à-vis d’Otto : Il dégage sa responsabilité en attribuant la maladie d’Irma à des causes organiques ne relevant plus de son rôle de spécialiste. Il se venge d’Otto en donnant, dans ce concours de médecins, le rôle le plus favorable à son rival plus sérieux et en lui faisant accomplir la faute professionnelle de l’injection pratiquée avec une seringue sale — et par la même occasion il se venge de son cadeau de liqueur à odeur désagréable.

2° Vis-à-vis de sa malade indocile, en substituant à la personne d’Irma,. dans la scène du rêve, celle d’une de ses amies plus intelligente.

3° Vis-à-vis du docteur M…, en lui faisant porter un diagnostic et un pronostic burlesques et en lui faisant ainsi affirmer son incompétence touchant la maladie d’Irma.

(32) Exemples de symboles érotiques communément observés dans les rêves : Empereur, impératrice, roi, reine, etc. = parents. Tiges, cannes, troncs d’arbre, serpents = membre viril. Boîtes, armoires, vases, chambres, tout ce qui contient = organe sexuel féminin. Tables, planches == corps féminin (ex contrario). Pays natal = sein de la mère. Enfants — organes génitaux. Suite de chambres = lupanar, harem. Machines, appareils = organes génitaux.
Significations symboliques de quelques rêves typiques : Tomber dans l’eau = rêve de naissance (ex contrario). Voler en l’air = rêve de coït. Recommencer un examen autrefois passé = crainte de se trouver inférieur à une prochaine tâche. Embarras de se trouver publiquement dévêtu = tendances infantiles à l’exhibition génitale. Mort d’un parent aimé = désirs infantiles de voir mourir un parent dont on était jaloux (œdipus-complexe, par exemple). Rêve d’embarras ou de honte en général == rêve qui laisse deviner une tendance érotique refoulée. Rêves de voleurs nocturnes, de cambrioleurs == réminiscences de réveils infantiles par les parents.

(33) SCHERNER. Das Leben des Traumes (Berlin, 1869). — VOLKELT. Die Traumphantasie (Stuttgart 1875).

(34) Une névropathe, atteinte à l’âge critique d’astasie-abasie, décrit, au cours d’une psychoanalyse, le rêve suivant : Elle montrait à quelqu’un un vase rempli [p. 451] d’épingles à chapeau en lui disant ironiquement : « Voyer les fleurs que j’ai moi. » Puis elle se rappelle brusquement que ce quelqu’un est le médecin lui-même. Ceci attire l’attention du psychothérapeute : elle a quelque chose à lui confier, il s’agit là d’un rêve dans lequel intervient la personne du médecin, donc résultat du transfert affectif, témoin de l’action initiale de la cure psychoanalytique. Suite de la conversation : Le vase a la forme d’une amphore, elle le reconnaît : il lui a été donné autrefois par sa mère, elle y tient beaucoup Les dernières années, elle n’y mettait que des fleurs offertes par son fils. Le fil de la conversation paraît ici interrompu, puis elle reprend avec une émotion surprenante : son mari a dû vivre ailleurs que chef elle, car elle était très froide pour lui… Il a eu certainement des relations amoureuses en dehors de son foyer… Elle se sent abandonnée, et ceci a eu beaucoup d’influence sur sa manière d’être… Le fil est repris : Elle connaît aussi des épingles à zhapeau semblables ; elles lui ont été envoyées par son mari, alors en Italie, et cela lui rappelle une superstition populaire italienne : Il ne faut jamais donner de pointes à une personne qu’on aime. A ce moment, elle regarde distraitement devant elle et joue avec son alliance (symptomhandlung, acte symptôme). Elle se souvient brusquement d’un fait contemporain de son mariage : Dans la voiture qui la conduisait à l’église le matin du mariage, elle eut à plusieurs reprises l’impression que son voile de mariée était troué et elle chercha l’accroc sans succès.. Dans une deuxième séance de psychoanalyse, il se révéla, au milieu d’un trouble considérable que laissa voir la malade, qu’elle avait eu des rapports sexuels avec son fiancé ; d’où reproches plus ou moins avoués à elle-même, devenus cause d’un refoulement de traces affectives puissantes. — Interprétation psychoanalytique : le vase, précieux symbolise le corps féminin, les fleurs du fils (symbole de l’amour) sont remplacées par les épingles du père (symbole de la discorde conjugale); c’est un rêve d’extériorisation symbolique d’organes, comme on en a observé très souvent chez les hystériques (d’après Maeder).

(35) LEY et MENZERATH. L’étude expérimentale des associations d’idées dans les maladies mentales (Rapp. au Cong. de Bruges, ,sept., oct., 1911.)

(36) Bleuler affirme, par exemple, que Freud révéla, en quinze expériences d’association, à un de ses collègues, que la méthode trouvait sceptique, les soucis qui l’absorbaient depuis quelque temps.

(37) MAEDER. Recherches psychol. sur la démence précoce. (Jahr. J. die Psychopath., 1910.)

(38) Exemple : un névropathe, souffrant d’un complexe réveillé par une récente mauvaise nouvelle, accuse des réflexes psychoélectriques au moment où l’on prononce devant lui, au milieu d’une série de mots indifférents, les mots : facteur, lettre, télégraphe, etc.

(39) Exemples de Fehlhandlungen chez des gens normaux : un neurologiste confond Ehrlich et Edinger, qu’il connaît très bien, parce qu’il vient de lire avec une désagréable surprise qu’un livre coûteux auquel avait collaboré Edinger, et qu’il a acheté sans besoin, est moins intéressant qu’il ne l’avait cru tout d’abord. — Un monsieur oublie le nom d’une dame qu’il a très bien connue pendant ses études, parce que dernièrement il l’a rencontrée, très vieillie, et a dû la présenter à un ami : or, ce dernier a dû la trouver physiquement inférieure à l’idée qu’il s’en était faite d’après les récits de son camarade, et concevoir par là même des doutes sur le bon goût de celui-ci. — Un monsieur très poli entre dans un salon et salue tout le monde, sauf une personne, sans s’en apercevoir: or, cette personne est le fils d’un homme d’affaires qui a refusé ses services d’expéditeur.
Ainsi s’expliquent certains faits appelés : cris du cœur, gaffes de distraction, le oui dit pour un non quand on pense le contraire :de ce qu’on veut dire, l’oubli d’une démarche désagréable, d’une lettre adressée à quelqu’un d’antipathique. Dater une lettre d’une année passée peut être la réalisation inconsciente de ne pas vieillir, etc.
Citons encore l’intéressant exemple de Bleuler : un latiniste marié, qui, parlant un jour, devant Freud, de l’injustice infligée à sa race par le destin, veut citer le vers : « Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor ! « , mais ne peut trouver le mot « aliquis >. Freud devine par la psychoanalyse que le mot aliquis était associé chez lui au mot relique (indifférent) et au mot liquidis (liquide, coulant), ce qui pouvait être en rapport avec le complexe génital des menstrues : il devina ainsi que l’idée de l’injustice du destin envers sa race venait de réveiller la crainte de nejpas voir arriver bientôt les règles de sa femme, événement que le sujet attendait, en effet, depuis quelque temps avec beaucoup de souci.
Enfin, Freud cite comme exemple de Fehlhandlung ce lapsus d’un névropathe chez lequel la psychoanalyse avait établi l’existence d’un complexe incestueux pour sa mère : « Mon père était très dévoué à ma femme (au lieu de sa). »

(40) Ex. : Un spirituel amateur d’art est appelé par deux aventuriers enrichis à apprécier devant un nombreux public deux toiles de mauvais goût représentant chacune un des maîtres de la maison et symétriquement exposées. Ils lescontemple et demande d’un air indifférent : « Mais où est le Sauveur. » L’idée des deux larrons est laissée à deviner par les assisants, et c’est là l’essence du trait d’esprit.

La plupart des plaisanteries des salons, du théâtre, des journaux humoristiques, de l’esprit populaire, etc., ne sont que des allusions sexuelles plus ou moins lointainement voilées, car la sexualité est la chose à laquelle on pense toujours (dans son inconscience le plus souvent) et dont on ne parle jamais. Chez les adolescents, qui refoulent moins intensément que les adultes leur sexualité commençante, l’interprétation érotique est constante et la pansexualisation est une forme de pensée habituelle. La plaisanterie sexuelle, aussi voilée qu’elle puisse être, est une sorte d’agression sexuelle contre le sujet visé.

(41) L’esquisse de cette philosophie est contenue dans la sexualtheorie. A propos de la psychologie féminine, Maeder distingue deux types schématiques de femmes : le type maternel ou utérin (Gebârmuttertypus), caractérisé par la prédominance du complexe maternel, et le type clitoridien ou sexuel (Kitzlertypus), moins évolué vers la finalité psychosexuelle de l’être féminin et chez lequel il y a prédominance du complexe paternel.

(42) Maeder trouve, par exemple, dans les différents degrés ou qualités de l’évolution de la libido et de la Verdrangung sexuelle l’explication de la plupart des caractéristiques de la mentalité du peuple anglais, et étudie à ce point de vue : le rôle social des suffragettes, l’esprit de « management » de la femme anglaise, le flirt, le caractère masculin et brutal des danses, le goût artistique pour l’école de Botticelli, la mode de ne pas manger chez les jeunes filles, la fréquence du type féminin éphèbe « girl » et du type infantile « poupée « ; la pruderie du langage, la raideur des manières, l’économie apparente des affections, le goût du sport, l’intensité du décolleté mondain officiel, l’importance fétichiste de la chaussure, le luxe extraordinaire des w.-c., le culte de la propreté corporelle, la zoophilie, le culte des héros et l’orgueil national, le spleen, etc.

(43) C’est par symbolisation sexuelle, d’après Kleinpaul, nous donnons un sexe à chaque objet (le bâton, la vallée). C’est ce qui explique nos façons de nommer les constellations, empruntées aux rêves mythologiques primitifs, nos façons de nommer les particularités morphologiques de la terre, en géographie (mamelon, col, gorge, etc.), l’évident anthropomorphisme des sociétés primitives et des enfants. L’homme civilisé et éduqué s’écarte principalement de l’être primitif comme il diffère du névropathe: parle renoncement au symbolisme psychologique et par une surestimation secondaire des formes de pensée abstraite et dépouillée de tendances affectives.

(44) Pour expliquer certains cas où il a trouvé une étiologie sexuelle incomplète (états anxieux en rapport avec des états organiques d’épuisement [p. 466] nerveux ou d’artériosclérose, etc.), Freud a émis une restriction à cette théorie. Il y a des cas où l’épuisement nerveux a pour conséquence une insuffisance de la psyché, et c’est elle qui devient incapable d’élaborer l’excitation sexuelle somatique en satisfaction complète.

(45) Exemple d’analyse d’une obsession : une jeune fille est obsédée par la peur de causer le malheur de son père dans l’au-delà si elle épouse un monsieur X… — Cette idée symbolique se rattache en première origine à un sentiment de haine infantile contre son père, survenu un jour que celui-ci l’avait battue, sentiment qu’elle a depuis énergiquement refoulé avec remords. Pour arriver à l’obsession en partant de cet instinct inconscient, elle a dû adopter un procédé psychique (Gedankengang) complexe : 1° elle a généralisé son remords et l’a appliqué à beaucoup de cas, passés et futurs, dont celui-ci, le mariage avec un monsieur que son père peut ne pas aimer : Je serais furieuse si mon père refusait ce mariage et j’ éprouverais encore contre lui une haine, par suite un remords semblable à celui qui m’a fait autrefois souffrir (généralisation) : 2° elle a déplacé l’émotion ressentie à la suite du remords infantile sur l’idée inadéquate et inattendue, futile, qui l’occupe aujourd’hui : la simple possibilité d’épouser M. X… (déplacement) ; 3° elle a substitué à l’idée logique primitive qui la tourmentait, l’idée occasionnelle de son mariage (substitution) ; 4° elle a résumé dans une seule idée une série d’associations, de détails représentatifs, dont quelques-uns seulement subsistent (Zeremoniell), de [p. 468] suppositions, de sous-entendus : si mon père mourait…, mes souhaits de mort contre lui s’accompliraient, par suite de la réalisation de mes désirs malheureusement tout puissants (Ellipse), etc.
Comme la plupart des obsédés, cette malade est superstitieuse, s’occupe des problèmes de l’existence, de la mort, « comme un oiseau funèbre » (Leichenvogel). Ce complexe de la mort qui hante les névropathes a sa source dans les souhaits infantiles de mort (c’est-à-dire, pour penser comme l’enfant, de suppression vague), très familiers aux futurs obsédés à propos de tous ceux qui contrarient leurs exigences instinctives. Le sentiment général d’insécurité dans la vie, qui fait le fond de la psychologie du névropathe obsédé et concentré sur lui-même, serait en somme un reliquat du refoulement par le remords des instincts violents qui constellaient à l’origine sa mentalité enfantine.
La honte de soi n’est qu’une peur de laisser reconnaître par les autres son insuffisance ou ses désordres sexuels. L’hypocondrie est la crainte de leurs suites physiques ; l’angoisse sociale, la crainte de la punition sociale : On pourrait dire que tout l’état mental du psychasthénique dérive pour Freud d’un sentiment d’incomplétude ou d’insuffisance sexuelle.

(46) Un joli exemple de psychoanalyse, pratiquée par Freud chez line hystérique, a été publié eu France par Kostyleff. (Cf. Kostyleff, loc. cit. — FREUD, Bruchstûck einer hystérie analyse, in sam. kl. schrift,. Deuticke, Igog.) Les événements sexuels rencontrés à la base d’une névrose hystérique chez une jeune fille (crises de dyspnée, toux, aphonie, évanouissements, état mental dépressif), à la suite d’une longue psychoanalyse ayant utilisé l’exégèse des associations libres, des rêves, des Fehlhandlungen, etc., étaient : des reproches adressés de façon détournée au père d’avoir fait sa maîtresse d’une Mme K…, amie de la famille; un amour réprimé pour M. K… ; un désir d’attirer sur elle, par une demi-simulation, l’attention affectueuse du père ; l’idée que Mme K… en voulait à son père seulement pour son argent, et que celui-ci était impuissant; une jalousie incestueuse contre Mme K…, avec complication d’attraction homosexuelle vers elle ; la répression d’une habitude de masturbation infantile à forme urinaire; un choc émotif antérieur survenu par la perception fortuite du commerce sexuel entre les parents, etc., etc. C’est ainsi qu’elle traduisait symboliquement par des accès de toux et, en général, par des symptômes thoraciques et laryngés, l’idée de l’acte de satisfaction sexuelle [p. 470] par la bouche (associée, comme chez beaucoup de sujets, à l’idée de gosier, par suite de larynx), qui lui était venue à propos de celle du commerce de son père avec Mme K… Dans la suite, des traumas émotifs, rappelant cette association (maladie de Mme K…, par exemple), ramenaient une recrudescence des symptômes, lesquels, ignorés de la malade sous leur aspect originel, disparaissait au fur et à mesure de la découverte et de la mise au jour de ces événements.

(47) Exemple de traumas accidentels révélateurs d’un refoulement érotique : Une institutrice hystérique, qui avait souffert de rhinite, manifestait, par une hallucination obsédante d’odeur de brûlé, et quelquefois de tabac, le reliquat d’une récente émotion associée à une odeur accidentelle (elle avait été attendrie par des marques subites d’affection que lui manifestèrent les enfants de la maison au moment où l’entremets qu’elle faisait cuire se mettait à brûler). Freud découvrit ensuite un trauma antérieur associé à l’odeur de tabac (le père avait durement défendu, devant elle, pendant que quelqu’un fumait, qu’on embrassât les enfants). D’autres aventures lui furent encore révélées, et tous ces traumas avaient eu pour condition la profonde désillusion que la pauvre institutrice avait éprouvée en s’apercevant que le père des enfants, pour lequel elle avait de l’amour, avait renoncé à l’idée, qu’il avait d’abord manifestée, de la demander en mariage.

(48) Pratiquement, au contraire, et si on en juge par les exemples que donnent les élèves de Yung, il semble que les malades les plus caractéristiques, ceux qui leur servent à illustrer leur théorie, sont souvent des délirants polymorphes relativement peu atteints et encore proches des névropathes. L’autisme, l’introspection, l’ambivalence, l’aboulie, etc., des malades de Bleuler les rapprochent singulièrement des hystériques obnubilés, des psychasthéniques, des grands -obsédés.

(49) Exemple : Les désorientations délirantes témoignent fréquemment du désir qu’éprouve le sujet de n’être plus dans l’asile et de s’en aller. Le libidineux se transporte dans un paradis de Mahomet. Le dégénéré bègue et malingre se croit éloquent et immense. Une édentée décrit sa mâchoire merveilleuse. Le malheureux venu au monde faible et pauvre, mais avec des désirs puissants, se placera dans un monde hiérarchisé où il exercera sa suprématie, etc.

(50) Une malade test frappée par un infirmier : Elle le voit aussitôt tué et placé dans un cercueil. Toutes les personnes de l’entourage qu’elle croit être des causes de son internement deviennent des apaches, des bandits, des animaux féroces, etc., etc.

(51) I. Un malade croit assister à un coït quand on le sonde. Une autre voit dans telle ou telle pratique médicale un attentat sexuel de la part du médecin. Un autre cultive toute la journée des plantes dans le jardin de l’asile, car elles symbolisent pour lui l’organe sexuel. Un autre se croit un grand édifice, l’asile lui-même, et toutes les parties de l’asile ont une signification d’organes, dépendant tous de son sexe.

(52) Une femme brisait des verges à un cognassier pour indiquer qu’elle était quitte avec le pasteur (cognassier, en allemand, se dit quittenbaum). Elle les jetait dans le ruisseau pour symboliser qu’elle se défaisait de ses péchés.

(53) Une vieille démente de Yung se frictionnait les mains depuis des années, jusqu’à production de durillons énormes, et en prononçant un jargon incompréhensible : on put reconnaître là fortuitement, par l’enquête, le résidu moteur d’un geste familier aux cordonniers et reconstituer l’origine reculée de ce geste dans un acte délirant qui exprimait, au début de la maladie, une aventure amoureuse malheureuse avec un fiancé cordonnier.
Un malade, au milieu d’un délire actif mais insoupçonné, s’agitait en une [p. 474] gymnastique incohérente, appelée « catatonique ». On apprit, par la psychoanalyse pratiquée durant une rémission, que c’étaient des gestes symbolisant un désir antérieur (le malade, chétif et laid, déçu dans un violent amour, se croyait musculairement puissant et paraissait en gymnasiarque devant la femme aimée, etc.).

(54) Je suis Socrate, disait une vieille démente, la chair la plus délicate et le monde artiste le plus fin. Je fais l’œuvre du musée de l’Escargot, Marie Stuart, la Loreley, suisse, grue, cloche de Schiller, le docteur H…, la clef principale, le monopole. » Traduction psychoanalytique : « Je suis la meilleure tailleuse de la ville (elle est couturière), je fais des modèles qui sont avantageux et usent peu d’étoffe, j’ai la clientèle de la classe élégante de Zurich (celle qui fréquente la « Maison de l’Escargot », près du musée de Zurich). Malgré cela, je souffre, parce que personne ne peut me comprendre, je devrais être en liberté, car je ne suis pas coupable. Je suis excellente ouvrière et devrais être riche et heureuse au lieu d’être pauvre et sans famille (Yung). »

(54) Un malade de Yung se réveille, après des mois de délire agité, un jour qu’il voit, dans un ravissement soudain, apparaître auprès de lui sa fiancée perdue, et entre au même moment dans un état de rémission non différent de l’état de santé.

(55) Exemple : Un professeur de quarante-sept ans, ayant avoué de forts besoins sexuels, se croyait persécuté par ses élèves, l’administration, les francsmaçons, les syndicalistes, etc., depuis un jour où un événement fortuit était venu réveiller des tendances homosexuelles inconscientes refoulées (il avait dû coucher à l’hôtel avec son fils et avait constaté le lendemain avec un très fort dégoût qu’il avait eu une pollution nocturne) (Morichau-Beauchant).

(56) Jones a voulu établir qu’une hypomaniaque de trente-neuf ans avait développé ses troubles de déséquilibre mental en les déduisant d’un conflit entre des idées érotiques persistantes et un remords touchant ses irrégularités génitales. Maeder a décrit une crise de dépression mélancolique anxieuse, survenue chez un paysan de quarante-deux ans, héréditairement taré, onaniste, impuissant, ayant de la répulsion pour sa femme et affirmant des tendances homosexuelles inavouées à la suite de la perte, par internement, de son beaupère, sous la domination sentimentale duquel il s’était placé, etc.

(57) I. FERENCZI. Introjektion und Ubertragung. Deuticke, 1909. — MORICHAU-[p. 480]BEAUCHANT. Le rapport affectif dans la cure des psychonévroses. (Gaz. des hôp., 15 nov. 1911.)

(58) « Le médecin, dit Ferenczi, est un des revenants dans lesquels le névropathe espère retrouver les visages disparus de l’enfance. »

(59) Les élèves de Freud voient naturellement dans le feu de leurs adversaires les manifestations d’une répression sexuelle, qui ne s’avoue pas à elle-même. On pourrait de même — pour parler le langage freudique — reconnaître chez les trop ardents défenseurs du pansexualisme les effets affectifs, traduits dans le domaine de la critique scientifique, d’une dérivation de tendances érotiques incomplètement sublimées et libéralement exprimées.

(60) BLEULER. Sur la Psychoanalyse de Freud. Deuticke, 1910.

(61) Voir les critiques formulées par : Aschaffenburg, Weygandt, S. Meyer, Hoche, Isserlin, Alt, K. Mendel, Heilbronner, etc., et la discussion qui a suivi la lecture du rapport de De Montet à la Société suisse de neurologie les 4 et 5 mai 1912.

(62) J. Il suffit de rappeler les opinions de Pitres et Régis sur le rôle des [p. 541] traumas psychiques dans la nature clinique de l’idée obsédante ou de la phobie, celles de P. Janet et de son école sur l’obsession symbole de sentiments d’insuffisance subjective, celles des aliénistes d’aujourd’hui (Vallon, Marie, Legrain, Sérieux, Dromard, Séglas, Régis, Ballet, Dupré, etc.) sur le symbolisme des délires, considérés comme des réalisations de tendances plus ou moins constitutives de la personnalité… De même, en ce qui concerne la signification des rêves, on pourrait rapprocher de l’idée de Freud l’opinion exprimée par le sens commun, qui donne au mot « Rêve» la double signification de «réalisation imaginative de désirs », et de « rêve du sommeil ».

(63) Cette idée que le délire toxique est un rêve est actuellement acceptée par tous en psychiatrie. Certains délires toxiques, dont le malade peut avoir, après guérison, conservé le souvenir, sont, plus encore que les délires analysés par les Freudistes chez leurs déments précoces, des rêves, de même nature apparente que le rêve normal : on y retrouve les mêmes images et le même « contenu manifeste », pour parler suivant l’expression de Freud.

(64) FREUD ne veut pas faire entrer les délires des intoxications dans ses psychonévroses, car il n’est pas encore arrivé à retrouver la psychogénèse d’un [p. 544] délire de ce genre. Mais, si le délirant alcoolique, racontant son rêve délirant après guérison, peut fournir seulement un très petit nombre d’explications de ces scènes oniriques par la méthode des inspirations, on peut, du moins, dans certains cas de reconstitution détaillée du délire vécu par le malade, retrouver des symboles tout à fait semblables à ceux rapportés par Freud dans ses recherches sur les rêves. Ce symbolisme représente évidemment une réalisation de complexes. Mais peut-il expliquer la rétention urinaire et les symptômes objectifs de la psychose?
Il nous semble, de même, très difficile d’expliquer, à l’aide de la doctrine freudique, les délires des maladies organiques, que Freud rejette sans doute, mais que l’expérience clinique nous apprend être reliés, par tous les intermédiaires possibles, avec les délires des psychonévroses. Sans prendre comme exemples tous les délires des déments précoces, chez qui Freud voit des névropathes, on rencontre chez les paralytiques généraux des délires, vaniteux ou autres, réalisant manifestement des tendances antérieures plus ou moins subconscientes : cela ne dispense nullement la psychologie pathologique de faire intervenir au premier rang des causes de ces délires les causes organiques.
Dans l’épilepsie, enfin, les élèves de Freud ont montré l’intensité des perversions sexuelles. L’épileptique refoule fort peu et il est pourtant très malade. Sa maladie épileptique s’explique donc par tout autre chose que par le refoulement instinctif. Comment trouver alors dans une psychogénèse les causes de certains de ses symptômes à contenu psychique très riche, comme les idées fixes, obsessions, hallucinations, délires, états oniriques et somnambuliques, etc., etc. ?

(65) Nous faisons surtout allusion aux « pensées sexuelles involontaires » fait psychique normal, pouvant devenir très facilement chez les obsédés le point de départ de scrupules.

(66) Il est si facile de tout expliquer, dans le rêve, par la f. Wunscherfiillüng » ! Il n’est pas jusqu’à la crainte d’un objet, ou la peur de voir s’accomplir un événement, qui ne puisse se traduire par un désir : celui de ne pas se représenter l’objet ou de ne pas voir arriver l’événement. C’est ce que Freud appelle le « changement de signe de l’affekt » et l’expression du désir par son contraire (ex contrario). On pourrait ainsi, en fin de compte, expliquer par le « désir B toutes les émotions possibles. Les faits affectifs ne sont-ils pas tous réductibles, en dehors de la conscience subjective, à des phénomènes de mouvement, d’attraction et de répulsion ? Mais c’est là une explication théorique ou philosophique, qui peut donner lieu à des quantités d’erreurs d’interprétation dans la pratique.

(67) Voyez, par exemple, les Fragments d’une psychoanalyse d’hystérie de Freud lui-même (cf. Bibliographie). Quand Freud nous assure, à propos de [p. 550] sa malade, qu’une scène d’incendie en rêve est un rappel d’une incontinence d’urine infantile, qu’une forêt épaisse est le symbole du pubis féminin, que le mot Bahnhof (cimetière) peut rappeler celui de Vorhof (vestibule, symboliquement vagin), à cause de l’assonance, que le mot puissant (riche) rappelle, chez sa jeune malade, le mot impuissant (sexuel), etc., on se rend bien compte de la nature hypothétique de cet art de la symbolique sexuelle. La doctrine de Freud est, heureusement pour son avenir scientifique, faite de conceptions plus satisfaisantes pour l’esprit, et ce n’est pas sur de tels détails, qui paraissent d’autant plus infimes que les critiques les présentent isolés, qu’il faut juger la valeur générale de la théorie.

(68) FREUD, élève de Charcot, a développé ses théories à peu près parallèlement aux conceptions de M. P. Janet. De grandes analogies rapprochent ces deux auteurs, malgré leur apparente divergence d’opinions — laquelle se résume, en ce qui concerne les psychonévroses, dans la différence du point de vue, dynamique pour Freud, statique pour Janet, à travers lequel ils envisagent la psychologie. Tous deux enseignent que les névroses sont des maladies de développement ; qu’il y a dans l’hystérie, insuffisance du champ de la conscience(acquis, par mauvaise utilisation dynamique des forces instinctives, pour Freud, — congénital, par déséquilibre statique entre les éléments conscients et inconscients, pour Janet) ; que les névropathes sont des inadaptés à la réalité, qu’ils utilisent incomplètement leur affectivité, par exemple en la dérivant en émotion anxieuse, qu’il expriment leur insuffisance subjective par des symboles (obsessions, délires), que l’exploration médicale doit procéder par analyse idéogénétique d’un symptôme, etc.
D’ailleurs, la plupart des idées qui ont servi de base aux doctrines de Freud se trouvent en germe dans la psychologie récente. Citons par exemple : l’idée du trauma affectif dans l’hystérie (Charcot), le rôle des incidents du développement dans l’orientation des goûts affectifs et sexuels de l’adulte (Binet, Féré, Garnier, etc.), le rôle des tendances dans le plaisir et la douleur (Ribot), la nature quantitative du sentiment, positif ou négatif suivant qu’il trouve ou non à se dépenser (Grote), la notion de déplacement ou de transfert de sentiment (Lehmann, J. Sully, Malapert…), la conception intuitionniste et identificationniste de l’art, considéré comme une insertion, une projection de l’esprit dans les choses, une symbolisation des objets (Bergson), la notion de l’inconscient, [p. 554] considéré comme la plus grande partie de notre être psychique et agissant sans cesse sur notre activité consciente (Ribot, Janet, Binet, Bergson, etc.). Le principe de la conception psychodynamique de l’activité psychique est contenu dans ce résumé de Bergson : « Tout entier (le passé) nous suit à chaque instant. Ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre première enfance est là. penché sur le présent qui va s’y joindre, pressant contre la porte de la conscience, qui voudrait le laisser dehors. Le mécanisme cérébral est précisément fait pour en refouler la presque totalité dans l’inconscient et pour n’introduire dans la conscience que ce qui est de nature à éclairer la situation présente… Tout au plus des souvenirs de luxe arrivent-ils par la porte entrebâillée, à passer en contrebande. Ceux-là, messagers de l’inconscient, nous avertissent de ce que nous traînons derrière nous sans le savoir… Que sommes/ nous, en effet, qu’est-ce que notre caractère, sinon la condensation de l’hisv toire que nous avons vécue depuis notre naissance… Notre passé se manifeste intégralement à nous par sa poussée, et sous forme de tendance, quoiqu’une faible part seulement en devienne représentation. » (Évolution créatrice, 13e éd., p. 5.)

 

 

 

 

 

 

 

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