Edgar Bérillon. Auto mutilation survenant sous l’influence de rêves, chez un hystéro-épileptique.] Extrait de la « Revue de l’Hypnotisme », (Paris), I, n°3, 1899-1900, mai 1900, p. 278.

Edgar Bérillon. Auto mutilation survenant sous l’influence de rêves, chez un hystéro-épileptique.] Extrait de la « Revue de l’Hypnotisme », (Paris), I, n°3, 1899-1900, mai 1900, p. 278.

 

Just Edgar Eugène Bérillon (1859-1948). Neurologue de formation, spécialisé en hypnotisme expérimental (hypnose), Bérillon est le principal disciple et collaborateur de Victor Dumontpallier au sein de l’École d’hypnologie de la Pitié. 

Secrétaire général de la Société d’Hypnologie et de Psychologie il enseigne l’hypnotisme et ses applications thérapeutiques à l’École de psychologi, à l’École pratique de la Faculté de médecine, et fonde en 1887 et dirige la « Revue de l’Hypnotisme ». Il est en outre le fondateur de la Société de pathologie comparée. Bérillon occupe également les fonctions de Médecin-Inspecteur des Asiles publics d’aliénés, et dirige à partir de 1901 un établissement médico-pédagogique consacré à l’éducation et au traitement des enfants et des adolescents anormaux, à Paris. Il se positionne comme adversaire convaincu de consommation du vin. Enfin il défend des théories fumeuses, sur la « Bromidrose fétide » ou encore « la Polychésie » de la « race allemande ». De ce fait, Bérillon échappa de peu à la déportation sous l’Occupation. 

La photographie représente Edgar Bérillon, lors d’une séance de traitement d’un alcoolique par l’hypnotisme (reproduite avec l’aimable autorisation de la B.I.U.M., Paris).

Quelques publications :
— La Léthargique des Thenelles. Article parut dans la « Revue de l’Hypnotisme », (Paris), première année, 1887-1888, pp. 289-296. [en ligne sur notre site]
— Les indications formelles de la suggestion hyonotique en psychiayrie et neuropathologie. Extrait de la Revue de l’Hypnotisme. Paris, Aux bureaux de la Revue de l’Hypnotisme, 1891.
— La science de l’hypnotisme. L’hypnotisme expérimental. Paris, Librairie Jouve et Cie, 1944. 1 vol. in-18, XX, 262 p. 1 fnch.
— De la suggestion et ses applications à la pédagogie, avec quatre figures dans le texte. Extrait de la Revue de l’Hypnotisme. Paris, Aux bureaux de la Revue de l’Hypnotisme et Jacques Lechevalier, 1888. 1 vol. 15/23.5 [in-8°], 16 p.
— Histoire de l’hypnotsime expérimental. 1°. Les précurseurs. – 2°. L’œuvre de Charcot à la salpêtrière et de Dumontpallier à la Pitié. Conférence faite au deuxième Congrès de l’Hypnotisme, avec 21 figures dans le texte. Extrait de la Revue de l’Hypnotisme. Paris, Revue de l’Hypnotisme et Vigot Frères, 1902. 1 vol.
— Dédoublement de la personnalité et phénomènes subconscient, provoques par des manœuvres de spiritisme. Article paru dans la revue « Annales médico-psychologiques », (Paris », huitième série, tome dix-huitième, soixante et unième année, 1902, page 516. [en ligne sur notre site]
— Hypnotisme et suggestion. Théorie et applications pratiques avec 12 figures dans le texte. Conférence recueillie par Henri Crouigneau. Paris, Société d’Editions Scientifiques, 1891. 1 vol. 14/22.5 [in-8°], 39 p.
— Hypnotisme expérimental. La duélité cérébrale et l’indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux. Précédé d’une lettre préface de M. le Dr Dumontpallier. Paris, A. Delahaye et E. Lecrosnier, 1884. 1 vol.
— Hypnotisme expérimental. Application de la méthode graphique. Influence de la suggestion hypnotique sur la circulation. Extrait du Bulletin de la Société de Médecine et Chirurgie pratiqu-Paris, Revue et l’Hypnotisme et Vigot Frères, 1903. 1 vol.
— L’aphronie et les anomalies du jugement. Leur traitement par la méthode hypno-pédagogique. Extrait de la Revue de l’Hypnotisme. Paris, Revue de l’Hypnotisme, 1913. 1 vol.

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Nous avons gardé l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de l’original. – Les images ont été rajoutées par nos soins. . – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

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Auto mutilation survenant sous l’influence de rêves
chez un hystéro-épileptique.

par M. le Dr Edgar Bérillon.

Le malade que je présente à la société est un cultivateur, âgé de 31 ans, qui depuis quelques années est sujet à des crises dans lesquelles il se livre sur lui-même des mutilations très graves. Voici les conditions dans lesquelles il se livre à ces actes impulsifs assez fréquemment.

Le matin, quelques minutes après son réveil, il se met à pousser des cris d’effroi et on le voit commettre d’une façon inconsciente des tentatives de suicide qui n’aboutissent qu’à des mutilations. Dans une de ces circonstances, il s’est frappé le crâne avec une hache et à saigné abondamment ; une autre fois, il a essayé avec ses doigts de s’arracher l’œil droit de l’orbite et, comme il n’y parvenait pas, il recourt à son couteau, la cornée porte les traces de ces blessures et il a complètement perdu la vue de cet œil.  Il s’est arraché coup sur coup sept dents avec des tenailles. Dans le cours d’une crise, un beau jour, il saisit ses organes génitaux dans les mains et les tira fortement comme pour les arracher ; parfois aussi, il fait pénétrer sa main dans l’arrière-gorge qu’il laboure jusqu’au sang ; une fois il avança la langue entre les dents, puis frappa violent coup de poing de bas en haut sur la mâchoire inférieure,  la langue fut profondément coupée par les dents et la blessure que le siège d’une hémorragie abondante. Quand il réalise ces actes, il éprouve aucune souffrance ; il éprouve même une sorte de satisfaction de les avoir accomplis. Ces crises ne sont jamais accompagnées de perte de connaissance, ni d’écume à la bouche, ni de mictions involontaires. Elles reproduisent un rêve survenu pendant la nuit, rêve dans lequel il croit exécuter ces actes.

Ce malade a été soumis au traitement hypnotique.  Dès le lendemain de la première séance, il a encore eu des idées d’auto-mutilation, mais ses mains se sont paralysées et lui ont refusé tout service, ainsi que je l’avais expressément suggéré. Actuellement ce malheureux qui, dans son pays, en province, est devenu un objet de scandale et d’horreur pour ses concitoyens peut être considéré comme guéri. Les crises se sont atténuées progressivement et il ne s’est plus livré aux mêmes actes d’automutilation. Son état mental s’est modifié dans le sens le plus favorable. Il est devenu sociable, a repris ses relations avec ses voisins qu’il évitaient et il a retrouvé sa gaieté et son aptitude au travail. C’est par l’inhibition des rêves, réalisée par la suggestion hypnotique, ainsi qu’à des exercices mécaniques, ayant pour but de créer le pouvoir d’arrêt dans les centres moteurs des membres supérieurs qu’il faut attribuer la guérison de ces impulsions.

 

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