Charles Ladame. La sexualité dans les névroses. Partie 2. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 157-180.

ladamepsychanalyse2001Charles Ladame. La sexualité dans les névroses. Partie 2. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 157-180.

Cet article paru en deux parties, se trouve parmi les six premiers parus en français sur la psychanalyse, avant même celui de Régis et Hesnard, paru quelques mois plus tard. 

Charles Madame (1879-1949). Etudes de médecine à l’université de Lausanne. Médecin-adjoint à la clinique Sankt Pirminsberg (Pfäfers) de 1905 à 1924, directeur de l’asile psychiatrique de Bel-Air (Genève) de 1925 jusqu’à sa retraite en 1939. Professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Genève. Partisan de la thérapeutique par le travail, privilégiant la relation entre le patient et le médecin, L. entreprend de réformer l’institution psychiatrique et de favoriser la réinsertion des malades. Dès 1918, il réunit une collection de peintures, dessins et sculptures de patients et aménage en 1927 un petit musée dans un pavillon de Bel-Air. Dans ses articles et conférences, il soutient l’idée que la maladie mentale peut libérer des potentialités artistiques. Jean Dubuffet le rencontre lors de son voyage en Suisse en 1945 : leur communauté de vue sur ce qui allait s’appeler l’art brut décide Ladame à faire don d’une quarantaine d’œuvres signées notamment Robert Gie, Julie Bar, Jean Mar, Joseph Heu et Berthe U. Elles allaient constituer l’un des noyaux de la Collection de l’art brut de Lausanne. (Historisches Lexikon der Schweiz).
Quelques publication :
— La sexualité dans les névroses. Partie 1. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 51-72. [en ligne sur notre site]
— La sexualité dans les névroses. Partie 2. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 157-180. [en ligne sur notre site]
— Homosexualité héréditaire et homosexualité acquise.-Lyon, 1914.
—  Guy de Maupassant. Lausanne, 1919. 1 vol. in-8°,
— A propos de la folie religieuse. Paris, Masson et Cie, 1921.
— La thérapeutique des maladies mentales par le travail. Extrait du Congrès des Médecins Aliénistes et Neurologiste de France… XXX session. Genève-Lausanne, 1926. Paris, Masson et Cie, 1926. 1 vol. in-8°, 36 p.

[p. 157]

NÉVROSES ET SEXUALITÉ (1) (2)

par

Le Dr Paul-Louis LADAME
(De Genève.)
(Suite et fin.)

Les partisans les plus sérieux de Freud se voient obligés de faire eux-mêmes des réserves. A la suite de l’article que nous avons mentionné, Löwenfeld dit qu’il ne doute pas que Freud ait trouvé l’étiologie sexuelle dans tous les cas qu’il a examinés, mais que l’on commettrait certainement une erreur en généralisant cette théorie. Elle lui paraît tout au moins douteuse (fraglich). Löwenfeld rappelle à ce propos les épidémies d’hystérie qui se sont propagées surtout par suggestion et imitation.

Quant à la névrose d’obsession, on connaît les opinions de Löwenfeld à son sujet (3). Il ne parle qu’au conditionnel des rapports possibles de cette névrose avec une origine sexuelle. Ses propres expériences ne lui en ont pas fourni la preuve rigoureuse. Cependant, ajoute-t-il, après avoir compulsé de nouveau mes observations, j’ai eu l’impression (der Eindruck) qu’elles pouvaient s’accorder avec les points essentiels de la supposition de Freud. Toutefois, il ne s’agit que des cas peu nombreux d’obsessions spontanées. Dans tous les autres cas, de beaucoup les plus fréquents, où les obsessions compliquent la neurasthénie, l’hystérie, la névrose d’angoisse, la mélancolie, etc., il s’agit d’autres causes que celles invoquées par Freud. Telle est la conclusion de Löwenfeld, qui passe cependant aux yeux de beaucoup d’adversaires de Freud, comme l’un de ses plus chauds partisans.

Notre compatriote Bleuler, de Zurich, le chef de cette école célèbre, [p. 158] qui a écrit la plus belle et la plus impartiale défense de la doctrine freudienne, ne se prononce pas non plus catégoriquement dans l’épineuse question de l’étiologie sexuelle des névroses et psychoses (4).

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Geluck.

« Je sais, dit-il, que Frank et Bezzola ont traité avantageusement par l’analyse (ou plutôt par leur méthode dite de synthèse) des névroses, sans heurter le complexe sexuel, et moi aussi je suis toujours encore enclin à admettre — rarement, il est vrai, mais cependant dans certaines circonstances — que d’autres complexes d’égale valeur ont causé les symptômes morbides. »

Après une discussion intéressante de la question, Bleuler conclut prudemment

« Il résulte de tous ces arguments, pensons-nous, qu’il y a cependant beaucoup de vrai derrière les conceptions séculaires de l’origine de l’hystérie, chez les peuples les plus divers ; nous laisserons à l’avenir de décider la part de vérité qui s’y trouve. »

Le temps qui m’est réservé ne me permet pas de citer les nombreux auteurs qui ont fortement combattu la doctrine pansexuelle de Freud. Tous proclament à l’envi que l’étiologie sexuelle exclusive des névroses ainsi généralisée et imposée comme un dogme, un article de foi, devient une doctrine fausse et dangereuse (5).

Pour ma part, après avoir lu tous ces débats, après avoir examiné sans parti pris et sans passion le pour et le contre, après avoir consulté mon expérience personnelle sur ces questions, qui remonte à une [p. 159] pratique médicale de quarante-sept années, je ne puis mieux faire, pour exprimer ma pensée, que de reproduire les paroles suivantes de feu Felix Niemeyer (1) mort le 14 mars 1871, autrefois professeur de clinique médicale à Tubingue, dont la fameuse « Pathologie interne » a été pendant des années le livre de chevet des médecins mes contemporains.

« C’est faire preuve d’un esprit étroit et frivole, disait-il, et se montrer bien peu au courant de tout ce qui concerne la nature de la femme, que d’attribuer sans examen tous les cas d’hystérie, où il est impossible de constater des maladies de texture des organes génitaux, à une exaltation de l’instinct génital ou à une satisfaction anormale donnée à cet instinct. Je me sens certainement libre d’optimisme, et je penche plutôt vers une manière de voir opposée, mais jamais je ne croirai que toutes les veuves et toutes les vieilles filles atteintes d’hystérie bien prononcée, et chez lesquelles on ne peut trouver aucune maladie de texture des organes génitaux, sont malades uniquement parce qu’elles sont forcées de refréner leur lubricité, ou parce qu’elles la contentent d’une façon anormale. »

Ces paroles, prononcées contre les médecins freudistes avant la lettre, qui sont de tous les temps, ont conservé toute leur actualité.

On s’est demandé comment il se faisait que Freud, dont on doit reconnaître la parfaite sincérité et le génie d’observation psychologique, a pu arriver a découvrir chez tous ses malades l’origine de leurs névroses dans les troubles de la sexualité.

Löwenfeld (6) pense que la seule explication possible d’un fait aussi bizarre, c’est qu’un singulier hasard a conduit chez Freud un « matériel » de malades qui présentaient uniquement cette étiologie spéciale.

Aschaffenburg (7) n’est point de cet avis. Sans doute, dit-il, la réputation de Freud lui amène surtout des malades de ce genre. Mais il doit certainement en voir d’autres aussi. Ceux qui vont le consulter savent d’avance quelle sorte de questions le professeur va leur poser. Ils lui parlent d’emblée de leur vie sexuelle. Au moindre mot qui peut s’y rapporter, Freud l’arrête au passage, le cloue, le fait entrer dans l’association sexuelle et la constellation est fabriquée. Ce n’est pas plus difficile [p. 160] que ça ! L’’influence toute-puissante que Freud exerce sur ses malades leur crée une véritable autosuggestion. Ils ont foi aveuglément en leur médecin, et voilà pourquoi le professeur de Vienne trouve nécessairement toujours l’étiologie sexuelle, car il ne lâche plus ses clients jusqu’à ce qu’ils aient avoué. C’est un travail d’inquisiteur qui peut durer des mois et des années. Freud dit lui-même qu’il ne faut pas faire de psychoanalyse chez les sujets âgés de plus de cinquante ans, car les « constellations » sont alors si nombreuses et si compliquées que le reste de la vie, jusqu’à une vieillesse avancée, ne suffirait souvent pas à les débrouiller.

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Paranoia by Valentinakaolias.

Friedländer (9) ne partage pas non plus l’opinion précitée de Löwenfeld, mais pour d’autres motifs qu’Aschaffenburg.

Il croit, avec certains auteurs, qu’il y a à Vienne une atmosphère sexuelle spéciale, une sorte de génie (ou démon) local, qui règne épidémiquement sur la population ; c’est pourquoi celle-ci accorde une grande importance aux questions relatives à la sexualité. Je ne suis pas loin de partager cette opinion depuis un séjour de quelques mois que j’ai fait en 1866 dans cette joyeuse capitale. On sait que la prostitution est extrêmement répandue à Vienne. Weininger, un Viennois dont l’opinion est très sujette à caution, comme nous allons le voir, prétend que la moitié des femmes sont des prostituées, et Freud nous rapprend que, dans plus de la moitié des cas de névroses qu’il a traités par la psychoanalyse, les pères de ses malades étaient syphilitiques, de sorte qu’il en est arrivé à considérer la constitution sexuelle anormale de ses névrosés comme le dernier reliquat d’une hérédité syphilitique.

Friedländer ajoute une observation remarquable ; il affirme que Freud a entretenu avec le docteur Weininger les rapports scientifiques les plus étroits. Or, dit-il, le livre pathologique de Weininger ne pouvait fleurir que sur le sol viennois. Ce livre d’une sexualité morbide si accentuée, a eu jusqu’à dix éditions en peu d’années. Pendant longtemps, à Vienne, on ne parlait que de lui, on ne s’occupait pas d’autre chose (10). [p. 161]

Voici quelques échantillons de ce livre extravagant. Au chapitre X intitulé : « Maternité et prostitution », le plus écœurant, dit Möbius, Weininger traite la femme et particulièrement la mère avec le plus grand mépris. « Les femmes les plus intellectuelles, dit-il, toutes celles qui sont devenues les muses de l’homme, appartiennent à la catégorie des prostituées. Les hommes éminents n’ont jamais aimé que des femmes stériles, des prostituées… La paternité terrestre est illogique et immorale. Aucun homme n’est jamais sûr d’être le père de son enfant. Le croire est une misérable illusion. La mère peut être coïtée partout et par tous. Un mot, un regard peut la posséder… La prostituée est la femme par excellence, car pour elle le coït est son but à lui-même, tandis que pour la mère le coït est la fonction transcendale de la femme… Féminité signifie maquerellage. Toute fécondité est dégoûtante… Au centre de l’enfer du Dante, se trouvent les parties génitales de Lucifer… La femme est le péché de l’homme, etc. »

Möbius (11), qui avait publié, trois ans auparavant, son fameux pamphlet sur la « Débilité mentale physiologique de la femme », se sentit touché désagréablement par le livre de Weininger. Il y vit comme une sorte de caricature monstrueuse des idées qu’il avait défendues, et critiqua sévèrement le jeune philosophe viennois dans les « Schmidt’s Jahrbücher », en lui tirant un peu les oreilles, comme il le dit. Il ne se borna pas à cette critique, mais publia peu après une brochure où il reprit en détail le livre de Weininger, chapitre après chapitre, afin d’en montrer le caractère scolastique. Il termine en disant que ce jeune homme, si intelligent, ferait mieux d’écrire des « feuilletons » que de s’occuper de biologie. L’auteur, piqué au vif, somma Möbius de se rétracter, en lui fixant trois semaines pour s’exécuter, sinon il le menaçait d’un procès.

Une étude psychiatrique fort intéressante du « Cas Otto Weininger » fut publiée peu après par le Dr. Ferdinand Probst, de Munich (12), auquel Löwenfeld avait transmis les documents de première main qu’il possédait. Nous ne pouvons que signaler en passant cette étude qui jette un jour inattendu sur l’œuvre et la personne du jeune philosophe de Vienne. Probst conclut que c’était un dégénéré supérieur au sens de Magnan, hystérique, d’un tempérament très érotique, suspect d’excès [p. 162] vénériens, et qui finit par être atteint de psychose maniaque-dépressive. Il se suicida d’un coup de revolver pendant une période de dépression mélancolique.

Le docteur Nystrom, de Stockholm (13), affirme que Weininger avait la manie de la pureté (!) et qu’il s’est suicidé pour ne pas être impur. Il l’appelle « un ascète pathologique prématuré ». Sa continence(!?) et le mépris qu’il professait pour l’amour, dit cet auteur, le portaient à exprimer sa haine pour la femme dans un insupportable langage.

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*    *

Du moment qu’il accordait une importance majeure à la constitution psychosexuelle, Freud devait se préoccuper du mode de formation de cette constitution. Il rechercha donc les lois du développement sexuel dans la première enfance, et il trouva que la sexualité, très accentuée dès la naissance, se compose à l’origine d’instincts parcellaires, en relations avec diverses : zones érogènes (14). Si l’une de ces zones, celle de la bouche par exemple, ou celle de l’anus, se développe extraordinairement, l’équilibre est rompu et la sexualité normale est compromise. Cette dernière résulte du développement harmonique des instincts parcellaires qui se fusionnent au moment de la puberté, avec prédominance de la zone génitale. Si donc, dans l’enfance, une des zones érogènes dont nous venons de parler prend un développement extraordinaire, et empiète sur les autres, il se produira deux conséquences différentes suivant les cas. Premier cas : l’instinct parcellaire, en rapport avec la zone érogène hyperesthésiée, n’est pas combattu par l’individu chez lequel il s’est développé, et qui lui lâche la bride. Nous avons alors affaire à un perverti sexuel. Ou bien (second cas), cet instinct est refréné, refoulé par la conscience du malheureux qui en souffre, ce qui aboutit à la névrose. C’est ainsi que Freud a pu dire que l’on trouve les mêmes instincts anormaux dans les perversions et dans les névroses, de telle sorte que ces dernières sont le négatif des premières.

On aura beau étendre à l’extrême le sens de la sexualité, on ne fera jamais croire à un biologiste, à moins de confondre toutes les fonctions physiologiques différenciées, que la béatitude du poupon, qui vient de s’endormir sur le sein de sa mère après une bonne tetée, est l’expression [p. 163] de la détumescence d’un orgasme sexuel. C’est cependant l’enseignement de l’école freudienne. A force de déformer les observations, on en arrive à ne voir dans l’innocent bébé qu’un monstre moral « polymorphe pervers », suivant les termes de Freud. On l’a dit depuis longtemps :

Il y a dans tout homme un cochon qui sommeille.

Les liturgies des églises protestantes orthodoxes disent que nous sommes « conçus et nés dans le péché et dans la corruption ». Dickens, dans « David Copperfield »,y fait allusion lorsqu’il dit : « La sombre théologie des Murdstone leur faisait envisager tous les enfants comme une race de petites vipères… et, à les croire, ils n’étaient bons qu’à se corrompre mutuellement. »

Nous savons que le nouveau-né porte en lui tous les germes bons ou mauvais de ses tendances héréditaires, mais c’est une grande exagération d’accorder indistinctement à tous les enfants au berceau les dons funestes de la méchante fée Carabosse, à l’exclusion de ceux des bonnes fées. Nous comprenons le cri de protestation de Kurt Mendel qui exprime sa critique des plus récents travaux de l’école freudienne touchant la sexualité infantile et Pérotisme anal, dans une prosopopée vibrante (15).

« Toi, pauvre bébé, s’écrie-t-il en contemplant son babi dormant, je m’imaginais que tu étais pur et chaste, je sais maintenant que tu es vicieux et que tu abondes en péché ! Tu mènes une vie sexuelle depuis le premier jour de ta naissance ; tu es maintenant exhibitionniste, fétichiste, sadiste, masochiste, analérotique, onaniste, bref, pervers-polymorphe. Il y a à peine parmi les adultes un don Juan dont la fantaisie érotique pourrait se mesurer avec les produits de ton cerveau enfantin. Car tu es lourdement taré. On célèbre l’ordre et l’économie de ton père, mais les freudistes le tiennent pour entêté parce qu’il ne veut absolument pas admettre leur doctrine. En tant qu’homme ordonné, économe et obstiné, c’est un rude érotique anal. Ta mère fait la lessive toutes les quatre semaines, c’est la réaction féminine spécifique de l’érotisme anal refoulé. Peut-être n’as-tu pas voulu aller sur le pot avant de te coucher ; tu as refusé de vider ton rectum, parce que tu espères tirer une jouissance voluptueuse de ta défécation. Voilà pourquoi tu trouves du plaisir à retenir tes excréments. Autrefois, ton père disait simplement à la maman : le petit est constipé, donne-lui un peu de poudre laxative.— Fi donc ! Que j’étais alors vicieux, sans vergogne, un véritable proxénète, séducteur, poussant à la luxure. Tu n’auras plus comme auparavant [p. 164] ton baiser de « bonne nuit », car une semblable caresse de ma part risquerait d’éveiller ta sexualité. — Ne me dis plus dans ta prière du soir : « Je suis petit, mon cœur est pur » (Ich bin klein, mein Herz ist rein), car tu en aurais menti. — Souviens-toi que tu es « perverti-polymorphe » par moi, par ta mère et par toi-même. Pauvre petit Bébé ! »

Nous devons reconnaître cependant qu’il y a bien du vrai dans les observations de Freud, à condition qu’on les limite à quelques cas particuliers et qu’on n’en fasse pas une règle générale. L’histoire du petit Hans est caractéristique sous ce rapport (16). Ce petit garçon commence à se masturber à trois ans et demi, et ne se préoccupe bientôt plus que de son « wiwimacher » (pénis). Comme il répétait tous les soirs ses mauvaises habitudes, sa mère lui dit que c’était « une saleté de toucher son wiwimacher, et que s’il continuait on le lui couperait ». Dès lors, accès fréquents d’angoisse avec phobies, etc. Il présentait aussi le complexe d’Œdipe, c’est-à-dire qu’il souhaitait la mort de son papa pour coucher avec sa maman. Hâtons-nous de dire qu’il s’agit là d’une pure interprétation de Freud, basée sur des indices qui pouvaient ne pas avoir du tout cette signification. Mais, que penser du milieu dans lequel vivait le petit Hans ? Un jour qu’on le baignait, il entendit une tante s’extasier sur son joli « wiwimacher ». « Er hat ein so lieber Piscbl ! ». — Comment s’étonner dès lors que l’enfant donne une si grande importance à ses parties génitales, quand les grandes personnes qui sont autour de lui y attirent son attention en flattant sa vanité ! Le Dr. Voss, qui a fait un compte rendu de ce cas dans les « Schmidt’s Jahrbücher » (1911, vol. 309, p. 33), dit que, comme père et comme médecin, il doute que des parents ayant un jugement sain, puissent se décider à soumettre leur enfant à une semblable analyse. Le cas relaté par Freud est assurément exceptionnel et ne saurait être considéré comme physiologique. Ne savons-nous pas que c’est précisément dans les anomalies sexuelles que se manifestent le plus souvent les stigmates de la dégénérescence ?

Il en est de même de l’onanisme des bébés. Personne n’y échappe, s’il faut en croire Freud. Parfois le bébé suce son gros orteil, volupté sexuelle ! S’il continue à sucer son pouce dans la seconde enfance, ça le conduira à la masturbation. La succion du pouce, avec tiraillement rythmique d’une oreille, provoque une sorte d’orgasme et de somnolence. L’auteur ajoute, en note, que la plupart des insomnies nerveuses [p. 165] proviennent de la non-satisfaction sexuelle. C’est pourquoi les bonnes endorment souvent les enfants en frottant légèrement leurs parties génitales. La zone érogène de l’anus a une très grande importance dans la première enfance. Les entérites, si fréquentes à cet âge, surexcitent cette zone et rendent l’enfant nerveux. Plus tard, les hémorroïdes joueront leur rôle pour expliquer les états névropathiques.

Bleuler n’est pas convaincu que la succion du pouce soit en principe de nature sexuelle. Il connaît cependant des cas où cette habitude est en rapport avec la sexualité. J’ai aussi eu l’occasion d’en observer, mais je crois qu’ils sont l’exception, et que, dans la grande majorité des cas, chez les petits enfants qui sucent leur pouce, leur orteil ou tout autre objet à leur portée, il ne saurait être question de volupté sexuelle proprement dite. Albert Moll est aussi de cet avis.

Signalons encore une hypothèse intéressante de Freud. Il pense que lors d’un accident, la réunion de la frayeur et de l’ébranlement physique devient la cause d’une grave névrose traumatique hystériforme. Le bercement, le balancement, l’ébranlement rythmique du corps, l’escarpolette, le vent sur les parties génitales, les secousses des voitures ettdu chemin de fer, toutes ces causes de mouvements passifs peuvent être, et sont souvent ressenties comme jouissance sexuelle. Si ces sensations sont refoulées chez l’adolescent ou chez l’adulte, la réaction se manifeste alors comme accès d’angoisse ou par un épuisement nerveux.

Les mouvements actifs, la lutte, les jeux où se déploie la force musculaire, etc., provoquent aussi une satisfaction sexuelle. L’analyse des cas d’agoraphobie ont démontré à Freud l’origine sexuelle de ce syndrome. Voilà pourquoi, ajoute-t-il, les sports doivent remplacer pendant la jeunesse les plaisirs sexuels, en refoulant l’activité des instincts de la sexualité dans ses éléments autoérotiques infantiles.

L’autoérotisme est, en effet, avec la bisexualité, la première manifestation de la sexualité de l’enfant qui n’a encore d’autre objet que lui-même. C’est à la puberté qu’il va trouver son objet, extérieur à lui. Tous les instincts partiels se fusionnent alors en un seul, et les zones érogènes diverses se subordonnent à la zone génitale qui devient prédominante.

L’instinct sexuel se transforme, d’égocentrique il devient altruiste, et se met dès lors au service de la reproduction. Freud est d’avis que tous les troubles pathologiques qui se montrent à cette époque dans la vie sexuelle, résultent toujours d’arrêts de développement, ou de dissociation de cette évolution arrêtée, avec retour de l’instinct composé aux instincts parcellaires primitifs. [p. 166]

Les mêmes constitutions sexuelles peuvent aboutir a trois résultats différents :

La perversion, si les circonstances fâcheuses qui l’ont provoquée persistent pendant la maturité ; il s’agit dans ces cas d’une faiblesse constitutionnelle de la zone génitale qui laisse la prédominance à quelqu’une des autres zones érotiques, au moment de la puberté.

Les névroses et psychonévroses, si le refoulement des instincts sexuels a été trop intense. Il est à remarquer que la vie sexuelle commence alors comme chez les pervertis et que la névrose n’apparaît qu’ensuite du refoulement après la puberté, au lieu de la perversion.

La sublimation, c’est-à-dire la dérivation de l’énergie sexuelle sur l’activité psychique, qui en est ainsi considérablement augmentée et renforcée. La sublimation se manifeste spécialement dans la culture des beaux-arts, et dans les travaux de la science. L’art nous offre souvent les produits d’un mélange de l’artiste, du perverti et du névrosé. Iwan Bloch appelle avec plus de raison, semble-t-il, « équivalents sexuels », les manifestations artistiques ou scientifiques dérivées de l’énergie sexuelle que Freud a réunies sous la dénomination du « sublimation ».

Un sous-genre de la sublimation provient des réactions provoquées par les freins psychiques et sociaux, la pudeur, la honte, le dégoût et les principes de moralité, qui agissent comme une censure et qui s’opposent aux manifestations de l’instinct sexuel. De ce conflit naissent les réactions qui forment le caractère de l’adolescent. La disposition sexuelle primitive perverse polymorphe de l’enfant pourra devenir ainsi, selon Freud, la source de nos qualités et de nos vertus ! Le paradoxe me paraît un peu fort.

Dans l’étiologie des névroses, Freud a toujours constaté une maturité sexuelle prématurée. Les freins psychiques dont nous venons de parler ne sont alors pas encore suffisamment formés pour arrêter les impulsions sexuelles, qui se fixent avant la fusion des instincts parcellaires dans l’unité génitale, ce qui sera une cause de perversion et de névrose.

On a signalé en Autriche et en Allemagne une nouvelle phobie, la crainte imaginaire des perversions chez les personnes qui font leur lecture habituelle des traités populaires sur les questions sexuelles, en particulier depuis la propagation du livre de Krafft-Ebing sur la Psychopathiasexualis, au grand désespoir de son auteur, qui ne s’attendait pas à produire de semblables effets.

Pierre Janet raconte à ce propos l’anecdote suivante (17) : « … Je voudrais [p. 167] signaler en deux mots, dit-il, une idée obsédante, à laquelle des événements récents donnent quelque intérêt. Beaucoup de ces malades (souffrant d’obsessions génitales), des hommes ou des femmes, se prétendent atteints d’inversion sexuelle en déplorant le triste penchant qui les poussent vers le même sexe. Je ne discute pas ici la question délicate des invertis sexuels, mais je suis convaincu que, trop souvent, on a fait des théories sur l’inversion sexuelle à propos de simples névropathes ayant une impulsion vers cette action, comme ils auraient une impulsion à un crime quelconque, simplement parce qu’ils se la représentent comme criminelle. »

Mais après Krafft-Ebing que de chemin parcouru ! Depuis quelques années, le marché de la librairie a été véritablement inondé par des publications de toute sorte, brochures et gros traités, plus ou moins populaires, sur la « Question sexuelle ». Vous aurez sans doute, dans vos cabinets de consultations, connu comme moi, les effets de cette littérature érotique contemporaine.

*
*    *

Examinons maintenant les conséquences de la doctrine de Freud pour la thérapeutique et la prophylaxie des névroses. Un seul traitement convient, nous l’avons déjà dit. Il faut conseiller au malade un coït normal et régulier. Cette prescription me rappelle le conseil que donnait un de nos confrères à un pauvre misérable qui n’avait pas à manger tous les jours. « Il vous faut des viandes rôties, du bifteck et du vin de Bordeaux ! » Pratiquer un coït normal et régulier, c’est bientôt dit, mais comment y arriver ? Si l’on n’est pas marié faut-il fréquenter les prostituées ? Serait-ce dans les bordels qu’on trouverait vraiment la satisfaction sexuelle normale et complète, guérissant les névroses (18) Ou bien faut-il [p. 168] avoir une maitresse et s’exposer à lui faire des enfants illégitimes ! Peut-on considérer l’usage des préservatifs, le condom et le pessaire occlusif, etc., comme assurant le coït contre ses risques ? Peut-on appeler normal le coït où l’on doit prendre tant de précautions pour tromper la nature ? Toutes ces questions et beaucoup d’autres encore qui se posent à l’occasion des circonstances familiales et sociales dans lesquelles se débat le malade, ne laissent pas que d’embarrasser le médecin qui voudrait suivre le conseil de Freud. Celui-ci l’a bien pressenti, car il semble assez découragé lorsqu’il traite cette question thérapeutique, et celle de la pratique néo-malthusienne qui s’y rattache, ce facteur néfaste de la dépopulation progressive de nos sociétés européennes modernes (19). « Tous les moyens connus pour empêcher la conception, dit-il, gâtent la jouissance sexuelle, troublent la délicate sensibilité pudique de l’homme et de la femme, (lorsqu’il en reste encore une trace) ou provoquent même directement la maladie. » N’avons-nous pas vu que le coïtus reservatus n’est inoffensif selon Freud, que dans certaines conditions exceptionnelles ?

« Aujourd’hui, on le sait, ajoute-t-il, nous ne possédons aucun préservatif contre la conception, qui satisfasse à toutes les exigences, c’est-à dire qui soit sûr, commode, qui ne porte pas préjudice à la sensation de jouissance pendant le coït et qui ne blesse pas la délicatesse du sentiment esthétique de la femme ».

Le professeur de Vienne va même jusqu’à dire que le vrai remède du nervosisme dans le mariage serait plutôt l’infidélité, mais la femme vertueuse y répugne —le conflit est né. — Elle préfère se réfugier dans la névrose. Et l’homme honnête, que l’auteur passe ici sous silence, que doit-il faire ?

Je sais bien que Freud laisse sous-entendre sa pensée lorsqu’il écrit, dans une autre occasion : « Celui qui veut être plus noble que sa constitution tombe dans la névrose. Mais ordinairement, il se trouve dans la même famille que les hommes sont immoraux, et que les femmes restées honnêtes, sont névrosées ». [p. 169]

Freud, dont on a souvent signalé les contradictions, indices de son embarras, s’exprime d’autre part comme suit (20) :

« On a dit que je considérais les névroses comme le résultat de l’abstinence, si fréquente dans les conditions de la vie de nos sociétés modernes. Il n’y a qu’un pas à faire pour en tirer la conclusion que le remède c’est la satisfaction sexuelle. Si cela était vrai, je ne verrais aucune raison pour ne pas l’accepter. Mais la chose est autre. Le besoin sexuel et l’abstinence ne sont qu’un des facteurs de la névrose. L’autre facteur, aussi indispensable que le premier, et que l’on oublie trop souvent, c’est l’aversion sexuelle des névrosés, leur incapacité d’aimer ; ce que j’ai nommé le refoulement. La maladie nerveuse est le résultat du conflit de ces deux éléments. Voilà pourquoi, conclut Freud, le conseil de se livrer au besoin sexuel n’est que rarement un bon conseil dans les psychonévroses. »

L’abstinence des rapports sexuels, autrement dit la continence est-elle nuisible à la santé ? Cette question a provoqué entre médecins des débats passionnés qui ne sont pas près de finir.

Briquet (21), dans son livre sur l’hystérie, arrive à la conclusion que l’hystérie n’est pas plus commune chez les personnes qui, par état, vivent dans la continence, que chez les autres ; qu’elle peut être, au contraire, très fréquente chez celles qui n’y vivent pas du tout. Et il ajoute : « Parmi les hystériques soumises à mon observation (431 cas), il n’y en a pas une seule chez laquelle j’ai pu constater la non-satisfaction des besoins génitaux comme cause d’hystérie. »

Bleuler (22) dit catégoriquement que la chasteté n’est absolument pas nuisible aux personnes en bonne santé et qu’on n’a pas encore prouvé qu’elle l’est chez les natures morbides. « Les troubles nerveux, dit-il, qui doivent être la conséquence de l’abstinence, sont le plus souvent les suites d’idées de convoitise que l’on se crée pour justifier les jouissances génitales à ses propres yeux et aux yeux d’autrui. D’autre part, ce n’est pas du tout en première ligne la privation du coït qui provoque, comme telle, les symptômes nerveux, mais le manque de satisfaction amoureuse en général ; cette cause est beaucoup plus générale et peut même exister sans le coït. »

Je dois dire que je partage absolument ces opinions de notre savant collègue de Zurich, et je pourrais apporter de nombreuses observations qui les confirmeraient. [p. 170]

Le professeur Touton, de Wiesbaden, a eu récemment une polémique instructive avec le docteur Max Marcuse de Berlin, au sujet des suites de la continence (23).

A la demande du directeur du gymnase classique de Wiesbaden, Touton (24) avait fait, au printemps 1908, une conférence sur la question sexuelle aux jeunes gens qui préparaient leurs examens de maturité. Il fut grossièrement pris à partie dans une brochure passionnée de M. Marcuse, qui l’accusa d’avoir entassé mensonges sur mensonges devant ses jeunes auditeurs et de les avoir trompés sciemment. Marcuse en voulait surtout à Touton d’avoir dit que les préservatifs n’étaient pas infaillibles et que l’abstinence des plaisirs sexuels n’avait pas en général les fâcheuses conséquences que certains lui attribuaient. Touton n’a pas eu de peine à démontrer le parti pris de son adversaire. Il cite à ce propos les inconséquences de Schrenck-Notzing qui vante son traitement de l’onanisme par la suggestion hypnotique et qui conseille, d’autre part, aux jeunes gens la pratique du coït, tandis que les cas graves d’onanisme et de nymphomanie chez les jeunes filles ne doivent être traités que par l’hypnose. Touton considère la recommandation de pratiquer le coït faite pendant le sommeil hypnotique, comme bien plus périlleuse que ce conseil donné à un jeune homme conscient, ayant sa libre volonté. Le médecin est alors directement responsable de l’infection vénérienne que son client peut acquérir en suivant ses conseils. C’est aussi notre avis.

Il n’est pas du tout prouvé qu’une impuissance durable soit la suite d’une continence prolongée. Dans une de ses dernières publications, Marcuse recommande aux médecins de conseiller le coït aux jeunes gens, pour éviter le désastre qui atteint les chastes. Ce conseil imprudent a été énergiquement condamné dans les cercles médicaux par la très grande majorité des médecins. (V. Kossmann, Hirsch, Neustätter, Löwenfeld, Aschaffenburg, etc.).

L’atrophie des testicules peut être la suite des excès vénériens longtemps prolongés, de l’onanisme excessif et précoce, des orchites infectieuses (ourlienne ou blennorragique) de l’alcoolisme, etc., mais il n’est pas démontré que l’abstinence pendant de longues années ait eu jamais, par elle-même, cette conséquence. En tout cas, l’atrophie, d’un organe, [p. 171] par suite de son inactivité, est extrêmement lente. La puissance génitale peut se réveiller à un âge avancé, après des années d’abstinence.

Touton examine avec soin les observations citées par Nyström, de Stockholm, dont nous avons déjà parlé, dans son ouvrage sur la Vie sexuelle et ses lois (25), comme exemples de maladie suites de l’abstinence. Pas un seul de ces cas ne supporte la critique (26). Il va sans dire que l’abstinence n’est hygiénique et inoffensive que si l’on évite soigneusement en première ligne toutes les excitations sexuelles. Je pense qu’il est inutile de discuter plus longtemps cette question. Tous les médecins expérimentés savent à quoi s’en tenir à cet égard.

Il est certain, en tout cas, dit Iwan Bloch (27) dans son grand ouvrage sur « la Vie sexuelle et ses relations avec la culture moderne », il est certain, dit-il, qu’au point de vue de la civilisation, l’abstinence sexuelle a sa raison d’être, ne serait-ce déjà que parce qu’elle est un des meilleurs moyens de fortifier la volonté et l’énergie ; en second lieu, parce qu’elle est un préservatif efficace contre les dangers de l’amour déréglé et du concubinage ; et parce qu’enfin elle est la preuve qu’il y a d’autres aspirations plus dignes d’être poursuivies dans l’existence que les voluptés génitales, bien que l’instinct sexuel, avec celui de la conservation de l’individu, reste toujours le plus puissant ressort de la vie.

On trouvera dans le volumineux « Traité des sciences de la sexualité » du docteur Albert Moll (28) un excellent chapitre du professeur Seved Ribbing, [p. 172]  qui étudie avec grands détails la question de la continence, et la résout dans le même sens que Bloch, en citant à l’appui de ses opinions les publications des médecins les plus connus et les plus compétents pour en juger. Je ne saurais trop en recommander la lecture à tous ceux qui s’intéressent à ces questions.

Nous devons cependant relever encore, à propos de la continence, quelques allégations singulièrement hasardées de Marcuse, pour faire comprendre jusqu’où cet auteur a poussé ses sophismes.

Dans sa dernière brochure, où les personnalités abondent, il s’efforce de réfuter les objections qu’on oppose à sa manière de voir (29).

L’organisme possède, dit-on, dans les pollutions spontanées une soupape de sûreté qui lui permet de se débarrasser des produits glandulaires retenus dans le corps par l’abstinence. La réponse de Marcuse à cette objection est bien simple. Contrairement à l’opinion de tous les médecins et même à celle de son émule, le docteur Nyström, que nous venons de citer, il prétend que toutes les pollutions sont une anomalie comme l’incontinence nocturne de l’urine. Il faudrait donc conseiller le coït aux adolescents dès le moment de la puberté pour prévenir à temps la spermatorrhée !

Marcuse repousse énergiquement aussi ceux qui disent : « Le but naturel des relations sexuelles c’est la procréation de l’enfant ». Ah ! c’es ici que pense triompher notre auteur. Il se livre à une discussion philosophique des plus abstruses pour affirmer que parler « d’un but de la nature » est une absurdité (Unsinn). Il appelle Kant à la rescousse pour cette soi-disant démonstration et cite à ce propos un passage des prolégomènes qui peut être interprété différemment.

Dans le même ordre d’idées, Marcuse peint sous les plus sombres couleurs les conséquences de la masturbation (30). Il s’indigne et traite d’idiot intellectuel ou d’idiot moral, un professeur qui s’est permis de dire à ses élèves : « L’onanisme, lorsqu’il est modéré, a beaucoup d’avantages, surtout chez la jeunesse studieuse ; par lui, on épargne de l’argent, et ce qui vaut beaucoup mieux encore, du temps ; on évite toutes les liaisons et les relations désagréables, on ne rend personne malheureux, et on ne court pas le danger de gagner des maladies vénériennes (31). » Voilà des [p. 173] vérités que Marcuse ne peut entendre sans se mettre dans une grande colère. Je n’ai malheureusement pas le temps de traiter aujourd’hui cette question de l’onanisme, qui demanderait de plus amples développements. Je renvoie ceux de mes auditeurs qui voudraient l’approfondir aux traités spéciaux et aux nombreuses publications spéciales (Iwan Bloch, Albert Moll, Magnus Hirschfeld, Rohleder, Erb, Havelock Ellis, Aschaffenburg, Oppenheim, etc., et surtout Auguste Forel (32), dont l’ouvrage si répandu sur la question sexuelle est certainement entre vos mains).

Freud a reconnu, dit Marcuse, que primitivement, l’instinct sexuel de l’homme n’a absolument rien à faire avec la reproduction, mais n’a d’autre but que certaines sortes de jouissances. Cet auteur fait allusion sans doute ici à la succion du pouce ou à l’onanisme des nourrissons, si ce n’est peut-être à l’érotisme anal !

Ainsi Marcuse, par une étrange contradiction se range aussi parmi ces « prêcheurs de but » dont il parle avec un si hautain mépris. Il ne fair que changer le but des rapports sexuels. Au lieu d’y voir la fonction de la reproduction de l’espèce, il voudrait faire croire que la sexualité n’a d’autre but que de nous procurer des jouissances spéciales ! C’est de la téléologie sophistiquée (33).

C’est ici que nous rencontrons l’erreur capitale de l’école de Freud. Tous, maître et disciples, en effet, ont perdu de vue la notion physiologique de la fonction de reproduction. On pourrait croire qu’ils ont pris pour devise le mot de Luther : « Il est aussi impossible à l’homme de se passer de la femme qu’il lui est impossible de se passer de boire et de manger. »

Appelé en Amérique pour faire des conférences sur la psycho-analyse, Freud termine comme suit sa cinquième et dernière leçon (34) : [p. 174]

Une certaine partie des excitations libidineuses refoulées a droit à une satisfaction directe. Il ne faut pas négliger l’animalité primitive de notre nature. On peut être tenté de développer de plus en plus la « sublimation ». Mais, de même que dans nos machines à vapeur une partie seulement de la chaleur se transforme en travail utile, de même nous ne pouvons pas détourner l’instinct sexuel de son vrai but. »

Voilà Freud stigmatisé à son tour comme « prêcheur de but ». Mais pour bien préciser de quel but il veut parler, il finit son discours par un apologue.

« Si l’on réprime trop fortement l’instinct sexuel, dit-il, il en arrivera comme au cheval de la petite ville de Schilda que l’on habituait à se passer d’avoine, — et qui mourut d’inanition le matin du jour où il allait s’y habituer.

« Sans sa ration d’avoine, l’animal ne peut pas faire son travail quotidien (35). »

Nous avons déjà vu que Freud confondait la satisfaction qu’éprouve le nourrisson après une tétée avec celle de la détumescence sexuelle ; nous retrouvons ici cette même confusion entre les fonctions de nutrition et celles de la reproduction.

Bleuler (36) prend soin de nous dire que, pour sa part, il tient à séparer nettement, autant que faire se peut, de l’instinct de la conservation celui de la reproduction, avec toutes ses racines et toutes ses ramifications.

Les adeptes de Freud ont poussé souvent encore plus loin que le maître les conséquences logiques de sa doctrine.

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Alphonse Maeder (37) n’y va pas par quatre chemins : « Normalement, affirme-t-il, le but sexuel final est la copulation charnelle » (Das sexuelle Endziel ist die Vereinigung der Genitalien). Tous les freudistes sont décidément des « prêcheurs de but » !

Le docteur Neutra (38), médecin d’un établissement pour le traitement des maladies nerveuses à Gainfarn, près de Vienne, annonce carrément que pour venir en aide aux femmes malheureuses, incomplètement satisfaites sexuellement par leurs maris, il leur conseille de prendre un amant. [p. 175]

« Comme je ne suis pas appelé à être le gardien de la morale dogmatique, dit-il en parlant d’une dame venue pour le consulter, je ne pouvais lui donner à choisir que deux possibilités pour rétablir sa santé : ou bien se plier à la coutume régnante et demander son divorce ; ou bien s’affranchir de notre morale idiote, qui s’imagine, avec une présomption démesurée, qu’on peut résister avec plus ou moins de succès à l’engrenage des instincts naturels tout-puissants. Conformément à sa faible moralité, conclut l’auteur, ma cliente suivit ce dernier conseil et guérit. »

Citons encore le passage suivant de Stekel (39) qui nous paraît bien caractéristique des tendances de l’école :

« Je peux conseiller à un jeune homme, dit-il, les rapports sexuels et lui indiquer toute espèce de recommandations préservatives contre une infection, mais je ne puis pas dire à une jeune fille : « Prenez un amant, ça vous rendra la santé. » Par une semblable fausse psychothérapie, on peut la pousser (la jeune fille) aux conflits les plus graves ! Si elle est légère, elle saura bien trouver elle-même toute seule le remède efficace sans notre aide ; si elle est « supernormale », comme la plupart des névrosées, nous pouvons, par un semblable conseil, la rendre gravement malade. Nous ne devons pas dire tout ce que nous savons. Il y a des connaissances qu’on doit garder pour soi (souligné dans le texte).

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*    *

Il est temps de remettre les choses au point et de parler le langage de la science biologique (40).

Dans toute la nature, chez les végétaux comme chez les animaux, on constate la différenciation sexuelle en organes mâles et femelles, qui se prononce d’autant plus que les espèces sont plus haut placées dans l’échelle des êtres. A mesure que les organismes se perfectionnent, les sexes s’isolent et se différencient de plus en plus.

Dans les organismes inférieurs, toutes les fonctions sont confondues. Au début de la sexualité, les germes mâles et femelles sont secrétés par le même individu dans un organe unique. Primitivement, l’élément mâle servait de nourriture à l’élément femelle, car la procréation est un pur phénomène de croissance individuelle. On connaît des poissons et des araignées dont les mâles deviennent la proie des femelles qui s’en nourrissent sitôt après la copulation. [p. 176]

Le point de départ primitif des sexes est une ébauche d’organe hermaphrodite unique, extrêmement simple ; puis, peu à peu, il se fait une différenciation d’un testicule et d’un ovaire qui se séparent l’un de l’autre mais qui restent réunis chez le même individu, l’androgyne primitif, aquatique. Enfin, les sexes se séparent complètement sur deux individus différents.

Il existe dans la nature, conclut Tillier, auquel nous empruntons ces notions biologiques, une tendance marquée vers la disparition de l’hermaphrodisme (qui est un symptôme de régression chez les parasites.

Comme l’a dit Möbius : plus l’homme est sain et normal, plus sont distincts ses caractères sexuels ; plus il se rapproche de l’hermaphrodisme, plus il est anormal. L’hermaphrodite est le point extrême d’une déviation pathologique. Quand donc Freud et les freudistes s’efforcent de confondre les fonctions de nutrition avec celles de reproduction (Stekel ne va-t-il pas jusqu’à dire que la mastication et la défécation sont chez l’enfant des impressions sexuelles !) et quand ils insistent sur la bisexualité, etc., ils prennent des signes de rétrogradation biologique pour le développement normal; ils méconnaissent complètement la loi de la division du travail physiologique, qui est le mieux établi de tous les principes biologiques.

Sans doute, l’instinct sexuel est le résultat d’une transformation particulière de l’instinct de nutrition et l’on retrouve des traces de cette origine jusque chez les animaux supérieurs et chez l’homme, mais l’évolution nous enseigne que son perfectionnement et sa différenciation dépendent de sa spécialisation de plus en plus accentuée.

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*    *

Il n’est pas difficile de voir où tendent ceux qui veulent à tout prix confondre les deux instincts les plus puisssants de notre nature animale. Le besoin de nutrition, qui se traduit par la faim et la soif, est la première condition de la conservation de l’individu. Le besoin de la reproduction manifesté par l’appétit sexuel, n’est que la condition de la perpétuation de l’espèce et peut être supprimé par conséquent sans nuire à l’individu, qui ne s’en soucierait guère, si la nature prévoyante n’y avait attaché une si jouissance. En confondant ces deux besoins, on en fait donc, de l’un comme de l’autre, une nécessité primordiale de l’existence, ce qui n’est vrai que du premier pour l’individu, et du second pour l’espèce.

Le naturaliste Tillier a fait une observation intéressante qui est bien [p. 177] propre à nous éclairer sur cette question (41). « Chez les espèces animales formant des sociétés réelles avec division du travail social, dit-il, la société et, par conséquent, l’espèce, ne subsiste qu’avec le concours d’individus neutres. C’est là un fait très remarquable et qui doit nous frapper beaucoup ; il nous fait comprendre, en effet, ce que peuvent devenir les facultés instinctives, chez des êtres que leur organisation soustrait aux impulsions si vives et si dominantes, de l’instinct sexuel. »

Au cours d’une étude très suggestive sur le « mariage animal », ce savant a montré que, dans ses formes très rudimentaires, les sexes ne se rapprochent qu’au moment de la saison des amours.

Chez beaucoup d’insectes, dit-il, et chez quelques crustacés, les mâles sont d’une organisation imparfaite. A peine éclos, ils se mettent à la recherche des femelles, les fécondent et meurent presque aussitôt. On sait que quelques-uns d’entre eux manquent des organes de la nutrition. Nouvelle preuve, soit dit en passant, de la séparation des deux fonctions !

Enfin, les mâles des espèces sociales sont mis à mort dès que, s’étant accouplés, ils ont assuré, en fécondant les reines, la vie de l’espèce, quelquefois pour plusieurs années.

Ne croyez pas. Messieurs, que ces considérations zoologiques soient un hors-d’œuvre dans le sujet de mon rapport. Si je vous les rappelle, c’est qu’on en tire parfois des conséquences inattendues pour justifier les théories les plus saugrenues sur la nature des besoins sexuels de l’homme.

Freud avait dit, en manière de plaisanterie, à propos des préjugés étiologiques sur les névroses, qui règnent encore dans le monde médical, que, si l’on devait ajouter foi à tout ce que racontent les malades, il faudrait admettre qu’un grand nombre de gonorrhées sont dues à des refroidissements (des courants d’air sur le siège des latrines !) et que, chez les femmes non mariées, on ne compterait plus les cas de parthénogénèse ! Weininger, parlant sérieusement, prétend démontrer, par l’exemple de la parthénogénèse que, dans la nature, le coït n’a pas seulement pour but la reproduction, puisque celle-ci peut avoir lieu sans lui. Il en découle logiquement que l’union sexuelle a d’autres buts, ceux que nous avons déjà nommés, sans doute, et qui sont chers à l’école freudienne.

Cependant, l’étude du mariage chez les animaux nous enseigne autre chose encore, c’est-à-dire que « l’instinct sexuel, qui n’est qu’un dérivé de l’instinct général de la reproduction, s’est lentement développé à mesure que l’élément fécondant et l’élément fécondé se séparaient l’un de l’autre, d’abord dans des organes distincts, puis chez des individus [p. 178] séparés. L’instinct de la conservation des rejetons, autre dérivé de l’instinct général de la reproduction, s’est également créé lentement, à mesure que les organismes se modifiaient et que l’action des parents sur les jeunes devait être de plus en plus prolongée (42) ».

« En effet, chez presque tous les oiseaux et chez un grand nombre de mammifères, la femelle, ayant besoin, soit pour elle-même, soit pour ses petits, des secours du mâle, un élément nouveau intervient sous la forme de liens plus ou moins intimes, unissant les parents entre eux et aux jeunes, et la famille proprement dite se trouve établie. (Tillier. Op. cit., p. 173.)

« C’est chez l’homme que l’instinct sexuel revêt sa forme la plus élevée, et c’est seulement dans notre espèce que la conjonction matérielle des sexes s’accompagne de l’association intellectuelle et morale, sans laquelle il ne saurait y avoir de véritable amour. (Tillier. Op. cit.,. p. XIII de la préface du professeur de Lanessan.)

Le professeur Christian v. Ehrenfels (43), dont je suis loin d’accepter les théories artificielles sur la morale sexuelle « naturelle et culturelle », a dit toutefois excellemment « l’intime connexion des pures jouissances animales avec les plus hautes impressions psychiques de l’érotisme est la condition fondamentale de la santé des instincts sexuels ».

Il m’a paru nécessaire de rappeler ces notions biologiques élémentaires, qu’on oublie trop souvent en pathologie, pour « situer la vie sexuelle de l’homme dans le plan unique de la sexualité universelle », comme le dit si bien Rémy de Gourmont (44). Nous devons en conclure que l’on se trompe grossièrement si l’on croit prévenir et guérir les névroses par la pratique purement animale de l’accouplement. Les fonctions sexuelles de l’homme n’ont leur complète satisfaction que par la fondation de la famille.

Notre époque fourmille en moralistes réformateurs de tout genre et de tout sexe qui prônent chacun leur petite panacée pour résoudre la question sexuelle, si brûlante à leurs yeux. On nous parle de trente-six morales sexuelles différentes. Il y a la morale des villages et celle des cités, qui n’est pas du tout dans les petites villes ce qu’elle prétend être dans les métropoles. On distingue une morale relative et une morale absolue. Il y a la morale des moines et celle des pasteurs, la morale des [p. 179] hommes qui n’est pas la même que celle des femmes (45), la morale des vierges et celle des femmes mariées, la morale naturelle, que Freud préfère appeler constitutive, et la morale culturelle, qui résulte des conditions artificielles de la civilisation. La double morale des hommes, découverte par Ehrenfels, comme une suite nécessaire du mouvement des niveleurs féministes contemporains résultant de notre morale « officielle », car il existe aussi une morale officielle et une morale privée, comme il y a une morale sociale et une morale individuelle.

Que sais-je encore ? Il y aurait à distinguer la morale des don Juans et celle des ascètes, etc.

Tous les programmes de réformes de notre vie sexuelle, élaborés le plus souvent à la suite des circonstances spéciales de leurs initiateurs, n’ont aucune chance d’aboutir, tant qu’ils ne s’occupent pas du perfectionnement de la famille et de l’amélioration des conditions sociales favorisant les mariages précoces et Eugénique (46). Les cas pathologiques particuliers de troubles de la sexualité, en connexion avec les névroses et les psychoses, si intéressants parfois, relèvent du médecin, qui doit les traiter individuellement, au plus près de sa conscience, éclairée par ses observations, ses études, ses lectures et son expérience personnelle.

De même qu’il incombe au médecin de reconnaître s’il y a lieu d’intervenir pour provoquer un avortement ou un accouchement prématuré, c’est à lui qu’incombe aussi la mission de savoir s’il existe une indication sérieuse de prévenir une grossesse, et d’éviter une conception, dans l’intérêt de la santé des conjoints, ou dans celle de leur progéniture.

Mais ce serait méconnaître singulièrement et rabaisser notre profession de demander aux médecins avec le professeur Freud, de vouer toutes leurs forces et leur intelligence à trouver un préservatif qui puisse satisfaire à toutes les exigences d’un coït, sans dommage pour la jouissance et sans danger, préservant à coup sûr des maladies et de la conception. « Celui qui arriverait à combler cette lacune de notre technique médicale, dit le médecin de Vienne, aurait conservé la santé et la joie de vivre à d’innombrables personnes (47). » Nous pensons que cette recherche [p. 180] est un peu comme celle de la pierre philosophale ou de la quadrature du cercle, mais nous croyons que si jamais on parvenait à trouver ce moyen infaillible et sans inconvénient, d’empêcher absolument la conception, dans le coït normal, cette découverte, au lieu d’être un bienfait pour l’humanité, serait au contraire le commencement certain de sa prochaine et irrémédiable décadence.

 

NOTES

(1) Nota. — Nous publierons dans un prochain numéro de l’Encéphale une très importante Revue générale sur « la Doctrine de Freud et son école ». Ce travail d’actualité, extrêmement bien documenté est dû à la plume autorisée du professeur Régis, et de son assistant M. Hesnard.

(2) Voir l’Encéphale, janv. 1913, p. 51.

(3) LÖWENFELD. Die psychischen Zwangserscheinungen, 1904. — Le même. Sexualleben, loc. cit., p. 253.

(4) Prof Dr E. BLEULER. Die Psychanalyse Freud. Op. cit., p. 20 du tirage à part le Pansexualisme.

(5) Voir entre autres les articles critiques suivants :

Dr Max ISSERLJN (Munich). Ueber Jung’s « Psychologie der Dementia praecox » und die Anwendung Freud’scher Forschungsmaximen in der Psychopathologie. (Centralblatt für Nervenheilkunde und Psychiatrie. 30e annee, n° 236; nouvelle série, vol. XVIII, 1er mai 1907, p. 229.) — Max ISSERLIN (id). Die psychoanalytische Methode Freuds. (Zeitschrift für die gesamte Neurologie und Psychiatrie (Alzheimer u. Lewandowsky). Vol. I, 1re livraison, 22 mars 1910, p. 52.) — SPIELMEYER (Ref. Freud Bruchstück einer Hyterie-analyse (Centralblatt für Nervenheilkunde und Psychiatrie (Gaupp). 24e annee, n° 211, I5 avril 1906, p. 322.) — Dr Arthur KRONFELD (clinique psychiatrique de Heidelberg). Ueber die psychologischen Theorien Freuds und verwandte Anschauungen. Systematik and kritische Eroerterung (Samlung von Abandlungen Zur psychologischen Paedagogik aus dem Archiv jür die gesamte Psychologie, herausgegeben von E. Meumann, prof.der Philosophie in Hamburg. Band XXII, Heft 2-8 ; III Band, 1er livraison. Leipzig, 19I2.) — Prof. Dr Paul NAECKE (conseiller medical, Hubertusburg). Die moderne Uebertreibung der Sexualitaet. (Archiv. für Kriminal-Anthropologie und Kriminalistik, v. prof. Dr Hans Gross (Gratz). Vol. XXXIX, livraison 1 et 2. Leipzig, 17 novembre 1910, p. 120.)

(6) F. DE NIEMEYER. Traité de pathologie interne et de thérapeutique. Traduction française de la septième et dernière édition allemande, 1859, t. 11, p. 452.

(7) LÖWENFELD. Sexualleben. Op. cit., p. 254.

(8) Gustav ASCHAFFENBURG (Cologne). Die Beziehungen des sexuellen Lebens zur Entsehung von Nerven-und Geisteskrankheiten. Münchener medizinische Wochenschrift, 53e année, n° 37, 11 sept. 1906, p. 1793.

(9) Dr A. FRIEDLAENDER. (Hofrat. Médecin-directeur de la clinique privée Hohe Mark im Taunus près Frankfort-sur-le-Mein). Hysterie und moderne Psychothérapie. Rapport au XVIe congrès internatinoal de médecine de Budapest, 29 août 1909. Psychiatrisch-neurologische Woçhenschnft, IIe année (1909-1910), n° 50, 5 mars 1910, p. 443.

(10) Otto WEININGER. Geschlecht und Character, 10e édition, Vienne, 1908, gr. in-8, 608 pages. La première édition parut en 1903 ; peu de temps après son apparition, Weininger, âgé de vingt-trois ans se suicidait, décembre 1903, dans la maison mortuaire de Beethoven où il s’était rendu pour rendre le suicide plus retentissant.

(11) Dr P. MÖBIUS (Leipzig). Schmidt’s Jahrbücher, 1903, vol. 279, p. 113. (le même) Geschlecht und Unbescheidenheit. Halle a/s 1904 (brochure in-8 de 30 pages).

(12) Ferdinand PROBST, médecin assistant à l’asile provincial de Munich. Der Fall Otto Weininger. Eine psychiatrische Studie. Wiesbaden, 1904, gr. in-8, 40 pages. Grettffragen der Nerven-und Seelenlebeiis de Löwenfeld et Kurella, n° XXXI.

(13) Dr. A. NYSTRÖM (de Stockholm). La vie sexuelle et ses lois. Paris, 1910, p. 203.

(14) SIGM. FREUD. Drei Abhandlungen, etc. Op. cit. II. La sexualité infantile, p. 34 (2e édition, 1910).

(15) Kurt MENDEL (Ref.). Neurologisches Centralblatt (de E. Mendel), 29e année, 1er avril 1910.

(16) Prof. Sigm. FREUD. Analyse der Phobie einer 5 jährig. Knaben. Jahrbuch für psychoanalytische und psychopatgologische Forschungen, v. Bleuler Freud et Jung. 1er vol., 1909, p. 1.

(17) Pierre Janet. Les névroses. (Bibliothèque de philosophie scientifique, p. 20. Paris, 1900, in-12, 397 pages.)

(18) FOREL (La Question sexuelle. Op. cit., p. 260) considère avec raison la prostitution comme une variété de la masturbation compensatrice et non comme un accouplement normal. Moll raconte qu’un de ses invertis lui dit aussi qu’il allait au bordel « pratiquer la masturbation per vaginam. » (Albert MOLL. Die Kontraeresexualempfindung. Berlin, 1899, 3e édition. Une traduction française de cet ouvrage (dont j’ai en main la 3e édition, 1893) a été publiée par MM. les docteurs Pactet et Romme sous le titre : les Perversions de l’instinct génital. Étude sur l’inversion sexuelle basée sur des documents officiels. On se souvient que l’éditeur de ce volume, M. Georges Carré, a été poursuivi à l’occasion de cette publication devant le tribunal de police correctionnelle de la Seine, à la suite d’une plainte fulminante du sénateur Bérenger, qui avait cru voir dans ce livre « sous le masque scientifique destiné à tromper sur le caractère réel de l’ouvrage, un des appels en réalité les plus violents que la littérature pornographique ait encore adressés à la sensualité et à la débauche (!) ». La superbe plaidoirie de Me Bourdillon, qui fit acquitter son client, est imprimée sous forme de préface dans l’édition française dont je parle. Elle sera lue avec un vif intérêt et un grand profit par tous les médecins qui s’occupent des études relatives aux perversions sexuelles. Ce procès montre jusqu’où peuvent conduire les préjugés d’une fausse pudeur.

(19) Le très distingué chef de la statistique de la ville de Paris, le docteur Jacques BERTILLON, vient encore de mettre en relief les graves conséquences de ces pratiques dans une remarquable conférence sur la « Dépopulation de la France », faite sous les auspices des Amis de l’Université de Paris. (Le Temps, samedi 25 janvier 1913.)

(20) Prof. Sigm. FREUD. Ueber Psychotherapie. (Wiener medizinische Presse, 1905, n° l. (Vortrag gehalten im Wiener medizin. Doktorencollegium am 12 Dezember 1904.)

(21) P. Briquet. Op. cit., art. 14. Influence de la continence, p. 140 et 141.

(22) Prof. E. Bleuler. Die Psycoanalyse Freuds. Op. cit., p. 20 du tire à part.

(23) Dr Max MARCUSE (Berlin), Die Bedeutung der sexuellen Abstinenz für die Gesundheit. (Dokum. d. Forschritte, 1909, I.) — Le même, Die sexuelle Aufklärung der Abiturientien. (Sexual-Probleme, 1910.)

(24) Prof. Dr. TOUTON (Wiesbaden) Mein Abiturientenvortrag und Herr Dr. med. Max Marcuse. (Zeitschrift für Bekämpfung der Geschlechtskrankheiten. Bd. X, 1910, n° 7, p. 211.)

(25) D. Anton NYSTROM, de Stockholm. Op. cit. La Vie sexuelle et ses lois. Préface du docteur A. Marie, médecin en chef de l’asile de Villejuif. Paris, 1910. In-8, 351 pages.

(26) Voici, entre beaucoup d’autres, un cas qui montrera avec quelle naïveté l’auteur a procédé à ses observations :
« L’exemple suivant que j’ai observé moi-même, dit Nyström (op. cit., p. 122), peut encore servir de preuve des dangers qui peuvent résulter de la continence chez les hommes de « principes sévères ».
X…, cinquante-cinq ans, a commencé, il y a un an, à avoir des accès de vertiges et des absences passagères de la mémoire, transpire souvent tout en ayant froid, se morfond constamment en réflexions chagrines sur sa santé. Ses forces baissent, quand il se sent abattu, les mouvements du cœur sont faibles, le travail un peu appliqué lui est difficile. Est veuf depuis vingt ans, espace de temps pendant lequel il a observé une continence absolue, à laquelle il attribue lui-même son état maladif. (!) (C’est nous qui soulignons.)

(27) Dr Med., Iwan BLOCH, médecin spécialiste pour les maladies de la peau et les maladies sexuelles à Berlin. Das Sexualleben unserer Zeit, in seinen Bexiehungen fur modernen Kultur. Berlin, 1907. Grand in-8, 822 pages.

(28) Dr Albert MOLL, Berlin. Handbuch der Sexualwissenschaften, mit besonderer Berücksichtigung der culturgeschichtlichen Beziehungen. Leipzig, 1912, 10e chapitre, Sexuelle Ethik, p. 925.

(29) Dr Max MARCUSE. Die Gefahren der sexuellen Abstinenz für die Gesund heit. Leipzig, 1910, in-8, 94 pages.

(30) Comme cela ne se lit d’habitude que dans les réclames des charlatans sur la « Préservation personnelle », etc.

(31) Max MARCUSE. Die Gefahren der sexuellen Abstinenf. Op. cit., p. 76. Voir aussi A. NYSTRÖM. Sexualleben und Gesundheit. Berlin 1911, et le compte rendu critique de Stekel dans le Zentralblatt für Psychoanalyse, 1re année, nos 10-11, août 1911, p. 512.

(32) Auguste FOREL. La question sexuelle exposée aux adultes cultivés. Paris,, 1906, in-8, 611 pages.

(33)  Dans ses Promenades philosophiques (Paris, 1908), Remy de GOURMONT cite les observations de Van Gennep sur les indigènes australiens, dont les croyances superstitieuses sur le but du coït pourraient être mises en parallèle avec celle de M. Marcuse :
« …les Australiens de la rivière Tully, dit-il, croient qu’il y a entre l’homme et les animaux des différences essentielles, et ils le prouvent en démontrant que, tandis que chez les animaux l’union des sexes aboutit à la procréation, il n’en est jamais de même chez l’homme. Ils sont fiers de la supériorité de l’homme sur le reste de la nature ; ils se flattent d’échapper aux lois vulgaires où se plie l’animalité… »

(34) Prof. Dr Sigm. FREUD, L. L. D. Ueber Psychoanalyse. Fünf Vorlesungen gehalten zur 20 jèihrigen Grundungsfeier der Clark University in Worcester Mass. September, 1909. Leipzig et Vienne, 1910. Brochure in-8, 62 pages.

(35) Prof. Sigm. FREUD. Die Vorlesungen Über Psychoanalyse. Op. cit., p. 62.

(36) Prof. E. BLEULER. Die Pyschoanalyse Freuds. Op. cit., p. 25.

(37) Dr A. MAEDER (de Zürich). Sexualität und Epilepsie. Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen (Bleuler, Freud et Jung), 1er volume, 1909, p. 119.

(38) Dr Wilhelm NEUTRA. Briefe an nervösen Frauen (an eine Witwe), p. 122 (3e mille), publie le 1er novembre 1909. Dresde et Leipzig. Petit in-8, 288 pages.

(39) Dr Wilhelm STEKEL. Nervöse Angstzustaende und ihre Behandlung. 2e edition. Vienne, 1912, p. 430.

(40) Voir en particulier L. TILLIER. L’instinct sexuel cher l’homme et chef les animaux, précédé d’une préface par le professeur de Lanessan. Paris, 1889.

(41) TILLIER. L’instinct sexuel chef l’homme et chef les animaux, Op. cit., 163 en note.

(42) L. TILLIER. L’instinct sexuel chez l’homme et chez les animaux. (Bibliothèque des actualités médicales et scentifiques.) Op. cit., p. 191.

(43) Prof. Christian v. EHRENFELS. Sexual Ethik. Grenzfragen der Nerven-und Seelenlebens, begründet von Löwenfeld u. Kurella, p. 47. Wiesbaden, 1907, 47.

(44) Rémy de GOURMONT. Physique de l’amour. Essai sur l’instinct sexuel. Paris 1906, grand in-I2, 295 pages, 7e édition.

(45) Remarquons à ce propos que cette « double morale » selon les sexes a pénétré jusque dans la prostitution masculine (pédéraste) ; le personnage actif (qui joue le rôle masculin) se sent libre, mais exige de son partenaire passif (qui joue le rôle féminin) la fidélité (!) dans ses rapports homosexuels (v. Magnus HIRSCHFELD, Berlins drittes Geschlecht, 15° édition (sans date). (Tableau populaire et scientifique de l’homosexualité à Berlin.)

(46) Nous saluons avec plaisir la fondation toute récente, à Paris, d’une Société d’eugénique, dont M. Edmond Perrier, l’éminent naturaliste, membre de l’Institut, a été nommé président.

(47) FREUD. Die Sexualität in der Aetiologie der Neurosen, Op. cit. in Samlll1lg kleiner Schriften ptr Neurosenlehre, p. 193, 2e edition 1911.)

 

 

 

 

 

ERRATA

(De la 1re partie, v. l’Encéphale, n° I, 10 janvier 1913.)

  1. 51, 13e ligne en montant, au lieu de Muthurann, il faut lire Muthmann.
  2. 52, 5e ligne en montant, au lieu de Auwendung, il faut lire Anwendung.
  3. 59, 5e ligne en montant, au lieu de bewustt, il faut lire bewust.
  4. 68, 22e ligne en descendant, au lieu de la malade, il faut lire le malade.
  5. 70, 6e ligne en montant, au lieu de Schayder, il faut lire Schnyder.
  6. 71, 18e ligne en descendant, au lieu de nature clinique, il faut lire nature chimique.

 

 

 

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