Charles Ladame. La sexualité dans les névroses. Partie 1. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 51-72.

ladamepsychanalyse1005Charles Ladame. La sexualité dans les névroses. Partie 1. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 51-72.

Cet article paru en deux parties, se trouve parmi les six premiers parus en français sur la psychanalyse, avant même celui de Régis et Hesnard, paru quelques mois plus tard. 

Charles Madame (1879-1949). Etudes de médecine à l’université de Lausanne. Médecin-adjoint à la clinique Sankt Pirminsberg (Pfäfers) de 1905 à 1924, directeur de l’asile psychiatrique de Bel-Air (Genève) de 1925 jusqu’à sa retraite en 1939. Professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Genève. Partisan de la thérapeutique par le travail, privilégiant la relation entre le patient et le médecin, L. entreprend de réformer l’institution psychiatrique et de favoriser la réinsertion des malades. Dès 1918, il réunit une collection de peintures, dessins et sculptures de patients et aménage en 1927 un petit musée dans un pavillon de Bel-Air. Dans ses articles et conférences, il soutient l’idée que la maladie mentale peut libérer des potentialités artistiques. Jean Dubuffet le rencontre lors de son voyage en Suisse en 1945 : leur communauté de vue sur ce qui allait s’appeler l’art brut décide Ladame à faire don d’une quarantaine d’œuvres signées notamment Robert Gie, Julie Bar, Jean Mar, Joseph Heu et Berthe U. Elles allaient constituer l’un des noyaux de la Collection de l’art brut de Lausanne. (Historisches Lexikon der Schweiz).
Quelques publication :
— La sexualité dans les névroses. Partie 1. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 51-72. [en ligne sur notre site]
— La sexualité dans les névroses. Partie 2. Article paru dans la revue « L’Encéphale », (Paris), premier semestre, 1913, pp. 157-180. [en ligne sur notre site]
— Homosexualité héréditaire et homosexualité acquise.-Lyon, 1914.
—  Guy de Maupassant. Lausanne, 1919. 1 vol. in-8°,
— A propos de la folie religieuse. Paris, Masson et Cie, 1921.
— La thérapeutique des maladies mentales par le travail. Extrait du Congrès des Médecins Aliénistes et Neurologiste de France… XXX session. Genève-Lausanne, 1926. Paris, Masson et Cie, 1926. 1 vol. in-8°, 36 p.

[p. 51]

NÉVROSES ET SEXUALITÉ (1)

par

Le Dr Paul-Louis LADAME
(De Genève.)

Il suffit de lire les articles sur les Névroses dans les deux grands dictionnaires de médecine de la fin du dix-neuvième siècle, celui de A. Luton, en 1877, dans le « Dictionnaire de Jaccoud », et celui de Brochin, en 1878, dans le « Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales [p. 52] de Dechambre », il suffit, dis-je, de lire ces articles pour se rendre compte de l’état chaotique où se trouvait encore, à cette époque presque contemporaine, la pathogénie des névroses, et pour comprendre à quel point J.-M. Charcot fut initiateur et créateur dans ce domaine.

Je rappelle que Charcot séparait en deux grands groupes distincts les causes des affections nerveuses :

1e L’hérédité, la cause prédisposante par excellence, qui ne fait jamais défaut, et qui déterminera l’espèce nosologique, lorsque surviendront les causes secondaires, celles du groupe suivant ;

2° Les agents provocateurs, c’est-à-dire toutes les causes banales, souvent associées et combinées entre elles, agissant brusquement ou s’accumulant petit à petit jusqu’au jour où elles feront éclater la névrose, sur le terrain héréditairement prédisposé.

Ces causes sont multiples, physiques et psychiques. Ce sont les traumatismes, les chocs, refroidissements, émotions, soucis, fatigues, chagrins, excès de toute nature, surmenage, accidents, maladies, intoxications et infections diverses, etc. L’alcoolisme et la syphilis méritent une mention spéciale en raison de leur fréquence et de leur importance croissantes dans nos sociétés modernes.

Plus la tare héréditaire est lourde, plus vite éclatera la maladie nerveuse, au premier choc de l’agent provocateur banal qui se rencontrera. Remarquons à ce propos qu’on a souvent affaire ici à une pseudo-hérédité, et qu’on a faussement appelé « héréditaires » des maladies simplement congénitales, datant de la blastotoxie (2) comme j’ai proposé d’appeler les infections ou les intoxications du germe, ou datant aussi des maladies du fœtus pendant la vie embryonnaire.

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Merci à Simon&e Grattini.

D’autres fois, l’hérédité n’est rien ou presque rien, et la cause banale provocatrice est devenue la vraie cause déterminante de la maladie, soit par son intensité, soit par sa répétition prolongée ; c’est la goutte d’eau qui creuse le rocher. Enfin il y a des causes spécifiques. Erb et Fournier, nul ne l’ignore, ont démontré le rôle décisif joué par la syphilis dans l’étiologie du tabes et de la paralysie générale.

Cette étiologie spécifique est généralement acceptée aujourd’hui dans la science médicale. Mais jamais Charcot n’a voulu l’admettre. Comme il trouvait la syphilis si fréquemment notée dans les antécédents de ses malades, il l’a toujours considérée comme un agent provocateur banal [p. 53] du tabes et de la paralysie générale, où l’hérédité conservait d’après lui le premier rôle étiologique.

Freud, qui fut aussi un élève de Charcot, a invoqué ce précédent pour fonder l’étiologie spécifique des névroses, qu’il place uniquement dans les événements sexuels actuels ou infantiles du malade.

Il faut remonter à la médecine hippocratique pour retrouver l’origine de la doctrine sexuelle des névroses, qui a dominé leur histoire presque jusqu’à nos jours.

On lit dans les « Œuvres complètes d’Hippocrate (édition de Littré, t. VIII, p. 33) : « Cette affection (l’hystérie) s’observe surtout chez les femmes qui n’ont pas de rapports sexuels, et chez les femmes d’un certain âge plutôt que chez les jeunes, parce que les vaisseaux sont plus vides et la matrice, desséchée par la fatigue, est vide aussi, et légère et se déplace… »

Les ordonnances thérapeutiques découlaient logiquement de cette singulière pathogénie. L’école hippocratique conseille la grossesse aux veuves et aux vieilles filles qui souffrent de ces accidents nerveux (3). Quant aux filles plus jeunes, on leur dira de prendre un mari le plus tôt possible et de devenir enceintes. La femme mariée ira auprès de son mari, après avoir reçu une fumigation aromatique aux parties génitales pour attirer en bas l’utérus, qu’on chasse d’autre part des régions supérieures du corps (où il causait des troubles), en faisant respirer à la femme des substances fétides qu’on place sous ses narines, asphalte chauffée, soufre et corne brûlée, mèche de lampe éteinte, huile rance de veau marin, castoreum, etc. Mais le mieux est de devenir enceinte. La solution de cette maladie, conclut Hippocrate, est une grossesse (4).

Depuis bientôt vingt ans, le professeur Sigmund Freud, à Vienne, a cherché à préciser cette étiologie sexuelle des névroses et à lui donner une base scientifique. Le très intéressant rapport que notre collègue M. le docteur de Montet nous a présenté au printemps dernier, lors de la réunion de notre Société à Lausanne, me dispense de vous exposer l’évolution des théories de Freud sur la psychoanalyse, la méthode dont il s’est servi pour ses recherches sur les causes sexuelles des affections nerveuses. Je me bornerai donc à relever maintenant dans les théories freudiennes, ce qui a trait aux influences de la sexualité dans l’étiologie des névroses, sujet que M. de Montet n’a pu qu’effleurer.

Freud distingue quatre groupes de causes parmi les facteurs d’une maladie quelconque. [p. 54]

1° L’Hérédité, cause prédisposante, qui prépare le terrain morbide, mais qui n’est jamais capable, à elle seule, de faire naître un état pathologique.

Contrairement à Charcot, le savant viennois pense que beaucoup de maladies peuvent apparaître sans que l’hérédité entre en question.

2° La cause spécifique, qui suffit parfois à elle seule pour provoquer la maladie et dont l’existence est toujours indispensable dans les antécédents du malade. La syphilis pour le tabes et la paralysie générale ; les troubles sexuels pour les névroses, selon la doctrine de Freud.

3° Les causes concurrentes. Ce sont toutes celles que nous avons énumérées plus haut et que Charcot englobait sous le nom d’« agents provocateurs ».

4° Enfin, la cause occasionnelle, celle qui, parmi les causes concurrentes ci-dessus, devient à un moment donné, le véritable agent provocateur direct de la maladie.

Pour bien faire comprendre comment il classe l’importance causale de ces différents facteurs étiologiques, Freud prend comme exemple la tuberculose pulmonaire, dont il distingue :

1° La cause prédisposante, l’hérédité, qui est sans doute la condition première de la maladie, mais qui n’est pas indispensable et qui, seule, serait incapable de la provoquer. L’hérédité ne peut s’entendre ici que comme un affaiblissement congénital et général des tissus et des fonctions organiques, dont il résulte une moindre résistance aux infections microbiennes.

2° La cause spécifique, le bacille de Koch, qui peut envahir un organisme, sans qu’il existe une prédisposition héréditaire. C’est précisément cette cause « spécifique », indispensable pour provoquer la maladie, que Freud se flatte d’avoir découvert dans l’étiologie des névroses. Nous examinerons tout à l’heure cette grave question, sans parti pris, mais dans un esprit critique impartial, basé sur nos recherches et nos observations personnelles, ainsi que sur l’étude des principales publications de la littérature médicale qui ont traité récemment le sujet.

3° Les causes concurrentes. Toutes les causes banales connues dont nous avons parlé ; toutes celles qui affaiblissent l’organisme et diminuent sa résistance aux invasions des microbes infectieux. L’alcoolisme, comme chacun le sait, est une des principales causes concurrentes de la bacillose.

4° La cause occasionnelle. Dans le cas de tuberculose pulmonaire, ce sera souvent un excès, un surmenage, une grande fatigue, l’épuisement, la misère physiologique, un refroidissement, une maladie incidente, la [p. 55] pleurésie par exemple, qui est souvent déjà le premier indice d’une infection bacillaire.

Transportant son schéma à l’étiologie des névroses, Freud n’accorda d’abord à l’hérédité, comme cause prédisposante, qu’une action hypothétique presque nulle. Dans son premier travail sur la « Névrose d’angoisse », il dit, comme par acquit de conscience : « Dans maints cas on ne trouve aucune étiologie à la névrose d’angoisse. Il est rare alors qu’on ne rencontre pas dans ces cas une lourde tare héréditaire (5) ». Et c’est tout. Il n’est dès lors plus question d’hérédité ! Bien plus, l’auteur n’a jamais donné, à ma connaissance du moins, une observation de malade atteint d’une névrose d’origine vraiment héréditaire. Il a bien soin de noter, au contraire, dans les cas qu’il publie avec détails, l’absence des tares provenant de l’hérédité.

En se basant sur sa classification étiologique, Freud distingue :

  1. Les NÉVROSES ACTUELLES : Neurasthénie et névrose d’angoisse.
  2. Les PSYCHONÉVROSES : Hystérie et névrose d’obsession.

La névrose d’angoisse s’observe chez les femmes, dit-il (6) :

1° Comme « angoisse des vierges », « angoisse virginale » ou « angoisse des adolescentes », lorsque le problème sexuel est brutalement révélé aux jeunes personnes, auxquelles il avait été soigneusement caché jusqu’alors : par exemple, si elles sont témoin d’un acte sexuel, ou par une lecture ou une communication indiscrète, etc. La névrose est dans ces cas combinée d’une façon typique avec l’hystérie.

2° Comme « angoisse des nouvelles mariées ». Les jeunes femmes qui sont restées insensibles aux premiers coïts, sont fréquemment atteintes de cette forme d’angoisse, qui disparaît quand la sensation normale a fait place à l’anesthésie primitive.

3° Comme « angoisse des femmes » dont les maris ont une éjaculation précoce.

Idem, lorsque les maris pratiquent le coït « interrompu », ou « réservé ». Ces deux derniers cas (3° et 4°) ont même effet, la femme n’ayant pas alors la satisfaction nécessaire à la décharge de la tension nerveuse qui est provoquée par le coït. Tandis que le coït interrompu est toujours nuisible, le congressus reservatus, au moyen du condom, n’aura pas d’inconvénients pour la femme, si elle est très excitable et son mari très doué au point de vue sexuel. [p. 56]

Freud fait remarquer à ce propos que le coït interrompu sera cependant inoffensif pour la femme si son mari a appris à attendre la satisfaction de sa moitié avant de retirer son pénis du vagin, au moment où l’éjaculation va se produire, tandis que, dans ce cas, le mari sera seul atteint par la névrose d’angoisse (voir plus loin).

5° Comme « angoisse des veuves » et des femmes abstinentes volontairement, assez souvent en combinaison typique avec les obsessions.

6° Comme « angoisse de la ménopause » pendant la dernière grande poussée du besoin sexuel.

Voilà pour les femmes.

Chez les hommes, Freud distingue les groupes suivants :

1° L’« angoisse des abstinents » volontaires, combinée souvent avec les symptômes de « défense ». (Abwehr. Hystérie et obsessions.) On trouve dans cette catégorie un certain nombre de tarés héréditairement, de détraqués, etc.

2° L’angoisse des hommes qui pratiquent un acte sexuel « frustratoire » (pendant les fiançailles, par exemple), par peur des suites d’un coït fécondant ; ceux qui se bornent aux préliminaires du toucher ou de la vue. Ces cas, affirme l’auteur, fournissent les observations les plus pures de la névrose.

3° L’angoisse des hommes qui ont coutume de se livrer au coït interrompu ; rarement pure, cette angoisse est alors combinée généralement avec la neurasthénie. Nous avons déjà dit dans quelles circonstances les femmes sont prises d’angoisses à la suite du coït interrompu. On remarque en effet, que ce n’est jamais que l’un des époux qui est atteint de la névrose consécutive au congressus interruptus. Nous en connaissons maintenant les motifs, si nous acceptons les interprétations de Freud, qui nous paraissent un peu subtiles et qui n’ont pas encore été, si je ne me trompe, suffisamment contrôlées, ce qui présente il est vrai quelque difficulté. Elles sont loin d’être admises définitivement dans la science médicale, il est à peine besoin de le dire.

4° L’angoisse des hommes dans la « sénilité ». Au moment de l’âge critique, comme chez les femmes, il y a des hommes qui sont atteints de névrose d’angoisse dans le conflit psychique qui résulte de la diminution de leur puissance virile, parallèlement à des poussées libidineuses plus actives.

Les deux groupes suivants sont communs aux deux sexes :

1° Les neurasthéniques par suite d’onanisme (hommes et femmes) sont atteints de névrose d’angoisse dès qu’ils cessent de se masturber, [p. 57] Ces personnes sont absolument incapables de supporter l’abstinence sexuelle. La névrose ne se manifestera cependant que faiblement, ou pas du tout, chez les masturbateurs neurasthéniques impuissants ou chez les femmes vraiment frigides. Dans ces cas, on n’observe que de l’hypocondrie ou un léger vertige chronique.

2° Enfin les cas de névrose d’angoisse qui ne paraissent pas de nature sexuelle et qu’on voit se déclarer après de graves maladies, des fatigues épuisantes, des chocs moraux, etc. Mais on trouve toujours, dans ces cas, s’il faut en croire Freud, l’étiologie sexuelle spécifique dans les antécédents, lorsqu’on sait la rechercher et la dépister. La cause occasionnelle banale n’aurait pas pu faire éclater la maladie si la pratique sexuelle nuisible n’y avait préparé depuis longtemps l’organisme, en accumulant lentement ses effets. Chaque forme de névrose a du reste son étiologie sexuelle spéciale, toujours la même pour les mêmes formes.

Il existe, dit Freud, une analogie complète entre les symptômes d’excitation du coït, dyspnée, palpitations, congestion, etc., et ceux de la névrose d’angoisse qui les présente aussi au moment de ses accès. Ce serait donc une raison de plus pour y voir une origine sexuelle.

Lorsqu’on rencontre une névrose combinée, on peut démontrer à coup sûr qu’il y a aussi toujours alors une combinaison équivalente d’étiologies spécifiques.

Laissons parler Freud : Voici une femme hystérique qui, depuis quelque temps, pratique avec son mari le coïtus reservatus. « On voit bientôt s’ajouter à son hystérie une névrose d’angoisse, conséquence de ces pratiques. — Un homme devenu neurasthénique à la suite de masturbation, s’excite auprès de sa fiancée, et présente bientôt des accès d’angoisse nerveuse. — Une femme, lassée du coït interrompu que son mari lui fait subir, se livre secrètement à un amant. Le conflit qui en résulte provoque un mélange d’hystérie et de névrose d’angoisse. »

Jamais, prétend Freud, le coït interrompu ne peut provoquer une pure névrose. Dans les cas de ce genre, l’angoisse se mêle toujours à la neurasthénie, tandis que l’angoisse virginale a d’intimes rapports avec l’hystérie.

En résumé pour Freud, l’angoisse n’est qu’une libido déviée de sa fin naturelle. Au début, ce mot de « libido » n’avait pas d’autre signification que « la jouissance sexuelle psychique (7) », mais comme l’a fait observer M. de Montet, Freud et ses adeptes ont donné un sens toujours plus [p. 58] extensif à ce terme de libido. S’il faut en croire Jung, il constituerait « la base de toutes nos amours et de tous nos vouloirs (8) ».

Freud en donne la définition suivante dans ses « Trois essais sur la théorie sexuelle » : « Libido, dit-il, est le mot scientifique qui correspond au mot faim, pour la nutrition. Il n’y a pas de terme populaire allemand qui puisse le traduire, car le mot Lust (jouissance, plaisir) indique à la fois aussi bien la « sensation du besoin » que sa « satisfaction (9). Pour Kotscher aussi la libido est la faim sexuelle qu’il qualifie de « naïve » (10).

Toutes nos sympathies, toutes nos affections, sont un fruit de la libido, qui est devenue, dit Jung, « la force de vie » dont l’élément fondamental est « l’attraction sexuelle ». Bleuler dit aussi que la notion freudienne de la libido dépasse de beaucoup l’appétit génital. Elle s’applique, sous certains rapports, à toutes nos aspirations positives. « In gewissen Beziehungen gehort ail unser Streben, soweit es positiv ist, dazu (11). »

Löwenfeld donne une autre définition de la « libido ».

« Il convient, dit-il, de distinguer entre l’instinct sexuel, comme symptôme psychique de caractère général, et la manifestation momentanée de cet instinct, l’appétit sexuel momentanément existant. C’est à ce dernier que nous réserverons, dit Löwenfeld, l’appellation de libido (12). »

Havelock Ellis (13) dit, d’autre part, que tous les auteurs médicaux anciens distinguent soigneusement entre le désir sexuel et la présence du plaisir dans le coït, et les auteurs modernes aussi séparent proprement la libido de la volupté, car il est très possible d’éprouver un désir sexuel sans être apte à satisfaire ce désir par l’acte sexuel.

Otto Hinrichsen s’élève aussi contre l’extension donnée à ce mot par Freud et ses disciples. « Freud a poussé si loin la notion de la libido, dit [p. 59] Hinrichsen, qu’il n’est plus possible de le suivre, en définitive, sur le terrain scientifique, car il devient mystique. Quand on parle à tout propos de « sublimation », la notion de la libido est étendue bien au delà de ses limites et peut naturellement, et à tort, être appliquée partout (14). »

Il faut respecter les mots, dirons-nous à notre tour, avec un critique littéraire, les toucher avec soin ; il faut avoir peur de les contrarier, de les pervertir, et, en les coupant de leurs racines, il faut craindre de les tuer. Les mots ne dépendent pas de nous. Ils ont, en dehors de nous, leur existence. Et nous pouvons les meurtrir, non les modifier. Un écrivain qui a blessé les mots est coupable dans son métier (15).

L’école de Freud a abusé étrangement aussi du mot « sexuel » dont il a étendu le sens aux fonctions de la nutrition, comme nous le dirons dans un instant. Or, selon Littré le mot « sexe » vient du latin sexus pour sectus, section, séparation. Un mot qu’on détache de son passé, dit encore André Beaunier, que nous venons de citer, n’est rien, qu’une étiquette insignifiante.

Nous retrouverons plus tard le problème complexe de l’instinct sexuel qui se décompose en « instincts parcellaires » (partialtriebe) auxquels Freud, qui les a ainsi dénommés, ajoute une grande importance dans la formation des aberrations et des perversions sexuelles.

Ces questions appartiennent à l’étude de la vie sexuelle chez l’enfant, dont nous parlerons plus loin. Nous ne pouvons nous y arrêter ici. Nous renvoyons tous ceux qui désireraient approfondir cette intéressante étude aux publications récentes de Sanford Bell (16), de L. M. Kotscher (17), et surtout d’Albert Mo1l (18). Freud attache, on le sait, une importance particulière aux événements sexuels infantiles dans l’étiologie des névroses.

*

*    *

Nous venons de voir la première ébauche de la théorie sexuelle des [p. 60] névroses de Freud. Cet auteur n’a cessé, dès lors, dans de nombreuses publications, de la consolider et de la perfectionner.

Sa doctrine étiologique de l’hystérie se distingue de toutes les autres, et a suivi une évolution particulière. Je rappellerai à cette occasion que les relations entre l’hystérie et les fonctions sexuelles de la femme n’ont jamais été complètement abandonnées par les médecins, et ont toujours eu cours dans le grand public.

Il faut arriver au « Traité clinique et thérapeutique » du docteur P. Briquet (1859) pour trouver une théorie manifestement contraire (19). Briquet écrit dans la préface de son livre : « Je reconnus que l’hystérie n’était pas cette maladie honteuse dont le nom seul rappelle au monde étranger à la médecine et à beaucoup de médecins, ce vers de notre grand poète tragique :

C’est Vénus tout entière à sa proie attachée ! «

On a reproché à Briquet d’avoir soutenu cette thèse, si contraire à l’opinion régnante, par des motifs d’ordre sentimental. C’est Havelock Ellis, après Huchard, qui a surtout articulé cette critique. Cependant, en se reportant au texte de Briquet, on s’aperçoit que ce reproche n’est pas fondé.

Voici ce qui a donné lieu à cette accusation. Briquet a écrit au début de son article sur l’« Influence de la continence » (20) :

« Dans les temps les plus reculés, les matrones furent les premières à imaginer que les besoins génitaux non satisfaits conduisaient infailliblement (21) les femmes à l’hystérie… Cette croyance n’est fondée sur rien de sérieux et n’a jamais été soumise au contrôle d’une véritable observation. Mais comme cette croyance a quelque chose de dégradant (22) pour les femmes et comme elle conduit à de fausses applications en thérapeutique, je n’hésite pas à consacrer quelques pages à son examen. »

Remarquons le mot « infailliblement ». Briquet, on le voit, faisait surtout allusion, dans le passage incriminé, à la croyance mal fondée des antiques matrones, à ce que le professeur Rieger (23), de Würzbourg, parlant des premières publications de Freud, appelait la psychiatrie des vieilles commères (Altweiberpsychiatrie). [p. 61]

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Lectura Lacaniana.

L’ouvrage de Briquet est du reste fortement documenté, mais sa thèse insolite n’aurait sans doute pas eu grand écho dans le monde médical, si Charcot ne l’avait pas adoptée, en la marquant de son génie. Pour l’illustre professeur de la Salpêtrière, l’hystérie était un désordre psychique, dont le siège est dans les centres nerveux, et qui n’a rien à faire avec les troubles des organes sexuels. Son étiologie est toute dans la prédisposition héréditaire.

On naît hystérisable comme on naît tuberculisable. Les troubles de la nutrition générale (goutte, diabète, arthritisme) chez les ancêtres pouvaient prédisposer à l’hystérie en nuisant à la nutrition du système nerveux. Toute l’école de la Salpêtrière partagea et propagea les idées du maître, et beaucoup de médecins en proclament encore aujourd’hui l’absolue vérité.

Cependant l’antique théorie sexuelle de l’hystérie conservait toujours çà et là quelques timides partisans.

Dans le « Traité des Névroses » d’Axenfeld, le docteur Huchard, qui en a publié une deuxième édition, considérablement augmentée, reconnaît tout d’abord que l’influence des organes génitaux, comme cause de l’hystérie, « a été évidemment surfaite ». Mais il ajoute aussitôt qu’il ne convient pas, à son avis, de pousser la réforme de la doctrine traditionnelle jusqu’à la négation complète et radicale.

Il existe, dit-il, des faits positifs que les opposants, même les plus décidés de la doctrine en question, ne peuvent nier, et qui subsistent malgré leurs dénégations. Il cite l’influence évidente qu’exercent, dans certains cas, sur le développement de l’hystérie, un tempérament lascif, la continence ou l’excitation génésique artificielle, les passions sexuelles contrariées, etc. Puis il ajoute :

« Au risque de paraître partager une croyance « qui a quelque chose « de dégradant pour la femme » (considération peu scientifique, croyons-nous), nous devons rappeler que les vétérinaires ont étudié chez les femelles d’animaux des accidents nerveux assez analogues à l’hystérie, et auxquels ils assignent pour cause la non-satisfaction du besoin de reproduction. »

Enfin l’auteur conclut qu’on doit admettre « une variété d’hystérie, due à l’influence de l’appareil sexuel, tout en établissant que cette variété est loin d’être la plus commune, et que les causes morales jouent le principal rôle dans la plupart des faits de cette névrose (24) ».

Un médecin américain, le docteur E.-A. Kingt (25), en a distingué aussi une forme spéciale qu’il appelle « hystérie sexuelle » et qu’il regarde comme une variété importante de cette maladie. Il la considère comme une réaction automatique du système reproducteur qui tend à devenir anormale sous l’influence de la civilisation et à persister sous une forme morbide. Il en énumère douze caractères, que reproduit Havelock Ellis, auquel nous empruntons ces détails ; Ellis considère l’appellation d’hystérie sexuelle comme impropre.

Cette forme particulière d’hystérie se rencontre surtout, selon King, chez les femmes prudes, à cheval sur la morale, qui sont décidées à résister aux avances de l’autre sexe. L’hystérie sexuelle paralyse temporairement cette volonté auto-défensive, et livre la femme aux instincts « reproducteurs » qui sommeillent dans son organisme. Ce serait la revanche de l’« Abwehr » de Freud.

Hellpach (26) a écrit un gros livre, prolixe et diffus, sur la psychologie de l’hystérie, dans lequel il adopte presque intégralement les opinions de Freud dont il ne se sépare que sur d’insignifiants détails, comme lorsqu’il dit que le refoulement du dégoût, même non sexuel, peut engendrer l’hystérie.

Au sortir de la Salpêtrière, où il avait été élève de Charcot, en 1885 et 1886, Freud partageait absolument les opinions du maître. Il publia, en 1887, une traduction allemande des « Leçons du mardi ». Formé à l’école de Charcot, dit-il quelque part (27), je n’avais aucun motif de croire à l’étiologie sexuelle de l’hystérie.

Dans son observation d’un cas d’astasie-abasie concernant une demoiselle Élisabeth v. R., Freud fait la confession suivante (28) :

« Je n’ai pas toujours été psychothérapeute, mais, comme les autres médecins neuropathologistes de mon temps, j’ai été éduqué pour le diagnostic des localisations et pour le pronostic par la recherche des réactions électriques. Je suis moi-même singulièrement impressionné (berührt) du fait que les observations de malades que j’écris, se lisent [p. 63] comme des « Nouvelles », et quelles manquent pour ainsi dire du cachet sérieux de la science. Mais je m’en console en me disant que la nature du sujet en est évidemment responsable plutôt que moi-même. Dans l’étude de l’hystérie, on ne fait pas de diagnostic de « localisations » ni de pronostic par les « réactions électriques… »

Freud nous apprend que ses idées sur l’origine sexuelle des névroses se sont formées très lentement, à la suite de recherches patientes et minutieuses, qui ont renversé complètement ses premières opinions.

« Ce n’est pas moi, a dit Freud, qui ai créé la pycho-analyse (29). J’étais étudiant, occupé de préparer mes derniers examens, lorsque mon vénérable ami, le docteur Joseph Breuer, de Vienne, l’employa pour la première fois, sous le nom de méthode cathartique, chez une jeune hystérique qu’il guérit complètement par cette méthode. » Cependant c’est à Freud seul que l’on doit tout le développement ultérieur et la méthode, car Breuer ne le suivit pas dans la voie nouvelle où il s’engagea à la recherche de l’étiologie sexuelle des névroses (30).

Dans son article de 1896 sur l’étiologie de l’hystérie, auquel je viens de faire allusion, nous voyons que Freud est déjà arrivé à la conviction que jamais un symptôme hystérique n’est la conséquence d’un incident isolé, plus ou moins récent. L’événement banal qui paraît avoir été la dernière cause du symptôme hystérique est toujours relié par une longue chaîne d’autres événements à une ancienne réminiscence infantile qui se rapporte toujours, en fin de compte, à un traumatisme psychique de nature sexuelle. Les connexions de ces divers incidents ne sont pas simples. Elles se ramifient, au contraire, à la façon d’un grand arbre. Freud compare sa méthode de psycho-analyse, qui les met au jour, aux fouilles que l’on doit faire dans un champ de décombres composé de couches nombreuses superposées et entremêlées. Un souvenir en ramène un autre. Chaque symptôme a plusieurs chaînes d’associations dont les séries convergentes se coupent à des points nodaux. Lorsqu’on arrive sur un de ces nœuds, on s’aperçoit que chaque événement isolé a été le point de départ de deux ou de plusieurs symptômes.

Mais toutes les analyses, sans exception, si on les pousse assez loin, aboutissent immanquablement à un traumatisme sexuel, qui a eu lieu dans la première enfance, à l’âge de deux, trois ou quatre ans, et dont le [p. 64] malade n’a plus aucun souvenir conscient. On ne devient hystérique que si le souvenir de la scène sexuelle infantile est resté enfoui dans l’inconscient. C’est ce qui a fait dire à l’auteur que les hystériques souffrent de réminiscences inconscientes.

La guérison est radicale, affirme-t-il. le jour où l’on a réussi à vaincre les résistances opiniâtres, souvent formidables, que l’on rencontre pour ramener à la lumière de la conscience ces souvenirs préhistoriques de la vie sexuelle infantile du malade. Celui-ci s’oppose instinctivement de toutes ses forces au but poursuivi par le médecin. Lorsque la scène sexuelle de sa tendre enfance reparait enfin à sa mémoire, il est saisi d’une vive émotion. C’est à cette condition seulement que la guérison est définitive. Il faut parfois un travail acharné de psycho-analyse pendant plusieurs années pour aboutir à ce résultat.

Freud affirme catégoriquement que si la scène sexuelle originaire n’a pas eu lieu avant la huitième année, jamais l’hystérie n’éclatera dans la suite. Cette limite à huit ans des effets nuisibles lointains du traumatisme sexuel infantile dépend très probablement, dit cet auteur, de certaines transformations qui ont lieu dans le développement des organes génitaux, au moment où l’enfant entre dans la période sexuelle latente qui se termine à la puberté (31).

Il faut noter que la trace psychique du premier traumatisme sexuel infantile est tout d’abord complètement inoffensive. Elle reste à l’état de prédisposition morbide, et trop souvent on a mis sur le compte de l’hérédité ce qui appartient en réalité aux impressions oubliées de la première enfance. C’est le cas de la prédisposition à l’hystérie. Le souvenir sexuel inconscient ne se manifeste d’abord par aucun symptôme. Il ne devient pathologique qu’après la puberté. D’autres facteurs secondaires entrent alors en jeu. Voici comment Freud explique le mécanisme psychologique de cette étiologie sexuelle de la névrose.

L’infection spécifique a donc lieu, dans la première enfance, entre deux et quatre ans, jamais après la huitième année, comme nous venons de le dire. Plus tard, lorsque l’initiation sexuelle se fait plus ou moins clairement, après l’âge critique de la puberté, il se produit un conflit psychique entre les poussées de l’instinct génital, cherchant à faire irruption dans la vie, et la morale sociale qui impose le silence à la libido [p. 65] de l’adolescent. Ce conflit amène, selon l’expression de Freud, un refoulement dans l’inconscient des scènes sexuelles successives auxquelles prennent part, activement ou passivement, le jeune homme ou la jeune fille. Or, si les nouvelles impressions sexuelles refoulées trouvent dans l’inconscient la trace laissée par une première scène infantile, elles s’associent avec le souvenir de cette scène, ce qui renforce singulièrement les impressions sexuelles récentes et provoque alors la manifestation des symptômes hystériques. Ceux-ci sont toujours « surdéterminés », c’està-dire qu’il a fallu plusieurs scènes successives pour les produire.

Nous ferons remarquer dès maintenant que ces hypothèses sont très discutables, et même parfois invraisemblables. Nous admettons sans doute que les symptômes de l’hystérie sont le plus souvent « surdéterminés », c’est-à-dire que leur origine est due à des causes multiples, mais parmi ces dernières il y en a certes un grand nombre qui n’ont rien à faire avec la sexualité de l’enfance ou de l’adolescence. Depuis l’ouvrage classique de Stanley Hall (32), on a beaucoup étudié « l’âme de l’adolescent » et l’on s’est aperçu que cette période critique ne se rattachait pas purement et simplement, comme on se le figurait, à l’évolution de la fonction génitale. La preuve en est que la, précocité de cette fonction, loin de l’accélérer, empêche l’adolescence mentale de s’épanouir et provoque un arrêt du développement. Je ne puis aborder ce sujet maintenant. Je renvoie ceux qui désireraient l’approfondir aux ouvrages de Gabriel Compayré (33) et de P. Mendousse (34), ainsi qu’à l’article documenté. de Paul Gaultier (35). Mais revenons aux théories de Freud sur l’hystérie, On savait depuis longtemps que les réactions psychiques des hystériques sont disproportionnées aux excitations qui les provoquent, et on a comparé cet état mental à la grenouille strychnisée ou à l’animal auquel on a enlevé les centres cérébraux supérieurs. Mais, selon Freud, ce serait une erreur. La réaction, dans l’hystérie, n’est exagérée qu’en apparence. Elle nous apparaît disproportionnée parce que nous ignorons le grand nombre des motifs accumulés qui l’ont provoquée. En réalité, la réaction hystérique est adéquate à son excitation, exactement proportionnelle [p. 66] à ses causes. La psycho-analyse en découvre peu à peu les motifs inconscients. Il faut remonter à leur plus tendre enfance pour s’expliquer la grande susceptibilité des hystériques, qui est la conséquence de toutes les vexations accumulées et subies pendant des années. Le mystère des points hystérogènes n’a pas d’autre cause. Ils rappellent le souvenir de traumatismes sexuels inconscients, qui n’ont jamais été « déchargés » (abreagirt), précisément parce qu’ils étaient refoulés dans l’inconscient.

La trace des souvenirs sexuels traumatiques inconscients de la première enfance agit ainsi fortement plus tard dans des occasions qui paraissent insignifiantes. C’est pourquoi on croyait trouver l’explication de ces réactions inadéquates dans les prédispositions héréditaires. La psycho-analyse nous a appris, dit Freud, que c’est dans les réminiscences de scènes infantiles qu’on doit aujourd’hui en chercher la cause.

On observe fréquemment plusieurs cas de névroses dans la même famille, et l’on s’était jusqu’ici toujours basé sur ces faits pour invoquer, sans réplique pensait-on, l’action de l’hérédité. En réalité, d’après Freud, il n’en est rien. Il s’agit simplement, dans ces cas, d’une infection commune pendant l’enfance. Une fille est hystérique, son frère souffre de névrose d’angoisse. Soyez sûrs qu’ils ont commis ensemble, ou avec d’autres petits camarades, dans leur tendre enfance, des « cochonneries » sexuelles. Ce sont des cas de pseudo-hérédité.

Le savant viennois attribue une haute importance à sa découverte. Il pense qu’elle sera pour la neuropathologie ce que la découverte des sources du Nil a été pour la géographie (36), le plus grand problème de cette science au dix-neuvième siècle.

Là, s’écrie-t-il avec un accent d’enthousiasme, qui est loin de nous déplaire, « là se trouve la psychologie de l’avenir des névroses, qui est encore à créer. Car les scènes sexuelles infantiles ne sont pas spéciales à l’hystérie. On les retrouve dans l’étiologie des « obsessions » et peut-être aussi dans la « paranoïa » chronique et dans d’autres névroses de défense (Abwehrneurosen) ».

Mais dans les obsessions, il s’agit d’agressions sexuelles actives commises surtout par les petits garçons et qui ont eu pour conséquence des remords. C’est pour cela que la maladie est plus fréquente chez les hommes.

Tandis que dans l’hystérie l’élément affectif de la représentation mentale pénible ou insupportable s’est déchargé, comme par un court-circuit, dans les voies motrices, et a produit les symptômes corporels, — la [p. 67] conversion, — dans la névrose d’obsession, au contraire, il s’agit d’une substitution, l’élément affectif refoulé s’étant séparé de la représentation mentale qui l’accompagnait primitivement, s’attache ensuite à d’autres représentations qui s’imposent opiniâtrement à la vie psychique.

Les résultats obtenus par Freud jusqu’en 1896 sont le fruit de centaines de psycho-analyses faites dans dix-huit cas graves d’hystérie (sixv hommes et douze femmes).

Deux ans plus tard, en 1898, Freud accentue et précise sa doctrine des éléments sexuels morbides dans l’étiologie des névroses (37). Il s’élève contre une fausse pruderie, tissue d’hypocrisie, qui défendrait aux médecins de pénétrer les secrets sexuels de leurs malades. N’avons-nous pas le devoir de connaître les causes des maladies pour les guérir ? La responsabilité du médecin y est engagée. Les gynécologues examinent soigneusement les organes génitaux des femmes. Nous avons les mêmes droits, les mêmes devoirs, lorsqu’il s’agit de faire l’examen mental de leur sexualité psychique. Nous ne sommes pas en Turquie. Un critique lui a répondu dans les Schmidt’s Jahrbücher qu’on n’arrive pas à l’âme par des moyens gynécologiques, et que ce n’est pas par la voie vaginale qu’on guérit les troubles psychiques !

Cependant Freud reconnaît qu’il y a des médecins maladroits, et d’autres qui peuvent manquer de conscience. On risque alors de blesser la pudeur des femmes et de détruire la paix et le bonheur des familles. Celui qui n’a pas le tact, le sérieux et la discrétion nécessaires doit s’abstenir, et Freud déclare expressément que celui qui éprouve un prurit lubrique dans les examens sexuels, au lieu d’un intérêt scientifique, ne doit pas faire de neurologie. Nous ne pouvons qu’applaudir à ces paroles. Ajoutons, toutefois, qu’avant la curiosité scientifique, le vrai médecin doit placer l’intérêt de ses malades, ce qui pourra l’arrêter dans une investigation trop brutale ou trop indiscrète de leur vie sexuelle. Comme l’a dit excellemment Dubois : « Étudier les malades, ce n’est pas encore les guérir. »

Freud demande à tout prix la vérité. Il faut de la sincérité des deux parts, dit-il, car la morale sexuelle d’aujourd’hui, dans nos sociétés européennes, est hypocrite, à double face, n’ayant d’autre souci que de sauver les apparences.

Il y a bien du vrai dans cette boutade.

L’étiologie sexuelle se rencontre, sans exception, affirme Freud, dans [p. 68] tous les cas de névroses. Il n’y a jamais de névrose dans la vie sexuelle normale. Cette étiologie est « actuelle » ou « infantile ».

Actuelle dans la neurasthénie, c’est-à-dire qu’il faut en chercher ici les causes dans la vie sexuelle du malade, depuis sa nubilité. On doit distinguer deux groupes :

La neurasthénie proprement dite, ayant pour principaux symptômes la fatigue spécifique, le casque, la dyspepsie, la constipation, l’irritation spinale — cause sexuelle : la masturbation.

Il n’y a pas de cas négatifs. Si l’on croit en trouver, il y a erreur de diagnostic ; exemples : les états neurasthéniques au début de la paralysie générale; ou bien une suppuration dans les sinus des os de la face ; ou bien encore une hystérie qui simule les symptômes neurasthéniques, etc.

La névrose d’angoisse, agitation, inquiétude, tourments de l’attente, vertige locomoteur, phobies, insomnies ; — causes sexuelles : coït fruste, abstinence avec forte libido. Nous savons déjà que l’angoisse n’est qu’une libido détournée de son but.

Il peut y avoir combinaison de l’angoisse avec la neurasthénie. On retrouve alors sûrement la double étiologie, si on sait la chercher.

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Merci à Thierry Amateis‎

Les deux formes de la névrose dont nous venons de parler peuvent apparaître sans prédispositions héréditaires. Il y a généralement des causes adjuvantes banales, mais l’étiologie sexuelle spécifique est seule décisive pour le traitement, qui découle logiquement de la théorie. Il faut rassurer la malade sur les suites de la masturbation, et lui conseiller un coït normal et régulier. Il n’y a pas d’autres moyens, conclut Freud, car le besoin sexuel, une fois éveillé, ne s’éteint plus jamais.

Nous discuterons ces prescription dans un instant. Bornons-nous, pour le moment, à rappeler que l’étiologie sexuelle exclusive de ces névroses est loin d’être admise par les médecins. Je ne citerai, parmi les auteurs les plus récents, que Löwenfeld, Cramer et Oppenheim.

  1. Cramer (38) refuse même à la névrose d’angoisse de constituer un type nosologique spécial. Elle est toujours accompagnée d’autres symptômes de neurasthénie dégénérative. Du reste, le traumatisme sexuel, lorsqu’il existe, n’est qu’un simple agent provocateur, au même titre que d’autres agents semblables, qui rendent manifestes, chez les individus prédisposés, le complexe symptomatique nerveux de l’angoisse.
  2. Oppenheim (39) (Berlin) a soigné, en 1910, cent quatre-vingts [p. 69] personnes atteintes de névrose d’angoisse. Il ne reconnaît comme étiologie essentielle que la diathèse neuro-psycho-pathologique. La maladie est déclanchée par un choc émotif ou après des émotions répétées, plus rarement à la suite d’épuisement et exceptionnellement après abandon de l’activité professionnelle, par suite du désœuvrement. Dans la plupart des cas, il n’est pas question de l’étiologie sexuelle de Freud. Oppenheim s’élève fortement contre cette doctrine erronée. La psycho-analyse, dit-il, est une méthode moderne de torture. Elle offre un grand danger pour le malade dont on violente l’esprit en le maîtrisant. Il est d’autant plus urgent de combattre cette méthode néfaste qu’elle a pénétré dans la littérature, chez les juristes et les théologiens, et dans le grand public.

Quant à Löwenfeld (40), qui comprend la névrose d’angoisse autrement que Freud, il admet son étiologie sexuelle dans les trois quarts des cas, mais il conteste que ces causes soient toujours les mêmes, pour les mêmes formes de névrose. Au contraire, elles sont très variées et l’hérédité joue ici un rôle plus important que la sexualité. D’autres causes agissent aussi pour provoquer l’angoisse, qui sera entretenue par elles, lorsque la cause sexuelle aura été écartée (masturbation, coït fruste, etc).

Mes observations personnelles confirment plutôt les conclusions de Löwenfeld que celles d’Oppenheim. J’ai vu assez souvent la névrose d’angoisse se développer chez des veuves ou chez des vieilles filles plus ou moins tarées, au moment de la ménopause, lorsqu’il y avait eu auparavant des incidents sexuels de nature émotive. Nous verrons bientôt qu’on aurait tort d’en rendre responsable la continence.

J’étais consulté récemment, par un jeune homme, de trente-quatre ans, catholique romain, marié depuis une année à une femme atteinte d’un vice de cœur. Redoutant tous les deux une grossesse qui pouvait mettre en danger la vie de l’épouse, et, d’autre part, se refusant, par scrupule de conscience, à employer des moyens anticonceptionnels, qui sont, paraît-il, formellement interdits, comme péché capital, par l’Église catholique, ces malheureux époux, se livraient à des pratiques de masturbation réciproque qui avaient été l’origine chez mon malade d’une formidable névrose d’angoisse, par suite du conflit psychique qu’elles avaient provoqué. Il existait, sans doute, d’autres causes adjuvantes dans ce cas, et une tare héréditaire dégénérative assez prononcée. Mais il n’en est pas moins vrai que l’élément sexuel y était prédominant dans l’étiologie. Sans partager les exagérations de l’école de Freud, je suis, néanmoins, le premier à reconnaître les services que ce dernier a rendus à notre [p. 70] spécialité en attirant l’attention sur l’importance considérable des causes sexuelles dans l’étiologie des névroses, quoique je ne puisse admettre les explications théoriques qu’il donne de leur mécanisme.

Notre collègue, le docteur Schnyder, dans l’intéressante relation qu’il vient de publier sur « Le cas de Renata », dit très justement : « Il est incontestable que les questions de la vie sexuelle jouent dans la pathogénie des psychonévroses féminines un rôle prépondérant (41). » Mais Schnyder n’attribue pas avec Freud et son école un rôle exclusif aux causes sexuelles dans cette pathogénie.

Freud a, du reste, modifié sensiblement ses premières opinions et reconnu très loyalement qu’il s’était trompé, et qu’il avait été trompé par ses malades, en proie à de fausses réminiscences.

En 1905, dans l’article qu’il a écrit pour l’ouvrage de Löwenfeld sur la « Vie sexuelle et Nervosisme » dont nous venons de parler (42), Freud soutient toujours son aphorisme favori : « Dans une vie sexuelle normale, une névrose est impossible. » Mais il annonce que, depuis dix ans, à la suite de ses nouvelles expériences, sa manière de voir a changé sur plusieurs points. Il donnait autrefois trop d’importance aux traumatismes sexuels infantiles, et il ne savait pas alors faire le départ entre les faux souvenirs (paramnésies de certitude et de localisation de Sollier) et les traces de vrais incidents de leur première enfance. Il a appris, dès lors, que nombre de ces attentats racontés par les hystériques étaient imaginaires, inventés simplement comme un essai de défense pour ne pas s’avouer un souvenir gênant de masturbation.

Freud a donc complètement renoncé à voir l’accident sexuel infantile comme la cause spécifique de l’hystérie. La prédisposition héréditaire reprend du même coup l’importance qu’elle avait perdue. Mais pour Freud, l’hérédité n’est point du tout ce que l’on entend communément par ce mot. Ce n’est plus ce que nous appelons l’hérédité névropathique générale, mais bien une constitution spéciale que l’on apporte à la naissance, la constitution sexuelle. Le savant viennois a tenté de montrer récemment, dans ses « Trois essais sur la théorie sexuelle (43) », comment cette constitution est diversifiée, et de combien d’instincts parcellaires se compose l’instinct sexuel primitif. Freud remplace donc maintenant [p. 71] les traumatismes sexuels infantiles qu’il admettait autrefois, par ce qu’il nomme « l’infantilisme de la sexualité ».

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Dans ses premières publications de 1894 à 1896, avant toute étiologie sexuelle des névroses, Freud avait indiqué déjà que la dissociation psychique dans l’hystérie, qu’il avait empruntée à Pierre Janet, s’expliquait par l’Abwehr, moyen de défense consistant à chasser du moi conscient et du souvenir, l’événement insupportable et ses suites affectives.

Mais parfois les symptômes hystériques venaient témoigner de l’insuccès de l’Abwehr, en faisant irruption, avec leurs éléments affectifs, dans le moi conscient, ce qui provoquait les attaques, etc.

Cette première interprétation, reconnue insuffisante, fit place à celle du compromis, dont nous allons parler, lorsque Freud reconnut que les histoires sexuelles infantiles étaient les mêmes chez les normaux et chez les névrosés. L’influence accidentelle perdit alors son importance, tandis que l’Abwehr, appelé dorénavant refoulement (Verdrângung) joua dès lors le premier rôle dans la théorie. Contrairement à l’Abwehr qui est purement psychologique, la sexual Verdrângung a une base organique, de nature clinique.

L’individu a-t-il oui ou non refoulé l’événement sexuel ? Désormais, toute la question est là. Ce n’est donc plus l’événement sexuel infantile lui-même qui importe, mais bien la réaction psychique qu’il a provoquée. La psycho-analyse a montré que l’hystérie est l’issue du conflit qui éclatera plus tard, le plus souvent à la puberté, entre la libido et le refoulement sexuel. Les symptômes ont la signification d’un compromis, d’une « cote mal taillée », dirions-nous, qui a pour but de mettre fin à ce conflit entre les deux courants psychiques que nous venons de nommer, le désir refoulé par la censure.

Freud a modifié aussi ses premières opinions sur l’origine sexuelle de la névrose d’obsession. Tandis qu’auparavant il admettait que cette névrose était, comme nous l’avons vu, la conséquence de la disposition active de l’événement sexuel, par opposition à l’hystérie qui se développait, en son temps, chez ceux qui avaient eu le rôle passif dans les scènes infantiles, Freud a complètement abandonné aujourd’hui cette manière de voir. Il ne parle plus de la découverte des sources du Nil, ni des causes sexuelles spécifiques de l’hystérie et de la névrose d’obsession.

Cependant il annonce que les recherches psycho-analytiques ont fait découvrir une analogie surprenante entre les fantaisies inconscientes des hystériques et les fictions devenues conscientes sous forme de délire dans la paranoïa (démence paranoïde). Les travaux de l’école de Freud s’efforcent de démontrer que tous les paranoïaques sont des homosexuels [p. 72] dont les tendances contre nature ont été refoulées, etc. Nous ne pouvons traiter en ce moment cette question. Je laisse entièrement de côté aussi tout ce qui se rapporte à l’interprétation des rêves et à leurs symboles.

L’école freudienne étend tous les jours du reste l’étiologie sexuelle à tous les névropathes et à tous les psychopathes. Il n’y aura bientôt plus une névrose, ni une psychose, ni une psychonévrose qui n’ait sa cause spécifique dans un trouble de la sexualité. Nous sommes en pleine pansexualité. Outre les affections dont nous avons parlé, la démence précoce, la mélancolie, la folie maniaco-dépressive, les névroses dégénératives, l’asthme, l’impuissance psychique, toutes les affections fonctionnelles du système nerveux, en un mot, devraient être ramenées en dernière analyse, à un traumatisme sexuel.

Quelque grande que soit l’importance de l’élément sexuel dans la vie normale et pathologique, on ne peut cependant accepter bénévolement ces exagérations. Aussi, entend-on de toutes parts retentir des protestations, d’autant plus véhémentes, que la querelle s’envenime davantage entre partisans et adversaires des théories de Freud.

(A suivre.)

NOTES

(1) Rapport fait à la Société suisse de neurologie réunie à Lucerne, le 10 novembre 1912.

Tous ceux qui désireraient se documenter sur les travaux de Freud pourront consulter, outre les publications citées dans mon rapport, les ouvrages suivants :

Dr Édouard HITSCHMANN. Freud’s Neurosenlehre. Nach ihrem gegewaertigen Stande. Leipzig et Vienne. F. Deuticke, 1911, in-8, 156 pages, avec une bibliographie complète des publications de Freud (41 numéros). — Dr Karl ABRAHAM. Freud’s Schriften aus den Jahren, 1893-1909 (35 travaux résumés). (Jahrbuch für psychoanalytische and psychopathologische Forschungen. (V. Bleuler, Freud u. Jung), IIf vol. 1909, p. 546.) —J. H. SCHULTZ. Psycho-analyse. Tiré à part du « Zeitschrift für angewandte Psychologie ». (V. William Stern u. Otto Lipmann, vol. II, livraison 5-6. Leipzig, 1909, p. 440 (avec un index bibliographique de 172 numéros). — Dr Arthur MUTHURANN (méd. aux bains de Nassau). Zur Psychologie und Therapie neurotischer Symptôme. Eine Studie auf Grund der Neurosenlehre Freuds-Halle a. S. Carl Martold, 1907. Brochure in-8, 115 pages.

En français, nous avons plusieurs travaux de N. KOSTYLEFF, maître de conférences à l’Ecole des hautes études : 1° Les derniers travaux de Freud et le problème de l’hystérie. (Archives internationales de neurologie, vol. I, 7e série, 33e année, janvier 1911, n° 1, p. 17 et février 1911, n° 2, p. 17.) — 2e Freud et le problème des rêves. (Revue philosophique (Ribot), 36e année, f. 72, juillet-décembre 1911, p. 491.) — 3° La psycho-analyse appliquée à l’étude objective de l’imagination. (Revue philosophique, 37e année, n° 4, avril 1912, p. 367.

Outre les périodiques cités (le Jahrbuch et le Zentralblatt für Psychoanalyse), voir aussi : IMAGO. Zeitschrift fïir Auwendung der Psychoanalyse auf die Geisteswissenschaften, v. prof. id. Sigm. Freud. — Otto hank et Dr Hans Sachs (six livraisons par an), paraît depuis mars 1912. Chez Hugo Heller et Cie Leipzig et Vienne, in-4).

(2) Voir Alcool et Hérédité, par le docteur P.-L. LADAME. Genève, 1912.

(3) Œuvres d’Hippocrate, t. VII. De la nature de la femme, p. 316, 379.

(4) Ibid., t. VIII. Des femmes stériles, p. 277.

(5) Dr Sigm. FREUD, privât-docent à Vienne. Ueber die Berechtigung von der Neurasthenie einen bestimmten Symptomencomplex als « Angstneurose » abzutr ennen. (Neurologisches Centralblatt, 14e année, 15 janvier 1895, n° 2, p. 30.)

(6) Op. cit., p. 56.

(7) Voir l’article de FREUD. Op. cit., p. 61.

(8) D’après le Rapport de M. de MONTET sur L’État actuel de la psychoanalyse p. 7. (Réunion de la Société suisse de neurologie à Lausanne, le 5 mai 1912.)

(9) Pr Dr Sigm. FREUD. Drei Abhandlungen jur Sexualtheorie, 2e édition, 1910, p. I.

(10) Das Erwachen der Geschlechtsbewusstseins und seine Anomalien, Wiesbaden, 1907, p. 11 et 12.)

(11) Pr Dr E. BLEULER. Die Psychanalyse Freuds. Verteidigung und Kritische Bemerkungen (tirage a part du Jahrbuch für psychoanalytische and pathologische Forschungen, IIe année, 1910, deuxième moitié, p. 623-730 ; p. 25 du tire à part).

(12) Dr L. LÖWENFELD (Munich). Ueber die sexuelle Konstitution, und andere .Sexualprobleme. (Erotik und Siunlichkeit. Die Libido als Triebkraft im geistigen Leben.) Wiesbaden, 1911, p. 62.

(13) HAVELOCK ELLIS. L’impulsion sexuelle, traduit par van Gennep. Paris, 1911, p. 310.

(14) DR Med. Otto HINRICHSEN, privat-docent à Bâle. Sexualitat und Dichtung. Ein weiteres Beitrag jzur Psychologie des Dichters. (Grenrfragen d. Nerven und Seelenlebens. V. Dr. L. Löwenfeld, Munich, LXXXV, p. 49.)

(15) André BEAUNIER. Les devoirs de la critique. (Revue des Deux Mondes, 828 année, 6e période, t. XI, 3e livraison, 1er octobre 1912, p. 702.)

(16) SANFORD BELL. A preliminary study of the emotion of love between the Sexes. (American journal of psychology, juillet 1902.)

(17) L. M. KÖTSGHER (Hubertusburg). Das Erwachen des Geschlechts bewusttseinund. seine Anomalien. (Eine psychologisch psychiatrische Studie, Wiesbaden, 1907, in-8, 82 pages.)

(18) Dr Albert MOLL. Das Sexualleben des Kindes. Leipzig, 1908, in-8, 313 pages.

(19) On cite, il est vrai, quelques voix isolées qui ont professé auparavant l’opinion développée par Briquet, mais jusqu’à ce dernier personne n’en avait tenu compte.

(20) P. BRIQUET. Traité clinique de l’hystérie. Op. cit., art. 12, p. 126.

(21) et (22) C’est nous qui soulignons.

(23) Prof. K. RIEGER. Ueber die Behandlung « Nervenkranken ». (Schmidt’s Jahrbücher, 1896, t. CCLI, p. 196.)

(24) AXENFELD. Traité des névroses, 2e édition, augmentée de 700 pages, par Henri HUCHARD. Paris, 1883.

(25) 1. A. E. A. KING. Hysteria. (American journal of obstetrics, 18 mai 1891.) (D’après HAVELOCK ELLIS. La pudeur, édition française par van GENNEP. Paris, 1908, p. 305 et suivantes.)

(26) Willy HELLPACH, méd. spéc. à Karlsruhe. (Grundlinien einer Psychologie der Hysterie. Leipzig, 1904, in-8, 502 pages.)

(27) Sigm. FREUD. Zur Æ:tiologie der Hysterie. (Wiener Klinische Rundschau, 1896, no,, 22-26, d’après une communication à la Société viennoise de psychiatrie et de neurologie, le 2 mai 1896.)

(28) Jos. BREUER and. Sigm. FREUD. Studien über Hysterie, 28 édition, 1909, p. 140.

(29) Pr Dr Sigm. FREUD. L. L. D. Ueber Psychoanalyse. Fünf Vorlesungen gehalten zur 20 jährigen Gründungsfeier der Clark University in Worcester-Massachusetts, septembre 1909, Leipzig et Vienne, F. Deuticke, 1910.

(30) Sigm. FREUD. Zur Aetiologie der hysterie.  Loc. cit. Sammlung kleiner Schriften zur NEUROSENLEHRE aus den Jahren 1896-1906, 2e edit. (sans changements), 1911, x, p. 147.

(31) Il est intéressant d’indiquer ici un curieux rapprochement entre ces réflexions de Freud et les observations de Westphal dans son premier travail sur l’inversion sexuelle, publié dans les Archiv für Psychiatrie, vol. II, Berlin, 1870, p. 96. Westphal fait remarquer que dans tous les cas rapportés (et aussi dans celui de Griesinger), la manifestation de l’inversion sexuelle s’est révélée vers la huitième année.

(32) 1. STANLEY HALL. Adolescence, its psychology, and its relations to physiology, anthropology, sociology, sex, crime, religion and education. 2 vol. 1300 pages, 1904 et 1905.

(33) Gabriel COMPAYRÉ, membre de l’Institut. L’adolescence. Etude de psychologie et de pédagogie. Paris 1909, in-12, 196 pages.

(34) Pierre MENDOUSSE. L’âme de l’adolescent. Bibliothèque de philosophie contemporaine. 21 édition. Paris, 1911, in-8, 315 pages.

(35) Paul GAULTIER. L’adolescence. (La Revue de Paris, 19e année, n° 14, 15 juillet 1912, p. 256.)

(36) Sigm. FREUD. Zur Aetiologie der Hysterie. (Loc. cit. Sammlung, etc.,. II, p. 160.)

(37) Sigm. FREUD. Die Sexualität in der Aetiologie der Neurosen. (Wiener klinische Rundschau, 1898, nos 2, 4, 5 et 7.)

(38) A. GRAMER. Zur Symptomatologie und Therapie der Angst. (Deutsche med. Wochenschnft, 1910, no 32.)

(39) H. OPPENHEIM. Ueber Pathologie und Therapie der Nervösen Angstzustände (Rapport à la quatrième réunion de la Société de neurologie allemande, a Berlin, les 6, 8 octobre 1910. (Neurologisches Centralblatt, 16 novembre 1910, n° 22, p. 1262.)

(40) L. LÖWENFELD (Munich). Sexualleben und Nervenleiden, 4e édition. Wiesbaden, 1906, t. XV, p. 256.

(41) L. SCHAYDER. Le cas de Renata. (Extrait des Archives de psychologie, t. XII, n° 47, septembre 1912, p. 56 du tiré à part.)

(42) LOWENFELD. Op. cit., p. 242. « Meine Ansichten über die Rolle der Sexualität in der Aetiologie der Neurosen », par Sigm. Freud.

(43) Prof. Dr Sigm. FREUD. Drei Abhandlungen rur Sexualtheorie. Vienne, 1905. 2e Edition, 1910.

ERRATA

(De la 1re partie, v. l’Encéphale, n° I, 10 janvier 1913.)

  1. 51, 13e ligne en montant, au lieu de Muthurann, il faut lire Muthmann.
  2. 52, 5e ligne en montant, au lieu de Auwendung, il faut lire Anwendung.
  3. 59, 5e ligne en montant, au lieu de bewustt, il faut lire bewust.
  4. 68, 22e ligne en descendant, au lieu de la malade, il faut lire le malade.
  5. 70, 6e ligne en montant, au lieu de Schayder, il faut lire Schnyder.
  6. 71, 18e ligne en descendant, au lieu de nature clinique, il faut lire nature chimique.

 

ladamepsychanalyse1005

Le Cabinet de Charles Madame à Genève.

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