Ce qu’on peut rêver en cinq secondes. Extrait de la « Revue scientifique », (Paris), 23e année, 2me semestre, juillet 1886 à janvier 1887, p. 572.

Dream catcher on the sea background

Ce qu’on peut rêver en cinq secondes. Extrait de la « Revue scientifique », (Paris), 23e année, 2me semestre, juillet 1886 à janvier 1887, p. 572.

Un texte très souvent cité, mais dont nous n’avons pu trouver l’auteur.

[p. 572, colonne 2]

Ce qu’on peut rêver en cinq secondes.

On a souvent parlé de la rapidité avec laquelle les images se succèdent dans les songes ; le nombre de verres du diorama où nous nous arrêtons à contempler des tableaux qui semblent courir l’un après l’autre. — Voici qui aidera à calculer cette vitesse :

J’étais assis à côté d’un chef de division à la préfecture de X… ; nous relevions un compte fantastique, additionnant des unités qui n’étaient pas certainement du même ordre. — Un employé vint s’accouder sur la table. — Je lève la tête, et je lui dis : « Vous avez oublié de faire la soupe. — Mais non ! Mais non ! Suivez-moi. » — Nous sortîmes ensemble, traversant les grands corridors ; et je me trouvai derrière lui… dans la cour du collège où j’ai été élevé. — Il entra dans une aile du bâtiment, bien connue, par où l’on montait dans les classes. — Et, sous l’escalier, il me montra un fourneau sur lequel était une coquille d’huître, avec un peu de blanc au fond. (La veille, j’avais fait de la gouache.) — « Mais vous avez oublié les légumes ! Allez chez le portier, au bout de la cour, vous les trouverez sur une table. » — J’attendis longtemps ; enfin je vis qu’il me faisait des signes, il n’avait rien trouvé. — Mais c’est à gauche ! » En effet, je le vis traverser la cour, portant un énorme chou. — Je pris dans ma poche un couteau, qui y est à demeure ; au moment où je commençai à couper, je fus réveillé par le bruit d’un bol de bouillon qu’une servante posait lourdement sur le marbre de ma table de nuit.

Il me parait évident que l’idée de potage m’a été suggérée par l’odorat, au moment où l’on ouvrait ma porte ; or il faut tout au plus cinq secondes pour arriver jusqu’au lit.

X… (1)

(1) Le fait sur lequel notre correspondant appelle l’attention, pour être bien connu, n’en est pas moins très remarquable. On ne se doute guère, en général, de la rapidité vertigineuse avec laquelle on construit, en rêve, tout un assemblage de phénomènes compliqués qui paraissent exiger un très long temps et qui en réalité ont vécu à peine une seconde ou deux. (Réd).

 

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