Boissier de Sauvages de La Croix. Nymphomanie. Extrait de la « Nosologie méthodique ou distribution des maladies en classes, en genres et en espèces suivant l’esprit de Sydenham, & la méthode des botaniste par François Baissier de Sauvages,… traduite sur la dernière édition latine, par M. Gouvion, docteur en médecine. 10 volumes. Tome septième, A Lyon, Chez Jean-Marie Bruyset, 1772. », pp. 255-261.

BOISSIERNYMPHOMANIE0001Boissier de Sauvages de La Croix. Nymphomanie. Extrait de la « Nosologie méthodique ou distribution des maladies en classes, en genres et en espèces suivant l’esprit de Sydenham, & la méthode des botaniste par François Baissier de Sauvages,… traduite sur la dernière édition latine, par M. Gouvion, docteur en médecine ». 10 volumes. Tome septième, A Lyon, Chez Jean-Marie Bruyset, 1772. pp. 255-261.

 

François Boissier de Sauvages de La Croix (1706-1767). Médecin et botaniste bien connu pour les nombreuses éditions de sa Nosologie méthodique.

 

[p. 255]

XVI. NYMPHOMANIE, Fureur utérine ; appelée par quelques-uns Andromania, Nymphocluia ; Hysteromania, par Boecler, disser. 8 ; Metromania, par Soranus & Astruc, de morbis mulierum ; Theligonia, par Linnæus, de Tænia ; Melancholica utera, par Nenter ; Furor utetinus & Tentigo, parles Latins ; Nymphomania & Symptoma turpitudinis, par Mercatus.

Le caractère de ce genre de maladie dans les femmes, consiste dans un désir effréné du coït.

Elle diffère du délire mélancolique amoureux par l’effronterie & l’impudence dont elle est accompagnée. Je laisse à d’autres à juger si elle diffère du satyriase, à cause de la différence du sexe & des organes.

Le mot de métromanie est équivoque [p. 256] & synonyme avec lui de musomanie, ce qui fait qu’on ne doit pas s’en servir. Celui de nymphomanie est reçu de tous ceux qui rejettent les mots composés de plusieurs autres, tel qu’est celui de fureur utérine.

Les degrés de cette maladie diffèrent selon les genres, dont Sennert nous a laissé la liste suivante.

  1. Nymphomania salacitas, Sennert de virginum morbis, L.

Elle est familière aux filles qui ont atteint l’âge de puberté & qui sont d’un tempérament chaud, adonnées à la lecture de romans, aux chansons lascives, & qui sont courtisées par les jeunes gens, lors sur-tout qu’elles ont long-temps vécu dans la contrainte, soit sous les yeux d’une mère sévère, soit dans un couvent, & qu’elles ont réveillé leur passin par une masturbation honteuse. Elle se manifeste en elles par une grande gaietén elles agacent leurs amns, & loesqu’elle ne peuvent satisfaire leur désir, elle mettent bas toute honte, ellles tienent à leurs amans des discours lascifs, elle leur font les yeux doux, ells les agacent. [p. 257]

Sont-elles au logis, elles font tristes, rêveuses, elles gémissent sans cesse, elles perdent l’appétit & le sommeil, & dépérissent à vue d’œil. La même chose arrive aux jeunes veuves, qui ont eu des maris froids ou impuissans, & qui n’ont jamais éprouvé les douleurs de l’enfantement.

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 Illustration pour « Les Progrès du libertinage » (1763) de Nougaret.

Celles qui ont de la pudeur, de la vertu & de la religion ne sont pas toujours exemptes de cette maladie, mais elle est causée chez elles par l’acrimonie de la semence & du fang, & par le sentiment trop vif des organes de la génération. Elles éprouvent les mêmes désirs, & les désirs augmentent à proportion du soin qu’elles prennent de les cacher. Le feu dont elles brûlent intérieurement, les consume & les fait maigrir à vue d’œil, elles perdent l’appétit & le sommeil ; elles ont des pollutions fréquentes, qui leur causent des remords d’autant plus cuisans, qu’elles ont la conscience timorée. J’ai connu une jeune fille, qui dans le temps même qu’elle déplorait son malheur aux pieds d’un vieux Confesseur sale & dégoûtant, éprouvoit malgré elle ces sortes de pollutions. Elle resta deux [p. 258] deux ans entiers dans cet état, luttant sans cesse contre les aiguillons de la chair, qui étoient extrêmement vifs en elle, & qui cependant ne portèrent jamais la moindre atteinte à la chasteté dont elle faisoit profession.

Le mariage est le remède le plus sûr qu’on puisse employer en pareil cas. Ceux que la médecine fournit, tels que la saignée, les rafraîchissans, les boissons humectantes, les cathartiques doux, le petit lait, les anti-vénériens, comme le nénuphar, le pourpier, les émulsions, &c. sont pourl’ordinaire inutiles ; ils le furent du moins, à ce que dit Amatus Lusitanus à l’égard d’une fille, qui lasse de son état, avoit pris la funeste résolution de se jeter dans un puits. On la maria à un jeune homme vigoureux, qui s’acquitta si bien de son devoir envers elle, qu’elle recouvra en peu de temps la santé. Zucutus Lusitanus, de furore uterino, obs. 84. Lib. 2.

  1. Nymphomania furibunda ; Fureur utérine, Satyriasis muliebris, Amati Lusit. cent. 6. obs. 97. A. C.

C’est un second degré de cette maladie, dans lequel les filles mettant [p. 259] bas toute pudeur, se prostituent au premier venu, découvrent leur nudité, injurient & maltraitent ceux qui refusent de se rendre à leur désir. Celles qui auparavant étoient chastes & réservées, ne tiennent plus que des discours obscènes, & impudiques ; elles offrent leurs faveurs à qui veut les accepter, & quittent le combat plutôt par lassitude, que faute de volonté. A force de se manualiser, elles irritent leur clitoris, & le font grossir à un point extraordinaire , & de là vient que la plupart des filles l’ont très gros dans les pays chauds. Elles lâchent fréquemment leur semence, leur vulve se gonfle & baîlle, elles sentent des ardeurs dans le bas-ventre, leur urine est enflammée & en petite quantité. Lorsque ce malheur arrive à des filles chastes, à des Religieuses, par exemple, la violence qu’elles se font pour cacher la cause de leur mal, les rend malades & les jette dans la mélancolie, ou bien elles feignent d’être affectées du tarentisme, ou d’être possédées ou folles, pour qu’on les mette hors du couvent, ou bien elles se pendent de désespoir. [p. 260]

Matthieu de Gradibus, consil. 80. A connu une femme mariée sujette à cette maladie, & qui en étoit délivrée sitôt qu’elle avoit conçu. Tardot-elle un an ou deux à être enceinte, elle devenoit furieuse, & tomboit dans une rage utérine, accompagnée de borborygmes, de délire, de tremblement, &tc.

Je ne mets point cette maladie au rang des délires, parce que son principal symptôme est moins un délire, qu’u désir effréné du coït.

On a trouvé à celles qui en sont mortes, le clitoris enflé, les ovaires plus gros qu’à l’ordinaire, & les trompes de Fallope fermées.

Indépendamment des remèdes anti-aphrodisiaques, quelques-uns vantent beaucoup l’usage de la ciguë, mais j’ignore quelle genre de plante ils entendent par ce nom.

  1. Nymphomania fervor utei, Sennert de furore uterino, L.

Il y a une autre affection fort approchante des premières, que les anciens ont appelée ardeur de matrice (Matricis fervorem,) dans laquelle la substance [p. 261] de ce viscère s’échauffe avec douleur, pesanteur dans les lombes, frissonnement, mélancolie, suppression de l’urine & des excréments. La femme apete le coit, mais la douleur qu’elle ressent dans l’acte, l’empêche de satisfaire ses désirs.

Cette affection diffère des précédentes, en ce qu’elle n’est causée, ni par l’acrimonie de la semence, ni par aucune passion morale, mais par la phlogose, ou par la chaleur excessive de matrice, laquelle augmente sa sensibilité.

Les remèdes indiqués dans ce cas ; indépendamment de la saignée, sont, une nourriture rafraîchissante & humectante, les potions nitreuses, les émulsions, les bains, les injections émollientes dans le vagin, les fomentations. &c .

  1. Nymphomania pruriginosa ; Prurit de l’utérus ; Pruritus uteri, Sennert. lib. 4. part 2. sect. I, cap. 2. L.

Ce n’est pas· toujours le prurit de l’utérus, ou plutôt celui du vagin, qui cause la fureur utérine, & par conséquent ce prurit diffère entièrement de [p. 262] la Numphomanie. Cependant, il est quelquefois le principe de ce désir effréné, lors sur-tout que le clitoris est couvert d’une matière herpétique, âcre, mordicante, & que la femme a d’ailleurs du penchant pour l’acte vénérien. Comme ce désir n’est causé, ni par l’acrimonie de la semence, ni par la dépravation de la volonté, mais par l’affection de la partie, de là vient que les Médecins, entr’autres Sennert, l’ont regardé comme une affection différente.

Son traitement est le même que celui de la dartre.

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