Alfred Maury. Sorcier, Sorcellerie. Extrait du Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. Nouvelle édition entièrement refondue et corrigée de près du double, publiée par MM. Firmin Didot frères sous la direction de M. Léon Renier », (Paris), vol. XXV, 1847, collones 592-596.

Alfred Maury. Sorcier, Sorcellerie. Article extrait de « Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. Nouvelle édition entièrement refondue et corrigée de près du double, publiée par MM. Firmin Didot frères sous la direction de M. Léon Renier », (Paris), vol. XXV, 1847, colonnes 592-596.

 

Louis-Ferdinand-Alfred MAURY  (1817-1892). Très tôt, dès 1836, il se consacre à l’étude de l’archéologie des langues anciennes et modernes, de la médecine et du droit. Son poste officiel à la Bibliothèque nationale, puis à la celle de l’Institut, lui permet d’être au centre du dispositif de ses recherches. Dès l’origine membre de la Société des Annales médico-psychologiques, bien de non médecin, il sera un contributeur zèlé de celles-ci. Ses travaux sur le sommeil et les rêves, en particulier l’analyse de ses propres rêves, en font un précurseur, sur bien des points, des théories que développa la psychanalyse, ainsi que la neuro-psychologie. Freud y fait d’ailleurs plusieurs fois référence dans son Interprétation des rêves. L’ensemble de ses travaux sur la question sont réunis dans un ouvrage qui connu plusieurs édition : Le sommeil et les rêves. Etudes psychologiques sur ces phénomènes et les divers états qui s’y rattachent, suivies de recherches sur le développement de l’instinct et de l’intelligence dans leurs rapports avec le phénomène du sommeil. Paris, Didier et Cie, 1861. 1 vol. in-8°, 2 ffnch., VII p., 426 p

Mais ce polygraphe érudit, a couvert un plus vaste champ de recherches et, hors ses très nombreux arroches nous avons retenu ces quelques titres :
— EXTASE. Extrait de la “Nouvelle Encyclopédie, ou  dictionnaire philosophique, scientifique, littéraire et inductriel, offrant le tableau des connaissances humaines au dix-neuvièmesiècle par ne société de savans et de littérateurs, sous le direction de P. Leroux et J. Reynad”, (Paris), tome V, EPI-FORC, 1843, pp. 183, colonne 1 – pp. 192, colonne 2. [en ligne sur notre site]
— Recherches sur l’origine des représentations figurées de la psychostasie ou pèsement des âmes et sur les croyances qui s’y rattachaient. Premier article. Article paru dans la « Revue d’Archéologie, (Paris), Presses Universitaires de France, 1ère année, n°1, 15 avril au 15 septembre 1844, pp. 235-249. [en ligne sur notre site]
Ces recherches comprennent 2 articles distribués en 4 parties, comme suit :
— Recherches sur l’origine des représentations figurées de la psychostasie ou pèsement des âmes et sur les croyances qui s’y rattachaient. Deuxième article. Des divinités et des génies psychopompes dans l’antiquité et au moyen âge. Article paru dans la « Revue d’Archéologie », (Paris), Presses Universitaires de France, 1ère année, n°1, 15 avril au 15 septembre 1844, pp. 291-307.
Deux autres articles vient compléter cette première recherche:
— Des divinités et des génies psychopompes dans l’antiquité et le moyen âge. Premier article. Article paru dans la « Revue d’Archéologie, (Paris), Presses Universitaires de France, 1ère année, n°1, 15 octobre 1844 au 15 mars 1845, pp. 501-524.
— Des divinités et des génies psychopompes dans l’antiquité et le moyen âge. deuxième article. Article paru dans la « Revue d’Archéologie, (Paris), Presses Universitaires de France, 1ère année, n°1, 15 octobre 1844 au 15 mars 1845, pp. 657-677.
— Sur un miroir magique. Extrait de la « Revue archéologique », (Paris), 2e année, n°1, 15 avril au 15 septembre 1846, pp. 154-170. [en ligne sur notre site]
— Sorcier, Sorcellerie. Article extrait de « Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. Nouvelle édition entièrement refondue et corrigée de près du double, publiée par MM. Firmin Didot frères sous la direction de M. Léon Renier », (Paris), vol. XXV, 1847, colonnes 592-596. [en ligne sur notre site]
— Histoire des Grandes Forêts de la Gaulle et de l’ancienne France. Précédée de recherches sur l’histoire des forêts de l’Angleterre, de l’Allemagne et de l’Iatlie, et de considérations sur le caractère des forêts des diverses parties du globe. Paris, A. Leleux, 1850. 1 vol. in-8°, VI p., 328 p.
—Histoire des religions de la Grèce antique, depuis leur origine jusqu’à leur complète constitution. Tome premier: La religion héllénique depuis les temps primitifs jusqu’au siècle d’Alexandre. – Tome II. Paris, De Ladrange, 1857. 3 vol. in-8°, (XII p., 608 p.) + (2 ffnch., 551 p.) + (2 ffnch., 548 p.).
— Fragment d’un mémoire sur l’histoire de l’astrologie et de la magie dans l’Antiquité et au Moyen Age. Extrait de la « Revue archéologique », (Paris), 16e année, n°1, avril 1859 à septembre 1859, pp. 1-24. [en ligne sur notre site]
— La Magie et l’Astrologie dans l’antiquité et au moyen-age ou étude sur les superstitions païennes qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours. Paris, Didier et Cie, 1860. 1 vol. in-8°, 2 ffnch., 450 p. [Plusieurs réédition, augmentées]
— Songe. Article extrait de « Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. Nouvelle édition entièrement refondue et corrigée de près du double, publiée par MM. Firmin Didot frères sous la direction de M. Léon Renier », (Paris), vol. XXV, 1847, collines 584 à 592.  [en ligne sur notre site]
— Fragment d’un mémoire sur l’histoire de l’astrologie et de la magie dans l’Antiquité et au Moyen Age. Extrait de la « Revue archéologique », (Paris), 16e année, n°1, avril 1859 à septembre 1859, pp. 1-24. [en ligne sur notre site]
— Croyances et Légendes de l’antiquité. Essais de critique appliquée à quelques points d’histoire et de mythologie. Paris, Didier et Cie, 1863. 1 vol. in-8°, 2 ffnch., 412 p., 2 ffnch.
— Croyances et légendes du moyen-âge. Nouvelle édition des fées du moyen-âge et des légendes pieuses publiée d’après les notes de l’auteut par MM. Auguste Longnon et G. Bonet-Maury. Avec une préface de M. Michel Bréal. Paris, Honoré Champion, 1896. 1 vol. in-8°, 2 ffnch., LXII p., 1 fnch., 459 p., portrait de l’auteur.

Les [p.] renvoient aux numéros de la pagination originale de l’article. – Nous avons gardé l’orthographe, la syntaxe et la grammaire de l’original, mais avons corrigé quelques fautes de typographie.
– Par commodité nous avons renvoyé les notes de bas de page en fin d’article. – Les figures 1, 2 et 3 sont celles de l’article original. Les autres images ont été rajoutées par nos soins. – Nouvelle transcription de l’article original établie sur un exemplaire de collection privée sous © histoiredelafolie.fr

[colonne 592]

SORCIER, SORCELLERIE. Le mot français sorcier est dérivé du latin sortiarius, qui fut appliqué dans la basse latinité à ceux qui consultaient les sorts (1).

Le sort était un moyen auquel les anciens avaient souvent recours lorsqu’il s’agissait de [colonne 593] prendre une détermination, de décider d’une affaire. A Rome, dans les votes par curies et par centuries, c’était par sortitio que l’on procédait. Dans les tribunaux les affaires étaient tirées au sort.

C’était au moyen de dés ou de pierres que l’on consultait le sort. Cette consultation se faisait surtout dans un but divinatoire ; on s’imaginait que dans le hasard apparent du sort les divinités révélaient leurs volontés et faisaient connaître l’avenir. En sorte que les sorts devenaient, aux yeux de ceux qui pensaient ainsi, une façon d’oracle. Tels étaient les sorts que l’on consultait dans les temples de Préneste, de Céré (PræstinæCærinanæ sortes) et dans celui d’Antium. On interrogeait encore les sorts, dans une intention divinatoire, au temple de Jupiter Consus (2).

Les ouvrages des poëtes servaient aussi à tirer les sorts ; on fit usage successivement, dans cette intention, d’Homère et de Virgile. De là les sortes Homericæ et Virgilianæ. Au moyen âge, lorsque la Bible et la Vie des Saints eurent pris dans l’admiration et le respect populaire (3) la place de ces deux poëtes, on se servit dans le même but de ces nouveaux écrits ; de là les sortes sanctorum que l’Église condamna en 506, au concile d’Agde.

Ceux qui se livraient à la consultation des sorts recevaient à Rome le nom de sortilegi. Ils se tenaient généralement dans le grand cirque, et donnaient leurs réponses pour de l’argent, comme nos diseurs de bonne aventure (4). On appelait sortilegium, sortilége, l’art de prendre ou de constater les sorts, mot qui fut ensuite appliqué à toutes les opérations magiques.

Au moyen âge l’expression de sorcier, sorcière, remplaça l’expression, plus ancienne, de magicien, magicienne (Voy. Magie). Cette substitution n’était pas tout à fait arbitraire ; elle répondait à un changement qui s’était opéré dans les idées qu’on se faisait des sciences occultes, depuis rétablissement du christianisme. Tant que le polythéisme demeura en vigueur, la divination fut une partie constitutive et intégrante du culte. On ne poursuivait comme magiciens et empoisonneurs que ceux qui faisaient des pratiques magiques un usage criminel, et qui y introduisaient des rites étrangers, réputés malfaisants et funestes. Mais une fois que le christianisme fut monté sur le trône impérial avec Constantin, on commença à poursuivre sous le nom de [p. 594] magie les opérations divinatoires que la religion païenne avait jusque alors autorisées. Sous Constance, sous Valens et sous ses successeurs, les recherches les plus actives furent dirigées contre ceux qui s’occupaient de magie et de divination ; les peines les plus sévères furent infligées à ceux qu’on croyait coupables de cette superstition. Entre toutes celles que le paganisme avait propagées, il n’en était aucune qui se montrât plus vivace, qui fournît aux anciennes croyances un plus ferme appui et la combattre était un moyen adroit et détourné de miner le polythéisme, trop puissant encore pour être attaqué de front (5).

Les chrétiens avaient d’autant plus d’horreur pour les devins et les magiciens, qu’ils regardaient comme des diables les dieux avec lesquels ces derniers prétendaient se mettre en relation. Et ce qui accréditait surtout cette idée, c’est que la philosophie néoplatonicienne, qui avait transformé le polythéisme, substituait aux dieux (θεοί ) des divinités inférieures qu’elle appelait démons, δχίμονες ; et afin de sauver la majesté et la pureté de l’essence divine, qu’elle plaçait bien au-dessus de l’existence contingente des divinités du paganisme antique, cette doctrine transportait à ces δαίμονες tout ce que la tradition hellénique avait jusqu’alors rapporté des actions vicieuses et tout humaines de ces dieux et de leur commerce avec les mortels. Or, les chrétiens appliquaient ce même nom de démons (δαίμονες) à leurs diables, en sorte qu’ils trouvaient dans les dires mêmes des devins un aveu de leurs relations avec le diable. Ces devins inspiraient donc une profonde horreur aux néophytes, qui voyaient en eux des hommes en commerce avec les esprits infernaux, et ainsi s’accrédita l’opinion que les devins en général sont des hommes pervers, qui se livrent aux anges rebelles, font pacte et alliance avec eux, s’en constituent les suppôts, et reçoivent pour prix de cet infâme contact certaines facultés surnaturelles. C’est à cette conception nouvelle des magiciens que répond l’expression de sorcier. Et voilà pourquoi l’Église lança sans cesse contre ces hommes ses plus terribles anathèmes. Voltaire l’a judicieusement observé (6), l’Église condamna les sorciers non comme des imposteurs, qui répandaient chez le peuple des idées chimériques, afin d’en tirer profit, mais comme des impies dont la malignité pouvait réellement, à l’aide du démon, opérer des choses extraordinaires. [colonne 597]

D’innombrables témoignages prouvent en effet que l’Église et ses docteurs ont admis la réalité des communications entre les sorcier ou les magiciens et les puissances infernales. Les croyances païennes furent acceptées à ce sujet par le christianisme, bien qu’il se plaçât à un autre point de vue que le paganisme. Saint Augustin pense, avec les néoplatoniciens, que les δαίμονες sont attirés par des pierres, des herbes enchantées, des charmes (7) et il y a moins de deux siècles que ces imaginations étaient encore fort répandues dans toute l’Europe.

Au quinzième et au seizième siècles les procès de sorcellerie furent extrêmement communs en France, en Angleterre, en Allemagne ; et il en résulta une véritable contagion de monomanie religieuse, qui donna lieu à un grand nombre d’exécutions (8). C’est sur quoi on peut consulter les curieux ouvrages de Boguet, de Bodin et de Delancre.

Des restes du paganisme germanique et scandinave se mêlèrent aussi aux cérémonies magiques que les sorciers avaient reçues par voie d’héritage secret de l’antiquité. Nos sorcières participent du caractère des Valas septentrionales, tout comme elles rappellent les druidesses, les magiciennes thessaliennes, Médée et Circé, les empuses et les lamies.

Peut-être est-ce la cérémonie du Seidr qui donna lieu aux contes débités sur le sabbat, assemblée mystérieuse et nocturne, présidée par Satan, et où se rendaient les sorcières métamorphosées en chats et montées sur des manches à balai.

Il est peu d’absurdités et de cruautés plus grandes que celles auxquelles a donné lieu la croyance à la sorcellerie (9). Grâce à la diffusion des lumières, il n’est plus aucun esprit éclairé qui en soit infatué. Abandonnée par les tribunaux à la fin du dix-septième siècle (10), elle le fut ensuite par les théologiens eux-mêmes, obligés de céder à l’évidence, malgré l’opinion prétendue infaillible qui parlait encore en faveur de cette croyance. Enfin actuellement elle a presque abandonné les villages et la Brie et les Pyrénées n’ont presque [colonne 596] plus de ces bergers dont la réputation de sorciers inspirait autrefois la frayeur à tout un canton.

En même temps qu’on a cessé de croire à la possibilité de la sorcellerie, la démonopathie épidémique, à laquelle cette croyance avait donné lieu, est devenue de moins en moins fréquente, et la disparition de cette maladie a encore enlevé un aliment à la superstition, qui faisait croire aux relations chimériques de l’homme et du démon (11).

On a vu cependant parfois certains esprits rigoureux, et conséquents dans leur orthodoxie, ne point reculer devant une croyance qui est en contradiction avec toutes les idées modernes. Il n’est point d’exemple plus frappant à cet égard que celui qui nous est fourni par l’abbé Fiard qui en pleine révolution et en plein dix -neuvième siècle soutint dans ses Lettres magiques, dans ses Instructions sur les sorciers et dans ses Lettres philosophiques sur la magie l’existence actuelle d’un grand nombre de suppôts du démon. L’incrédulité puis l’oubli ont accueilli ces publications, pour lesquelles bien des gens auraient dû se montrer peut-être moins railleurs, en songeant qu’au point de vue catholique il était difficile d’opposer quelque chose de sérieux aux arguments de l’abbé dijonnais. Voyez Magie, Démoniaque. (12)

Alfred Maury. 

Notes

(1) Voy. Ducange. Glossar. s. v. Sortiabii.

(2) Voy. l’article Sortes de SI. Scheiffcle, dans 1′ ‘Encyclopédie de l’Antiquité de Pauly.

(3) La divination par les sortes sanctorum était fort usitée chez les premiers chrétiens. Elle consistait à ouvrir quelque livre de l’Écriture sainte et à prendre le premier verset qu’on rencontrait, pour un pronostic de ce qui devait arriver.

(4) Juvénal, Satir., VI, 576, 589.

(5) Voy. A. Beugnot, Histoire de la Destruction du Polythéisme en Occident.

(6) « L’Église condamna toujours la magie, mais elle y crut toujours ; elle n’excommunia point les sorciers comme des fous qui s’étaient trompés, mais comme des hommes qui étaient réellement en commerce avec le diable. » Questions sur l’Encyclopédie, art. Superstitions.

(7) De Civit. Dei, lib. XXI. c. 6.

(8) Voy. Denisart, Collection de Jurisprudence, aux mots SORCIERS, DEVINS.

(9) On peut voir dans l’excellent ouvrage de M. Calmeil Sur la Folie depuis la renaissance jusqu’au dix-huitième siècle à combien d’exécutions cette superstition donna lieu des milliers de fanatiques ou d’hallucinés furent mis à mort comme sorciers.

(10) Certains tribunaux montrèrent dans leurs idées un entêtement incroyable, et qui fait peu d’honneur aux lumières de la magistrature d’alors. En 1671 le parlement de Rouen fit encore à ce sujet des remontrances à Louis XIV ; mais heureusement la royauté tint peu de compte de ces résistances rétrogrades, et la mort cessa d’être sur l’accusation imaginaire de sortilège et de sorcellerie appliquée à des infortunés dupes des erreurs de leur temps.

(11) Voy.  l’ouvrage de M. Calmeil déjà cité.

(12) Consultez, outre les ouvrages cités :
E. Salverte, Des Sciences occultes, 1829, 2 vol. in-8°.
J. Garinet, Histoire de la Magie en France, in-8°.
Les recherches de M. Parchappe sur le Malleus maleficarum, Rouen, 1843 ; celles de Soldan, Sur les procès de sorcellerie (en allemand ) ; celles de Walter Scott, sur la démonologie ; enfin, le curieux ouvrage intitulé Del congresso notturno delle lamie, par Girolamo Tartarotti, Rovereto, 1749, in-4°.

 

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