Lettre de R. Morichau-Beauchant à Sigmund Freud.

Pierre-Ernest-René Morichau-Beauchant nait le 1er novembre1873 et meurt le 6 octobre 1952. il adhère au groupe de Zurich duquel il s’éloignera dès après la guerre. Son intérêt pour la philosophie et la psychologie, ainsi que pour la langue allemande, l’amène très tôt à découvrir les écrits de Freud. C’est probablement dans l’année 1900 qu’il prend connaissance de La Traumdeutug, alors qu’à Lyon est soutenue pour la première fois une thèse prenant appui sur les travaux de Freud. Il est reconnu par les historiens de la psychanalyse pur être le premier français qui ait adhéré inversement à la psychanalyse. Nous mettons en ligne ici, à titre de curiosité historique, le lettre de R. Morichau-Beauchant détée de 1913.

 

Poitiers 10 décembre 1913

Très honoré maître

Je suis bien en retard pour venir vous remercier de l’envoi très régulier que vous me faites de toutes vos publications. Je suis très touché et j’apprécie tout particulièrement la faveur que vous me faites.

Je continue à m’intéresser à la Psycho-analyse et si je n’ai pas publié de travaux sur ce sujet cette année c’est que ma clientèle de médecin praticien ne m’a laissé aucun répit. J’espère bien d’ici peu me mettre au travail et arriver à mettre au point quelques articles. Je voudrai écrire d’abord quelque chose sur le « complexe infantile » dans les psycho-névroses, puis un article sur l’œuvre d’un célèbre romancier français Romain Rolland considéré du point de vue de la psychoanalyse. Enfin faire une revue sur le mouvement psycho-analytique en France que m’a demandé depuis quelques mois le Dr Ferenczi. Vous avez vu que divers travaux ont été publiés en France sur la question et que d’une façon générale la psycho-analyse a été fort malmenée. Il est triste de penser qu’aucun de ceux qui en ont parlé n’ont été aux sources même et qu’ils se sont documentés plutôt chez les adversaires de la méthode. L’article de Régis et de Hesnard seul montre quelque impartialité. Le rapport de Janet au Congrès de Londres ne lui fait guère honneur et a indigné tous ceux qui connaissent un peu votre doctrine. C’est vraiment curieux de voir combien chez un peuple qui mieux que tout autre par sa littérature et ses mœurs serait apte à la comprendre, l’étude de la psycho-analyse a de la peine à se faire jour. Je tacherai pour ma faible part de vaincre les résistances.

Je vous envoie un petit document qui peut-être vous intéressera. C’est l’épitaphe écrite par lui même d’un poète français très connu Auguste Vacquerie. La citation est extraite de la Chronique médicale du 1er Novembre 1913. Elle y montre un « mutter- complexe » bien net.

Je vous envoie très honoré maître avec tous mes souhaits pour le parachèvement de votre œuvre géniale l’expression de mes très respectueux sentiments.

Pr R. Morichau-Beauchant

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